La plus petite figure du zodiaque rase l'horizon sud aux nuits de septembre. Deux étoiles seulement y dépassent la magnitude 4, et pourtant on y trouve une double à dédoubler sans jumelles, un amas globulaire vieux de treize milliards d'années, et le coin de ciel où l'on a débusqué Neptune au bout d'un calcul.
40
au classement des 88 constellations par surface (414 deg²)
2
étoiles seulement plus brillantes que la magnitude 4
39 al
distance de Deneb Algedi, sa plus brillante
1846
l'année où Neptune fut trouvée à sa frontière est
3 mois
de fenêtre d'observation, d'août à octobre
Repérer
Un sourire posé bas sur l'horizon sud
Le Capricorne ne se donne pas au premier regard : ses étoiles plafonnent autour de la magnitude 3, et depuis le nord de la France elles ne montent qu'à une vingtaine de degrés au-dessus de l'horizon sud, là où la brume et les lumières de ville mordent le plus. La figure dessine un large triangle aplati, ouvert vers le haut, que beaucoup décrivent comme un sourire ou une coque de bateau renversée. Sa pointe ouest est marquée par Algedi et Dabih, serrées l'une contre l'autre ; sa pointe est, la plus haute, par Deneb Algedi et Nashira. Entre les deux, une guirlande d'étoiles faibles referme le bas de la coque.
Carte : IAU / Sky & Telescope (CC BY 3.0)
Partez d'Altaïr et descendez plein sud
Altaïr, la pointe basse du Triangle d'été, sert d'aiguille : prolongez vers le sud d'environ 25° — deux largeurs de poing tendu — et vous butez sur le triangle discret du Capricorne, sous le Verseau.
Accrochez la paire de l'ouest
Algedi et Dabih, presque collées, forment un petit couple bien visible qui ancre la pointe droite de la figure. C'est le repère le plus sûr quand le reste de la constellation se noie dans la pollution lumineuse.
Suivez le sourire jusqu'à Deneb Algedi
De cette paire, laissez glisser le regard vers la gauche et le haut : la ligne d'étoiles remonte jusqu'à Deneb Algedi, la plus brillante de toutes, qui ferme la pointe est.
Choisissez le 20 septembre vers 21 h
À cette date, le Capricorne passe au méridien, au plus haut de sa maigre course. C'est le moment où il souffre le moins de l'épaisseur d'atmosphère et des lumières basses — visez une nuit sans Lune et un horizon sud dégagé.
Les étoiles
Deux doubles, et des noms de chèvre et de sacrifice
Algedi, deux étoiles qui n'ont rien à voir
Algedi (α Capricorni, « le chevreau » en arabe) est la plus belle leçon d'astronomie de la constellation. À l'œil, on distingue deux points, séparés d'environ 6,6 minutes d'arc — un cinquième du diamètre de la pleine Lune. Un observateur à la vue perçante les sépare sans aucun instrument ; aux jumelles, c'est immédiat. Or ces deux étoiles n'ont aucun lien : α² brille à la magnitude 3,6 à environ 109 années-lumière, tandis que α¹, un peu plus faible, est une supergéante jaune reléguée à quelque 690 années-lumière. Un pur alignement de perspective, et l'une des doubles « optiques » les plus faciles du ciel.
Dabih, un vrai couple pour jumelles
Juste à côté, Dabih (β Capricorni) est une double authentique, cette fois liée par la gravité. La principale, jaune orangé, brille à la magnitude 3,1 ; sa compagne, bleu blanc, à la magnitude 6,1, à environ 3,5 minutes d'arc. L'écart est plus serré que celui d'Algedi et l'écart d'éclat plus grand : à l'œil nu la petite se perd, mais de simples jumelles 10×50 détachent nettement le contraste de couleur. Son nom vient de l'arabe al-dhābiḥ, « le boucher » — souvenir des sacrifices rituels que marquait autrefois le lever de la constellation.
Deneb Algedi, la plus brillante et pourtant discrète
La vraie tête d'affiche, c'est Deneb Algedi (δ Capricorni), « la queue du chevreau », à la magnitude 2,85. Sa modestie cache une mécanique fine : c'est une binaire à éclipses de type Algol, dont l'éclat baisse légèrement quand sa compagne passe devant, sur une période de seulement 1,023 jour. À 39 années-lumière, c'est une géante blanche presque dans notre voisinage — et, par un hasard de calendrier céleste, c'est le repère qui a servi à pointer Neptune (voir plus bas).
