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Observer · Ciel profond

M110, la satellite discrète d'Andromède

Une galaxie naine, seconde compagne de la grande spirale d'Andromède, et la dernière entrée du catalogue Messier — dessinée en 1773, mais numérotée deux siècles plus tard. Sur le ciel, une lueur ovale et laiteuse que sa faible brillance de surface rend plus difficile à débusquer que sa voisine M32. Voici ce qu'elle est vraiment, pourquoi une elliptique naine qui garde de la poussière est une anomalie, et comment la cueillir dans le même champ que M31.

110
dernier numéro entré au catalogue Messier, attribué seulement en 1967
194
années entre le dessin de Messier (1773) et l'attribution du numéro
17000
années-lumière de diamètre : une galaxie naine du Groupe local
8
amas globulaires recensés dans son halo
36
au nord-ouest du noyau de M31 — dans le même champ d'oculaire

Ce que c'est

Une galaxie naine en orbite autour d'Andromède

M110, c'est NGC 205 au New General Catalogue. Ce n'est ni une étoile, ni un amas, mais une galaxie elliptique naine — classée dE5, parfois E6 selon les relevés — qui gravite autour de la grande spirale d'Andromède, sa voisine géante. Une masse d'environ dix milliards d'étoiles tassées dans un ovale de quelque 17 000 années-lumière, soit six fois moins large que la Voie lactée. Sa lumière voyage 2,69 millions d'années-lumière (825 kpc) avant de vous parvenir : à l'échelle du Groupe local, elle est à peu près à la même distance que M31, dont elle n'est qu'une petite dépendance liée par la gravité.
M110 (NGC 205), galaxie elliptique naine, en pose longue : un ovale lumineux au cœur dense et aux bords fondus
M110 (NGC 205) — KPNO/NOIRLab/NSF/AURA/Adam Block (CC BY 4.0)

Naine « elliptique », mais pas éteinte

Les elliptiques naines passent pour des galaxies mortes : de vieilles étoiles rougeoyantes, plus de gaz, plus de naissances. M110 dément la règle. En son centre, on trouve des taches de poussière et des étoiles bleues jeunes — signe d'une formation stellaire récente, un fait inhabituel pour son type, dont la cause reste débattue. Elle retient encore quelque 10⁴ masses solaires de poussière et jusqu'à plusieurs millions de masses solaires de gaz : de quoi fabriquer, ici ou là, une génération d'étoiles neuves. C'est la vraie curiosité de l'objet.

Huit amas globulaires, pas de trou noir

Autour de M110 gravitent au moins huit amas globulaires, faits pour l'essentiel de vieilles étoiles pauvres en métaux ; le plus brillant, G73, plafonne à la magnitude 15, hors de portée d'un instrument amateur modeste. Autre différence avec sa cousine M32 : les relevés ne trouvent aucun trou noir supermassif tapi en son cœur. M110 est une naine au sens plein — diffuse, sans noyau ponctuel éclatant.

Tordue par la marée de sa géante

Vivre aux côtés d'une galaxie mille fois plus lourde laisse des traces. La partie interne de M110 montre des déficits dans son gaz, en partie balayé par les explosions de supernovae, en partie arraché par la marée de M31. Ses contours extérieurs sont légèrement gauchis, étirés par la gravité de sa voisine — la signature discrète d'une petite galaxie lentement dépouillée par une plus grande.

Son adresse : la constellation d'Andromède

M110 se trouve dans Andromède, la constellation d'automne, à la déclinaison +41° — assez haut dans le ciel français pour être commode à viser. Comme toute galaxie, elle n'a rien de commun avec les étoiles de cette figure, à quelques centaines d'années-lumière de nous : elle, c'est deux millions et demi. La constellation n'est que le panneau qui indique où pointer.

L'anomalie

La poussière de M110, vue de près

Là où les autres elliptiques naines sont lisses et sans relief, M110 laisse voir, au télescope spatial, des voiles sombres de poussière et des étoiles bleues neuves — ce qui ne devrait pas exister dans une galaxie censée avoir cessé de fabriquer des étoiles.

Une histoire singulière

Le dernier objet entré au catalogue Messier

Charles Messier a vu et dessiné M110 dès 1773, sur le croquis où il figurait Andromède et sa compagne M32. Curieusement, il ne l'a jamais inscrite dans son catalogue de « fausses comètes ». Elle fut redécouverte indépendamment par Caroline Herschel le 27 août 1783, puis cataloguée par son frère William Herschel comme H V.18.
L'objet resta ainsi sans numéro Messier pendant près de deux siècles. C'est l'historien de l'astronomie Kenneth Glyn Jones qui, en 1966-1967, proposa de lui attribuer enfin le numéro 110, en s'appuyant sur le fait que Messier l'avait bel et bien observée. M110 devint ainsi le tout dernier membre de la liste — et c'est ce numéro rond, 110, qui fixe aujourd'hui le total « officiel » du catalogue.
M110 (NGC 205), galaxie elliptique naine : un ovale laiteux sans structure, au noyau à peine plus clair, détaché sur un champ d'étoiles
M110 (NGC 205) — NOIRLab/NSF/AURA (CC BY 4.0)
  1. 1773

    Charles Messier dessine Andromède et y figure M110 sur le même croquis que M32 — sans jamais lui donner de numéro dans son catalogue.

  2. 1783

    Caroline Herschel redécouvre la galaxie de façon indépendante, le 27 août ; son frère William la consigne sous la référence H V.18.

  3. 1966-1967

    L'historien Kenneth Glyn Jones propose d'inscrire l'objet comme M110, au motif que Messier l'avait bien observé : le catalogue atteint son total de 110 numéros.

