Aux jumelles, M36 n'est qu'un flocon laiteux perdu dans la Voie lactée du Cocher. Passez à une lunette de 80 à 100 mm et tout change : une trentaine d'astres bleu-blanc surgissent, francs et bien espacés sur le velours noir. C'est le benjamin du trio d'amas de la constellation — 25 millions d'années seulement — et le moins peuplé, né trop récemment pour héberger la moindre géante rouge. D'où l'image qui lui colle à la peau : des Pléiades qu'on aurait reléguées loin, très loin. Voilà où le repérer, et ce que chaque diamètre en dévoile.
25
millions d'années : l'âge de M36, le plus jeune des trois amas du Cocher
60
étoiles membres, surtout bleu-blanc et chaudes : le trio le plus clairsemé
4300
années-lumière : sa distance, du même ordre que M37 et M38
14 al
d'envergure réelle : un amas compact, à peine plus large que les Pléiades
12′
d'étendue apparente dans le ciel, un cinquième du disque lunaire
Ce que c'est
Le plus jeune des trois amas du Cocher
M36 répond au matricule NGC 1960 dans le New General Catalogue. C'est un amas ouvert : un essaim d'étoiles sœurs, écloses côte à côte du même nuage moléculaire et retenues pour un temps par leur propre poids. Ce qui le singularise face à ses deux voisines, ce n'est pas le nombre mais l'extrême jeunesse. Une soixantaine de membres seulement, dispersés sur à peu près 12′ — le cinquième d'une pleine lune —, en font le plus clairsemé des trois amas de la constellation du Cocher. On le situe à quelque 4 300 années-lumière (1 318 parsecs), au sein du bras de Persée. Sa magnitude globale de 6,0 le pose tout au bord de la visibilité à l'œil nu.
M36 — Student Astronomy Group, University of Cyprus (CC BY 4.0). Image de titre de la page : M36 (NGC 1960), vignette du relevé Pan-STARRS1 DR1 tirée d'Aladin Sky Atlas — Pan-STARRS1 Surveys / STScI-MAST et CDS Strasbourg (licence PS1 : usage, reproduction et diffusion publique accordés)
Vingt-cinq millions d'années à peine
L'âge de M36 tourne autour de 25 millions d'années — les études le donnent entre 22 et 30 selon la méthode. À l'échelle stellaire, c'est une enfance : le Soleil, lui, a 4,6 milliards d'années. Cette jeunesse fait tout le caractère de l'amas. Ses étoiles les plus massives brillent encore, chaudes et bleu-blanc, parce qu'elles n'ont pas eu le temps d'épuiser leur hydrogène. C'est le plus jeune des trois amas du Cocher, loin devant M37 (plusieurs centaines de millions d'années) et devant M38.
Des étoiles bleues, aucune géante rouge
La signature de M36 tient dans une absence. Un amas plus âgé s'orne de géantes rouges — jadis massives et brûlantes, ces étoiles ont enflé et se sont refroidies en approchant de leur fin, semant des points cuivrés dans l'amas. M36 n'en possède pas une seule : il est trop précoce pour qu'un de ses astres ait atteint ce stade. Son étoile phare est de type B, chaude et bleue, vers la magnitude 9 ; une dizaine de ses membres dépassent la magnitude 10, et le comptage grimpe à 178 en descendant jusqu'à la magnitude 14.
Un amas compact, la classe II 3 m
Sur l'échelle de Trumpler, M36 se note II 3 m : une concentration moyenne, un « 3 » qui signale un large éventail d'éclats, et un « m » pour medium, un peuplement ni pauvre ni foisonnant. Son noyau ne couvre que 3,2′ de rayon apparent, et l'amas s'étire dans l'espace sur à peine 14 années-lumière. Cette petite taille, alliée à l'éclat propre de chaque étoile, explique qu'il se laisse résoudre si aisément malgré son faible effectif.
Un débat sur la distance
La valeur classique, 4 300 années-lumière (1 318 parsecs), a longtemps fait consensus. Les mesures de parallaxe du satellite Gaia, exploitées à partir de 2020, l'ont un peu rapprochée, vers 3 800 années-lumière. L'écart change peu ce qu'on voit à l'oculaire : à cette distance, les 60 étoiles de M36 tiennent dans un mouchoir de 12′, et c'est bien pour ça qu'il paraît si concentré.
Une comparaison qui parle
Des Pléiades vues de sept fois plus loin
Faites glisser le curseur : à gauche, les Pléiades (M45), le plus célèbre amas jeune du ciel, à 440 années-lumière ; à droite, M36, la même famille d'étoiles chaudes bleu-blanc, mais rejetée à 4 300 années-lumière.
Les Pléiades tout près, puis M36 dix fois plus loin — vue de M36 : relevé Pan-STARRS1 DR1 via Aladin Sky Atlas (Pan-STARRS1 Surveys / STScI-MAST et CDS Strasbourg, licence PS1)
La même jeunesse, un autre point de vue
L'astronome revient souvent à la même image pour décrire M36 : ce sont des Pléiades lointaines. La comparaison est juste sur le fond. Comme M45, M36 est un amas jeune peuplé d'étoiles chaudes bleu-blanc, sans la moindre géante rouge. La différence tient à la distance : les Pléiades trônent à 440 années-lumière, M36 à près de 4 300 — presque dix fois plus loin. D'où sa petite taille apparente et sa magnitude modeste, là où les Pléiades crèvent le ciel à l'œil nu.
