Événements · Rendez-vous planétaires
Les conjonctions planétaires de 2026
Le clou de l'année est passé : Vénus et Jupiter se sont frôlées le 9 juin, à moins de deux degrés, dans le couchant. Il reste un vrai rendez-vous à l'agenda français — Mars et Jupiter côte à côte dans le Lion les 15 et 16 novembre, au milieu de la nuit — et une longue série de rencontres entre la Lune et les planètes, tous les mois jusqu'à Noël. Voici lesquelles valent qu'on se lève, et lesquelles ne se verront pas d'ici.
Rapprochement maximal de Mars et Jupiter
C'est le moment !
- 1.18 °
- l'écart minimal entre Mars et Jupiter le 16 novembre : deux diamètres de pleine Lune, dans le même champ de jumelles
- 610 M km
- la distance qui séparait réellement Mars de Jupiter dans l'espace au moment de ce « rapprochement »
- 3
- conjonctions planète-planète encore inscrites au calendrier 2026 — une seule est observable depuis la France
- 816 j
- le rythme auquel Mars et Jupiter se retrouvent : deux ans et trois mois entre deux rendez-vous
Où en est-on, au 7 août 2026
Autant le dire tout de suite : la moitié spectaculaire de l'année est derrière nous. Le 9 juin, Vénus et Jupiter, les deux astres les plus brillants du ciel après la Lune, se sont croisés dans les Gémeaux à 1°38' l'une de l'autre, à magnitudes −4,0 et −1,9, bas sur l'horizon ouest-nord-ouest après le coucher du Soleil. Depuis Paris, la fenêtre utile courait de 22 h à 23 h 15, le couple culminant entre 10 et 15° de hauteur. Mercure les a rejoints à la mi-juin, un fin croissant de Lune est venu se poser à côté d'eux le 16 juin, Jupiter et Mercure se sont retrouvés le 25 juin, et Mars a frôlé Uranus le 4 juillet au petit matin. Tout cela appartient au passé.
Ce qu'il reste tient en peu de lignes, et mieux vaut le savoir avant de bloquer une soirée. Trois conjonctions planète-planète figurent encore au calendrier : Jupiter-Mercure le 15 août, Vénus-Mercure le 5 octobre, Jupiter-Mars les 15 et 16 novembre. Les deux premières sont inobservables depuis la France — nous expliquons plus bas pourquoi, et ce n'est pas une question de météo. La troisième, en revanche, mérite un réveil : elle se déroule en pleine nuit, à plus de 50° de hauteur, avec deux planètes très brillantes à un degré l'une de l'autre.
Ce qu'est une conjonction, et ce qu'elle n'est pas
Le mot recouvre une définition technique plus étroite qu'on ne le croit. Une conjonction a lieu à l'instant où deux astres partagent la même ascension droite — la coordonnée céleste qui joue le rôle de la longitude, mesurée en heures et en minutes le long de l'équateur céleste. Autrement dit : le moment où l'un passe exactement au-dessus ou au-dessous de l'autre par rapport à l'axe de rotation de la Terre.
Or ce n'est presque jamais le moment où l'écart apparent est le plus faible. Les deux planètes se déplacent aussi en déclinaison, et l'écart minimal — que les éphémérides appellent un rapprochement ou une apulse — tombe quelques heures, voire un jour, plus tard. C'est toute l'explication des chiffres contradictoires que vous lirez ailleurs : Jupiter et Mars sont en conjonction le 15 novembre à 3 h 42, à 1°14', mais leur plus courte distance, 1°11', se produit le 16. Ce n'est pas une contradiction, ce sont deux événements différents.
Un troisième piège, plus grave, tient au vocabulaire commun. Une conjonction n'est pas un alignement dans l'espace : les deux planètes ne sont ni voisines, ni sur une même droite passant par la Terre. Elles se trouvent seulement dans la même direction du regard, à des profondeurs radicalement différentes. Aucune force, aucune marée, aucun effet mesurable n'en résulte — le phénomène est entièrement optique, et c'est déjà bien assez beau.
| Rendez-vous | Quand regarder | Depuis la France | ||
|---|---|---|---|---|
| 15 août | Jupiter (−1,8) et Mercure (−1,2), dans le Cancer | 0°33' | Aube, 12° du Soleil | 🔴 Non — le couple ne dépasse pas 6° à l'aube et se noie dans la lueur solaire |
| 6 septembre | Croissant de Lune et Mars | ≈ 4° | Aube | 🟠 Très difficile — Mars encore basse et noyée dans le crépuscule |
| 8 septembre | Croissant de Lune et Jupiter | ≈ 4° | Aube | 🟠 Très difficile — horizon est parfaitement dégagé exigé |
| 14 septembre | Croissant de Lune montant et Vénus | ≈ 2° | Crépuscule du soir | 🟠 Difficile — très joli couple, mais bas et vite couché sous l'écliptique d'automne |
| 22 septembre | Vénus au maximum d'éclat | — | Crépuscule du soir | 🟠 Difficile — magnifique en soi, mais l'écliptique du soir est couchée |
| 26 septembre | Neptune à l'opposition | — | Toute la nuit | 🟢 Oui — magnitude 7,7, jumelles ou lunette indispensables |
| 4 octobre | Saturne à l'opposition, magnitude 0,3 | — | Toute la nuit | 🟢 Oui — le meilleur moment de l'année pour la planète aux anneaux |
| 5 octobre | Vénus (−4,5) et Mercure (−0,1), dans la Vierge | 5°26' | Crépuscule du soir | 🔴 Non — le couple est 3° SOUS l'horizon quand la nuit tombe |
| 5-6 octobre | Lune, Mars puis Jupiter, à l'aube | ≈ 3 à 5° | Aube | 🟠 Difficile — les occultations ne concernent pas l'Europe |
| 11 octobre | Mars traverse l'amas de la Crèche (M44) | ≈ 1° | Fin de nuit | 🟢 Oui — le plus joli champ de jumelles de l'automne |
