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Observer · Ciel profond

M26, l'amas discret à la clairière d'étoiles

Dans la Voie lactée surchargée de l'Écu de Sobieski, M26 a le tort d'habiter juste à côté de M11, le spectaculaire Amas du Canard sauvage — et de se faire éclipser. C'est pourtant un joli petit amas ouvert compact, magnitude 8, une trentaine d'étoiles serrées à environ 5 000 années-lumière. Sa curiosité tient en un détail que peu d'objets partagent : une zone centrale étrangement dépeuplée, une « clairière » d'étoiles étudiée dès 1940. Voici ce que vous en verrez vraiment de 100 à 250 mm, et comment le trouver l'été, une fois M11 admiré.

5000
années-lumière : la distance estimée de M26
22 al
le diamètre réel de l'amas, une petite grappe compacte
25
étoiles environ résolues dans un 150 à 200 mm
89
millions d'années : l'âge de l'amas, jeune pour la Galaxie
100 mm
le diamètre minimal pour le résoudre en grains d'étoiles

Ce que c'est

Un amas ouvert compact, serré dans l'Écu

M26 (NGC 6694) est un amas ouvert — une famille d'étoiles nées ensemble d'un même nuage — logé dans la petite constellation de l'Écu de Sobieski, en plein cœur de la Voie lactée d'été. À environ 5 000 années-lumière (près de 1 530 parsecs ; certaines mesures le placent à 5 160 al), sa grappe s'étend sur quelque 22 années-lumière de diamètre réel, ce qui la rend compacte pour un amas de ce type. Il rassemble environ 90 étoiles membres, dont la plus brillante ne dépasse pas la magnitude 11,9 — une étoile bleu-blanc de type spectral B8. L'ensemble affiche une magnitude 8,0 et un diamètre apparent de 15′, soit la moitié de la pleine Lune. Âgé d'environ 89 millions d'années, c'est un amas jeune à l'échelle de la Galaxie, encore serré, mais que les marées galactiques finiront par dissoudre étoile après étoile.
M26 (NGC 6694), amas ouvert dans l'Écu de Sobieski : une grappe compacte d'étoiles sur un fond dense de Voie lactée
M26 en couleurs quasi réelles, télescope Burrell Schmidt de Kitt Peak, 1996 — H. Mathis, V. Harvey / NOIRLab / NSF / AURA (CC BY 4.0)

Le détail qui le distingue

Une clairière au milieu de l'amas

Regardez M26 de près : à environ 3′ de son centre, la densité d'étoiles chute, comme une clairière ouverte au milieu de la grappe. Longtemps on a cru à un simple nuage de poussière interposé sur la ligne de visée, qui masquerait les astres du fond. Mais en 1940, l'astronome James Cuffey, à l'observatoire Kirkwood de l'université d'Indiana, mesure la répartition des étoiles et tranche autrement : il décrit une véritable « coquille de faible densité stellaire » propre à l'amas, une zone réellement moins peuplée et non un artefact d'absorption. La curiosité, c'est qu'aucune explication définitive n'a été arrêtée depuis : pourquoi le cœur d'un amas serait-il naturellement dégarni reste ouvert. Ce petit trou de densité, d'à peine 3,1′ de large, fait de M26 un objet plus intrigant que sa modeste réputation ne le laisse croire — même si, disons-le tout de suite, il est invisible à l'oculaire et ne se lit que sur les relevés et les comptages d'étoiles.
M26 relevé par le survey Pan-STARRS : la grappe d'étoiles et sa zone centrale moins dense
M26 (NGC 6694), données Pan-STARRS assemblées sous Aladin — D. Pelletier / Pan-STARRS (CC BY-SA 4.0)

Comprendre

L'amas en lumière visible et en infrarouge

En lumière visible, M26 se détache mal : l'amas se noie dans le fourmillement d'étoiles de la Voie lactée de l'Écu, si dense ici qu'on peine à dire où finit la grappe et où commence le champ. Dans l'infrarouge proche, capté par le relevé 2MASS (fin des années 1990), la scène change : le rayonnement traverse mieux les voiles de poussière de notre Galaxie, et les étoiles rougies par cette poussière ressortent. Cet écart entre les longueurs d'onde est justement ce qui a permis, historiquement, de trancher : mesurer la couleur et l'éclat de chaque étoile pour distinguer les vrais membres de l'amas des astres d'avant-plan et d'arrière-plan — et démontrer que la clairière centrale n'était pas qu'un nuage sombre.
M26 relevé par le survey infrarouge 2MASS : les étoiles rougies et le fond dense de la Voie lactée dans l'Écu
M26 dans l'infrarouge proche, relevé 2MASS (University of Massachusetts / IPAC-Caltech / NASA / NSF) — domaine public

