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Apprendre

Traiter son image de ciel profond sous Siril, gratuitement

L'empilement vous a rendu un fichier terne, verdâtre, éclairci d'un côté par la pollution lumineuse : c'est normal, une image empilée sort linéaire et personne ne la regarde ainsi. Tout le rendu se joue maintenant, dans le traitement — et Siril, développé par l'équipe free-astro, le fait entièrement sans débourser un centime, sur Windows, macOS et Linux. Cette page prend la suite exactement là où votre logiciel d'empilement s'arrête : le fichier empilé sur le disque. Vous allez apprendre l'ordre qui décide de tout — recadrer, retirer le gradient, étalonner les couleurs par photométrie tant que l'image reste linéaire, puis seulement l'étirer, neutraliser le vert, réduire le bruit et exporter. Six gestes, un raccourci chacun, et une nébuleuse qui sort enfin des ténèbres.

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le prix de Siril : logiciel libre, multiplateforme, sans version bridée ni abonnement
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les gestes à mener sur image LINÉAIRE avant tout étirement : recadrage, gradient, couleurs
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le degré polynomial qui modélise le mieux un fond de ciel dégradé dans l'extraction de gradient
2023
l'année de Siril 1.2, qui a apporté l'étirement GHS et la calibration spectrophotométrique SPCC
16 bits
la profondeur minimale du TIFF d'export pour conserver toute la dynamique du signal

La règle qui prime sur tout

Linéaire d'abord : l'ordre des opérations décide du résultat

Deux traitements exigent une image encore proportionnelle aux photons reçus, ce qui fixe l'ordre du chantier entier et la nature du fichier que vous ouvrez au départ.

Trois gestes tant que l'image reste linéaire, l'étirement ensuite

Une image fraîchement empilée est linéaire : chaque valeur de pixel reste proportionnelle au nombre de photons reçus. C'est dans cet état, et seulement dans cet état, que deux traitements donnent un résultat juste. Le retrait de gradient suppose que le fond parasite s'ajoute de façon lisse à un signal encore fidèle ; l'étalonnage des couleurs par photométrie compare l'éclat mesuré des étoiles à un catalogue, ce qui n'a de sens que sur des mesures non déformées. Étirez d'abord, et vous mentez à ces deux outils : la correction de couleur tombe à côté, le gradient revient par la fenêtre. L'ordre est donc gravé — recadrer les bords abîmés par l'alignement, retirer le gradient, calibrer les couleurs, puis seulement étirer. Après l'étirement, l'image devient non linéaire et le reste (vert, bruit, saturation, netteté) suit dans cet espace d'affichage.

Siril empile aussi : d'où vient le fichier que vous ouvrez

Siril réalise l'empilement complet — conversion en FITS, débayerisation du capteur couleur, soustraction des darks et division par les flats, alignement, intégration avec rejet des pixels aberrants. Si vous avez empilé ailleurs (DeepSkyStacker reste un classique pour cela), exportez un TIFF 32 bits sans aucun ajustement automatique et ouvrez-le ici : la suite est identique. Le fichier de départ s'appelle typiquement result.fit ou pp_light_stacked.fit, et il regroupe souvent 120 × 180 s de poses, soit six heures de signal accumulé qu'il s'agit maintenant de révéler.

Point de départ

Ouvrir l'image empilée et comprendre ce que vous voyez

L'auto-ajustement d'affichage ment gentiment, laissez-le faire

Ouvrez le fichier empilé : l'image apparaît presque noire. Basculez le mode d'affichage sur Auto-ajustement (autostretch) et la nébuleuse surgit d'un coup. Attention — ce réglage ne touche pas aux données, il ne fait qu'étirer l'aperçu à l'écran pour que vous voyiez ce que vous manipulez. Vos pixels restent linéaires en dessous, ce qui est exactement ce qu'il faut pour les deux prochaines étapes. Commencez par recadrer : les bords portent des franges et des zones mal recouvertes par l'alignement, tracez une sélection sur la partie nette et validez le recadrage. Une image plus petite se traite aussi plus vite, et un bord propre facilite l'analyse du fond de ciel qui vient juste après.
Interface de Siril : la fenêtre d'image à gauche, les onglets de traitement et l'histogramme à droite
L'interface de Siril — capture par la communauté free-astro (Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0)

Geste 1 sur image linéaire

Retirer le gradient : l'extraction de fond de ciel

Modéliser le fond parasite, puis le soustraire

La pollution lumineuse, la Lune ou le crépuscule laissent un dégradé lisse en travers de l'image : un côté plus clair, une teinte qui rampe. L'outil Extraction du fond de ciel le corrige en semant une grille d'échantillons sur les zones vides, en ajustant une surface mathématique à ces points, puis en la retranchant. Deux modèles : le polynomial, une nappe douce dont le degré 4 convient à la plupart des gradients de pollution ; la fonction à base radiale (RBF), plus souple, pour les fonds tourmentés. Réglez le nombre d'échantillons pour couvrir l'image, puis retirez à la main tout point tombé sur une étoile, sur la nébulosité ou sur la galaxie — un échantillon posé sur du signal réel prendrait votre cible pour du fond et la creuserait. Gardez le mode Soustraction : le gradient s'ajoute au signal, on le soustrait donc, on ne le divise pas (la division est réservée à ce que les flats corrigent, comme le vignetage).
Outil d'extraction de fond de ciel de Siril : la grille d'échantillons répartie sur l'image et les options polynomial/RBF
Extraction de fond (Background Extraction) dans Siril — Lock42 (Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0)

