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Apprendre

Les occultations lunaires

Une étoile s'approche du bord de la Lune, la frôle, et s'éteint d'un seul coup — sans le moindre affaiblissement préalable, parce que le bord qui la couvre est un rocher sans atmosphère. Ce tutoriel déroule le geste complet côté lunaire : lire une ligne de prédiction locale et ses trois angles, choisir le limbe sombre plutôt que le limbe éclairé, se placer, guetter la disparition puis anticiper la réapparition à l'autre bord. Il enchaîne ensuite sur les rasantes, où la même étoile clignote plusieurs fois le long d'un relief de montagnes, et sur le piège qui trompe le plus d'observateurs : l'extinction en deux marches d'une étoile double serrée.

0.2 s
l'exactitude qu'une datation visuelle doit tenir pour servir encore le profil lunaire ; 0,5 s suffit sur une rasante
1.9 km
ce que couvre une seconde d'arc sur la Lune à distance moyenne : l'échelle qui convertit une durée en relief
3 km
la largeur de la zone, le long de la limite de l'occultation, où l'étoile peut s'éteindre plusieurs fois
15 m
l'écart maximal toléré sur la position du poste pour qu'un enregistrement vidéo garde toute sa précision
6 cm
le diamètre de lunette qui suffit à la plupart des rasantes : la stabilité du support pèse bien davantage

Le périmètre

Le bord de la Lune, et rien d'autre

Quatre pages se partagent le sujet, et celle-ci retient ce qui tient au limbe lui-même : son retour mensuel et son relief.

Ce que cette page déroule, et ce qu'elle laisse à ses voisines

Quatre pages de ce silo se partagent les occultations, et la frontière tient en une phrase chacune. L'organisation qui distribue les prévisions, le programme qui les calcule et les deux logiciels qui dépouillent un enregistrement sont traités par le réseau et ses outils. La conversion d'une durée en longueur, la géométrie de l'ombre au sol et la valeur du nombre d'observateurs appartiennent aux occultations par astéroïdes, prolongées par la reconstruction d'une silhouette. Le geste de chronométrage lui-même — réglage du capteur, horodatage satellite, enregistrement encadrant la fenêtre, dépouillement de la courbe — est le sujet entier du tutoriel frère chronométrer une occultation : reportez-vous-y pour tout ce qui touche à la chaîne de mesure, elle est identique ici. Cette page-ci tient le versant proprement lunaire : le bord qui passe devant l'étoile, l'angle auquel il la couvre, et ce que son relief fabrique quand on se poste juste à la limite.

Un occultant qui a un relief, et qui revient tous les mois

Deux traits séparent le limbe lunaire de tout autre bord occultant. Le premier est sa disponibilité : la Lune balaie chaque mois la même bande de ciel et croise des dizaines d'étoiles à la portée d'un petit instrument, là où une cible d'astéroïde impose un déplacement pour un événement de quelques secondes. Le second est son relief. Le bord dessine une ligne de crêtes et de vallées, dont la découpe s'est fixée par l'altimétrie laser des sondes en orbite, et c'est cette découpe qui rend les rasantes possibles. Ajoutez que la Lune parcourt en une heure un angle voisin de son propre diamètre, environ 31′ : une étoile passée derrière le disque ressort un peu plus d'une heure plus tard au maximum, et souvent bien avant si la corde du passage est courte.

La prédiction

Lire une ligne locale, colonne par colonne

Une ligne par événement, calculée pour votre jardin

La prédiction d'une occultation lunaire se calcule pour un point du globe et pour un diamètre d'instrument annoncé : l'en-tête de la table porte la longitude, la latitude, l'altitude du site et la mention du tube — 15 cm dans les listes européennes diffusées pour l'Europe centrale, 20 cm dans l'exemple ci-dessous calculé pour Sydney. Ce diamètre décide de la limite de visibilité retenue, donc du contenu de la liste. Chaque ligne donne ensuite la date, l'heure universelle à la dixième de seconde, la nature du phénomène, l'étoile avec son numéro de catalogue et son type spectral, deux magnitudes, la phase, l'élongation, les hauteurs du Soleil et de la Lune, puis trois angles. Le code de phénomène mérite un coup d'œil : D et R désignent une disparition et une réapparition franches, tandis que leurs équivalents en minuscule signalent une étoile qui dépasse de moins d'une magnitude la limite de visibilité prévue — un événement à ne tenter qu'avec un ciel stable. Le programme marque encore Gr quand l'étoile passe à moins de 4″ du bord depuis votre poste, autrement dit quand une rasante vous attend, et M quand elle passe à distance.

