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Observer · Constellations

La Couronne australe

Un petit arc d'étoiles discret, posé sous la Théière du Sagittaire — et, juste derrière, l'un des berceaux d'étoiles les plus proches de nous. Voici comment la débusquer si bas sur l'horizon, ce que révèlent ses volutes bleutées, et pourquoi elle se mérite depuis la France.

80
au classement des 88 constellations, par surface (128 deg²)
48
une des 48 figures cataloguées par Ptolémée au IIe siècle
430 al
distance du complexe de formation stellaire
6
magnitude de l'amas globulaire NGC 6541, accessible aux jumelles
2 °
hauteur maximale de l'arc au-dessus de l'horizon, depuis Paris

Repérer

Descendez sous la Théière

La Couronne australe ne saute pas aux yeux : ses étoiles plafonnent vers la magnitude 4, et elle occupe une petite parcelle de ciel, 80ᵉ des 88 constellations par la taille. Le secret, c'est de partir d'un repère éclatant : la Théière du Sagittaire. Cet astérisme en forme de théière domine le sud en été. La Couronne australe se love juste sous son bec, un délicat arc de six ou sept étoiles incurvé, ouvert vers le haut — l'image miroir, plein sud, de la Couronne boréale. Une fois que l'œil a saisi la courbe, on ne la perd plus.
Carte de la constellation de la Couronne australe : l'arc d'étoiles sous le Sagittaire
Carte : IAU / Sky & Telescope (CC BY 3.0)
  1. Trouvez d'abord la Théière du Sagittaire

    Face au sud, en juillet-août, huit étoiles dessinent une théière posée sur l'horizon, anse à gauche, bec à droite. C'est le repère le plus fiable de cette région du ciel — et le cœur de la Voie lactée passe juste au-dessus.

  2. Glissez sous le bec de la théière

    L'arc de la Couronne australe se trouve immédiatement au sud du bas de la théière, à environ 7° de Zêta du Sagittaire. Cherchez une courbe fine et régulière, pas un groupe compact.

  3. Repérez Meridiana, la plus vive de l'arc

    Alfecca Meridiana (α) et Bêta, toutes deux de magnitude 4,1, marquent le sommet de la courbe. Les autres étoiles s'enchaînent de part et d'autre pour fermer la couronne.

  4. Soyez honnête avec l'horizon

    Depuis Paris, le haut de l'arc grimpe à peine à 2° : il faut un horizon sud parfaitement dégagé, sans brume ni lumières. Plus vous descendez vers le sud de la France, mieux c'est ; aux Antilles, elle passe haut et confortable.

Les étoiles

Une couronne de lumières modestes

Meridiana, la toupie blanche

Alfecca Meridiana (α CrA, magnitude 4,11) est la seule étoile de la constellation à porter un nom propre. À 125 années-lumière, c'est une étoile blanche de type A2, discrète à l'œil mais remarquable de près : elle tourne sur elle-même à près de 200 km/s à l'équateur et boucle un tour en une quinzaine d'heures — assez vite pour s'aplatir en toupie. Un excès de rayonnement infrarouge trahit autour d'elle un disque de poussière, comme celui d'où naissent les planètes.

Bêta, la géante orange trompeuse

Bêta CrA affiche exactement la même magnitude apparente que Meridiana (4,11), au point qu'à l'œil nu on ne les départage pas. Pourtant tout les oppose : Bêta est une géante orange (type K0) à environ 470 années-lumière, quarante fois plus large que le Soleil et sept cents fois plus lumineuse. Sa lueur égale celle de Meridiana uniquement parce qu'elle est presque quatre fois plus loin.

Gamma, le couple qui valse

Gamma CrA, à seulement 58 années-lumière, est une étoile double serrée : deux soleils jaunes jumeaux (type F8) qui tournent l'un autour de l'autre en 122 ans. Leur écart apparent, à peine plus d'une seconde d'arc, en fait une cible exigeante réservée aux bonnes optiques et aux nuits stables.

Les fermoirs de la couronne

Le reste de l'arc réunit de jolies curiosités pour qui prend le temps. Epsilon CrA est une variable à éclipses de type W Ursae Majoris : deux étoiles si proches qu'elles se frôlent, dont l'éclat oscille sur un cycle de sept heures. Kappa et Lambda sont des doubles largement séparées, faciles aux jumelles, tandis que Thêta (géante jaune) et Zêta (blanc-bleu de type B9) referment la courbe.
Les étoiles de la Couronne australe d'un coup d'œil
Étoile Magnitude Distance Ce qu'elle est Ce que vous verrez
Meridiana (α) 4,11 ~125 al blanche à rotation rapide sommet de l'arc, à l'œil nu sous bon horizon
Bêta (β) 4,11 ~470 al géante orange voisine de Meridiana, teinte plus chaude
Gamma (γ) 4,2 58 al double serrée (122 ans) dédoublée seulement en bonne optique
Epsilon (ε) 4,8 var. ~98 al variable à éclipses (7 h) éclat qui fluctue légèrement
Kappa (κ) 5,6 / 6,3 double optique large paire séparée aux jumelles (22")

Le ciel profond

Un berceau d'étoiles à deux pas

Le complexe de la Couronne australe

C'est le trésor caché de la constellation. À seulement 430 années-lumière (130 parsecs), un vaste nuage moléculaire de quelque 7 000 masses solaires fabrique en ce moment des étoiles : l'une des pouponnières stellaires les plus proches du Système solaire. En son cœur, les nébuleuses par réflexion NGC 6726, NGC 6727 et IC 4812 renvoient en volutes bleutées la lumière de jeunes astres à peine allumés.