Geste 2 sur image linéaire

Étalonner les couleurs par photométrie, pas à l'œil

PCC et SPCC : les étoiles servent d'étalon de couleur

Régler la balance des blancs au jugé donne toujours une image trop bleue ou trop rouge selon l'humeur du soir. La calibration des couleurs par photométrie supprime la subjectivité : Siril résout d'abord l'astrométrie du champ (il identifie où pointe l'image), reconnaît des centaines d'étoiles, mesure leur éclat réel et le compare à un catalogue — désormais le catalogue Gaia DR3 et ses relevés d'une précision inédite. Comme la couleur moyenne d'un grand échantillon d'étoiles est connue, Siril en déduit la correction exacte à appliquer. La version SPCC (spectrophotométrique), arrivée avec Siril 1.2, va plus loin en tenant compte des courbes de réponse de votre capteur et de vos filtres. Une condition absolue : l'opération se fait sur l'image linéaire, avant tout étirement — les mesures d'éclat n'ont de valeur que non déformées.
Fenêtre de Photometric Color Calibration de Siril : résolution astrométrique et étalonnage des couleurs sur les étoiles détectées
Photometric Color Calibration (PCC) dans Siril — Lock42 (Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0)

Le tutoriel, dans l'ordre

De l'image empilée au TIFF fini, geste par geste

  1. Ouvrir et recadrer

    Chargez le fichier empilé (result.fit ou votre TIFF 32 bits), passez l'affichage en Auto-ajustement pour voir, tracez une sélection sur la zone nette et recadrez pour retirer les bords abîmés par l'alignement.

  2. Retirer le gradient

    Ouvrez l'Extraction du fond de ciel, choisissez le modèle polynomial de degré 4, générez la grille d'échantillons, supprimez ceux posés sur les étoiles ou la nébulosité, gardez le mode Soustraction, puis appliquez. L'image reste linéaire.

  3. Étalonner les couleurs

    Lancez la calibration photométrique (PCC ou SPCC). Laissez Siril résoudre l'astrométrie et détecter les étoiles, renseignez capteur et filtre pour la SPCC, validez. Toujours sur image linéaire — c'est le dernier geste avant l'étirement.

  4. Étirer l'histogramme

    Basculez maintenant en non-linéaire : Étirement asinh pour préserver la couleur des étoiles, ou GHS pour un contrôle fin du point noir et des tons moyens. Montez le signal par petites touches, en surveillant que le fond de ciel reste sombre sans être bouché.

  5. Neutraliser le vert (SCNR)

    Appliquez le SCNR en mode Neutre moyen : il efface la dominante verte laissée par la matrice de Bayer, dont les photosites verts sont deux fois plus nombreux. Aucune vraie source n'est verte dans le ciel profond, cette correction est quasi systématique.

  6. Saturer, débruiter, exporter

    Renforcez la saturation avec parcimonie, passez la Réduction de bruit sur les zones sombres, affinez si besoin, puis exportez en TIFF 16 ou 32 bits pour d'éventuelles finitions, ou en PNG/JPEG pour partager.

Étirer sans casser : asinh, histogramme et GHS

L'étirement est le moment où l'image quitte le linéaire pour devenir regardable : on comprime les hautes lumières et on relève les faibles lueurs. Trois outils dans Siril. L'étirement asinh (arc sinus hyperbolique) monte le signal faible en préservant la couleur des étoiles brillantes, qui restent des points colorés au lieu de virer au blanc empâté ; réglez le facteur d'étirement et le point noir. La Transformation de l'histogramme offre l'étirement classique par courbe de transfert. Enfin le GHS (étirement hyperbolique généralisé), arrivé avec Siril 1.2, place un point de symétrie sur l'histogramme et concentre l'effet exactement où vous le voulez — le fond, la nébuleuse ou les étoiles — sans toucher au reste. Procédez en plusieurs petites passes plutôt qu'un grand coup : le fond de ciel doit rester d'un gris sombre, jamais noir bouché (on y perd les extensions faibles) ni gris laiteux (la pollution ressort).

Neutraliser le vert puis réduire le bruit, dans cet ordre

Une fois l'image étirée, la dominante verte saute aux yeux : elle vient de la matrice de Bayer, où les photosites verts sont deux fois plus nombreux que les rouges ou les bleus. Le SCNR (réduction chromatique soustractive du bruit) l'efface, en mode Neutre moyen le plus souvent — aucune source astronomique réelle n'émet en vert franc, donc retirer cette teinte ne détruit aucun signal. Vient ensuite la Réduction de bruit : Siril intègre un débruitage qui lisse le grain des zones sombres tout en respectant les détails. Dosez-le à vue, car un débruitage trop appuyé rend la nébuleuse plastique, comme peinte. Terminez par un léger renfort de saturation pour faire chanter les couleurs révélées par la calibration, puis exportez. Pour aller plus loin en finition (calques, masques d'étoiles), un TIFF 16 bits reprend le relais dans un éditeur d'images.