Deux magnitudes, et pourquoi la seconde compte

Les tables donnent la magnitude visuelle et une magnitude dans le rouge, et l'écart entre les deux se lit comme une consigne. Antarès sort ainsi à 1,1 mag en visuel et 0,1 mag dans le rouge : un capteur au silicium, dont la sensibilité déborde largement vers le proche infrarouge, verra cette étoile presque une magnitude plus brillante que l'œil. La différence change la marge de signal disponible et, sur une cible faible, décide si la chute se lira sur la courbe. C'est la même logique qui gouverne la limite d'une liste : les annuaires imprimés s'arrêtent aux objets de 6,0 mag aux phases favorables, et les prédictions de rasantes qu'ils publient se limitent aux étoiles de 4,8 mag ou plus brillantes, avec une hauteur minimale imposée — une étoile de troisième grandeur n'est retenue qu'au-dessus de .
Écran de prédiction d'occultations lunaires : le disque de la Lune avec ses moitiés éclairée et sombre, les points d'événement numérotés autour du limbe avec leur heure, et au-dessous la table des lignes de prédiction pour un site donné
Prédiction d'une nuit d'occultations pour un site unique, produite par le programme Occult — KuriwaObs (CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons)
Une ligne réelle : le passage de Regulus derrière la Lune le 29 mars 2026, tel que la section européenne le publie pour Francfort
Colonne Valeur au 29 mars 2026 Ce que l'observateur en fait
Heure universelle de la disparition 18 h 22 min 37,2 s l'instant à encadrer largement par l'enregistrement, marge de plusieurs minutes de part et d'autre
Heure universelle de la réapparition 19 h 30 min 56,3 s 68 minutes plus tard : la séance se prépare comme un bloc, pas comme deux sorties
Étoile et type spectral ZC 1487, B7 le numéro de catalogue qui identifiera l'observation dans le rapport
Magnitude visuelle 1,4 mag de quoi travailler à la lunette de 70 mm, y compris contre le halo d'une Lune très éclairée
Phase et élongation 89 % croissant, 141° la phase dit lequel des deux bords sera sombre ; l'élongation dit à quelle distance du Soleil on vise
Hauteur du Soleil à la disparition −6° crépuscule civil finissant : le champ garde du fond de ciel, l'étoile reste pointue
Hauteur et azimut de la Lune 39°, azimut 124° décide du dégagement à chercher sur le site et de l'épaisseur d'atmosphère traversée
Angle depuis la corne la plus proche 80° nord, signe positif le signe positif annonce le limbe sombre : l'événement le plus facile de la soirée
Angle depuis le nord vrai 101° l'orientation du point sur le limbe, à reporter sur une carte de la Lune
Angle depuis le vertex 134° le seul angle directement utilisable à l'oculaire, le vertex étant le point du bord le plus haut sur l'horizon

Le limbe

Trois angles pour un même point, et un signe qui tranche

Chaque angle sert un usage distinct — trier les événements, reporter sur une carte, viser à l'oculaire — et le signe dit de quel côté du disque l'étoile disparaît.

Le repère qui décide de la soirée

L'angle depuis la corne la plus proche est le nombre à lire en premier. Il compte les degrés le long du bord depuis l'extrémité de la partie éclairée la plus proche, et il porte une lettre — N ou S selon la corne, E ou W aux environs de la pleine Lune, quand les cornes s'évanouissent. Son signe fait tout le travail de tri : positif pour un événement sur la moitié non éclairée, négatif pour un événement sur la moitié éclairée. Un troisième cas existe pendant une éclipse de Lune : la colonne bascule alors sur la distance au centre de l'ombre, exprimée en pourcentage du rayon de l'ombre et suivie d'un U, avec des valeurs qui montent jusqu'à 103 %. C'est le moment de l'année où le limbe entier devient sombre, et où des étoiles de 10 mag passent à portée d'un instrument moyen.