Nashira, Alshat, et le reste du troupeau
La pointe est se complète de Nashira (γ Cap, magnitude 3,7), dont le nom signifie « la porteuse de bonne nouvelle », et plus bas de Alshat (ν Cap), « la brebis » — un bestiaire cohérent pour une figure de chèvre. Aucune de ces étoiles n'éblouit : le Capricorne est, après le Cancer, la constellation la plus terne du zodiaque. Sa richesse est ailleurs, dans le détail et dans l'histoire.
Les étoiles du Capricorne d'un coup d'œil
Étoile
Magnitude
Distance
Ce qu'elle est
Ce que vous verrez
Deneb Algedi (δ)
2,85
~39 al
binaire à éclipses (Algol)
la plus brillante, pointe est du sourire
Dabih (β)
3,1 / 6,1
~340 al
double vraie or et bleu
dédoublée aux jumelles 10×50
Nashira (γ)
3,7
~157 al
géante blanche
à côté de Deneb Algedi, à l'œil nu
Algedi (α²)
3,6
~109 al
géante jaune
séparable à l'œil nu de α¹
α¹ Capricorni
4,3
~690 al
supergéante jaune (sans lien)
à 6,6′ de α², simple alignement
Aucune ligne ne correspond au filtre.
Le ciel profond
M30, un cœur d'étoiles effondré sur lui-même
Le seul Messier de la constellation
Le Capricorne n'abrite qu'un objet du catalogue Messier, mais il est remarquable : M30 (NGC 7099), un amas globulaire de magnitude 7,2 débusqué par Charles Messier en 1764, à environ 27 000 années-lumière de nous. C'est une boule d'étoiles vieille d'à peu près 13 milliards d'années, presque aussi ancienne que la Galaxie elle-même, tassée dans un diamètre apparent d'une douzaine de minutes d'arc. On le trouve à l'est de la constellation, tout près de l'étoile 41 Capricorni.
Un cœur en effondrement
M30 fait partie du petit club des amas dits en « effondrement de cœur » : au fil des milliards d'années, ses étoiles centrales se sont concentrées jusqu'à une densité extrême, qui dépasse le million de masses solaires par parsec cube au centre — l'un des environnements les plus denses de la Galaxie. Ce cœur minuscule et éclatant, entouré d'un halo plus lâche, est exactement ce que révèlent les images à fort grossissement.
Ce que vous en verrez, vraiment
À la magnitude 7,2, M30 échappe de peu à l'œil nu. Aux jumelles, c'est une petite tache floue, sans plus. Il faut un télescope de 100 à 130 mm à 100× pour commencer à granuler son halo — une dizaine d'étoiles se détachent alors sur le pourtour, le centre restant compact et laiteux. Un 200 mm résout franchement le halo et fait ressortir l'asymétrie du noyau. À basse hauteur sur l'horizon, la turbulence brouille souvent l'image : patientez qu'il culmine.
Le piège de la photo
Les deux images ci-dessus racontent la même cible dans deux mondes différents. Celle de Hubble, prise depuis l'espace, résout chaque étoile jusqu'au cœur ; celle d'un amateur au sol, plus douce, ressemble déjà davantage à ce que montre un oculaire. À l'œil, aucune couleur, aucun détail de cœur : une petite boule grise qui gagne en relief à mesure qu'on sait ce qu'on regarde.
Le Capricorne selon votre instrument
Avec quoi
Budget
Ce que vous atteignez
À l'œil nu
—
le triangle en sourire, Algedi dédoublée, Deneb Algedi
Jumelles 10×50
40 à 90 €
Dabih séparée, M30 en tache floue, champ d'étoiles
Télescope 114–130 mm
150 à 250 €
le halo de M30 qui commence à se granuler à 100×
Télescope 200 mm
400 à 700 €
M30 résolu, cœur asymétrique, une douzaine d'étoiles nettes
Aucune ligne ne correspond au filtre.