La comparaison qui le dessert

Le voisin modeste du Canard sauvage

M26 a un problème de voisinage. À moins de de là, dans la même constellation, trône M11, l'Amas du Canard sauvage (sa fiche lui est consacrée) : près de 2 900 étoiles serrées, un des amas ouverts les plus riches du ciel. Face à ce feu d'artifice, la trentaine d'astres de M26 fait pâle figure, et beaucoup d'observateurs le survolent sans s'arrêter. C'est une injustice de comparaison : jugé pour lui-même, M26 est un amas net et compact, agréable à faible grossissement, avec une belle chaîne d'étoiles en son centre. Le brief d'observation le dit sans détour — mieux vaut le pointer après M11, sans en attendre le même spectacle, pour l'apprécier pour ce qu'il est plutôt que d'être déçu. Les deux amas ne jouent pas dans la même catégorie de distance non plus : M11 est deux fois plus loin, à quelque 6 200 années-lumière.
M26 face à son voisin M11
Critère M26 (NGC 6694) M11 (le Canard sauvage)
Étoiles ≈ 90 membres, ~25 visibles ≈ 2 900 étoiles
Magnitude 8,0 5,8
Distance ≈ 5 000 al ≈ 6 200 al
Diamètre apparent 15′ 14′
Aspect grappe compacte, discrète nuée dense en éventail
À viser après M11, pour lui-même la vedette de l'Écu

À l'oculaire

Ce que M26 montre, diamètre par diamètre

Aux jumelles 10×50, M26 se devine à peine : une petite condensation floue dans le fourmillement de l'Écu, sans forme, qu'il faut un ciel bien noir pour isoler. C'est un objet de télescope. Dès 100 à 130 mm, la tache commence à se granuler : quelques étoiles perlent sur un fond laiteux. À 150 à 200 mm, l'amas se résout vraiment — on compte une vingtaine à vingt-cinq étoiles serrées, dont une chaîne bien dessinée, avec un astre un peu plus vif décentré. À 250 mm et au-delà, on gagne une poignée de membres plus faibles et l'amas prend du grain, mais la fameuse clairière centrale reste hors de portée : c'est une affaire de comptages, pas d'œil. Ne cherchez pas la couleur non plus : à la magnitude 11,9 de sa plus brillante étoile, tout reste blanc argenté. Un grossissement moyen, de l'ordre de 60 à 100×, cadre bien ses 15′ sur un fond assombri.
M26 en pose : une grappe compacte d'étoiles blanches et bleutées, un astre plus vif décentré, sur fond de Voie lactée
M26, télescope Burrell Schmidt de Kitt Peak — H. Mathis, V. Harvey / NOIRLab / NSF / AURA (CC BY 4.0)
M26 selon votre instrument
Avec quoi Ce que vous atteignez sur M26
Jumelles 10×50 une petite tache floue à peine détachée du fond de Voie lactée, sans étoiles résolues — cible difficile
Télescope 100–130 mm une nébulosité granuleuse où perlent quelques étoiles ; l'amas se laisse deviner comme un groupe compact
150–200 mm l'amas résolu : ~25 étoiles serrées, une chaîne centrale, un astre plus vif décentré — le bon diamètre pour M26
250–300 mm + ciel noir une poignée de membres plus faibles en plus, un grain plus fin ; la clairière centrale reste invisible à l'œil
Photo (pose longue) la grappe complète, les couleurs des étoiles et la zone centrale moins dense — hors de portée de tout oculaire