Nord vrai pour la carte, vertex pour l'oculaire

Les deux autres angles décrivent le même point sous deux repères concurrents. L'angle depuis le nord vrai se compte depuis le nord céleste vers l'est, et sert à reporter l'événement sur une carte lunaire ou dans un rapport. L'angle depuis le vertex se compte depuis le point du bord le plus haut au-dessus de l'horizon : c'est celui qui parle à l'œil derrière l'oculaire, parce qu'il ne dépend ni de l'orientation du capteur ni de la rotation du champ. Sur la ligne de Regulus, ces deux angles valent 101° et 134° ; l'écart entre eux mesure simplement l'inclinaison du repère céleste par rapport à la verticale du lieu à cet instant. Placez le point dans le champ avant l'heure prévue, et vous garderez le regard au bon endroit du bord pendant les dernières minutes.
Schéma du disque lunaire partagé par le terminateur : la moitié éclairée, la moitié sombre, les deux cornes, un point de disparition sur le limbe sombre avec son angle compté depuis la corne nord, un point de réapparition sur le limbe éclairé, et l'angle du premier point compté depuis le nord vrai
Où se produit l'événement sur le limbe : angle depuis la corne, angle depuis le nord vrai, et le signe qui distingue les deux limbes — schéma astronoguide

L'occultation totale

Le geste standard, du pointage à la réapparition

Une extinction sans gradation, et le retard qu'elle provoque

Le bord lunaire ne porte aucune atmosphère : l'étoile brille, puis elle a disparu, entre deux images consécutives. La documentation de la section européenne le formule d'une manière qui décrit exactement ce qu'on ressent au premier événement — la brutalité de la chose surprend au point que même des observateurs entraînés mettent quelques dixièmes de seconde à réagir. Comparez avec un bord planétaire, qu'une atmosphère borde et qui éteint l'étoile progressivement, ou avec le passage d'un disque étendu : ici, la transition est un mur. Cette raideur est une chance pour la mesure, parce qu'elle place l'instant recherché dans un intervalle très court ; elle devient un piège dès que l'observateur compte sur son temps de réaction plutôt que sur un enregistrement daté. Les deux clichés du 21 février 2025 reproduits sur cette page encadrent un événement de ce type : à 04 h 27 l'étoile se tient encore du côté éclairé, à 05 h 38 elle est ressortie du côté sombre, soit 71 minutes plus tard.

Ce que ce tutoriel laisse à son frère

Tout ce qui concerne la chaîne de datation — sensibilité et cadence du capteur, incrustation de l'heure image par image, contrôle de la synchronisation, longueur de l'enregistrement, extraction de la courbe puis calcul des instants avec leurs barres d'erreur — se joue exactement comme pour une cible d'astéroïde, et le tutoriel chronométrer une occultation le déroule pas à pas. Deux repères propres au cas lunaire suffisent à situer l'exigence. Une datation visuelle sert encore le profil lunaire tant qu'elle tient 0,2 s, et 0,5 s reste acceptable sur une rasante. Une seule contrainte de position change par rapport aux astéroïdes, et elle est plus sévère : la latitude et la longitude du poste se donnent à 10 m près, l'altitude à 5 m, ce qu'un récepteur satellitaire atteint en cinq minutes de moyennage sous un ciel dégagé au-dessus de 15° de hauteur.
Antarès, petit point orangé, se tient à l'écart du bord non éclairé de la Lune une heure après le premier cliché : l'étoile a franchi le disque et se retrouve du côté sombre
Antarès et la Lune le 21 février 2025 à 05 h 38, l'étoile dégagée du côté non éclairé — Fernando de Gorocica (CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons)
  1. Trier la liste par le signe de l'angle de corne

    Gardez les événements positifs, ceux du limbe sombre, et laissez les négatifs à plus tard. Le halo du bord éclairé noie une étoile faible et fatigue l'œil ; sur le limbe sombre, la même étoile tient sans effort.

  2. Vérifier la hauteur de la Lune et celle du Soleil

    Une Lune à 39° passe au-dessus des toits et traverse peu d'atmosphère. Un Soleil à −6° laisse un fond de ciel crépusculaire encore clair : la cible doit alors être brillante, comme Regulus à 1,4 mag.

  3. Placer le point du limbe dans le champ avant l'heure

    Repérez la position annoncée par l'angle depuis le vertex, orientez le champ, et installez-vous dix bonnes minutes avant l'instant prévu. Le suivi doit tenir seul : une correction manuelle au moment de la disparition ruine la mesure.

  4. Lancer l'enregistrement largement en avance

    L'incertitude sur l'instant se compte en secondes, celle sur votre propre horloge en dixièmes. Démarrez plusieurs minutes avant, arrêtez plusieurs minutes après, et laissez le fichier tourner pendant toute la fenêtre.

  5. Enchaîner sur la réapparition, à l'autre bord

    Elle survient jusqu'à un peu plus d'une heure après, à l'opposé du disque, et se rate facilement : l'étoile réapparaît sans prévenir là où l'œil ne regardait pas. Reportez le second angle avant de quitter l'oculaire.