Pourquoi il paraît plus serré
Un amas éloigné semble toujours plus compact qu'un amas proche de même taille réelle : l'éloignement rapproche optiquement les étoiles. M36 mesure environ 14 années-lumière de diamètre, à peine plus que les Pléiades ; mais réduit par la distance, il tient dans 12′ quand les Pléiades s'étalent sur près de 2°. C'est ce qui le rend paradoxalement plus facile à cadrer dans un oculaire : tout l'amas entre d'un coup dans le champ, ce que les Pléiades, trop larges, ne permettent pas.
Le trio du Cocher
Le premier amas qu'on croise en balayant le Cocher
Trois âges dans le même champ de jumelles
M36 a un privilège : c'est lui qu'on croise d'abord. En remontant doucement la Voie lactée du Cocher depuis le sud, l'amas jeune s'annonce le premier, avant que M38 ne surgisse vers le nord-ouest et que M37 ne close la série à l'est. Ce qui rend le trio passionnant n'est pas la distance — les trois se tiennent autour de 4 000 années-lumière — mais l'écart d'âge : mis bout à bout, ils déroulent trois moments de l'existence d'un amas, du berceau à la maturité.
M36 le cadet, contre M37 le riche
Tout sépare M36 de M37. Le premier est le cadet dépouillé — une soixantaine d'étoiles bleues bien tranchées, zéro géante rouge. Le second, à l'autre extrémité de l'échelle des âges, croule sous les astres et arbore en plein milieu une géante cuivrée qui trahit sa vieillesse. Le jeune et l'aîné, le sobre et le foisonnant : ce face-à-face résume à lui seul ce qu'est le vieillissement d'un amas ouvert.
M38 et sa croix
Entre les deux se glisse M38, le plus étalé de la fratrie. Ses astres les plus vifs se relient en une figure que les observateurs nomment croix penchée, lettre π ou étoile de mer, et un modeste voisin, NGC 1907, l'accompagne à portée de champ. Sa propre page détaille cette géométrie ; ici, il sert surtout de jalon entre le jeune M36 et le riche M37.
Une soirée entière sur trois amas
Le vrai plaisir de M36, c'est de le chaîner à ses voisins plutôt que de l'isoler. Une nuit d'hiver unique, les trois amas quasi à la verticale, suffit à parcourir toute la gamme dans un crescendo : M36 le net et le jeune pour s'échauffer l'œil, M38 et son dessin, enfin M37 en bouquet final. À l'oculaire, le trio se déguste comme une leçon vivante d'évolution stellaire.
M36 face à ses deux voisins du Cocher
Amas
Magnitude
Étoiles
Âge
Ce qui le distingue
M36 (NGC 1960)
6,0
~60
~25 Ma
le plus jeune, clairsemé, étoiles bleues sans géante rouge
M37 (NGC 2099)
5,6
500+
~350 Ma
le plus riche, avec sa géante orange centrale
M38 (NGC 1912)
6,4
~100
~250 Ma
le plus lâche, en forme de croix ou de π
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À l'oculaire
De la tache floue aux jumelles à la trentaine d'étoiles nettes
Paradoxe heureux : le moins fourni des trois amas est aussi le plus simple à résoudre, et donc le plus gratifiant sous une petite ouverture. Pointé aux jumelles 10×50, M36 se réduit d'abord à un grumeau laiteux à peine piqueté. Dès qu'on lui offre un 80 à 100 mm, ses points bleu-blanc se détachent franchement : une quinzaine d'astres tracent une silhouette en X ou en étoile de mer. Là où M37 réclame 150 mm pour s'épanouir, M36 délivre déjà le spectacle dans un tube modeste.
M36 selon votre instrument
Avec quoi
Ce que vous atteignez
À l'œil nu
sous un ciel bien noir, une très faible tache à deviner en vision décalée, à la limite de la magnitude 6
Jumelles 10×50
une petite tache floue, à peine granuleuse, sur le fond de la Voie lactée du Cocher
Télescope 80 mm à 40×
une quinzaine d'étoiles brillantes bien détachées, en X ou en étoile de mer, toutes blanches ou bleutées
Télescope 100 mm à 60×
une trentaine d'étoiles fines, aérées et nettes — l'amas entier tient dans le champ
150 mm à 80×
une vingtaine à une trentaine d'astres bien piqués, l'amas plus fouillé mais toujours clairsemé
200 à 300 mm
la quasi-totalité des membres résolue ; le semis reste aéré, jamais grumeleux comme M37
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Repérer
Le premier amas rencontré en montant d'El Nath vers Capella
Pour situer le Cocher, cherchez son vaste pentagone stellaire couronné par Capella (magnitude 0,08), sixième astre le plus lumineux de tout le ciel. Ses trois amas s'alignent le long du flanc sud de la figure. Le fil conducteur vers M36 : joindre par la pensée θ Aurigae (magnitude 2,65), au sommet oriental du pentagone, à El Nath (β Tauri, magnitude 1,65), la corne que le Cocher prête au Taureau. M36 se niche juste à l'ouest du milieu de ce trait, à quelque 11° au sud-ouest de θ Aurigae — et c'est le premier qu'on rencontre en remontant du sud.
