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Observer · Ciel profond

M69, le globulaire riche en métaux au ras du Sagittaire

Voici un amas globulaire à contre-courant : la plupart de ces boules d'étoiles anciennes sont pauvres en métaux, vestiges de l'aube de la Galaxie. M69, lui, contient plus de dix fois plus de fer que ses semblables du même âge — l'un des amas les plus riches en métaux connus, marqueur de son appartenance au bulbe de la Voie lactée. Il se cache tout au fond du Sagittaire, très bas sur l'horizon sud depuis la France, et forme avec son voisin M70 une paire de jumeaux que l'on pointe l'un après l'autre. Voici ce que vous en verrez vraiment, à partir de 150 mm, les nuits d'été où l'horizon sud se dégage.

10 ×
plus de fer que les autres globulaires du même âge — l'un des plus riches en métaux connus
29 700 al
années-lumière : la distance de M69, à un jet de pierre du bulbe galactique
8.3
de magnitude : à la portée des jumelles sous un ciel noir, mais toujours bas sur l'horizon sud
150 mm
le diamètre à partir duquel M69 cesse d'être une simple étoile floue
1780
l'année où Messier le débusque enfin, seize ans après l'avoir cherché en vain

Ce que c'est

Une boule d'étoiles anciennes, tassée contre le cœur de la Galaxie

M69 (NGC 6637) est un amas globulaire : une sphère de plusieurs centaines de milliers d'étoiles très âgées — près de 13 milliards d'années — liées par leur propre gravité en une boule compacte. Il se tient à environ 29 700 années-lumière du Soleil et à seulement 5 200 années-lumière du centre galactique : c'est un amas du bulbe, la région renflée et surpeuplée qui entoure le cœur de la Voie lactée. Son diamètre réel avoisine les 85 années-lumière, pour un rayon de marée qui s'étend jusqu'à 92 années-lumière. Sur le ciel, il ne couvre qu'environ 9,8′ — une petite tache dont l'essentiel de la lumière se concentre dans un cœur de moins d'1′. Sur la classification de concentration de Shapley-Sawyer, qui va de I (très concentré) à XII (diffus), M69 se range en classe V : moyennement condensé, un noyau net mais un halo qui se résout en étoiles dans un bon instrument. Ce qui le rend singulier ne se voit pourtant pas à l'œil — c'est écrit dans la chimie de ses étoiles.
M69 (NGC 6637) photographié par le télescope spatial Hubble : cœur dense d'étoiles jaunes et rouges, semis serré vers le centre
M69 par le télescope Hubble — ESA/Hubble & NASA (CC BY 3.0)

Le détail qui le distingue

Riche en métaux : un globulaire qui n'aurait pas dû l'être

En astronomie, on appelle « métaux » tous les éléments plus lourds que l'hélium — le fer en tête. Les amas globulaires sont d'ordinaire pauvres en métaux : ils se sont formés très tôt, à une époque où l'Univers n'avait pas encore forgé ces éléments dans les étoiles. M69 fait exception. Ses étoiles renferment environ 22 % du fer du Soleil, soit plus de dix fois l'abondance mesurée dans les globulaires classiques du même âge. Les astronomes chiffrent cette richesse par un indice, la métallicité [Fe/H] = −0,78 : très haut pour un amas de ce type, là où un globulaire de halo tombe souvent sous −1,5. Cette signature raconte une histoire : M69 s'est constitué près du centre galactique, dans un milieu déjà enrichi par les générations d'étoiles précédentes, et appartient à la population du bulbe. En comparant la chimie de ces amas, on remonte l'histoire de la formation stellaire de la Galaxie — les amas jeunes sont plus riches en éléments lourds que les anciens. M69 est l'un des témoins les plus métalliques de ce récit.
M69 dans un champ de la Voie lactée : un amas globulaire compact sur un fond dense d'étoiles du bulbe galactique
M69 (NGC 6637) — relevé photographique DSS, Donald Pelletier (CC BY-SA 4.0)

Comprendre

M69 en lumière visible et en infrarouge

Faites glisser le curseur : à gauche, M69 en lumière visible, noyé dans le fourmillement d'étoiles du bulbe ; à droite, le même champ en infrarouge, qui traverse les voiles de poussière de la Voie lactée et fait ressortir l'amas.