R CrA et sa nébuleuse en éventail

La star du complexe est R Coronae Australis, une étoile toute jeune, de type Herbig, dont l'éclat varie entre les magnitudes 9,7 et 13,9 selon la matière qu'elle avale encore. Elle illumine NGC 6729 (Caldwell 68), une nébuleuse en éventail qui change de forme au fil des mois. Autour se serrent le Coronet, un amas de protoétoiles, et des objets de Herbig-Haro — les jets de gaz crachés par les étoiles en formation.

NGC 6541, le globulaire accessible

Plus facile, et bien plus lointain : NGC 6541, un amas globulaire de magnitude 6,3 à environ 22 000 années-lumière. Large de 13 minutes d'arc, il se devine déjà aux jumelles comme une petite boule cotonneuse, et un télescope de 150 mm commence à en grener le pourtour. Découvert en 1826, il rassemble des centaines de milliers d'étoiles âgées de près de 14 milliards d'années.

Une étoile morte et un vent d'étoile

La constellation cache aussi des objets d'experts. IC 1297 est une petite nébuleuse planétaire (magnitude 10,7) soufflée par une étoile Wolf-Rayet mourante. Et, invisible dans tout télescope, RX J1856 est une étoile à neutrons solitaire, un cadavre stellaire de 14 km de diamètre repéré par Hubble en 1997, à peine 400 années-lumière d'ici.

Passer à l'action

Ce que vous atteignez, et à quel prix

Une constellation basse récompense surtout la patience et un ciel dégagé au sud. Voici l'honnête progression, du simple coup d'œil à l'astrophoto.

La Couronne australe selon votre instrument
Avec quoi Budget Ce que vous atteignez
À l'œil nu l'arc de la couronne sous la Théière, si l'horizon sud est bien dégagé
Jumelles 10×50 40 à 90 € NGC 6541 en boule floue, les doubles larges Kappa et Lambda
Télescope 130–150 mm 250 à 400 € NGC 6541 résolu en périphérie, R CrA et l'amorce de sa nébuleuse
Astrophoto ciel austral poses longues + suivi les volutes bleutées du complexe NGC 6726/6727, le vrai défi

Un peu d'histoire

Une couronne posée aux pieds de l'archer

  1. Antiquité grecque

    Avant même d'être une figure à part, l'arc est vu comme un cercle d'étoiles près des pattes avant du centaure Sagittaire — une couronne de laurier ou de myrte que l'archer aurait déposée.

  2. IIe siècle

    Ptolémée l'inscrit parmi ses 48 constellations dans l'Almageste, avec treize étoiles. Les Romains la nommeront la « couronne d'or du Sagittaire ».

  3. 1826

    Niccolò Cacciatore puis James Dunlop repèrent, la même année, l'amas globulaire NGC 6541 — le seul objet vraiment brillant de la constellation.

  4. 1861

    Julius Schmidt découvre les nébuleuses par réflexion du complexe de R CrA, révélant une des plus proches régions de formation d'étoiles du ciel.

Le miroir austral de la Couronne boréale

La Couronne australe n'a jamais eu de mythe fort à elle seule. Les Anciens la lisaient comme le pendant méridional de la Couronne boréale, cette guirlande qu'Ariane porte au nord : ici, une couronne tombée aux pieds du Sagittaire. Certains y voyaient l'ornement d'un dieu, d'autres une simple parure d'étoiles refermée en cercle. Son nom arabe, Alfecca, signifie « la brisure » — la même racine que pour sa sœur boréale, en référence à l'arc incomplet que dessinent les deux figures.

Pourquoi elle vaut le détour

On ne vient pas à la Couronne australe pour ses étoiles, toutes proches de la magnitude 4. On y vient pour ce qu'elle abrite : à 430 années-lumière, ce complexe de formation stellaire est un laboratoire à ciel ouvert, où les astronomes observent en direct la naissance d'étoiles et de disques protoplanétaires — le genre de scène qui a donné naissance, il y a 4,6 milliards d'années, à notre propre Soleil. La discrétion de l'arc cache l'un des voisinages les plus étudiés de la Galaxie.
L'avis de Luc

L'avis de Luc

Six degrés au-dessus des toits depuis 43° de latitude : l'arc de la Couronne australe ne donne que deux étoiles de magnitude 4, un soir d'août sans brume, et rien de plus. NGC 6541 se laisse tout de même attraper aux jumelles 10×50, petite boule pâle à viser à la seconde où elle culmine — la fenêtre est étroite. Les volutes de R CrA, elles, ne s'achètent pas avec du diamètre : il leur faut un ciel austral, donc un voyage. C'est une constellation qu'on met de côté en attendant.

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À explorer autour de la Couronne australe

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Des jumelles lumineuses pour balayer l'horizon sud, un télescope stable pour les cibles serrées. Nos choix par usage et par budget.

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