Aller au contenu
astronoguide
Thème

Thème

Apprendre

Renvoi coudé et redresseur : qui fait quoi à l'image

Vous pointez la Lune, vous poussez le tube vers la droite pour la recentrer — et dans l'oculaire, elle file vers la gauche. C'est normal : un instrument d'astronomie retourne l'image, et le petit boîtier coudé glissé entre le tube et l'oculaire ne fait pas ce qu'on croit. Selon qu'il enferme un miroir, un prisme droit ou un prisme à toit d'Amici, il vous rend une vue confortable, une vue en miroir ou une vue enfin correcte pour lire une carte ou viser un clocher. Voici, pièce par pièce, ce que chaque renvoi coudé et chaque redresseur change vraiment à l'orientation de ce que vous regardez.

90 °
la déviation d'un renvoi coudé classique, qui relève le regard vers le haut au lieu de vous plier en deux sous le tube
45 °
l'angle d'un renvoi terrestre, penché pour observer à l'oblique un paysage ou un oiseau plutôt que le zénith
99 %
la lumière renvoyée par un miroir diélectrique haut de gamme, là où un aluminium simple en rend environ 88 %
31 ,75 mm
le coulant standard, dit « 1,25 pouce », qui accueille la grande majorité des renvois et des oculaires
100 ×
le grossissement au-delà duquel un prisme d'Amici se trahit par un fin trait de lumière en travers des astres brillants

Le point de départ

Un instrument d'astronomie retourne l'image — et c'est voulu

Le retournement découle directement de la façon dont l'image se forme, et le laisser en place préserve la lumière que chaque surface ajoutée prélèverait.

Pourquoi l'image d'un télescope arrive à l'envers

Un objectif — lentille de lunette ou miroir de télescope — forme une image réelle et retournée : le haut devient le bas, la gauche devient la droite, exactement comme l'image projetée par un vidéoprojecteur qu'on aurait monté à l'envers. Sur une étoile, cela n'a aucune importance ; sur la Lune, sur Jupiter ou face à une carte du ciel, cette rotation de 180° change tout. Les concepteurs ne la corrigent pas d'office : chaque surface optique ajoutée pour « remettre l'image à l'endroit » coûte de la lumière et de la finesse, deux choses précieuses la nuit. Le débutant le découvre le premier soir, quand il pousse le tube vers la droite et voit l'astre fuir à gauche. Le renvoi coudé, le prisme et le redresseur sont les trois réponses à ce désagrément — chacune avec sa contrepartie, que voici en détail.

La pièce la plus courante

Le renvoi coudé à miroir : le confort de la nuque, l'image en miroir

Un miroir à 45° qui relève le regard de 90°

Sur une lunette ou un Maksutov, on observe par l'arrière du tube. Pointez près du zénith et le porte-oculaire plonge au ras du sol : impossible d'y coller l'œil sans s'agenouiller. Le renvoi coudé loge un miroir incliné à 45° qui redresse le faisceau de 90° et présente l'oculaire à hauteur d'homme. Le gain de confort est énorme, et un bon miroir se paie en lumière : un aluminium standard réfléchit environ 88 à 90 % du flux, un aluminium renforcé 94 à 96 %, un traitement diélectrique multicouche dépasse 99 % et ne s'oxyde pas avec les années. Contrepartie unique mais réelle : le miroir redresse l'image de haut en bas, mais l'inverse de gauche à droite. Vous obtenez une image droite… vue dans un miroir. Un texte au sol y apparaîtrait à l'endroit mais lisible seulement dans une glace.
Renvoi coudé à miroir Sky-Watcher : boîtier noir coudé à 90°, entrée pour le tube d'un côté, porte-oculaire chromé de l'autre
Renvoi coudé à miroir, coulant 31,75 mm — Marie-Lan Nguyen (CC BY 2.5)

La variante à verre

Le renvoi coudé à prisme : autant de lumière, jamais d'oxydation

Le prisme rend la même orientation d'image que le miroir, et l'arbitrage se joue ailleurs : dans la durée de vie de la pièce et dans le rapport d'ouverture du tube qui la reçoit.

Un prisme droit à la place du miroir

À la place du miroir, certains renvois enferment un prisme à angle droit qui replie le faisceau par réflexion totale interne sur sa face oblique. Un prisme bien taillé transmet autant de lumière qu'un bon miroir, parfois davantage, et il ne craint ni l'humidité ni l'oxydation du dépôt métallique : c'est une pièce qui vieillit sans se dégrader. Son image reste, comme celle du miroir, droite verticalement mais inversée gauche-droite — même verdict d'orientation. Deux réserves le cantonnent au petit et moyen instrument : sur les tubes très ouverts (rapport focal court, autour de f/5), le passage dans le verre peut introduire un léger chromatisme en bord de champ ; et un prisme de 50,8 mm (2 pouces) devient une masse de verre lourde et coûteuse, là où le miroir reste plus léger. Pour le planétaire à la lunette, beaucoup d'observateurs préfèrent malgré tout le prisme, réputé un rien plus « propre » sur les forts grossissements.

