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Observer · Ciel profond · Amas ouvert

M18, le petit amas qu'on traverse sans le voir

Une poignée d'étoiles bleues encore jeunes, semées dans le plus riche champ de la Voie lactée d'été, entre l'Oméga et le grand Nuage stellaire du Sagittaire. M18 n'a rien de spectaculaire : à peine une vingtaine d'étoiles, clairsemées, que l'œil balaie sans s'arrêter en route vers ses voisins plus flamboyants. C'est justement là qu'est son intérêt — un jalon, une étape à cocher sur le chemin qui monte de M24 vers M17. Voici ce que ce discret amas montre vraiment, dès 80 mm, et comment le débusquer sans le manquer, l'été, quand le Sagittaire rase l'horizon sud.

4900
années-lumière : la distance de M18 (environ 1 300 parsecs)
33
millions d'années : un amas jeune, à peine sorti de son nuage natal
20
étoiles à peine — l'un des amas les plus pauvres du catalogue Messier
7 ,5
de magnitude : visible aux jumelles, noyé dans un champ trop riche
100 mm
le diamètre confortable pour le résoudre en étoiles

Ce que c'est

Une vingtaine d'étoiles bleues, à peine détachées du fond

M18 (NGC 6613) est un amas ouvert du Sagittaire, un de ces jeunes attroupements d'étoiles nées ensemble du même nuage de gaz et de poussière. Il se tient à environ 4 900 années-lumière (près de 1 300 parsecs), et son maigre disque d'étoiles couvre à peine 9′ sur le ciel — un tiers du diamètre de la pleine Lune. En vrai, cela ne fait qu'une vingtaine d'années-lumière de large : c'est un petit amas, et un amas pauvre. Là où les grands amas alignent des centaines de membres, M18 n'en compte qu'une vingtaine, dont 29 étoiles de type B — des astres chauds et bleus. La plus brillante, HD 168352, est une géante de classe B2 III de magnitude 8,65 ; les plus chaudes du groupe atteignent le type B3. Rien qui saute aux yeux, donc : sur une image profonde, M18 se devine comme un léger surpeuplement bleuté au milieu d'un fond d'étoiles déjà saturé.
M18 (NGC 6613) par le VLT Survey Telescope de l'ESO : un petit groupe d'étoiles bleues clairsemées sur un fond dense d'étoiles de la Voie lactée
M18 par le VLT Survey Telescope (VST/OmegaCAM) — ESO (CC BY 4.0)

Le détail qui le distingue

Le jalon coincé entre l'Oméga et le Nuage stellaire

La vraie particularité de M18 n'est pas dans ses étoiles : c'est dans son adresse. Il est posé pile entre deux monuments du ciel d'été — la nébuleuse Oméga (M17), à environ 2° au nord, et le grand Nuage stellaire du Sagittaire (M24), à environ 2° au sud (chacun a sa propre fiche). Coincé entre ces deux voisins éblouissants, M18 se fait toujours traverser sans arrêt : l'œil qui monte de M24 vers l'Oméga glisse dessus sans le remarquer. C'est pourtant ce qui en fait une cible utile — un jalon sur la route la plus dense de la Voie lactée boréale. En le pointant, vous confirmez que vous êtes bien sur le bon chemin, et vous transformez un survol en une étape. C'est aussi, de l'aveu des observateurs, le plus difficile à isoler des onze objets Messier de ce coin du ciel : non parce qu'il est faible — sa magnitude 7,5 le met à portée de jumelles — mais parce que le fond stellaire est si riche qu'un petit amas pauvre s'y fond presque entièrement.
Le champ de M18 par le VST de l'ESO : l'amas au milieu d'un fleuve d'étoiles de la Voie lactée du Sagittaire
Le champ de M18 par le VST de l'ESO — ESO (CC BY 4.0)

Comprendre

M18 en lumière visible et en infrarouge

Faites glisser le curseur : à gauche, M18 en lumière visible par le VST de l'ESO ; à droite, le même champ vu en infrarouge par le relevé 2MASS, qui traverse la poussière du plan de la Galaxie et fait ressortir la trame d'étoiles derrière l'amas.

