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Observer · Ciel profond

M50, l'amas en forme de cœur de la Licorne

Posé à mi-chemin entre Sirius et Procyon, dans le Triangle d'hiver, cet amas dessine un cœur — ou une pointe de flèche — d'une centaine d'étoiles bleu-blanc. Une seule fausse note dans ce peuple jeune : une étoile franchement rouge, plantée à son bord sud. Voici comment le trouver, avec quoi, et ce que l'oculaire vous en montre vraiment.

16
de diamètre apparent — la moitié de la pleine Lune
2870
années-lumière : la distance mesurée de l'amas
158
millions d'années : l'âge d'un amas encore jeune
508
étoiles reconnues membres par les relevés Gaia
3
mois d'hiver où il est bien placé, de décembre à février

Ce que c'est

Un cœur d'étoiles jeunes, à 2 870 années-lumière

M50, aussi catalogué NGC 2323, est un amas ouvert : une famille d'étoiles nées ensemble du même nuage de gaz, encore serrées les unes contre les autres avant que la galaxie ne les disperse. Il est riche et modérément compact — pas la nuée lâche de certains amas, ni le grumeau serré d'un globulaire. Une centaine d'étoiles s'y montrent à l'oculaire ; les relevés Gaia en comptent 508 confirmées et une centaine de probables, pour une masse dépassant 285 masses solaires. Sa forme frappe : la plupart des observateurs y voient un cœur, d'autres une pointe de flèche émoussée.
M50 (NGC 2323) : un amas ouvert d'étoiles bleu-blanc en forme de cœur, avec une étoile orange au bord sud
M50 — NOIRLab / NSF / AURA (CC BY 4.0)

Un peuple encore bleu

La couleur d'un amas raconte son âge. Ici, l'immense majorité des étoiles sont bleu-blanc, de magnitude 7 à 8 : des astres chauds et massifs qui brûlent vite et ne durent pas. Leur seule présence date l'amas — environ 158 millions d'années, une jeunesse à l'échelle stellaire, contre les cinq milliards d'années de notre Soleil. Les plus lourdes de ces bleues n'ont pas encore eu le temps de mourir.

Dix-huit années-lumière de diamètre

Vu de la Terre, M50 tient dans 16′, soit la moitié du diamètre de la pleine Lune. À sa distance — 2 870 années-lumière (881 parsecs) selon les mesures Gaia, davantage selon d'anciennes estimations qui le plaçaient vers 3 200 al —, cette tache de 16′ correspond à un vrai diamètre de près de 18 années-lumière (5,46 parsecs). Son cœur dense, lui, tient dans un rayon d'à peine 6 années-lumière.

Dans le plan de la Voie lactée

L'amas se projette en plein disque de notre galaxie, dans un champ d'hiver semé d'étoiles de fond. C'est ce qui rend M50 si agréable au chercheur : on ne l'isole pas sur du noir, on l'y découvre en balayant une région déjà riche, entre les deux chiens de chasse d'Orion.

Un amas peut-être double

En 2025, l'analyse fine des mouvements propres a suggéré que M50 n'est pas un bloc unique mais un amas binaire, formé de deux sous-groupes (NGC 2323-a et NGC 2323-b) liés par la gravité. L'amas abrite aussi deux naines blanches massives et deux étoiles chimiquement particulières — des restes et des curiosités que seul le spectrographe débusque.

La fausse note

L'étoile rouge accrochée au bord sud

Une couleur qui tranche

Dans ce peuple uniformément bleu-blanc, une étoile détonne : au bord sud de l'amas brille un astre nettement orange-rouge. C'est une géante rouge — une étoile qui a épuisé l'hydrogène de son cœur, s'est dilatée et refroidie, virant au rouge. Sa lumière froide contraste avec la chaleur bleutée de ses voisines, et ce contraste est le vrai spectacle de M50 : le rouge saute aux yeux dès qu'on tient l'amas en entier dans le champ.

Le repère qui oriente l'œil

Cette géante n'est pas un simple ornement : elle sert de boussole à l'oculaire. Elle marque la pointe basse du cœur — le coin de la flèche. Une fois qu'on l'a repérée, la forme entière se met en place, et l'on comprend d'un coup pourquoi les observateurs parlent d'un cœur. Elle se voit vraiment en couleur dès un 80 mm à faible grossissement.
M50 en sept repères
Repère M50
Type d'objet Amas ouvert jeune (NGC 2323, Cr 124)
Constellation La Licorne (Monoceros)
Magnitude 5,9 — à la limite de l'œil nu
Distance ~2 870 al (881 pc)
Taille apparente 16′ (½ pleine Lune)
Saison Hiver, de décembre à février
Instrument minimal 100 mm pour bien le résoudre

À l'oculaire

Des 10×50 au 200 mm : la forme qui se révèle

Aux jumelles : une tache granuleuse

Dans une paire de 10×50, M50 se montre comme une petite tache floue, un peu allongée, où l'on devine deux ou trois étoiles piquées sur un fond nébuleux. On ne résout pas encore le cœur, mais on tient la cible : c'est déjà une réussite pour une magnitude 5,9 basse sur l'horizon.

Dès 80 à 100 mm : le cœur se dessine

Un 80 mm change tout. La tache éclate en une nuée d'étoiles bleu-blanc de 7ᵉ et 8ᵉ magnitude, et la forme de cœur — ou de flèche — se lit franchement. La géante orange du bord sud ressort en couleur. À 100×, on résout plus de 80 étoiles ; c'est le grossissement où l'amas est le plus habité sans déborder du champ.