Gagner du temps ensuite

Les scripts OSC : la calibration automatisée, une fois le geste compris

L'automatisation du prétraitement repose sur une arborescence de dossiers nommés à la lettre près, et elle prend tout son sens une fois chaque étape exécutée à la main.

Un clic pour tout le prétraitement, à réserver quand on sait ce qu'il fait

Siril livre des scripts qui enchaînent seuls tout le prétraitement d'un capteur couleur (OSC) : conversion, calibration par les darks et les flats, débayerisation, alignement, empilement — jusqu'à un fichier empilé prêt pour le traitement décrit ci-dessus. Il suffit de ranger ses images dans des dossiers nommés exactement lights, darks, flats et biases, puis de lancer le script depuis le menu. Une faute d'orthographe sur un nom de dossier, et le script s'arrête. Ces scripts font gagner un temps précieux, mais ils retirent tout contrôle visuel intermédiaire : passez d'abord une fois par le prétraitement manuel pour comprendre chaque étape, et réservez le script à la routine, une fois le résultat maîtrisé. Le vrai travail créatif, de toute façon, commence après l'empilement — c'est le traitement, et il reste manuel.
L'atelier Siril, dans l'ordre : geste, outil et espace de travail
Geste Outil dans Siril État de l'image
Recadrer les bords Sélection + Recadrage linéaire
Retirer le gradient Extraction du fond de ciel (polynomial degré 4 / RBF, Soustraction) linéaire — obligatoire
Étalonner les couleurs PCC / SPCC (catalogue Gaia DR3) linéaire — obligatoire
Étirer Étirement asinh, Histogramme ou GHS passe en non-linéaire
Neutraliser le vert SCNR (Neutre moyen) non-linéaire
Débruiter et saturer Réduction de bruit + Saturation des couleurs non-linéaire
Exporter Enregistrer en TIFF 16/32 bits non-linéaire

L'erreur qui gâche tout

Étirer avant de calibrer : le faux pas le plus courant

Le résultat : une nébuleuse qui tient de la seule lumière accumulée

Voici où mène la chaîne : NGC 7000, la nébuleuse de l'Amérique du Nord, et sa voisine IC 5070 le Pélican, dans le Cygne. Le fond est propre, sans dégradé ; les couleurs tiennent à une calibration mesurée, pas à un curseur poussé au hasard ; les étoiles restent ponctuelles et colorées grâce à un étirement asinh mené en douceur. Aucune de ces qualités ne s'obtient d'un logiciel payant plutôt qu'un autre : elles viennent de l'ordre des gestes et du temps de pose accumulé. Siril fait tout cela pour 0 €, et vous garde maître de chaque étape.
La nébuleuse NGC 7000 (Amérique du Nord) et IC 5070 (Pélican) traitées en palette HOO à partir de poses empilées
NGC 7000 et IC 5070 en HOO — Luc Viatour / Lviatour.com (Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.5)

D'où vient l'outil

Siril, un logiciel libre qui n'a cessé de mûrir

  1. Origines

    Siril naît dans la communauté francophone free-astro comme outil de prétraitement, avant de devenir une suite complète de traitement du ciel profond, entièrement libre et gratuite.

  2. Siril 1.0

    La première version majeure stable pose les fondations : empilement, extraction de fond de ciel et calibration photométrique des couleurs (PCC) dans une interface unifiée.

  3. Siril 1.2 (2023)

    Un cap : arrivée de l'étirement hyperbolique généralisé (GHS) pour un contrôle chirurgical de la montée du signal, et de la calibration spectrophotométrique (SPCC) tenant compte des courbes de réponse du capteur et des filtres.

  4. Siril 1.2.6 (2024)

    Les versions correctives consolident la débayerisation des capteurs récents et l'intégration d'outils externes comme GraXpert pour le gradient et le débruitage par IA.

L'avis de Luc

L'avis de Luc

L'image doit rester moche et linéaire encore un moment : c'est la seule chose à comprendre, et c'est celle qu'on refuse le plus longtemps. Étirer dès que la nébuleuse apparaît sous l'auto-ajustement envoie la calibration des couleurs en vrille et laisse un gradient impossible à rattraper ensuite. L'ordre ne souffre aucune exception — retirer le gradient, étalonner les couleurs sur les étoiles, et étirer seulement là. Cette liste se récite devant les 120 poses à empiler, chaque nuit d'acquisition, oculaire à peine rangé. Quant au logiciel à 300 € qu'on lorgne au début : Siril ne manque de rien pour cet usage, et il oblige à comprendre chaque bouton au lieu de cliquer sur un preset.

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