M18 en visible (ESO/VST) puis en infrarouge (2MASS) — vue 2MASS : Atlas Image mosaic, 2MASS / University of Massachusetts / IPAC-Caltech / NASA / NSF (domaine public, IRSA-IPAC)
M18 en lumière visible par le VST : étoiles bleues de l'amas sur fond de Voie lactée M18 en infrarouge par 2MASS : la poussière devient transparente et des myriades d'étoiles rouges apparaissent en arrière-plan

Sa nature

Jeune, chaud, clairsemé : la carte d'identité stellaire

M18 est un amas jeune : ses étoiles n'ont que 33 millions d'années, une paille à l'échelle cosmique — notre Soleil, lui, en affiche 4,6 milliards. À cet âge, les astres les plus massifs brillent encore d'un blanc-bleu intense sans avoir eu le temps de vieillir : d'où ce petit peuple d'étoiles B, dont trois supergéantes de classe A ou plus précoce et une rare étoile Be, entourée de son disque de gaz. Sur l'échelle de Trumpler — la grille de 1930 qui classe les amas ouverts — M18 est rangé II 3 p : faiblement détaché du fond (II), mélangeant étoiles brillantes et faibles (3), et pauvre (p, moins de 50 membres). Cette pauvreté n'est pas un défaut d'observation : c'est ce qu'est réellement M18. Un amas modeste, jeune et dispersé, qui ne se densifiera jamais et finira, dans quelques centaines de millions d'années, par se dissoudre dans le disque de la Galaxie.
M18 en chiffres
Grandeur Valeur
Désignations M18, NGC 6613, C 1617-171
Type amas ouvert, Trumpler II 3 p (pauvre)
Distance ≈ 4 900 al (≈ 1 300 pc)
Âge ≈ 33 millions d'années
Taille apparente 9′ (≈ 26 al de diamètre réel)
Membres ≈ 20 étoiles, dont 29 de type B
Étoile la plus brillante HD 168352, géante B2 III de mag 8,65

À l'oculaire

Un amas qui se donne mieux dans un petit instrument

Voilà le paradoxe de M18 : c'est un amas qui s'apprécie mieux en petit qu'en grand. Aux jumelles 10×50, sous un ciel noir et le Sagittaire haut, il n'est qu'un léger épaississement floconneux du fond stellaire — facile à confondre avec une simple grumelure de la Voie lactée. Dès 80 à 100 mm à faible grossissement, il se résout : une douzaine d'étoiles nettes se détachent, formant un petit groupe lâche qu'un observateur du XIXe siècle, l'amiral Smyth, décrivait comme « une jolie étoile double dans un semis d'astres étiré » (composantes de magnitudes 9 et 11, toutes deux bleutées). C'est à faible grossissement, autour de 30 à 50×, que l'amas est le plus joli : le peu d'étoiles se pose alors sur un tapis de fond spectaculaire. Montez en diamètre, à 200 mm et au-delà, et l'effet s'inverse : le champ se remplit d'étoiles de fond, les membres de l'amas se noient, et M18 perd sa cohésion. Un amas pauvre a besoin d'un grand champ pour exister.
M18 selon votre instrument
Avec quoi Ce que vous atteignez sur M18
Jumelles 10×50 un floconnement à peine plus dense du fond, deviné sous un ciel noir — surtout un jalon entre M24 et M17, pas un but en soi
Lunette / télescope 80–100 mm une douzaine d'étoiles résolues en un petit groupe lâche ; le meilleur compromis, à faible grossissement et grand champ
150 mm une vingtaine d'étoiles, l'amas encore bien détaché de son fond si le grossissement reste bas
200–250 mm plus d'étoiles, mais l'amas commence à se dissoudre dans le fourmillement du champ : l'effet s'inverse
Photo (pose longue) les étoiles B bleues sur un tapis d'étoiles innombrables, l'amas à peine détaché — un objet qui vit surtout par son environnement

Repérer

Comment ne pas manquer M18 sur la route M24 → M17

M18 se trouve dans la partie nord du Sagittaire, sur l'axe vertical qui remonte du couvercle de la Théière vers l'Écu de Sobieski. Le meilleur point de départ est Kaus Borealis (λ Sagittarii, magnitude 2,8), l'étoile du sommet de la Théière : M18 est à environ 8,5° au nord et très légèrement à l'ouest. Mais le repère vraiment fiable, ce sont ses voisins : posez le grand Nuage stellaire M24 dans le chercheur, montez de vers le nord, et vous tombez sur M18 ; encore plus haut, c'est l'Oméga (M17). La bonne saison est l'été, en juillet et août, quand le Sagittaire passe au méridien en début de nuit. Depuis la France, la constellation reste basse — M18, à une déclinaison de –17°, ne monte guère au-dessus de 25 à 28° de hauteur au sud : visez une nuit où l'horizon sud est dégagé et propre.
Carte d'atlas du Sagittaire : la Théière avec Nunki et les trois Kaus, l'écliptique en bleu, et M18 étiqueté juste sous M17, au nord de Kaus Borealis
Carte du Sagittaire — IAU / Sky & Telescope (CC BY 4.0)
  1. Pointez le Nuage stellaire M24

    Le grand Nuage stellaire du Sagittaire est un nuage laiteux évident aux jumelles, sur l'épaule nord de la Théière. C'est votre base de départ : impossible à manquer.