| 12 octobre | Mercure à sa plus grande élongation est | — | Crépuscule du soir | 🔴 Non — élongation gâchée par l'inclinaison de l'écliptique d'automne |
| 24 octobre | Vénus en conjonction inférieure : elle passe entre la Terre et le Soleil | — | — | 🔴 Non — Vénus est invisible, elle change de camp |
| 2 novembre | Lune décroissante, Mars, Jupiter et Régulus alignés | quelques degrés | Milieu et fin de nuit | 🟢 Oui — le plus beau tableau de l'automne, à l'œil nu |
| 7 novembre | Croissant de Lune et Vénus, redevenue étoile du matin | ≈ 3° | Aube | 🟠 Difficile — Vénus émerge à peine de la lueur solaire |
| 15 novembre | Conjonction de Jupiter (−2,1) et Mars (0,7), dans le Lion | 1°14' | Lever vers 1 h, culmination 6 h 55 à 57° | 🟢 OUI — le rendez-vous de l'année encore à venir |
| 16 novembre | Rapprochement maximal de Jupiter et Mars | 1°11' | Toute la seconde moitié de la nuit | 🟢 OUI — même champ de jumelles, à l'œil nu sans difficulté |
| 21 novembre | Lune et Saturne ; Mercure à sa plus grande élongation ouest | ≈ 4° | Soirée pour Saturne, aube pour Mercure | 🟢 Oui — la meilleure apparition matinale de Mercure de l'année |
| 25 novembre | Uranus à l'opposition | — | Toute la nuit | 🟢 Oui — magnitude 5,6, repérable aux jumelles sous un ciel noir |
| 27 novembre | Vénus au maximum d'éclat, le matin | — | Aube | 🟢 Oui — impossible à manquer, à l'est avant le jour |
| 30 novembre | La Lune repasse près de Jupiter, Mars et Régulus | quelques degrés | Fin de nuit | 🟢 Oui — la reprise du tableau du 2 novembre |
| 18 décembre | Lune et Saturne | 6°54' | Début de soirée | 🟢 Oui — Saturne encore haute en début de nuit |
| 27 décembre | Lune et Jupiter | 1°30' | Seconde moitié de nuit | 🟢 Oui — le plus serré des couples Lune-planète de la fin d'année |
| 28 décembre | Lune et Mars | 5°18' | Seconde moitié de nuit | 🟢 Oui — Mars s'éloigne peu à peu de Jupiter |
| Aucune ligne ne correspond au filtre. | ||||
Le 15 novembre, Mars et Jupiter dans le Lion
C'est le seul rendez-vous de l'année encore devant nous qui justifie de programmer un réveil, et il a tout pour lui. Jupiter, revenue dans le ciel du matin après son passage derrière le Soleil du 29 juillet, brille à la magnitude −2,1. Mars, qui remonte lentement vers son opposition de février 2027, atteint 0,7 — un facteur 13 les sépare en éclat, ce qui rend le couple immédiatement identifiable : un phare blanc, et un petit point orangé juste à côté.
La scène se joue dans le Lion, tout près de la Faucille, cet arc d'étoiles qui dessine la tête de l'animal. Depuis la France, le couple devient observable vers 1 h du matin, à 11° de hauteur, et culmine à 6 h 55, à 57° au-dessus de l'horizon sud. Autant dire que, contrairement aux conjonctions du crépuscule, rien ici ne dépend d'un horizon dégagé : à cette hauteur, un balcon suffit, et la turbulence atmosphérique se fait oublier.
L'écart vaut 1°14' au moment de la conjonction, le 15 à 3 h 42, et descend à 1°11' le 16. C'est trop large pour un oculaire de télescope — un champ de 1° est déjà généreux à fort grossissement — mais c'est le cadrage idéal pour des jumelles, dont le champ dépasse largement 5°. Et à l'œil nu, un degré, c'est serré : deux points nettement distincts, mais si proches que le regard les prend pour un seul objet double.
Le 2 novembre, la Lune complète le tableau
Deux semaines plus tôt, le même coin de ciel offre quelque chose de plus rare qu'une conjonction : un groupe. Dans la nuit du 1er au 2 novembre, la Lune décroissante, tout juste passée par son dernier quartier, descend le long de l'écliptique et croise successivement Mars, puis Jupiter, puis Régulus, l'étoile bleutée de magnitude 1,4 qui marque le cœur du Lion.
Quatre astres, quatre natures différentes, dans un mouchoir de poche : un satellite naturel à 380 000 km, une planète tellurique à quelque 200 millions de kilomètres, une planète géante gazeuse à plus de 800 millions, et une étoile à 79 années-lumière. C'est la meilleure leçon de profondeur que le ciel puisse donner à l'œil nu, et elle ne coûte qu'un réveil.
Une précision d'honnêteté, parce qu'elle circule mal : ce matin-là, la Lune occulte réellement Mars, puis Jupiter, puis Régulus — elle passe devant eux et les éteint pendant une heure ou deux. Mais ces occultations ne sont visibles que depuis la Polynésie française, les Cook et Pitcairn pour Mars, depuis l'Australie et l'Indonésie pour Jupiter. Depuis l'Europe, la parallaxe lunaire — jusqu'à deux degrés de décalage selon le point de la Terre d'où l'on regarde — déplace la Lune assez pour qu'elle passe à côté. Nous verrons un rapprochement magnifique, pas une disparition. La même série se rejoue le 30 novembre.
Un degré, c'est quoi au juste ?
Les chiffres de séparation ne parlent à personne tant qu'on ne les a pas convertis en gestes. Voici l'échelle qui sert toute l'année, bras tendu devant soi : l'auriculaire couvre environ 1°, trois doigts serrés 4 à 5°, le poing fermé 10°, la main grande ouverte du pouce à l'auriculaire 20°. La pleine Lune, elle, ne mesure que 0,5° — beaucoup plus petite que ce que la mémoire en garde.