La vraie correction

Le prisme d'Amici : une image enfin correcte dans les deux sens

Un toit à 90° qui rétablit la gauche et la droite

Le prisme d'Amici — du nom de l'opticien italien Giovanni Battista Amici, XIXe siècle — remplace la face réfléchissante unique par une arête « en toit », deux facettes qui se rejoignent à 90°. Ce toit scinde l'image en deux moitiés et les recolle en ayant inversé le sens gauche-droite. Résultat : l'image sort droite verticalement ET correcte horizontalement, exactement dans le sens du ciel et de votre carte. On le vend en renvoi coudé à 90° (dit « correct-image ») ou à 45° pour l'usage terrestre. Sa contrepartie est optique : l'arête du toit, une ligne infiniment fine, diffracte la lumière des astres les plus vifs. Au-delà d'environ 100×, une étoile brillante, la Lune ou une planète montrent un discret trait lumineux qui les traverse — le fameux « spike ». Négligeable à faible grossissement et sur un paysage, il exclut l'Amici du planétaire poussé.
Schéma du prisme à toit d'Amici : la face en toit à 90° scinde le faisceau et rétablit le sens gauche-droite tout en déviant la lumière
Trajet de la lumière dans un prisme d'Amici (à toit) — Fred the Oyster (CC BY-SA 4.0)
Ce que chaque pièce fait à l'orientation de l'image
Accessoire Haut ↔ bas Gauche ↔ droite Pour quoi
Aucun renvoi (image directe) inversé inversé Newton : image tournée de 180°, on vise la tête penchée
Renvoi coudé à miroir (90°) droit inversé (miroir) confort au zénith, lunette et Maksutov, ciel profond et planètes
Renvoi coudé à prisme droit (90°) droit inversé (miroir) idem, sans oxydation, un peu plus lourd en 50,8 mm
Prisme d'Amici / redresseur (45° ou 90°) droit droit image correcte : cartes, paysage, faune, Lune à faible grossissement

Terre et ciel

Le renvoi à 45° : quand la lunette devient longue-vue

45° pour viser à l'oblique, redressé pour la journée

L'angle du renvoi répond à ce que vous regardez. Le 90° relève le regard vers le haut — parfait quand l'astre est perché près du zénith. Le 45° penche l'œil à mi-chemin, une position naturelle pour balayer un paysage, une falaise ou un rapace posé sur un arbre : c'est l'angle des longues-vues d'observation naturaliste. La plupart des renvois terrestres à 45° embarquent justement un prisme d'Amici, car regarder un panneau routier ou un chamois inversé de gauche à droite est intenable. Une lunette de 70 à 100 mm équipée d'un tel renvoi devient une longue-vue diurne polyvalente, capable le soir venu de repointer la Lune. C'est cette double vie terre-ciel qui séduit les familles et les randonneurs — une souplesse qu'un télescope de Newton, lui, n'offre jamais.
Prisme d'Amici à 45° pour usage terrestre : bloc de verre monté dans un coulant chromé, arête en toit visible sur le dessus
Renvoi terrestre à prisme d'Amici, incliné à 45° — Kapege.de (CC BY-SA 3.0)

Le cas à part

Le télescope de Newton : pas de renvoi, une image tournée de 180°

La position latérale du porte-oculaire dispense ce télescope de l'accessoire, et la rotation qui subsiste dans le champ se gère par l'habitude plutôt que par le matériel.

Pourquoi un Newton se passe de renvoi coudé

Le télescope de Newton ne reçoit jamais de renvoi coudé, et pour une raison géométrique : son porte-oculaire est placé sur le côté, près du haut du tube, pas dans son axe arrière. On y observe déjà debout, l'œil à hauteur commode, sans avoir à relever le faisceau. L'image qu'il donne est simplement retournée de 180° — haut et bas inversés, gauche et droite inversées — soit une rotation d'un demi-tour, sans effet de miroir. Un cratère qui monte dans le champ descend à l'oculaire, un astre poussé vers l'ouest se déplace vers l'est de la vue. On ne corrige pas : on apprend à raisonner à l'envers, ou l'on tourne mentalement sa carte de 180°. C'est déroutant une soirée, puis cela devient un automatisme. Vouloir « redresser » un Newton avec un accessoire ne ferait qu'ajouter des surfaces et voiler les objets faibles du ciel profond, sa spécialité.

Sur le terrain

Pointer avec une carte quand l'image est retournée

L'orientation du champ se déduit du renvoi monté sur le tube, et une manœuvre faite sur deux étoiles brillantes la confirme en quelques secondes sur le terrain.