  2. Montez de 2° vers le nord

    Depuis le bord nord de M24, décalez le champ d'environ deux degrés vers le haut. Un petit resserrement d'étoiles apparaît sur le fond : c'est M18, discret mais bien là.

  3. Confirmez avec l'Oméga juste au-dessus

    Encore 2° plus au nord, la nébuleuse Oméga (M17) marque une barre laiteuse caractéristique. Si vous la voyez, M18 est bien le petit amas que vous venez de traverser.

  4. Baissez le grossissement pour l'apprécier

    Un oculaire à 30–50×, champ proche de 1°, garde l'amas cohérent et pose sa poignée d'étoiles sur le fond du Sagittaire. Ne grossissez pas : vous le dilueriez.

M18 (NGC 6613) — carte d'identité
Repère Valeur
Type d'objet amas ouvert jeune et pauvre (Trumpler II 3 p), une vingtaine d'étoiles B
Constellation Sagittaire — sur l'axe M24 → M18 → M17, à 8,5° au nord de Kaus Borealis (λ Sgr)
Magnitude 7,5 (aux jumelles, mais noyé dans un champ très riche)
Distance ≈ 4 900 années-lumière (≈ 1 300 parsecs)
Taille apparente 9′ (≈ 26 années-lumière de diamètre réel)
Saison été, juillet-août, quand le Sagittaire culmine au sud en soirée
Instrument minimal jumelles 10×50 pour le deviner ; 80–100 mm pour le résoudre en étoiles

Un peu d'histoire

De la lunette de Messier au VLT Survey Telescope

  1. 3 juin 1764

    Charles Messier découvre l'amas et le note comme « un amas de petites étoiles, environnées d'une légère nébulosité », d'une extension d'environ 5′. Sa modeste lunette montre un flou nébuleux là où de meilleurs instruments résolvent des étoiles.

  2. Juillet 1835

    L'amiral William Henry Smyth observe M18 et le décrit comme « une jolie étoile double dans un long semis d'astres étiré », relevant les composantes de magnitudes 9 et 11, toutes deux bleutées, au milieu d'un champ « splendide ».

  3. 1930

    Robert Trumpler publie sa classification des amas ouverts. M18 y sera rangé II 3 p, une étiquette qui résume d'un trait sa nature : détaché du fond sans concentration, mélangé, et pauvre en étoiles.

  4. 2003

    Le relevé infrarouge 2MASS livre sa carte du ciel entier : M18 y apparaît noyé dans une marée d'étoiles rougies par la poussière du plan galactique, révélant à quel point l'amas se fond dans son environnement.

  5. Août 2016

    L'ESO publie une image de 615 mégapixels de M18 prise par la caméra OmegaCAM du VLT Survey Telescope (VST), à Paranal : le petit amas bleu y sert de « laboratoire cosmique » pour étudier la naissance et la mort des étoiles.

L'avis de Luc

L'avis de Luc

Une vingtaine d'étoiles clairsemées : seul, M18 ne fait rêver personne, surtout avec l'Oméga qui trône juste au-dessus. Il ne se pointe pas seul — c'est un palier. En remontant des grumeaux de M24 vers la nébuleuse, s'y arrêter confirme qu'on est pile dans l'axe, et cette poignée d'étoiles posée sur le fleuve du Sagittaire, dans une lunette de 80 mm à 25×, a quelque chose de reposant après une bataille avec l'horizon sud. Ne pas grossir : sur un amas aussi pauvre, chaque grossissement supplémentaire le fait disparaître un peu plus.

Continuer

À explorer sur la route du Sagittaire

La nébuleuse Oméga en entier : une barre laiteuse coudée comme un cou de cygne, entourée de voiles verdâtres, au milieu d'un champ d'étoiles très dense L'Oméga, 2° au-dessus de M18 La nébuleuse Oméga (M17), la barre laiteuse brillante qui marque le haut de l'axe : le monument que M18 annonce quand on remonte du sud. Le Nuage stellaire M24 M24, le point de départ 2° plus bas Le grand Nuage stellaire du Sagittaire, la base laiteuse d'où l'on monte vers M18 : une fenêtre ouverte sur les profondeurs de la Voie lactée. M18 par le VST Reconnaître un amas ouvert Jeune, bleu, clairsemé : ce qui distingue un amas ouvert comme M18 d'un amas globulaire, et comment le lire à l'oculaire selon son diamètre.

Quelles jumelles pour balayer le champ du Sagittaire ?

M18 s'apprécie mieux en grand champ qu'au fort grossissement : une bonne paire de jumelles ou une lunette à faible puissance en tire le meilleur. Nos choix par usage et par budget.

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