À l'oculaire

Le jeu : voir les trois d'un seul regard

M110 selon votre instrument
Avec quoi Ce que vous atteignez
Jumelles 10×50 cible exigeante : une lueur floue, sous un ciel noir sans lune ; M31 et M32 sortent bien avant elle
Télescope 80–100 mm une nébulosité ovale douce, sans cœur marqué, plus fantomatique que M32 toute proche
Télescope 150 mm un ovale laiteux nettement allongé, de l'autre côté du noyau de M31 par rapport à M32
200–300 mm, ciel noir le fuseau s'étire, le centre se renforce ; le trio M31/M32/M110 tient dans un même champ à faible grossissement
Photo, pose longue les taches de poussière du cœur et les bords gauchis par la marée — invisibles à l'œil

Repérer

D'abord Andromède, puis un saut de l'autre côté

M110 ne se cherche pas seule : on l'atteint par M31. Une fois la grande galaxie d'Andromède centrée — repérée depuis le Carré de Pégase, par sauts d'étoiles jusqu'à Mirach — il suffit de fouiller le champ tout autour du bulbe. M32 est la première trouvée, petite et franche, contre le flanc du disque. M110 se tient de l'autre côté du noyau, à environ 36′ (0,6°) au nord-ouest : plus étendue, mais bien plus effacée. C'est le même champ d'oculaire à faible grossissement.
Carte IAU d'Andromède : Alpheratz, Mirach et Almach reliées en vert, et la galaxie M31 figurée par une ellipse rouge étiquetée
Carte : IAU / Sky & Telescope (CC BY 4.0)
  1. Centrez d'abord M31, la grande galaxie

    À faible grossissement (40×), amenez le bulbe brillant d'Andromède au milieu du champ. C'est votre point d'ancrage : M110 ne se repère qu'à partir de lui.

  2. Repérez M32 contre le disque

    Une petite boule ronde et concentrée se colle au bord du bulbe : c'est M32, la plus facile des deux satellites. Elle confirme que vous êtes au bon endroit.

  3. Balayez du côté opposé, vers le nord-ouest

    Traversez le noyau de M31 en direction du nord-ouest, à un demi-degré environ. Cherchez une lueur ovale plus grande que M32 mais bien plus douce, aux bords fondus.

  4. Employez la vision décalée

    M110 se dérobe au regard direct. Fixez un point à côté d'elle : sa nébulosité ovale s'étale alors franchement. Visez de septembre à novembre, quand Andromède passe haut au sud.

M110 — carte d'identité
Repère Valeur
Type d'objet galaxie elliptique naine (dE5 / E6), satellite de M31
Constellation Andromède — près du Carré de Pégase, ciel d'automne
Magnitude ≈ 8 (mais faible brillance de surface : lueur diffuse)
Distance ≈ 2,69 millions d'années-lumière (825 kpc)
Taille apparente ≈ 21,9′ × 11,0′ (un ovale allongé)
Saison automne (idéale : septembre à novembre)
Instrument minimal jumelles 10×50 sous ciel noir ; confortable dès 150 mm

Photo contre œil

Ce que la pose révèle et que l'œil ne verra pas de M110

À l'oculaire : un ovale gris, sans détail

Même à 300 mm sous un ciel noir, M110 reste une nébulosité ovale grise, un peu plus dense au centre, aux bords qui se perdent dans le fond du ciel. Aucune poussière, aucune étoile bleue : l'œil, aveugle aux très faibles lueurs étalées, n'en tire qu'une forme et un allongement. Ce n'est pas votre matériel qui manque — c'est la physiologie de la vision nocturne.

En pose longue : la poussière et le gauchissement

Le capteur, lui, accumule la lumière. La photo fait ressortir les taches sombres de poussière au cœur de M110, les étoiles bleues jeunes qui trahissent sa formation stellaire, et le léger gauchissement de ses bords, souvenir de la marée de M31. Tout ce qui fait l'intérêt scientifique de cette naine appartient à l'image, pas à l'oculaire — d'où l'importance de savoir ce qu'on regarde quand on la traque.

Pourquoi la viser quand même

L'intérêt de M110 en visuel n'est pas dans le détail, mais dans le trio. Réussir à tenir M31, M32 et M110 ensemble dans un même champ, sous un ciel assez noir pour que la troisième émerge, c'est une petite victoire d'observateur : la preuve qu'on a trouvé une nuit et un site à la hauteur. La plupart des débutants ne voient que les deux premières.

Un satellite, comme les nôtres

M110 est à Andromède ce que les Nuages de Magellan sont à la Voie lactée : une petite galoche satellite happée par une géante. La regarder, c'est voir de l'extérieur, en un seul champ, une scène qu'on ne pourra jamais observer de notre propre Galaxie — une grande spirale entourée de ses naines, en train de les grignoter.
L'avis de Luc

L'avis de Luc

M31 et M32 s'attrapent sans peine ; la troisième se mérite. Un demi-degré de l'autre côté d'Andromède, à 40× dans un 200 mm, M110 apparaît en ovale laiteux deux fois plus grand que M32 — mais il faut regarder à côté pour la tenir. Depuis un jardin de banlieue, elle disparaît purement et simplement : sa magnitude 8 ne trompe personne, c'est une affaire de brillance de surface et non de diamètre. Un soir d'octobre à 30 km des lampadaires, sans lune, les trois tiennent dans la même soirée.

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Quel instrument pour tenir le trio d'Andromède ?

M31 et M32 se donnent aux jumelles ; débusquer M110 à côté d'elles demande un 150 mm et un ciel noir. Nos choix par usage et par budget.

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