Sur cette photo, Vénus et Jupiter sont à un tiers de degré : moins qu'un diamètre lunaire. C'est plus serré que tout ce que 2026 propose encore. Les 1°11' du 16 novembre représenteront un peu plus du double de cet écart — largement de quoi séparer les deux planètes à l'œil nu, tout en gardant l'impression saisissante de deux phares posés côte à côte.
Retenez la conséquence pratique, elle décide de votre matériel : sous 1°, les deux astres tiennent dans le champ d'un télescope à faible grossissement ; entre 1 et 6°, c'est le domaine exclusif des jumelles ; au-delà, l'œil nu fait mieux que tout instrument, parce qu'il embrasse la scène entière.

Deux planètes qui se frôlent sans jamais se rapprocher
Voici la donnée qui remet l'événement à sa place, et elle se lit dans les éphémérides sans aucun calcul savant. Le 15 novembre, le diamètre apparent de Jupiter vaut 36,5 secondes d'arc, celui de Mars 7,1. Comme on connaît la taille réelle de chaque planète, ces deux nombres donnent directement leur distance : Jupiter, dont le disque mesure 197 secondes d'arc vu d'une unité astronomique, se trouve à 5,4 UA, soit près de 810 millions de kilomètres ; Mars, dont le disque vaut 9,4 secondes à la même distance de référence, est à 1,32 UA, soit 197 millions de kilomètres.
Le couple « serré » est donc étiré sur 610 millions de kilomètres de profondeur — quatre fois la distance de la Terre au Soleil. La lumière de Mars met 11 minutes à nous parvenir, celle de Jupiter 45. Quand vous les verrez côte à côte, vous regarderez deux images prises à plus d'une demi-heure d'intervalle.
Même exercice pour le duo de juin : Vénus affichait 13,9", Jupiter 31,8", ce qui les plaçait respectivement à 1,20 et 6,20 unités astronomiques, soit 180 et 927 millions de kilomètres. Jupiter était cinq fois plus loin que Vénus. Le « baiser cosmique » n'était rien d'autre qu'un alignement de deux objets séparés par les trois quarts d'un milliard de kilomètres.
Pourquoi ça se passe toujours dans la même bande de ciel
Les planètes ne se rencontrent jamais n'importe où. Elles restent confinées dans une étroite ceinture centrée sur l'écliptique — la trace, sur la voûte céleste, du plan de l'orbite terrestre. La raison est que le système solaire est plat : les orbites planétaires font toutes un angle faible avec ce plan de référence, 1,3° pour Jupiter, 1,85° pour Mars, 2,5° pour Saturne, 3,4° pour Vénus, et 7,0° pour Mercure, la plus indisciplinée du lot.
Comme aucune planète ne s'écarte de plus de sept degrés de cette ligne, toutes défilent dans un ruban d'une quinzaine de degrés de large qui traverse les treize constellations du zodiaque — les douze du folklore, plus Ophiuchus, que le Soleil traverse du 30 novembre au 18 décembre. Ce ruban est la première chose à savoir repérer : il monte à l'est, passe au sud, redescend à l'ouest, et un point brillant situé nettement en dehors n'est jamais une planète.
Une conséquence directe, et elle est réjouissante pour un débutant : dès que vous saurez situer l'écliptique un soir donné — la carte du ciel tournante le fait en dix secondes —, vous saurez où chercher, et vous n'aurez plus jamais à balayer le ciel au hasard.
Le seul spectacle du ciel que la ville n'abîme pas
Les nébuleuses exigent un ciel noir, les galaxies encore plus, et la Voie lactée est devenue invisible pour 60 % des Européens depuis chez eux. Les planètes, elles, se moquent de la pollution lumineuse : à magnitude −2, Jupiter est cent fois plus brillante qu'une étoile de magnitude 3, limite courante d'un ciel de centre-ville. Un balcon, une fenêtre, un parking de supermarché conviennent parfaitement.
C'est ce qui fait des conjonctions la meilleure porte d'entrée en astronomie. Elles n'exigent ni déplacement, ni adaptation à l'obscurité, ni carte détaillée : deux points brillants, très proches, à un endroit précis du ciel, à une date annoncée d'avance. On lève les yeux, on les trouve, on a réussi. Le reste — reconnaître les constellations, deviner l'écliptique, anticiper le mouvement — s'installe ensuite tout seul.
Le seul ennemi réel reste l'obstacle. Un immeuble, une haie, une ligne de crête à quinze degrés de hauteur suffisent à effacer une conjonction du crépuscule. Repérez votre dégagement de jour, pas le soir même : c'est le conseil qui sauve le plus de séances, et il est développé dans notre guide de l'observation depuis un balcon.

Planète ou étoile : trois tests qui ne trompent pas
La question tombe systématiquement quand on montre une conjonction à quelqu'un. Trois critères la règlent, du plus simple au plus sûr.
Le scintillement. Une étoile est si lointaine qu'elle forme un point mathématique : la moindre cellule de turbulence atmosphérique dévie tout son faisceau à la fois, et son éclat papillote. Une planète présente un disque — 36,5" pour Jupiter en novembre, 7,1" pour Mars — c'est-à-dire une mosaïque de points dont les scintillements se compensent. Résultat : les planètes brillent d'une lumière fixe et calme. La règle a une exception honnête : très bas sur l'horizon, sous 10°, l'épaisseur d'air traversée est telle que même Vénus se met à trembler et à changer de couleur.
La couleur. Jupiter et Vénus sont blanc crème, Mars franchement orangée, Saturne jaune paille, Mercure jaune rosé. Les étoiles brillantes ont d'autres teintes : Régulus est bleu-blanc, Antarès et Bételgeuse sont rouges — d'où la confusion classique entre Mars et Antarès, dont le nom signifie littéralement « rivale de Mars ».
