Aller au contenu
astronoguide
Thème

Thème

Observer · Ciel profond

M43, la nébuleuse que tout le monde traverse sans la voir

Juste au nord de la grande nébuleuse d'Orion, une petite bulle lumineuse en forme de virgule enveloppe une unique étoile. C'est M43, la nébuleuse de Mairan : le même nuage de gaz que M42, mais un lobe distinct, coupé du grand frère par une coulée de poussière sombre et allumé par une seule étoile jeune, NU Orionis. Presque tous les débutants la balaient sans la remarquer, aveuglés par l'éclat de sa voisine. Pourtant elle est là, dans le champ, dès les jumelles. Voici comment la distinguer vraiment, ce que chaque diamètre en révèle, et pourquoi elle mérite un arrêt à part — au cœur de l'hiver, quand Orion domine le ciel.

1
une seule étoile, NU Orionis, éclaire toute M43 — là où le Trapèze en aligne quatre dans M42
9
sa magnitude visuelle, deux crans sous l'éclat de la grande nébuleuse voisine
20
sa taille apparente (20′ × 15′), soit environ deux tiers du diamètre de la pleine Lune
1350
années-lumière : sa distance, la même que M42 dans le complexe d'Orion
1731
avant cette année, de Mairan avait déjà décrit sa lueur autour de l'étoile

Ce que c'est

Un lobe à part de la grande nébuleuse d'Orion

M43 (NGC 1982) est une région H II — un nuage d'hydrogène ionisé qui brille de sa propre lumière — nichée dans la constellation d'Orion, à environ 1 350 années-lumière (soit près de 400 parsecs). Ce n'est pas une nébuleuse indépendante : elle fait physiquement partie du même immense nuage que la grande nébuleuse d'Orion, dont la fiche dédiée raconte le détail. Ce qui en fait un objet à part entière, c'est qu'une épaisse coulée de poussière — la « bande sombre nord-est » — la détache visuellement de sa voisine et lui donne une identité propre : un petit lobe en forme de virgule, large de 20′ × 15′, autour d'une seule étoile. Charles Messier lui a réservé une entrée séparée de son catalogue, la 43ᵉ, précisément parce qu'à la lunette elle semble se poser à l'écart. Le tout appartient au vaste complexe moléculaire d'Orion : la grande nébuleuse voisine porte le numéro NGC 1976, et la même pouponnière abrite un peu plus au nord la nébuleuse de la Flamme (NGC 2024) et la Tête de Cheval, silhouette sombre découpée sur IC 434.
Gros plan de M43 (NGC 1982) par le télescope Hubble : une bulle de gaz en virgule autour de l'étoile NU Orionis, bordée de rideaux de poussière
M43 par le télescope Hubble (caméra ACS, filtres jaune et proche-infrarouge) — ESA/Hubble & NASA (CC BY 4.0)

Le détail qui la distingue

Une seule étoile, une bande de poussière, une virgule à part

Toute la différence tient à une question d'éclairage. Dans M42, quatre étoiles massives — le fameux Trapèze — creusent et illuminent le gaz ensemble (le grand frère a sa propre page). Dans M43, une unique étoile fait tout le travail : NU Orionis (HD 37061), une naine bleue de type spectral B0.5 V, jeune, dont l'éclat varie entre les magnitudes 6,5 et 7,6. C'est une nébuleuse « miniature » au sens propre — un seul phare au lieu de quatre — et c'est pourquoi elle garde une forme ronde de virgule nettement plus simple que les volutes déchiquetées de sa voisine. Entre les deux court la bande sombre nord-est, une coulée de poussière du nuage moléculaire situé devant les nébuleuses : elle ne les sépare pas vraiment dans l'espace, elle les découpe pour notre œil. Le lobe de M43 se pose ainsi à moins de 7′ au nord-est du Trapèze, comme une bulle greffée sur le grand nuage. Détail qui change tout à l'oculaire : NU Orionis n'est pas assez chaude pour exciter l'oxygène doublement ionisé — M43 émet peu de raie [O III], et un filtre OIII ne l'aide donc quasiment pas, au contraire de bien des nébuleuses.
Vue large de la nébuleuse d'Orion : la grande nébuleuse M42 en bas, et au-dessus le petit lobe rond de M43, séparé par une bande de poussière sombre
La grande nébuleuse d'Orion et, en haut, le lobe de M43 séparé par la bande sombre — ESO (CC BY 4.0)