  6. Consigner la position, l'instrument et la méthode

    Coordonnées relevées sur place, altitude, diamètre du tube, mode de datation, conditions de ciel : le rapport se prépare avant l'événement et se transmet au coordinateur régional, le module de compte rendu du logiciel de prédiction étant la voie recommandée.

Le montage

Un petit tube stable vaut mieux qu'un gros tube fixe

La brillance des étoiles visées libère le diamètre, et l'exigence se déplace vers la monture, le détecteur et la hauteur de visée.

Le matériel que cette discipline suppose vraiment

La consigne de la section européenne surprend par sa modestie : une lunette de 6 cm ou un miroir de 11 cm couvrent la plupart des rasantes, et la stabilité de la monture ainsi que la qualité du suivi comptent bien davantage que le diamètre. La raison est arithmétique : les étoiles visées brillent au-dessus de 4,8 mag dans les listes publiées, et une rasante sur le bord éclairé se limite même aux astres de 3,5 mag et plus brillants. Dans notre sélection, la Sky-Watcher 70/700 AZ2 répond exactement à ce cahier des charges pour 131,00 € : 700 mm de focale à f/10, une longue focale qui étale le bord lunaire dans le champ, et un ensemble assez léger pour être installé seul en quelques minutes. Le détecteur décide ensuite de la précision atteignable. La Svbony SV305C, à 179,99 €, produit la séquence continue que le dépouillement réclame ; la Svbony SV205 caméra-oculaire, à 102,99 €, remplace l'oculaire et renvoie l'image sur un écran, ce qui permet de vivre une première extinction à plusieurs avant d'engager davantage. Reste l'assise, que la longue focale rend critique : un trépied de 184 cm avec son adaptateur, à 64,99 €, monte l'oculaire à hauteur d'œil pour une visée haute et encaisse la manipulation du boîtier sans transmettre de tremblement. Prix relevés début août 2026.

Les rasantes

Se poster sur une ligne, et laisser le relief écrire

Une bande de deux à trois kilomètres, et une ligne dedans

À deux ou trois kilomètres de la limite nord ou sud de la zone de visibilité, l'occultation cesse d'être un couple d'instants pour devenir une suite. L'étoile longe le bord, se cache derrière une crête, ressort dans une vallée, se cache de nouveau : c'est la rasante, et le profil ci-dessous en donne la lecture directe. L'axe horizontal parcourt le limbe en degrés, de 337° à 344° ; l'axe vertical mesure l'écart au bord moyen en secondes d'arc, gradué de −1,0″ à +1,0″ ; le tracé en pointillés suit l'étoile, et les huit points colorés marquent ses disparitions et ses réapparitions successives. Le placement se joue à l'intérieur de cette bande, et il n'a rien d'un hasard : les prédictions de rasante joignent au profil une colonne de barres qui annonce, pour chaque distance à la ligne de limite, le nombre d'événements attendus. On choisit une distance, pas un village.

Trois exigences que la rasante durcit

La première porte sur la position. La chute d'un poste au fond d'une vallée du limbe se déplace dès qu'on bouge de quelques dizaines de mètres : deux observateurs séparés de 15 m relèvent déjà des instants différents, et la limite calculée n'est valable que si l'altitude du site reste à 50 m près de celle qui a servi au calcul. La deuxième porte sur la finesse. La Lune fait défiler environ 1 km de terrain par seconde, soit 10,3 km en dix secondes ; une datation à 0,1 s résout donc 100 m de relief, une vidéo cadencée à quelques centièmes descend vers 30 m, et un pointage visuel à 0,3 s plafonne autour de 300 m. La troisième porte sur l'anticipation : la fenêtre utile dure quelques minutes, les événements s'enchaînent en quelques secondes, et rien ne se rattrape. Une rasante s'aborde après plusieurs occultations totales réussies, jamais avant.
Profil d'une occultation rasante : la ligne de crêtes du limbe lunaire en relief, la trajectoire apparente de l'étoile tracée en pointillés au-dessus, et huit points colorés marquant les disparitions et les réapparitions relevées par un observateur
Profil d'une rasante du 29 juillet 2005, huit événements relevés depuis un seul poste sur un relief restitué par l'altimétrie de la sonde Kaguya — KuriwaObs (CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons)