Le mouvement. C'est le test définitif, et il ne demande qu'un peu de patience. Notez la position d'un point brillant par rapport à deux étoiles voisines, revenez trois soirs plus tard : une planète aura bougé de façon visible. Mars parcourt près d'un demi-degré par jour parmi les étoiles. Le mot planète vient d'ailleurs du grec planêtês, « l'errant » — les Anciens les avaient identifiées exactement comme cela.
Ce que des jumelles ajoutent vraiment
Une conjonction s'observe d'abord à l'œil nu, parce que l'écart de un à cinq degrés dépasse le champ de tout télescope. Mais des jumelles transforment la séance sur trois points précis, et il vaut la peine de savoir lesquels avant d'acheter.
Elles montrent les satellites de Jupiter. Un 10×50 tenu fermement, ou mieux posé sur un support, sépare deux à quatre des lunes galiléennes de leur planète. Ganymède atteint la magnitude 4,6, Io 5,0 et Europe 5,3 : elles seraient visibles à l'œil nu si Jupiter ne les noyait pas. C'est l'observation que fit Galilée en janvier 1610 avec une lunette d'un pouvoir séparateur comparable.
Elles font apparaître ce que l'œil ne capte pas. Une pupille dilatée mesure 6 à 7 mm ; un objectif de 50 mm collecte cinquante fois plus de lumière. C'est ce qui met Uranus (magnitude 5,6 à son opposition du 25 novembre) et Neptune (7,7, le 26 septembre) à portée, alors que l'œil seul plafonne vers la magnitude 6 sous un ciel noir, et vers 4 en ville.
Elles rendent les couleurs. Sous le seuil d'éclairement où travaillent nos cônes, le ciel est gris. Les jumelles font franchir ce seuil aux astres brillants : l'orangé de Mars et le blanc crème de Jupiter deviennent évidents dans le même champ, ce que l'œil nu ne restitue jamais aussi nettement.
Le format à retenir pour cet usage tient en deux nombres : 10×50. Dix fois de grossissement, cinquante millimètres d'ouverture, une pupille de sortie de 5 mm bien adaptée à un œil adulte, et un champ de 5 à 6° qui avale n'importe quelle conjonction de l'année. Notre référence détaillée est dans le guide des jumelles 10×50, et le choix entre œil nu, jumelles et télescope est traité à part.
Le détail qui fait basculer une soirée
Voilà, très exactement, ce qui attend celui qui pointera des jumelles vers Jupiter le 16 novembre au matin : un astre trop brillant pour montrer son disque, et deux, trois ou quatre petits points alignés de part et d'autre. Ce ne sont pas des étoiles de fond — leur alignement les trahit : ils se tiennent tous sur le plan équatorial de Jupiter, et ils changent de place d'une nuit à l'autre.
Les périodes de révolution expliquent ce ballet : 1,77 jour pour Io, 3,55 pour Europe, 7,15 pour Ganymède, 16,7 pour Callisto. Io fait donc un tour complet en moins de deux nuits, et un observateur attentif voit sa position changer d'une heure à l'autre. C'est le mouvement le plus rapide que l'astronomie amateur donne à voir en direct — et c'est ce qui a convaincu Galilée, en janvier 1610, que tout ne tournait pas autour de la Terre.
Réserve honnête : ne comptez pas voir les bandes nuageuses de Jupiter dans des jumelles. Il faut un télescope et un grossissement d'au moins 80× pour les distinguer. Ce que les jumelles donnent, c'est le système, pas la planète — et pour une nuit de conjonction, c'est justement le bon niveau de lecture.

Pourquoi deux conjonctions sur trois nous échappent cet automne
Il faut expliquer honnêtement pourquoi les rendez-vous du 15 août et du 5 octobre sont rayés du calendrier français, car ce n'est ni la faute des nuages ni celle de la latitude prise isolément. C'est une affaire d'angle.
L'écliptique ne coupe pas l'horizon de la même façon selon la saison. Au printemps, en début de soirée, il se dresse presque à la verticale au-dessus de l'ouest : une planète à 20° du Soleil se retrouve haute, bien détachée du crépuscule. À l'automne, le même écliptique du soir se couche presque à plat sur l'horizon — vers 20° d'inclinaison seulement sous nos latitudes. La même élongation de 20° ne se traduit alors que par quelques degrés de hauteur, souvent moins. Le matin, la géométrie s'inverse exactement.
Voilà pourquoi la plus grande élongation est de Mercure, le 12 octobre, ne donnera rien de visible depuis la France, alors qu'elle offrira un spectacle confortable depuis l'hémisphère sud, où c'est le printemps. Voilà pourquoi le couple Vénus-Mercure du 5 octobre se trouve, calcul fait pour Lyon, trois degrés sous l'horizon au moment où le ciel devient assez sombre. Et voilà pourquoi, symétriquement, la plus grande élongation ouest de Mercure du 21 novembre sera, elle, excellente : l'écliptique du matin se redresse en automne.
Vénus change de camp le 24 octobre
Un mot sur la planète la plus brillante, parce que son parcours de fin d'année déroute souvent. Vénus a été étoile du soir pendant tout le printemps et tout l'été 2026 ; elle atteint son maximum d'éclat vespéral le 22 septembre. Puis elle plonge vers le Soleil, passe entre la Terre et lui le 24 octobre — c'est la conjonction inférieure, propre aux deux planètes intérieures — et ressort de l'autre côté, dans le ciel du matin.
Ce mouvement s'accompagne d'un phénomène que la lunette révèle magnifiquement : Vénus montre des phases, comme la Lune. Aux abords de la conjonction inférieure, elle est un immense croissant très fin, jusqu'à 60 secondes d'arc de diamètre apparent, et son éclat culmine à nouveau le 27 novembre, à l'aube cette fois. Le détail de ce cycle — et le fait que Galilée en tira l'argument décisif contre le système de Ptolémée — est développé dans notre fiche Vénus et ses phases.