Le moteur

NU Orionis : le phare unique qui allume la bulle

Une région H II ne brille que si une étoile assez chaude l'arrose d'ultraviolets. Dans M43, ce rôle revient à NU Orionis, un système multiple dont la composante dominante est une étoile bleue de la séquence principale, encore jeune et déjà massive. Son rayonnement ionise l'hydrogène alentour, qui réémet la lumière rouge caractéristique de la raie H-alpha — c'est cette réémission que l'on photographie. Mais NU Orionis est moins chaude que les colosses du Trapèze : elle suffit à faire luire l'hydrogène, pas à exciter l'oxygène doublement ionisé. Voilà pourquoi M43 paraît plus uniforme et moins verte que M42 sur les photos, et pourquoi elle reste discrète en visuel. Une étude publiée en 2011 a détaillé les paramètres de cette étoile et l'analyse chimique de sa nébuleuse, confirmant qu'un seul astre modèle ici tout le paysage — cas d'école rare et net d'une nébuleuse « à une étoile ».
M43 face à sa grande voisine M42
Critère M43 (Mairan) M42 (Orion)
Étoiles excitatrices 1 (NU Orionis) 4 (le Trapèze) et plus
Magnitude visuelle ≈ 9,0 ≈ 4,0
Taille apparente 20′ × 15′ ≈ 85′ × 60′
Forme bulle ronde en virgule grandes volutes en ailes
Émission [O III] faible (OIII inutile) forte (OIII utile)

À l'oculaire

La voir DANS M42, pas à côté

La bonne façon d'observer M43, c'est d'abord de pointer M42, puis de chercher la petite bulle au nord — un exercice d'observation fine, plus qu'une cible autonome. Aux jumelles 10×50 sous un ciel noir, on la devine comme un petit renflement flou accroché au bord nord de la grande nébuleuse, avec son étoile centrale déjà visible. C'est le passage au télescope qui la révèle : dès 100 mm, la bande de poussière sombre qui la sépare de M42 se laisse deviner, et M43 se détache alors comme une virgule à part entière, NU Orionis piquée en son centre. À 150 à 200 mm, la coulée sombre devient franche et le lobe prend un aspect nettement rond, comme une comète sans queue. À 250 à 300 mm et par bonne transparence, on distingue des bords irréguliers côté est et un délié de nébulosité. Toute la subtilité tient à la lumière parasite de M42 juste à côté : c'est la vision décalée et un ciel sans Lune qui font surgir M43, bien plus que le grossissement.
M43 selon votre instrument
Avec quoi Ce que vous atteignez sur M43
Jumelles 10×50 un petit renflement flou au bord nord de M42, avec l'étoile centrale — devinée seulement sous un ciel bien noir
Télescope 100–130 mm la bande de poussière commence à isoler M43 ; une virgule grise nette autour de NU Orionis
150–200 mm la coulée sombre est franche, le lobe apparaît rond et condensé, comme une comète sans queue
250–300 mm + ciel noir des bords irréguliers côté est et de fins filaments de nébulosité au-delà de l'étoile
Photo (pose longue) la virgule complète, les rideaux de poussière et les teintes de la région H II — hors de portée de tout oculaire

Repérer

Où pointer : l'Épée d'Orion, puis le pas de côté au nord

M43 se trouve exactement là où l'on cherche déjà la grande nébuleuse : dans l'Épée d'Orion, ce petit alignement d'étoiles suspendu sous le Baudrier — les trois astres alignés Alnitak, Alnilam et Mintaka, impossibles à manquer en hiver. Descendez du Baudrier vers l'Épée : la tache floue centrale, visible à l'œil nu sous un bon ciel, c'est le cœur de M42. M43 est alors à un cheveu, juste au nord-est du Trapèze, à moins de 7′. Le meilleur repère n'est pas une étoile éloignée mais la bande de poussière elle-même : trouvez la coupure sombre au bord nord de la grande nébuleuse, et la virgule juste derrière est M43. La saison idéale court de décembre à mars, quand Orion monte haut au méridien en début de nuit et échappe à la turbulence de l'horizon.
Carte d'Orion : sous les trois étoiles du Baudrier, l'Épée abrite la grande nébuleuse ; M43 se cache juste au nord de son cœur
Carte d'Orion : IAU / Sky & Telescope (CC BY 4.0)
  1. Repérez le Baudrier d'Orion

    Les trois étoiles alignées Alnitak, Alnilam et Mintaka (magnitudes 1,7 à 2,2) forment la ceinture d'Orion, le motif le plus reconnaissable du ciel d'hiver. C'est le point de départ.

  2. Descendez vers l'Épée

    Sous le Baudrier pend une courte ligne d'étoiles, l'Épée. En son milieu, une tache floue se voit à l'œil nu sous un ciel correct : c'est déjà la grande nébuleuse d'Orion.