Ce que le peigne d'observateurs a produit, et ce qu'il produit encore

La disposition classique aligne les postes perpendiculairement à la trace, chacun rasant le bord à une profondeur différente : les uns coupent les sommets, les autres balaient les vallées, et l'assemblage de leurs séries restitue le profil. L'expédition de Conowingo Dam, dans le Maryland, en donne le modèle historique — le 10 mai 1981, dix-sept observateurs répartis le long de la limite ont livré le premier enregistrement vidéo d'événements multiples pendant une rasante, avec 14 événements en 62 s sur la bande, tandis que l'essentiel du profil sortait des quinze relevés visuels. Le tracé publié amplifie l'échelle verticale d'un facteur 32 par rapport à l'horizontale, parce que la Lune parcourt près de 180 km entre la disparition et la réapparition au poste le plus au sud. Cette page-là de la discipline mérite d'être racontée telle qu'elle est aujourd'hui : le relief lunaire ayant été cartographié par l'altimétrie laser de deux sondes, les responsables des prédictions écrivent désormais que la topographie est si bien connue qu'un à trois postes suffisent, et que l'intérêt s'est déplacé vers l'astrométrie stellaire et les étoiles doubles. Le peigne à dix-sept reste une belle sortie de club ; la contribution scientifique, elle, tient dans la qualité de chaque relevé.

Watts, Kaguya, LRO : d'où vient la ligne que vous suivez

Le profil affiché par les logiciels a une histoire courte et deux ruptures. Jusqu'aux années 1990, la référence restait le catalogue photographique publié par C. B. Watts en 1963, qui donnait les hauteurs du bord dans toutes les librations mais laissait en blanc une région du limbe que le Soleil n'éclaire jamais. Les positions stellaires se sont d'abord améliorées, ce qui a permis d'utiliser les rasantes pour corriger ce catalogue événement après événement. Puis l'altimétrie laser embarquée a tout recalé : la sonde japonaise lancée en 2007, puis l'orbiteur américain de 2009, ont livré des structures de surface connues de 200 m jusqu'à 5 m, et les prédictions de rasante s'appuient désormais sur cette altimétrie, publiée en 2013, plutôt que sur les anciennes chartes. Le profil du 29 juillet 2005 reproduit plus haut a d'ailleurs été retracé sur les mesures de la sonde japonaise, bien après l'observation elle-même.

Avantages

  • Occultation totale : deux instants seulement, un bord franc, et un événement annoncé à la seconde depuis votre jardin
  • Occultation totale : la Lune en offre plusieurs par mois à portée d'une lunette de 70 mm, sans déplacement
  • Occultation totale : une datation visuelle à 0,2 s garde une valeur, ce qui autorise une montée en compétence progressive
  • Rasante : la succession d'événements dessine le relief du bord, et donne la plus belle démonstration visible du mouvement de la Lune

Inconvénients

  • Rasante : la zone utile mesure deux à trois kilomètres, et le placement demande une carte, une altitude et un repérage de jour
  • Rasante : les événements s'enchaînent en quelques secondes, ce qui met un chronomètre simple hors jeu
  • Rasante : la tolérance de position tombe à quelques dizaines de mètres, altitude comprise
  • Occultation totale : la réapparition survient à l'opposé du disque, plus d'une heure après, et se manque dès qu'on relâche l'attention

Le piège

Quand l'étoile s'éteint en deux marches

La prédiction annonce une partie de ces couples, et la zone qu'elle laisse dans l'ombre est précisément celle où l'observation apporte du neuf.

Une extinction en escalier trahit un couple non résolu

Voici l'observation qui déroute le débutant et qui fait la valeur de la discipline. Au lieu de s'éteindre d'un coup, l'étoile faiblit d'abord, tient un court palier, puis s'éteint pour de bon — et la réapparition rejoue la même scène à l'envers. Cette signature ne dénonce aucune erreur de manipulation : elle trahit une étoile double dont les composantes passent l'une après l'autre derrière le bord. Le mécanisme se lit sur la ligne de prédiction d'Antarès reproduite plus haut, où le logiciel annonce le couple par ses paramètres — deux composantes de 1,0 mag et 5,4 mag séparées de 2,5″ à l'angle 278,0° — et calcule même l'écart temporel attendu entre les deux extinctions, ici 8 s. Il ajoute une mention qui vaut invitation : ce couple est serré, et les observations sont vivement souhaitées.