Concrètement, pour l'observateur : n'attendez rien de Vénus entre la mi-octobre et la mi-novembre. Elle est trop près du Soleil, et la pointer alors avec un instrument est dangereux. À partir du 20 novembre, en revanche, elle domine l'aube sans partage.
Pourquoi la Lune est le meilleur guide qui soit
Elle boucle son tour du zodiaque en 27,3 jours et avance donc de 13° par jour parmi les étoiles — treize fois plus vite que le Soleil. Elle passe ainsi devant chaque planète une fois par mois, ce qui fait d'elle un index mobile : quand on annonce « la Lune sera près de Jupiter », on donne au débutant une flèche impossible à manquer, pointée sur un objet qu'il n'aurait pas su identifier seul.
Le fin croissant est le moment le plus favorable, et pour deux raisons cumulées : il est peu éblouissant, et il n'écrase donc pas les astres voisins ; et il ne se montre que dans les crépuscules, quand le ciel garde ses couleurs. On y distingue souvent la lumière cendrée — la face nocturne de la Lune, faiblement éclairée par la Terre, dont l'explication correcte revient à Léonard de Vinci.
Réserve d'observateur : cette photo montre l'échelle réelle du phénomène. Les planètes restent de petits points, très loin l'un de l'autre à l'échelle du cadre, et l'ensemble est bien plus discret que ce que les images grand-angle de la presse laissent croire. Ce qui frappe sur le terrain, ce n'est pas la taille — c'est la régularité : ces astres reviennent au rendez-vous à la minute prévue, année après année.

À quel rythme reviennent les conjonctions
Rien n'est aléatoire là-dedans, et le calcul tient en une ligne. Deux planètes se rattrapent selon leur période synodique, obtenue en composant l'inverse de leurs périodes de révolution. Vénus boucle son orbite en 224,7 jours, Mars en 687,0, Jupiter en 4 332,6, Saturne en 10 759,2.
Il en sort des cadences très inégales. Vénus rattrape Jupiter tous les 237 jours — d'où la fréquence de leurs rencontres, la plus courante parmi les couples brillants. Mars rattrape Jupiter tous les 816 jours, soit deux ans et trois mois : après le 16 novembre 2026, le prochain rendez-vous des deux planètes attendra 2029. Et Jupiter rattrape Saturne tous les 7 253 jours, presque vingt ans — d'où le nom de grande conjonction donné à cet événement depuis le Moyen Âge.
La dernière fut mémorable : le 21 décembre 2020, jour du solstice, Jupiter et Saturne se sont retrouvées à 6,1 minutes d'arc, un cinquième de diamètre lunaire, dans le même champ de télescope. La suivante, le 4 novembre 2040, sera nettement plus lâche, à 1,2°. Pour retrouver une rencontre aussi serrée qu'en 2020, il faudra attendre le 15 mars 2080, avec 6,0 minutes d'arc dans le Capricorne.
Ce que les conjonctions ont changé dans l'histoire des idées
Pendant des millénaires, ces rapprochements ont été lus comme des présages. Les tablettes babyloniennes en tiennent registre ; l'astrologie médiévale attribuait aux grandes conjonctions Jupiter-Saturne le déclenchement des dynasties et des épidémies. La conjonction multiple de février 1524, où sept astres se rassemblèrent dans les Poissons — signe d'eau —, provoqua une panique de déluge dans toute l'Europe, et la construction d'arches par quelques notables allemands.
Kepler fit basculer le sujet du côté du calcul. Il observa la grande conjonction de décembre 1603 depuis Prague, puis, l'année suivante, l'apparition d'une supernova entre Jupiter et Saturne. De ce rapprochement il tira, en 1614, l'hypothèse que l'étoile de Bethléem pouvait être la triple conjonction de Jupiter et Saturne survenue dans les Poissons en 7 avant notre ère — trois rencontres la même année, la rétrogradation apparente des planètes faisant repasser Jupiter deux fois de plus près de Saturne. L'hypothèse reste discutée ; la méthode, elle, a fondé une discipline.
Une conjonction a même livré une planète, sans que personne s'en aperçoive. Les 28 décembre 1612 et 28 janvier 1613, Galilée, occupé à relever la position des satellites de Jupiter, dessina dans son champ une « étoile » de fond qu'il nota soigneusement. Il remarqua même qu'elle s'était déplacée entre deux séances. C'était Neptune, alors très proche de Jupiter dans le ciel — deux siècles et demi avant sa découverte officielle par Galle en 1846. Les carnets de Galilée le prouvent ; l'analyse en a été publiée dans Nature en 1980.
1623 : la plus belle conjonction du millénaire, et personne pour la regarder
Le 16 juillet 1623, Jupiter et Saturne se sont approchées à 5,2 minutes d'arc — un sixième de diamètre lunaire, plus serré encore que le duo de décembre 2020. Aucun témoin sérieux n'en a laissé trace, et la raison tient en un seul nombre : 12,9 degrés. C'est l'écart angulaire qui séparait alors le couple du Soleil, son élongation solaire. À une telle proximité, les deux planètes se couchaient dans la foulée de l'astre du jour, noyées dans une atmosphère épaisse et un fond de ciel encore laiteux. Comparez avec 2020, dont les 30 degrés d'élongation offraient une soirée entière de ciel noir : la même mécanique, deux destins d'observation opposés.
Il faut donc remonter bien plus haut pour trouver un rapprochement à la fois serré et regardable : le 4 mars 1226, où les deux géantes se tenaient à 2,1 minutes d'arc, sous le pouvoir séparateur d'un œil ordinaire. Ce matin-là, dans un Occident qui ignorait tout des lunettes, Jupiter et Saturne se sont littéralement fondues en un astre unique pour quiconque levait la tête. Les chroniqueurs de l'époque disposaient du vocabulaire des présages ; ils n'avaient aucun moyen de savoir qu'ils assistaient à l'événement le plus rare de leur siècle.