Carte : Roberto Mura (CC BY-SA 3.0)
Accrochez Capella, phare du Cocher
En plein hiver, de décembre à février, Capella rayonne très haut le soir, d'un jaune vif impossible à manquer. C'est autour d'elle que se déploie le grand pentagone traçant la constellation.
Cadrez θ Aurigae et El Nath
Le coin sud-est du pentagone est marqué par θ Aurigae ; un peu plus bas, El Nath (β Tauri) forme la corne commune au Taureau. Entre ces deux phares se tend la bande où logent les amas.
Longez la ligne aux jumelles
Faites glisser vos jumelles le long du trait θ Aurigae – El Nath : c'est M36 qui se présente d'abord, cotonneux et légèrement grenu, un peu en deçà du point médian. M38 vient ensuite au nord-ouest, M37 nettement à l'est.
Guettez-le au plus haut, vers le zénith
Le Cocher passe presque à la verticale en fin de soirée durant tout l'hiver. Saisissez M36 à ce moment : l'air y est le plus stable, et le bleu de ses étoiles s'affine.
M36 — carte d'identité
Repère
Valeur
Type d'objet
amas ouvert jeune (NGC 1960)
Constellation
le Cocher, entre θ Aurigae et El Nath (β Tauri)
Magnitude
6,0 — à la limite extrême de l'œil nu
Distance
≈ 4 300 années-lumière (1 318 parsecs)
Taille apparente
12′ — un cinquième du diamètre de la pleine lune
Saison
hiver, de décembre à février — haut, presque au zénith
Instrument minimal
un télescope de 80 à 100 mm pour le résoudre en étoiles
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Un peu d'histoire
Découvert trois fois, d'Hodierna à Messier
Avant 1654
En Sicile, avant 1654, Giovanni Battista Hodierna consigne déjà M36 dans son relevé de taches nébuleuses — un des tout premiers pointés télescopiques de l'amas. Faute de diffusion, son catalogue tombera dans l'oubli à travers l'Europe.
1749
En 1749, le Français Guillaume Le Gentil retrouve l'amas de son côté, ignorant tout du travail d'Hodierna. C'est sous sa plume que M36 gagne sa place dans l'astronomie de France.
1764
Le 2 septembre 1764, Charles Messier braque sa lunette sur l'objet et le classe au 36ᵉ rang de sa liste, dans la même veillée que ses deux voisins. Il n'y voit qu'un semis d'étoiles franc de toute nébulosité, sans la brume trompeuse qui égare le traqueur de comètes.
2020
Les mesures de parallaxe du satellite Gaia affinent la distance de M36, la ramenant de 4 300 à près de 3 800 années-lumière, et confirment sa très grande jeunesse parmi les amas ouverts du voisinage galactique.
Photo et visuel
Ce que la couleur bleue trahit de la jeunesse de M36
Ce que révèle une longue exposition
Sur un cliché, la teinte de M36 crève l'écran : un semis uniformément bleu-blanc, sans le moindre grain orangé, faute de la moindre géante rouge à capter. C'est la carte d'identité visuelle d'un amas jeune. Le capteur pousse en outre jusqu'aux membres discrets, au-delà de la magnitude 14, et restitue la totalité des quelque 178 étoiles cataloguées là où l'œil s'arrête à une trentaine. La longue pose confirme la théorie : rien que des étoiles chaudes.
Ce que l'œil seul saisit
Au télescope, la couleur se dérobe : les étoiles virent au blanc, et peu importe. M36 procure ce qu'aucun tirage figé ne restitue — la finesse de ses points bien séparés, l'allure d'un amas net et aéré, et la joie de le résoudre en entier dans un simple 80 mm quand tant d'autres cibles demeurent floues. Quand M37 exige du grossissement pour livrer sa densité, M36 se donne d'emblée, sans détour. Braquez-le vous-même : c'est le plus abordable de la fratrie.
L'avis de Luc
Un petit tube suffit à le résoudre de fond en comble, là où M37 réclame du diamètre : c'est la raison de commencer par M36 la ronde des amas du Cocher. Dans des 10×50, il se limite à un flou cotonneux, et il ne faut surtout pas juger sur cette image. À 60× dans un 100 mm, une trentaine d'étoiles bleu-blanc jaillissent, piquées comme des épingles, dessinant une petite étoile de mer qui tient tout entière dans le champ. Pour un premier amas d'hiver, il passe avant tous les autres.
Quel télescope pour résoudre M36 en étoiles bleues ?
Aux jumelles il ne livre qu'un flou laiteux ; il faut un 80 à 100 mm pour dégager sa trentaine d'étoiles bleu-blanc en X — la cible parfaite d'un premier soir sous le ciel profond d'hiver. Notre sélection, par usage et par budget.