M69 en lumière visible (DSS) puis en infrarouge (2MASS) — vue 2MASS : 2MASS/UMass/IPAC-Caltech/NASA/NSF (domaine public, 2MASS Atlas Image Gallery)
M69 en lumière visible : amas compact sur un fond très dense d'étoiles M69 en infrarouge par le relevé 2MASS : la poussière du bulbe s'efface et l'amas se détache

La paire du fond du Sagittaire

M69 et M70 : des jumeaux apparents, chimiquement opposés

À 2,5° à l'est de M69 se tient M70 (NGC 6681), un globulaire de taille et d'éclat si proches qu'on les pointe l'un après l'autre, comme des jumeaux — sa fiche le détaille. Ils pourraient même être de vrais voisins : les estimations les séparent parfois d'à peine 1 800 années-lumière. Et pourtant, ces sosies du ciel sont chimiquement opposés. Là où M69 est riche en métaux, M70 est pauvre en métaux ([Fe/H] proche de −1,4), fidèle à la règle commune des globulaires. Deux amas d'aspect identique, deux histoires de formation distinctes : la démonstration, à portée de télescope, que l'œil ne dit pas tout. Face à eux, les brillants M22 et M28, plus au nord dans le même Sagittaire, appartiennent au halo et restent, eux aussi, pauvres en métaux. M69 est l'exception du lot.
M69 face aux autres globulaires du Sagittaire
Amas [Fe/H] Magnitude Population
M69 (NGC 6637) −0,78 8,3 bulbe — riche en métaux, l'exception
M70 (NGC 6681) ≈ −1,4 9,1 son jumeau apparent, à 2,5° — pauvre en métaux
M28 (NGC 6626) ≈ −1,3 6,8 halo, près de Kaus Borealis — pauvre
M22 (NGC 6656) ≈ −1,7 5,1 halo, le géant du Sagittaire — pauvre

À l'oculaire

Une petite boule laiteuse que l'horizon sud complique

Aux jumelles 10×50, M69 se réduit à une étoile légèrement floue : sans un ciel noir et un horizon sud parfaitement dégagé, on passe à côté. Dès 100 mm, il devient une petite tache ronde, cotonneuse, à l'éclat concentré vers le centre — un aspect de comète sans queue. C'est à partir de 150 à 200 mm qu'il prend de la matière : le halo grandit, le grain apparaît, et un télescope de 200 mm (8 pouces) commence à résoudre les étoiles de sa périphérie en piqûres fines sur fond laiteux. Le cœur, lui, reste une brume compacte que seuls les gros diamètres émiettent. Sa magnitude de 8,3 le rendrait facile s'il montait haut — mais depuis la France, M69 rase l'horizon sud, traversant une épaisseur d'atmosphère qui le pâlit et le brouille. Ici, ce n'est pas le grossissement qui décide, c'est la hauteur : chaque degré gagné au-dessus de l'horizon compte plus qu'un oculaire de plus.
M69 selon votre instrument
Avec quoi Ce que vous atteignez sur M69
Jumelles 10×50 une étoile à peine floue, devinée seulement si l'horizon sud est noir et parfaitement dégagé — souvent manquée
Télescope 100–130 mm une petite boule ronde et cotonneuse, plus dense au centre : l'aspect d'une comète sans queue, sans étoiles résolues
150–200 mm un halo plus large et granuleux ; à 200 mm, les premières étoiles de la périphérie apparaissent sur fond laiteux
250–300 mm + ciel noir l'amas s'émiette franchement sur ses bords, le cœur reste compact ; encore faut-il l'attraper haut et net au-dessus de l'horizon
Photo (pose longue) un cœur doré serré et des milliers d'étoiles jusque dans le noyau, hors de portée de tout oculaire

Repérer

Où pointer pour tomber sur M69

M69 loge à l'intérieur de la Théière, l'astérisme central du Sagittaire, tout près de sa base. Le meilleur point de départ est Kaus Australis (ε Sagittarii), l'étoile la plus brillante de la constellation, qui marque le coin bas de la Théière : M69 se trouve à environ 1,5° au nord-est. Une autre façon de le cadrer : il occupe à peu près le premier tiers de la ligne qui joint Kaus Australis à Ascella (ζ Sagittarii, le fond de l'anse), un peu au-dessus de cette ligne. La bonne fenêtre est l'été, de juillet à août, quand le Sagittaire passe au méridien en début de nuit — mais bas, très bas depuis la France. Pour la constellation entière, sa mythologie et son repérage, voyez la page dédiée au Sagittaire.
Carte du Sagittaire : M69 se cache au fond de la Théière, un peu au nord de la ligne entre Kaus Australis et Ascella
Carte : IAU / Sky & Telescope (CC BY 4.0)
  1. Repérez la Théière et Kaus Australis

    Le Sagittaire dessine une théière basse sur l'horizon sud en été. Kaus Australis (ε Sagittarii, magnitude 1,8) en est l'étoile la plus brillante, au coin inférieur — c'est votre point d'ancrage.