Cette rareté se chiffre. Depuis l'an 1200, les grandes conjonctions descendues sous la barre des 10 minutes d'arc se comptent sur les doigts d'une main : quatre occurrences en huit siècles, dont la dernière en date reste celle du solstice 2020. Autrement dit, la statistique accorde à chaque génération humaine une chance sur deux d'en croiser une — et encore faut-il que l'élongation solaire soit clémente, ce qu'aucune loi n'oblige. Ce hasard-là fait partie du spectacle : la mécanique céleste fixe la géométrie, la position du Soleil décide seule du droit d'entrée.
Le verrou des planètes intérieures : 28° pour Mercure, 47° pour Vénus
Vous avez sans doute remarqué une régularité en parcourant le tableau : Mercure et Vénus reviennent toujours dans les crépuscules, jamais au beau milieu de la nuit. Ce comportement n'a rien d'une coïncidence, c'est une contrainte de géométrie, et elle s'énonce en une phrase. Ces deux planètes circulent sur des orbites intérieures à celle de la Terre ; depuis notre poste d'observation extérieur, elles restent enfermées dans un cône de directions dont le Soleil occupe l'axe.
La borne se calcule en trois lignes. L'écart apparent est maximal quand notre ligne de visée devient tangente à l'orbite de la planète : le triangle Soleil-planète-Terre est alors rectangle, son angle droit se plaçant sur la planète elle-même. Le rayon de l'orbite intérieure joue le rôle du côté opposé, la distance Terre-Soleil celui de l'hypoténuse, et l'élongation maximale vaut simplement l'arcsinus de leur rapport. Avec un demi-grand axe de 0,387 unité astronomique pour Mercure et de 0,723 pour Vénus, le verrou tombe à 22,8° et 46,3°.
Reste que ces plafonds respirent, et l'excentricité en est responsable. L'orbite de Mercure est la plus allongée du système solaire — 0,206 —, si bien que son rayon oscille entre 0,307 UA au périhélie, soit 46 millions de kilomètres, et 0,467 UA à l'aphélie, soit 69,8 millions. L'arcsinus suit : de 17,9° à 27,8° selon l'endroit de son orbite où la tangence se produit, ce que les éphémérides constatent effectivement sous la forme d'élongations mesurées entre 18 et 28 degrés. Vénus, dont l'orbite est la plus circulaire de toutes avec une excentricité de 0,0068, varie à peine : de 45,9° à 46,7°, arrondi en pratique à la fourchette 45-47°.
Traduisez ces angles en durée, et vous tenez la règle pratique de l'observateur. La voûte céleste tourne de 15 degrés par heure. Une Vénus à son élongation maximale précède ou suit donc le Soleil d'un peu plus de trois heures — de quoi trôner dans un ciel franchement sombre. Mercure, plafonnée à moins de deux heures, se contente des lueurs : elle demeure prisonnière du crépuscule nautique, cette phase où le Soleil se tient entre 6 et 12 degrés sous l'horizon et où le fond du ciel garde encore sa teinte. C'est tout le drame de cette planète, et c'est aussi pourquoi son apparition matinale du 21 novembre, favorisée par un écliptique redressé, mérite qu'on la note.
L'échelle complète des rencontres, du frôlement à l'éclipse
Une conjonction n'est qu'un cran d'une graduation continue, et connaître les autres crans aide à situer ce qu'on regarde. Au plus lâche, on parle d'élongation — l'angle entre un astre et le Soleil, la seule mesure qui compte pour Mercure et Vénus. Vient la quadrature, à 90°, où une planète extérieure montre son ombre portée de biais et se sculpte au télescope. Puis l'opposition, à 180°, quand la planète est au plus près et brille toute la nuit — Saturne le 4 octobre, Uranus le 25 novembre.
Dans l'autre sens, on resserre. Sous quelques minutes d'arc, la conjonction devient une apulse spectaculaire, à la limite du dédoublement pour un œil moyen, dont le pouvoir séparateur tourne autour de 1 minute d'arc. À zéro, deux cas se présentent : si le corps le plus proche est plus grand en apparence, il masque l'autre — c'est une occultation ; s'il est plus petit, il se découpe en silhouette dessus — c'est un transit.
Les occultations d'étoiles par la Lune sont fréquentes ; celles de planètes le sont beaucoup moins, et leur bande de visibilité est étroite, comme le montrent celles de 2026 qui échappent toutes à l'Europe. Le monde amateur en a fait une discipline : chronométrer à la seconde la disparition d'une étoile derrière un astéroïde permet de mesurer la forme du petit corps, et des réseaux d'observateurs y contribuent régulièrement à la science professionnelle.
Le transit, cette conjonction qui a servi à mesurer le monde
Quand la conjonction devient parfaite entre le Soleil et une planète intérieure, elle prend un nom et une importance historiques. Le premier transit de Vénus jamais observé le fut par Jeremiah Horrocks, le 4 décembre 1639, projeté sur une feuille de papier dans une chambre du Lancashire.
La suite tient du roman scientifique. Halley avait montré qu'en chronométrant le même transit depuis deux points très éloignés du globe, on pouvait remonter, par parallaxe, à la distance Terre-Soleil — l'unité astronomique, jusque-là inconnue en kilomètres. Les transits de 1761 et 1769 déclenchèrent donc les premières campagnes scientifiques mondiales, avec des centaines d'observateurs envoyés jusqu'en Sibérie et à Tahiti. Le Français Guillaume Le Gentil en paya le prix fort : parti pour Pondichéry, empêché d'observer le premier transit par une guerre, il attendit sur place huit ans le second, qu'un nuage lui vola au dernier moment, et rentra après onze ans d'absence pour découvrir qu'on l'avait déclaré mort et partagé ses biens.