  3. Centrez la grande nébuleuse à faible grossissement

    Pointez le cœur de M42 avec un oculaire qui donne 30 à 50×. Le Trapèze, ce petit groupe serré de quatre étoiles, marque le centre du champ.

  4. Faites le pas de côté vers le nord

    Juste au nord-est du Trapèze, cherchez la coupure sombre puis, derrière, la petite virgule lumineuse avec son étoile centrale : c'est M43. Vision décalée et ciel sans Lune font la différence.

M43 (NGC 1982) — carte d'identité
Repère Valeur
Type d'objet nébuleuse diffuse en émission (région H II), lobe nord de la grande nébuleuse d'Orion, allumé par la seule étoile NU Orionis
Constellation Orion — dans l'Épée, à moins de 7′ au nord-est du Trapèze de M42
Magnitude ≈ 9,0 (contre ≈ 4,0 pour M42 voisine)
Distance ≈ 1 350 années-lumière (≈ 400 parsecs), au sein du complexe moléculaire d'Orion
Taille apparente 20′ × 15′ (≈ 7 à 9 années-lumière de diamètre réel)
Saison hiver, de décembre à mars, quand Orion culmine haut en soirée
Instrument minimal jumelles 10×50 pour la deviner ; 100 mm pour isoler la bande sombre et la virgule

Un peu d'histoire

De la lueur de Mairan au portrait de Hubble

  1. avant 1731

    Le physicien français Jean-Jacques d'Ortous de Mairan décrit une étoile « entourée d'une clarté très semblable à celle qui produit l'atmosphère de notre Soleil ». Il vient de repérer le petit lobe qui portera son nom, distinct du grand nuage voisin.

  2. 1769

    Charles Messier catalogue l'objet séparément de la grande nébuleuse et lui donne le numéro 43. Sa lunette ne montre qu'une lueur pâle et brumeuse autour de l'étoile, mais il juge le lobe assez distinct pour mériter sa propre entrée.

  3. 1774–1811

    William Herschel suit M43 pendant des décennies et croit y voir des changements de nébulosité. Il imagine d'abord l'étoile enfouie derrière une matière diffuse qui diffuserait sa lumière — une intuition proche de la réalité physique.

  4. 2006

    Le télescope spatial Hubble livre une grande mosaïque du complexe d'Orion : M43 y apparaît nettement en haut à gauche, décrite comme une « nébuleuse d'Orion miniature » façonnée par une seule étoile massive au lieu de quatre.

  5. 2011

    Hubble publie un gros plan de M43 pris à la caméra ACS, et une étude spectroscopique détaille NU Orionis et la chimie de sa nébuleuse. Le portrait de la petite sœur d'Orion est enfin à la hauteur de sa célèbre voisine.

L'avis de Luc

L'avis de Luc

Cherchez la découpe, pas la couleur ni la structure : c'est la bande de poussière qui fait tout l'intérêt de M43. Dans un 150 mm par nuit vraiment noire, la coupure sombre saute aux yeux, et derrière elle apparaît une petite virgule avec son étoile plantée au milieu — une seconde nébuleuse posée là. Le jour où cette séparation devient évidente, on cesse de voir un objet dans l'Épée d'Orion pour en voir deux. La plupart des observateurs pointent le Trapèze et repartent sans avoir regardé juste au-dessus.

Continuer

À explorer autour de M43

La grande nébuleuse d'Orion M42 M42, la grande nébuleuse dont M43 est le lobe nord Le Trapèze, les volutes en ailes et la pouponnière d'étoiles la plus spectaculaire du ciel — le grand frère auquel M43 est physiquement rattachée. La nébuleuse de la Tête de Cheval La Tête de Cheval et la Flamme, plus au nord Le même complexe moléculaire d'Orion, autour d'Alnitak : deux joyaux voisins où se poursuit la fabrique d'étoiles qui a donné naissance à M43. Carte du Triangle d'hiver : Sirius, Procyon et Bételgeuse reliées en rouge, avec le Baudrier d'Orion et M78 sur la droite Se repérer dans le ciel d'hiver Le Baudrier, l'Épée et le Trapèze : la carte pour naviguer dans Orion et retrouver M43 d'une soirée à l'autre.

Quel diamètre pour isoler M43 de sa voisine ?

M43 se devine aux jumelles, mais c'est un télescope de 100 mm qui fait apparaître la bande de poussière et détache la virgule de NU Orionis. Nos choix d'instruments par usage et par budget.

Revenir en haut de la page