Accorder sa carte à ce que montre l'oculaire

Le vrai piège d'orientation n'est pas dans l'oculaire, il est entre l'oculaire et la carte du ciel. Un atlas imprime le ciel tel qu'on le voit à l'œil nu ; votre instrument, lui, le montre retourné d'une façon qui dépend du renvoi monté. Trois cas à mémoriser une fois pour toutes : au Newton, tournez la carte de 180° ; avec un renvoi à miroir ou à prisme, la carte est à l'endroit en haut-bas mais il faut la lire en miroir pour la gauche-droite (retenez que l'est et l'ouest sont permutés) ; avec un renvoi d'Amici, la carte correspond directement au champ. La méthode qui ne trompe jamais : repérez un couple d'étoiles brillantes bien identifié, notez dans quel sens elles bougent quand vous décalez doucement le tube, et calez votre carte sur ce mouvement. Une fois l'orientation du champ comprise, le cheminement d'étoile en étoile devient fluide.
  1. Identifiez le sens réel du champ

    Centrez une étoile brillante, poussez très légèrement le tube vers le nord, puis vers l'est. Observez de quel côté l'étoile s'échappe : vous connaissez désormais l'orientation exacte de votre oculaire ce soir-là.

  2. Accordez la carte au renvoi monté

    Newton : tournez la carte de 180°. Renvoi à miroir ou prisme : gardez le haut-bas, lisez la gauche-droite en miroir. Renvoi d'Amici : ne touchez à rien, le champ colle à la carte.

  3. Cheminez d'étoile en étoile à faible grossissement

    Montez un oculaire grand champ qui donne 30 à 50× et sautez de repère en repère dans le sens que vous venez d'établir. C'est ainsi qu'on tombe sur un amas ou une galaxie sans GoTo.

La question pratique

Coulant 31,75 ou 50,8 : lequel pour votre renvoi

Le diamètre du coulant fixe le champ possible

Un renvoi coudé se choisit aussi par son coulant, le diamètre du tube qui reçoit l'oculaire. Le format 31,75 mm (le « 1,25 pouce ») équipe l'immense majorité des instruments et suffit à tout le planétaire et à la plupart du ciel profond. Le format 50,8 mm (« 2 pouces ») laisse passer les oculaires à très grand champ, précieux pour les grands amas et les nébuleuses étendues, au prix d'un renvoi plus lourd et plus cher. Un vieux standard à 24,5 mm (0,965 pouce) survit sur le matériel d'entrée de gamme ancien : fuyez-le, l'offre d'oculaires y est indigente. Une règle d'or : le coulant du renvoi doit correspondre à celui du porte-oculaire ET à celui de vos oculaires ; des bagues réductrices 50,8 → 31,75 mm font le pont, mais un renvoi 50,8 mm n'a d'intérêt qu'avec des oculaires 50,8 mm en face.
Gros plan sur le miroir incliné d'un renvoi coudé, vu depuis l'entrée du coulant
Le miroir à 45° au cœur d'un renvoi coudé — Zecas (CC BY-SA 3.0)
Les trois coulants et leur usage
Coulant En pouces Ce qu'il vaut aujourd'hui
24,5 mm 0,965″ ancien standard des lunettes de grand magasin ; oculaires rares et médiocres, à éviter
31,75 mm 1,25″ le format universel : planétaire, Lune, ciel profond ; le bon choix par défaut
50,8 mm 2″ réservé aux oculaires grand champ pour amas et nébuleuses étendues ; renvoi lourd et coûteux
L'avis de Luc

L'avis de Luc

Un renvoi 90° à miroir pour le ciel, et un 45° à prisme d'Amici en plus seulement si la Terre intéresse aussi. L'image en miroir, avec l'est et l'ouest permutés, s'apprivoise en deux soirées ; le prisme redresseur devient en revanche indispensable pour observer des crêtes en journée ou prêter la lunette à quelqu'un qui vise des bateaux. Son défaut apparaît dès 150× sur Saturne : le petit trait de lumière de l'arête sort de l'image. Et pour le premier soir, une astuce évite de se battre avec l'orientation — bouger le tube, regarder où file l'étoile, tourner la carte en conséquence.

Continuer

Pour aller plus loin

Lunette achromatique bleue sur monture équatoriale dans un jardin : le renvoi coudé et l'oculaire sont montés à l'arrière du tube La lunette astronomique, où se glisse le renvoi Le réfracteur, son objectif et son porte-oculaire arrière : l'instrument qui réclame un renvoi coudé pour observer sans se tordre la nuque. Schéma en coupe d'un télescope de Newton : le miroir primaire renvoie la lumière sur un secondaire incliné à 45° qui la sort par le porte-oculaire, sur le flanc du tube Le télescope de Newton, sans renvoi Porte-oculaire sur le flanc, image tournée de 180° : pourquoi le Newton se passe de renvoi coudé et comment on vise avec. Trois oculaires de diamètres de coulant différents alignés au-dessus d'une règle graduée Coulant 1,25 ou 2 pouces 31,75 ou 50,8 mm : le diamètre qui commande le champ de vos oculaires et le poids de votre renvoi, expliqué en détail. Prisme d'Amici 45° Bien choisir ses oculaires Ce qui se visse au bout du renvoi : grossissement, champ et coulant, pour tirer le meilleur de votre instrument.

Quel instrument pour débuter, et faut-il un renvoi coudé ?

Lunette avec renvoi, Maksutov compact ou Dobson sans renvoi : nos choix de premiers télescopes par usage et par budget, accessoires compris.

Revenir en haut de la page