Les transits de Vénus se produisent par paires espacées de huit ans, séparées par plus d'un siècle. Ceux du 8 juin 2004 et du 6 juin 2012 ont été les derniers : le prochain est daté du 11 décembre 2117, et personne parmi les lecteurs de cette page ne le verra. Mercure, plus rapide, transite treize à quatorze fois par siècle : après celui du 11 novembre 2019, le prochain tombe le 13 novembre 2032, visible depuis l'Europe. Ce jour-là, filtre solaire certifié obligatoire — un transit se regarde avec la même prudence qu'une éclipse.
Comment sait-on tout cela à la minute près ?
Les horaires cités dans cette page ne sortent pas d'une observation : ils sont calculés, souvent des décennies à l'avance, et la chaîne qui y mène mérite d'être connue. Elle commence avec les Principia de Newton, en 1687, qui donnent la loi ; elle se poursuit avec les mathématiciens du XVIIIe siècle — Euler, Clairaut, Lagrange, Laplace — qui apprennent à traiter les perturbations, ces petites déviations qu'une planète imprime à l'orbite d'une autre.
Le triomphe de la méthode reste français. En 1846, Urbain Le Verrier déduit des irrégularités d'Uranus l'existence et la position d'un astre inconnu. Il envoie ses coordonnées à Berlin ; le 23 septembre, Johann Galle braque la lunette de l'observatoire et trouve Neptune à moins d'un degré du point annoncé. Une planète découverte au bout d'une plume, avant tout regard.
Aujourd'hui, les positions viennent d'une intégration numérique. Le Jet Propulsion Laboratory publie la série DE440, décrite dans The Astronomical Journal en février 2021, qui couvre les années 1550 à 2650 : un modèle où chaque corps du système solaire est déplacé pas à pas sous l'attraction de tous les autres, puis ajusté sur des mesures réelles — les télémétries radio des sondes Juno autour de Jupiter et Cassini autour de Saturne y ont considérablement resserré les orbites des deux géantes. C'est cette table qui alimente les éphémérides que vous consultez en ligne. La France entretient la sienne à l'IMCCE, héritier du Bureau des longitudes fondé en 1795.
La précision atteinte se compte en millisecondes d'arc pour les planètes intérieures — un cheveu vu à dix kilomètres. Autant dire que l'heure d'une conjonction ne souffre aucune approximation, et que la seule inconnue d'une soirée d'observation reste la couverture nuageuse.
Non, un rassemblement de planètes n'agit sur rien
Il faut le dire nettement, parce que chaque conjonction un peu médiatisée relance la rumeur. L'influence gravitationnelle d'un astre sur la Terre ne dépend pas de sa taille, mais du rapport de sa masse au cube de sa distance — c'est la loi de l'effet de marée, le seul mécanisme physique par lequel un corps lointain pourrait déformer quoi que ce soit chez nous.
Faites le calcul avec les chiffres du 15 novembre. La Lune pèse 7,3 × 10²² kg à 384 000 km ; Jupiter, 1,9 × 10²⁷ kg à 810 millions de kilomètres. Jupiter est 26 000 fois plus massive, mais 2 100 fois plus lointaine, et le cube fait le reste : l'effet de marée de la Lune sur la Terre dépasse celui de Jupiter d'un facteur supérieur à 300 000. Aligner deux ou cinq planètes ne change rien à cette hiérarchie — leurs contributions s'additionneraient en restant, ensemble, imperceptibles à côté de la Lune que nous subissons deux fois par jour sans y penser.
L'histoire récente a mis cette arithmétique à l'épreuve, et publiquement. En 1974, deux auteurs publient The Jupiter Effect, best-seller annonçant qu'un rassemblement planétaire déclencherait un séisme majeur sur la faille de San Andreas le 10 mars 1982. Rien ne s'est produit. L'un des deux auteurs écrira plus tard qu'il regrette d'avoir eu quoi que ce soit à voir avec cette thèse. La configuration du 5 mai 2000, qui rassemblait cinq planètes du même côté du Soleil, a relancé la même panique, avec le même résultat : aucun.
Ce que les conjonctions offrent réellement est d'un autre ordre, et il est plus difficile à obtenir que n'importe quel présage — une démonstration de mécanique céleste à l'œil nu, à la date exacte annoncée trois siècles à l'avance.
- 9 juin 2026
Vénus (−4,0) et Jupiter (−1,9) à 1°38' dans les Gémeaux, au-dessus de l'ouest-nord-ouest. Le rendez-vous le plus brillant de l'année — désormais passé.
- 29 juillet 2026
Jupiter en conjonction avec le Soleil : fin de son apparition du soir, début de son apparition du matin. Tout ce qui suit en découle.
- 15 août 2026
Jupiter et Mercure à 33 minutes d'arc dans le Cancer, mais à 12° du Soleil seulement : invisible depuis la France, où le couple ne dépasse pas 6° à l'aube.
- 4 octobre 2026
Saturne à l'opposition, magnitude 0,3, visible toute la nuit. Ses anneaux se rouvrent après leur passage par la tranche de 2025.
- 24 octobre 2026
Vénus en conjonction inférieure : elle passe entre la Terre et le Soleil et bascule du ciel du soir vers celui du matin.
- 2 novembre 2026
La Lune décroissante longe Mars, Jupiter et Régulus en fin de nuit. Les occultations n'intéressent que le Pacifique ; le rapprochement se voit de partout.
- 15-16 novembre 2026
Jupiter (−2,1) et Mars (0,7) à 1°11' dans le Lion. Lever vers 1 h, culmination à 6 h 55 à 57° de hauteur : le meilleur rendez-vous encore à venir.
- 27 novembre 2026
Vénus au maximum de son éclat, à l'aube. Impossible à manquer à l'est avant le lever du jour.