Repérer

Où pointer pour tomber sur M26

L'Écu de Sobieski est une constellation minuscule et sans étoile vraiment brillante — sa plus lumineuse, Alpha Scuti, plafonne à la magnitude 3,85 (la page de la constellation raconte comment la parcourir). Le bon jalon pour M26 n'est pas elle mais Delta Scuti (δ Sct, magnitude 4,7), presque au centre de la figure : M26 se tient à environ au sud-est de cette étoile. La bonne fenêtre est l'été : de juillet à septembre, l'Écu et son riche nuage stellaire passent haut dans le ciel du soir, loin de la turbulence de l'horizon. Un truc de repérage large : prolongez la ligne du dos de l'Aigle depuis Altaïr vers la Théière du Sagittaire, vous tombez sur le nuage de l'Écu — M11 puis M26 y sont voisins.
Carte de l'Écu de Sobieski : M26 se cache à 1° au sud-est de Delta Scuti, sous le riche nuage stellaire de l'Écu
Carte de l'Écu de Sobieski : IAU / Sky & Telescope (CC BY 4.0)
  1. Trouvez le nuage stellaire de l'Écu

    Depuis Altaïr (α Aquilae), suivez la Voie lactée vers le sud jusqu'au petit nuage brillant de l'Écu de Sobieski : un renflement laiteux bien visible à l'œil nu sous un ciel noir.

  2. Repérez Delta Scuti au centre

    Dans le chercheur, δ Scuti (magnitude 4,7) occupe à peu près le milieu de la constellation. C'est votre point de départ fin pour M26.

  3. Glissez de 1° vers le sud-est

    À environ 1° au sud-est de δ Scuti, une petite condensation floue apparaît à faible grossissement dans le champ riche : c'est M26.

  4. Montez à 60–100× pour le résoudre

    À faible grossissement l'amas se perd dans le fond ; un grossissement moyen le resserre et fait sortir ses étoiles. Faites M11, 4° au nord, dans la même sortie.

M26 (NGC 6694) — carte d'identité
Repère Valeur
Type d'objet amas ouvert compact, ≈ 90 étoiles, avec une zone centrale de faible densité (« clairière »)
Constellation Écu de Sobieski — à 1° au sud-est de δ Scuti (magnitude 4,7)
Magnitude 8,0 (étoile la plus brillante : magnitude 11,9, type B8)
Distance ≈ 5 000 années-lumière (≈ 1 530 parsecs)
Taille apparente 15′ (≈ 22 années-lumière de diamètre réel)
Âge ≈ 89 millions d'années
Saison été, de juillet à septembre, quand l'Écu passe haut le soir
Instrument 100 mm pour le granuler ; 150 à 200 mm pour le résoudre en ~25 étoiles

Un peu d'histoire

De Messier au relevé infrarouge

  1. 20 juin 1764

    Charles Messier découvre l'amas et le porte 26e à son catalogue. Sa petite lunette ne montre qu'un « amas d'étoiles très petites » entre α et δ de l'Écu ; il ne distingue aucune structure, encore moins la clairière centrale.

  2. 1835

    L'amiral William Henry Smyth en donne une description soignée et le reconnaît pour ce qu'il est : un authentique amas galactique, et non une nébulosité. William Herschel, lui, l'avait jugé « peu riche ».

  3. 1940

    James Cuffey, à l'observatoire Kirkwood, publie sa mesure de la répartition des étoiles de NGC 6694 : la zone creuse du centre est une véritable coquille de faible densité stellaire, pas un simple nuage de poussière d'avant-plan.

  4. 1996

    Le télescope Burrell Schmidt de Kitt Peak photographie M26 en couleurs quasi réelles pour le NOAO — le portrait de référence de l'amas, où sa grappe compacte se détache enfin du fond de Voie lactée.

  5. années 1990

    Le relevé infrarouge 2MASS cartographie l'amas dans le proche infrarouge, perçant la poussière galactique et affinant la liste de ses vrais membres.

L'avis de Luc

L'avis de Luc

M26 se fait sauter par tout le monde : on arrive sur l'Écu, on met M11 dans l'oculaire, on en prend plein les yeux, on remballe. Cinq minutes de plus suffisent pourtant — un glissement de 1° depuis δ Scuti, et à 80× dans un 200 mm apparaît une grappe serrée, une chaîne d'étoiles bien nette, un astre plus vif sur le côté. Rien de spectaculaire : un objet propre et honnête. Quant à la clairière centrale dont parlent les catalogues, elle relève du comptage d'étoiles et non de la rétine — personne ne la voit à l'oculaire.

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