  2. Remontez de 1,5° vers le nord-est

    Depuis Kaus Australis, glissez d'environ un degré et demi vers Ascella (ζ Sagittarii). M69 se trouve au premier tiers de ce trajet, juste au nord de la ligne.

  3. Cherchez la petite tache ronde

    À faible grossissement, M69 apparaît comme une minuscule boule floue, plus dense au centre, au milieu du fourmillement d'étoiles du bulbe. Ne la confondez pas avec une étoile empâtée : elle ne pique pas.

  4. Enchaînez vers M70, 2,5° à l'est

    Une fois M69 tenu, poussez de 2,5° vers l'est : son jumeau M70 tombe dans le même quartier de ciel. Deux globulaires pour le prix d'un saut d'étoile.

M69 (NGC 6637) — carte d'identité
Repère Valeur
Type d'objet amas globulaire, classe de concentration V, membre du bulbe galactique — riche en métaux ([Fe/H] = −0,78)
Constellation Sagittaire — dans la Théière, à 1,5° au nord-est de Kaus Australis (ε Sagittarii)
Magnitude 8,3 (jumelles sous un ciel noir, mais toujours bas sur l'horizon)
Distance ≈ 29 700 années-lumière (8,8 kpc), à ≈ 5 200 al du centre galactique
Taille apparente ≈ 9,8′ (cœur < 1′), soit ≈ 85 années-lumière de diamètre réel
Saison été, de juillet à août, au passage au méridien sud — culmine très bas depuis la France
Instrument minimal 150 mm pour un vrai halo ; 200 mm et ciel noir pour commencer à résoudre les étoiles

Un peu d'histoire

De la traque de Messier au portrait de Hubble

  1. 1751-1752

    Depuis Le Cap, Nicolas-Louis de Lacaille inscrit à son catalogue austral un objet nébuleux, Lac I.11, dans cette région basse du Sagittaire — la première trace écrite de M69.

  2. 1764

    Charles Messier cherche l'objet de Lacaille et échoue : trop bas, trop faible depuis Paris, il ne le retrouve pas et le laisse de côté pendant seize ans.

  3. 31 août 1780

    Messier débusque enfin l'amas et l'ajoute à son catalogue sous le numéro 69, la même nuit que son voisin M70. Sa position diffère toutefois de 1,2° de celle notée par Lacaille.

  4. 1917

    Harlow Shapley résout les étoiles de M69 et l'établit comme un authentique amas globulaire, dans la vaste campagne qui mènera à la classification de concentration de Shapley-Sawyer où M69 se range en classe V.

  5. 2012

    Le télescope spatial Hubble en livre un portrait détaillé — la vue « Cosmic riches » — combinant lumière visible et proche infrarouge sur un champ de 3,4′ : des milliers d'étoiles dorées jusqu'au cœur, illustration de sa richesse en métaux.

L'avis de Luc

L'avis de Luc

Une petite boule laiteuse à peine granuleuse, rien de spectaculaire — et pourtant on reste dessus longtemps, parce que M69 est l'exception du lot : un globulaire gorgé de fer, cousin du bulbe, quand tous ses voisins en sont pauvres. Juste à côté, M70 lui oppose exactement l'inverse. Deux taches jumelles, deux histoires chimiques contraires, et aucun grossissement ne montre cette différence. Encore faut-il le tenir : depuis l'est de la France, il rase l'horizon et baigne dans la brume ; il a fallu une nuit d'août dans le Var, plein sud sur la mer, pour l'obtenir dans un 200 mm.

Continuer

À explorer autour de M69

Un amas globulaire compact et grumeleux, résolu en étoiles sur ses bords, au milieu d'un champ stellaire très dense M70, le jumeau apparent de M69 À 2,5° à l'est, un globulaire de même taille et de même éclat — mais pauvre en métaux, à l'inverse de M69. Le pointer dans la foulée, c'est comparer deux histoires opposées. L'amas globulaire M22 M22, le géant globulaire du Sagittaire Plus haut dans la même constellation, l'un des plus brillants globulaires du ciel (magnitude 5,1), pauvre en métaux et bien plus facile à résoudre que M69. Le cœur de M69 par Hubble Pourquoi un globulaire reste laiteux à l'œil Un amas de plusieurs centaines de milliers d'étoiles ne se résout qu'à partir d'un certain diamètre : ce que chaque instrument révèle, et pourquoi la hauteur au-dessus de l'horizon fait la différence.

Quel instrument pour un globulaire bas comme M69 ?

M69 demande au moins 150 mm pour livrer un vrai halo, et 200 mm pour se résoudre — le tout capté bas sur l'horizon sud. Nos choix de télescopes par usage et par budget.

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