Les couples que la table ne montre pas

Le fichier de doubles zodiacales qui alimente ces avertissements a ses limites, écrites noir sur blanc : les compagnons plus faibles que 12,0 mag en sont généralement absents, et les couples très serrés dont les paramètres restent inconnus, en pratique ceux dont la séparation descend sous 0,2″, n'y figurent pas davantage. Voilà pourquoi l'observation garde du sens : c'est exactement dans cette zone aveugle que les rasantes ont livré, à l'œil, des binaires séparées de 0,02″ — un domaine qui comble l'intervalle entre les couples que l'on sépare directement et ceux que seule la spectroscopie révèle. La conduite à tenir est simple : décrivez ce que vous avez vu, y compris une extinction douteuse ou progressive, plutôt que d'arrondir la scène à un instant unique. Le geste de dépouillement, lui, appartient au tutoriel frère, qui montre comment un programme d'analyse modélise ces marches successives.

Où trouver les événements d'une saison

Les rendez-vous se répartissent en deux familles. Les passages spectaculaires, d'abord, que les annuaires annoncent un an à l'avance : l'annuaire nord-américain de 2026 retient ainsi Regulus derrière une Lune éclairée à 98 % le 3 février, l'occultation de Jupiter du 6 octobre par une Lune éclairée à 20 %, et plusieurs traversées des Pléiades — M45 — dont les meilleures tombent fin février, mi-juin, début août et début septembre. La Ruche, M44, y passe deux fois dans l'année. Les listes locales, ensuite, calculées pour votre site et votre diamètre de tube : elles descendent bien plus bas en magnitude et fournissent la matière d'un programme régulier. Un dernier créneau mérite d'être noté au crayon rouge : pendant une éclipse totale de Lune, le disque entier devient sombre, et des étoiles de 10 mag deviennent chronométrables là où une Lune ordinaire n'en laisserait passer aucune.
L'avis de Luc

L'avis de Luc

L'extinction est instantanée : l'étoile est là, puis absente, sans la moindre transition. Attendre un plongeon progressif comme dans la brume, c'est lâcher un juron au lieu d'appuyer sur le bouton. La parade consiste à ne plus dépendre du réflexe — laisser l'enregistreur tourner huit minutes autour de l'heure annoncée et se contenter de regarder, même avec une lunette de 70 mm depuis un balcon. La réapparition demande une préparation supplémentaire, parce qu'elle survient une heure plus tard et à l'autre bord : l'angle depuis le vertex se note sur un bout de papier scotché au trépied avant de mettre l'œil à l'oculaire. Quant à la rasante, elle vient plus tard, et son chemin de terre se repère en plein jour, la veille.

Continuer

Le reste de la chaîne, du bord lunaire au rapport

Récepteur GPS portable orange et noir posé à plat, écran allumé : la source d'heure d'un poste de chronométrage Le chronométrage, pas à pas Choisir l'événement, régler le capteur, incruster l'heure des satellites, enregistrer largement autour de la fenêtre, puis extraire les deux instants et leurs barres d'erreur. La chaîne de mesure, dans le détail. Schéma des angles repérant un événement sur le limbe lunaire Le réseau et ses deux programmes Qui distribue les prévisions, qui archive les résultats, et ce que font exactement le programme de calcul et les deux logiciels de dépouillement. L'échelon d'organisation dont dépend la valeur d'une nuit. Schéma de la bande d'ombre d'un astéroïde au sol : quatre observateurs alignés en travers mesurent des cordes de longueurs différentes, deux stations restant négatives de part et d'autre La même mesure, derrière un astéroïde Une durée multipliée par la vitesse de l'ombre donne une longueur, et six observateurs alignés en travers donnent une figure. La géométrie de l'ombre au sol et la valeur d'un résultat négatif. Croissant de Lune décroissante au-dessus du limbe bleuté de la Terre, sur fond de ciel noir Le relief du bord, vu de face Les mêmes montagnes qui découpent une rasante défilent chaque mois le long de la ligne d'ombre. Les repérer au fil des soirs entraîne l'œil à reconnaître la région du limbe où l'étoile va disparaître. Almach dédoublée à fort grossissement : la géante orangée et sa voisine bleue, chacune ceinte de ses anneaux de diffraction Les couples serrés, à l'oculaire Le critère de séparation, l'écart de magnitude qui pèse davantage que l'écart angulaire, et les couples à travailler pour reconnaître une double avant qu'une occultation ne la révèle.

Un bord franc, une horloge honnête, un poste immobile

Une lunette transportable, un capteur qui cadence et un trépied qui tient jusqu'à la réapparition : le ticket d'entrée de cette discipline se range dans un coffre. Notre sélection d'astrophotographie, du capteur d'initiation au train complet.

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