Un coin d'histoire
La planète trouvée au bout d'un crayon
En 1846, personne n'a jamais vu Neptune, mais l'astronome français Urbain Le Verrier affirme savoir où elle se cache : les irrégularités de l'orbite d'Uranus trahissent, calcule-t-il, une planète encore inconnue. Le 18 septembre, il écrit à Johann Galle, de l'Observatoire de Berlin, en lui indiquant une position précise. La lettre arrive le 23 ; le soir même, Galle et son assistant Heinrich d'Arrest braquent la lunette et trouvent la planète à moins de 1° de l'endroit annoncé. Elle se tenait tout près de la frontière est du Capricorne, à la limite du Verseau, non loin de Deneb Algedi. C'était la première planète découverte par le calcul avant l'observation — un triomphe de la mécanique céleste, et un coin de ciel que le Capricorne peut revendiquer.
Neptune — NASA / JPL (domaine public)
1821
Alexis Bouvard publie les tables d'Uranus et constate que la planète refuse de suivre la trajectoire prévue : quelque chose la perturbe.
1846 (été)
Le Verrier calcule la masse et la position de la planète coupable, sans jamais lever les yeux vers le ciel.
23 sept. 1846
Le soir où la lettre de Le Verrier arrive à Berlin, Galle et d'Arrest trouvent Neptune à moins de 1° de la position prédite, près de la frontière Capricorne–Verseau.
2011
Neptune boucle enfin sa toute première orbite complète autour du Soleil depuis sa découverte — une année neptunienne dure près de 165 ans.
Aller plus loin
La chèvre-poisson, l'un des plus vieux signes du ciel
Une figure venue de Mésopotamie
Le Capricorne n'est pas une invention grecque : on le suit jusqu'aux Sumériens et aux Babyloniens, qui dessinaient déjà là une créature hybride, le SUHUR-MASH, la « chèvre-poisson », dans des catalogues d'étoiles vieux de près de 3 000 ans. Elle était liée à Enki (Éa chez les Babyloniens), dieu des eaux douces et de la sagesse, mi-chèvre mi-poisson, qui sortait de la mer pour apporter aux hommes l'écriture et l'irrigation. Peu de constellations portent une image aussi ancienne et aussi stable.
Pan qui fuit le monstre
Les Grecs ont greffé sur cette chèvre-poisson leur propre récit : Pan, le dieu aux jambes de bouc, surpris avec les autres dieux par le monstre Typhon, se jette dans le Nil pour lui échapper. La moitié plongée dans l'eau se change en queue de poisson, l'autre reste chèvre — d'où la silhouette hybride. En remerciement de son aide, Zeus l'aurait fixé au ciel. Une variante y voit plutôt Amalthée, la chèvre qui allaita Zeus enfant, caché de son père Cronos.
Le tropique qui a gardé son nom
Il y a deux mille ans, le Soleil se tenait dans le Capricorne au solstice d'hiver, quand il atteint son point le plus au sud : c'est de là que vient le nom du tropique du Capricorne, la latitude terrestre où le Soleil passe alors au zénith. La précession des équinoxes a depuis fait glisser ce point : aujourd'hui, au solstice de décembre, le Soleil est en réalité dans le Sagittaire voisin. Le nom, lui, est resté — fossile d'un ciel d'il y a vingt siècles.
Une petite constellation à défendre
Basse, terne, éclipsée par le Sagittaire flamboyant à l'ouest, le Capricorne se mérite. Mais qui prend la peine d'aller le chercher un soir de septembre y gagne beaucoup : une double à séparer à l'œil nu, une autre aux jumelles, un amas parmi les plus vieux de la Galaxie, et le souvenir d'un des plus beaux coups de l'histoire de l'astronomie. Peu de figures aussi discrètes offrent autant à qui sait où poser le regard.
L'avis de Luc
Neuf personnes sur dix finissent par dédoubler Algedi à l'œil nu sous un ciel noir de campagne : c'est le meilleur test de vue du ciel d'automne, et il ne coûte rien. M30 demande davantage — un 130 mm vers 100×, et surtout de la patience, parce que si bas sur l'horizon sud le halo scintille de turbulence et ne se granule qu'aux instants de calme. Une constellation à prendre au méridien, jamais quand elle se lève.