- 27 décembre 2026
La Lune passe à 1°30' de Jupiter en seconde partie de nuit : le couple Lune-planète le plus serré de la fin d'année.
- 2029
Prochain rendez-vous de Mars et Jupiter : leur période synodique de 816 jours impose deux ans et trois mois d'attente.
| Planète | Éclat | Couleur et aspect | Où la chercher fin 2026 | Aux jumelles 10×50 |
|---|---|---|---|---|
| Vénus | −4,0 à −4,7 | Blanc crème éclatant, jamais scintillante ; visible en plein crépuscule | Le soir jusqu'en octobre, puis le matin à partir du 20 novembre | Un croissant, si les mains sont stables — c'est la seule planète dont la phase se devine ainsi |
| Jupiter | −1,8 à −2,3 | Blanc légèrement jaune, lumière très calme, plus stable qu'une étoile | Le matin dans le Lion, de plus en plus haut au fil de l'automne | Deux à quatre satellites en ligne de part et d'autre du disque |
| Mars | 0,9 à 0,7 | Orangé franc, sans équivoque une fois qu'on l'a vu | Le matin, à proximité de Jupiter jusqu'à fin novembre | Un point orangé, rien de plus — son disque exige un télescope |
| Saturne | 0,3 à 1,0 | Jaune paille, lumière posée | Visible toute la nuit autour du 4 octobre, puis le soir | Une forme ovale allongée ; les anneaux exigent 30× au minimum |
| Mercure | −1,2 à 0,0 | Jaune rosé, toujours dans les lueurs du crépuscule | Sa meilleure fenêtre est l'aube du 21 novembre | Un point sans détail ; l'aide des jumelles sert à le TROUVER, pas à le voir |
| Uranus | 5,6 | Vert-bleu très pâle, à la limite de l'œil nu | À l'opposition le 25 novembre, visible toute la nuit | Un point verdâtre qui se distingue des étoiles par sa couleur |
| Neptune | 7,7 | Bleu grisâtre, hors de portée de l'œil nu | À l'opposition le 26 septembre | Repérable sur une carte détaillée ; sa nature de disque exige une lunette |
| Aucune ligne ne correspond au filtre. | ||||
Photographier une conjonction, sans matériel spécialisé
C'est l'un des rares sujets astronomiques qu'un appareil ordinaire traite honorablement, à condition d'accepter le bon cadrage. Le réflexe du débutant — zoomer au maximum sur les deux points — produit invariablement une image sans intérêt : deux taches blanches sur du noir. La bonne photo de conjonction est un paysage, où le couple planétaire occupe le tiers supérieur au-dessus d'un premier plan lisible.
Au smartphone, utilisez le mode nuit ou le mode manuel : ISO 800 à 1600, pose de 2 à 4 secondes, mise au point manuelle réglée sur l'infini, et un appui stable — un muret fait l'affaire, un trépied fait mieux. Au-delà de quatre secondes sans suivi, la rotation terrestre commence à allonger les points en petits traits.
Au reflex ou à l'hybride, un objectif de 35 à 85 mm ouvert à f/2,8, ISO 800, 1 à 4 secondes, déclenchement par retardateur : c'est tout. Une focale plus longue exige une monture suivie, ce qui sort du cadre d'une soirée improvisée. Le déroulé complet, du repérage au traitement, est dans notre guide photographier le ciel, et les premiers pas plus larges dans l'astrophotographie pour débutants.
Préparer la nuit du 15 au 16 novembre
Le rendez-vous étant nocturne et haut dans le ciel, la préparation se réduit à peu de chose — mais ce peu compte.
L'heure. Inutile de veiller : le couple devient observable vers 1 h, à 11° au-dessus de l'est, dépasse 23° vers 2 h et atteint 43° vers 4 h. Le meilleur compromis entre hauteur et confort se situe entre 4 h et 6 h, avant que l'aube ne commence à blanchir le fond du ciel. Un réveil à 5 h suffit largement.
La direction. Regardez au sud-est puis au sud. Cherchez d'abord Jupiter : c'est de loin l'astre le plus brillant de ce quadrant du ciel. Mars sera le point orangé situé à un doigt de là. Régulus, plus faible et bleutée, complète le triangle à quelques degrés.
Le confort. À 5 h du matin en novembre, la température au sol descend fréquemment sous 5 °C et le taux d'humidité approche la saturation : bonnet, gants et une lampe rouge pour ne pas ruiner l'adaptation de l'œil, dont la mise en place complète demande vingt à trente minutes. Les accessoires du débutant couvrent le reste. Et si le ciel est bouché, ne renoncez pas : l'écart entre les deux planètes reste inférieur à 2° pendant près d'une semaine autour de la date.
Mars et Jupiter dans le même champ : il vous faut 5° de champ, pas du grossissement
Le 16 novembre, les deux planètes seront séparées de 1°11'. Aucun télescope ne les montrera ensemble à grossissement utile — un 10×50 le fait sans effort, et donne en prime les satellites de Jupiter alignés de part et d'autre du disque. C'est le seul instrument qui serve vraiment une conjonction, et le moins cher du rayon.
Le reste du programme
Les prochains rendez-vous
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Éclipse totale de Soleil du 12 août 2026 De 89,7 % à Strasbourg à 99,5 % à Hendaye, l'éclipse du 12 août 2026 sera la plus profonde vue de France depuis 1999 — mais au ras de l'horizon. Horaires et hauteur du Soleil par ville, comment l'observer sans risque, et pourquoi 99 % n'est pas une éclipse totale.
Les Perséides Maximum dans la nuit du 12 au 13 août 2026, sous Nouvelle Lune — la meilleure fenêtre depuis 2018, mais avec un essaim annoncé faible par l'IMO. Hauteur du radiant, nuit noire par ville et nombre réel de météores par heure selon la qualité de votre ciel.