À 150–200 mm : le champ se peuple

Un 150 mm à faible grossissement pousse le compte au-delà de quarante étoiles brillantes, semées d'astres plus fins, avec quelques touches jaunes et orangées parmi le bleu. Un 200 mm ajoute surtout des étoiles de fond de la Voie lactée : le cœur devient un dessin dans une foule, plus qu'un objet isolé.

Le bon moment

Visez-le en janvier ou février, vers 21 h, quand la Licorne passe au méridien. M50 culmine alors au plus haut qu'il puisse atteindre depuis la France — vers 30° de hauteur —, à travers le minimum d'atmosphère. Depuis Sirius, il est facile à retrouver toute la soirée.
M50 selon votre instrument
Avec quoi Ce que vous atteignez
Jumelles 10×50 une tache floue granuleuse, 2 ou 3 étoiles piquées
Télescope 80–100 mm le cœur résolu, la géante rouge du bord sud en couleur
150 mm à 100× plus de 40 étoiles, quelques teintes jaunes et orangées
200 mm le cœur noyé dans les étoiles de fond de la Voie lactée

Trois regards

M50 en pose longue, en amateur, et en infrarouge

Repérer

Entre Sirius et Procyon, un peu côté Sirius

La Licorne n'a aucune étoile brillante — sa plus vive, β Monocerotis, plafonne à la magnitude 3,76. On n'y navigue donc pas d'étoile en étoile, mais depuis ses voisines éclatantes. M50 tombe pile dans le Triangle d'hiver, à mi-chemin entre Sirius (le Grand Chien) et Procyon (le Petit Chien), un peu plus près de Sirius. Le meilleur point de départ reste Sirius : l'amas est à 9,5° au nord-nord-est, avec l'étoile θ du Grand Chien (magnitude 4,1) posée à peu près à mi-chemin.
Carte de la Licorne : M50 entre Sirius (Grand Chien) et Procyon (Petit Chien)
Carte de la Licorne — IAU / Sky & Telescope (CC BY 3.0)
  1. Trouvez Sirius, l'étoile la plus brillante du ciel

    Sous Orion, sur la gauche du Baudrier, Sirius domine tout le ciel d'hiver. Impossible de la confondre : c'est la balise de départ.

  2. Repérez Procyon, à l'est de Sirius

    À une trentaine de degrés à gauche de Sirius brille Procyon. Sirius, Procyon et Bételgeuse forment le grand Triangle d'hiver : M50 se cache à l'intérieur, côté Sirius.

  3. Remontez de 9,5° au nord-nord-est de Sirius

    Aux jumelles, glissez de Sirius vers Procyon en montant légèrement. Vous passez près de θ du Grand Chien (magnitude 4,1) : l'amas est juste au-delà, dans le même mouvement.

  4. Attrapez-le au méridien de février

    Vers le 20 février à 21 h, la Licorne culmine plein sud. C'est le moment où M50 est le plus haut et le plus stable depuis la France.

Un peu d'histoire

De Cassini à Messier, un amas noté en chassant une comète

  1. avant 1711

    L'astronome Giovanni Domenico Cassini aurait déjà consigné cet amas de la Licorne, plus d'un demi-siècle avant son entrée au catalogue Messier — ce qui en ferait le premier observateur connu de M50.

  2. 5 avril 1772

    Charles Messier tombe sur l'amas alors qu'il suit une comète à travers le ciel d'hiver. Il le note, le mesure, et l'ajoute à son catalogue de « faux objets » à ne pas confondre avec des comètes : ce sera M50.

  3. 1997 à 2001

    Le relevé infrarouge 2MASS cartographie le ciel entier et détaille les étoiles froides de l'amas — dont la géante rouge du bord sud ressort nettement.

  4. 2013

    La mission Gaia commence à mesurer distances et mouvements de milliards d'étoiles. Ses données fixent la distance de M50 à 2 870 années-lumière et confirment 508 membres.

  5. 2025

    L'analyse des mouvements propres révèle que M50 est vraisemblablement un amas binaire, deux sous-groupes liés par la gravité — une structure invisible à l'oculaire.

L'avis de Luc

L'avis de Luc

Court à trouver, joli tout de suite, et il fonctionne même sous un ciel imparfait : M50 est la cible d'intervalle idéale quand Sirius est déjà pointée et que Procyon monte. Le chemin tient en une manœuvre — partir de Sirius, remonter 9,5° au chercheur. À 40× dans un 100 mm, le cœur se dessine d'un coup, et la petite étoile orange du bord sud tranche sur toutes les bleues qui l'entourent.

Continuer

À explorer autour de M50

L'amas ouvert M46, semis serré d'étoiles fines au centre du champ, avec le minuscule anneau bleuté de la planétaire NGC 2438 sur son bord nord M46 et M47, à l'est de Sirius Le couple d'amas de la Poupe, et la nébuleuse en trompe-l'œil de M46, dans la même soirée d'hiver. M41 en image profonde NOIRLab, les géantes orangées au centre d'un semis d'étoiles blanches M41, la géante orange sous Sirius L'autre amas à étoile rouge du ciel d'hiver, quatre degrés seulement sous Sirius. Carte de repérage de la Licorne Naviguer dans le Triangle d'hiver Sirius, Procyon et Bételgeuse : la carte pour passer de M50 à ses voisines du ciel d'hiver.

Quel télescope pour résoudre le cœur de M50 ?

Des 10×50 le montrent en tache granuleuse ; c'est un 80 à 100 mm qui dessine le cœur et fait sortir la géante rouge du bord sud. Nos choix par usage et par budget.

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