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Événements · Éclipse annulaire — passée

L'éclipse annulaire du 17 février 2026

Un anneau de feu s'est refermé au-dessus du plateau antarctique, le 17 février 2026, pour deux minutes et vingt secondes. Personne, en France métropolitaine, n'a pu en voir la moindre trace : ni anneau, ni croissant, ni entaille. Cette page raconte ce qui s'est joué là-bas, et surtout ce qu'une annulaire enseigne — à commencer par la raison pour laquelle elle ne se regarde jamais à l'œil nu.

0 %
de l'éclipse visible depuis la France métropolitaine : elle s'est entièrement déroulée sous l'horizon des observateurs européens
2 min 20 s
la durée maximale de l'anneau, atteinte au point de plus grande éclipse, au-dessus de l'Antarctique oriental
92.7 %
de la surface du Soleil masquée au plus fort du phénomène — 7,3 % de photosphère restaient allumés
31.3 %
l'obscuration à La Réunion, seule terre française habitée à avoir vu quelque chose

Ce qui s'est passé, et où

Le mardi 17 février 2026, l'axe de l'ombre lunaire a effleuré la Terre par le sud. Il l'a touchée à 09 h 56 TU et l'a quittée à 14 h 27 TU : quatre heures et demie de phénomène à l'échelle du globe, dont l'essentiel s'est déroulé au-dessus de zones où personne ne vit. Le maximum général est tombé à 12 h 11 min 45 s TU, par 64° 42′ de latitude sud et 86° 48′ de longitude est — un point de l'océan Austral, à quelques centaines de kilomètres de la côte de la Terre de Wilkes.

Là, pour 2 min 19,6 s, le Soleil s'est refermé en anneau. La bande d'où l'on pouvait voir cet anneau — la bande d'annularité — mesurait 615,6 km dans sa plus grande largeur et courait sur près de 4 300 km, de l'intérieur de l'Antarctique oriental jusqu'à l'océan Indien austral, où elle s'est éteinte. Autour d'elle, une vaste pénombre a saupoudré d'éclipse partielle le sud de l'Argentine et du Chili, l'Afrique australe, Madagascar et les îles du sud-ouest de l'océan Indien.

C'était la dix-neuvième éclipse annulaire du XXIe siècle. Ce fut aussi, très probablement, l'une des moins regardées de l'histoire moderne : deux bases habitées seulement se trouvaient dans la bande, et le nombre de témoins humains directs se compte en dizaines, pas en milliers.

Pourquoi la France métropolitaine n'a rien vu du tout

Disons-le sans détour, parce que le titre mondial d'une éclipse trompe systématiquement : depuis Paris, Lyon, Brest ou Ajaccio, il n'y avait rien à voir le 17 février 2026. Pas une éclipse faible, pas un début de phase, pas une encoche sur le bord du disque. Rien.

La raison tient dans un seul nombre : gamma = −0,9742. Gamma mesure la distance entre l'axe de l'ombre et le centre de la Terre, en rayons terrestres, comptée positivement vers le nord. À −0,974, l'axe passait tout près du bord austral du globe : l'éclipse a rasé la planète par en dessous. La pénombre — le cône élargi d'où l'on voit une phase partielle — n'est donc jamais remontée au-delà de l'hémisphère sud et de sa frange tropicale.

Une éclipse à gamma proche de zéro balaie un large fuseau de latitudes et concerne des continents entiers. Une éclipse à gamma proche de 1 en valeur absolue, comme celle-ci, se réfugie dans une calotte polaire. C'est aussi ce qui explique la largeur inhabituelle de la bande, 615,6 km : l'ombre frappait le sol sous une incidence très oblique, elle s'y étalait comme la tache d'une lampe de poche braquée en rasant.

Une carte qui se lit d'un coup d'œil

Le globe est représenté vu depuis le Soleil, ce qui met l'Antarctique au centre et repousse l'Europe hors du disque éclairé. La boucle rouge posée sur le continent est la bande d'annularité ; sa forme en lasso, si étrange, est la signature d'une éclipse polaire : l'ombre entre par un bord du globe, décrit un arc et ressort par le même bord, sans jamais traverser la planète de part en part.

Les courbes bleues numérotées 0,20 à 0,80 donnent la magnitude de la phase partielle. Madagascar se tient entre les courbes 0,20 et 0,40 ; l'extrémité sud de l'Afrique et la Patagonie restent sous 0,40. Les lignes vertes jalonnent l'heure du maximum local, de 11 h 00 à 13 h 30 TU. Les points P1 et P4 marquent l'endroit où la pénombre a touché puis quitté la surface terrestre.

Aucune de ces courbes n'atteint l'hémisphère nord. C'est la démonstration graphique de ce que le texte affirme : la question de « à quelle heure la voir depuis la France » n'avait pas de réponse, parce qu'elle n'avait pas d'objet.

Globe terrestre vu par en dessous, centré sur l'Antarctique et l'océan Indien : une boucle rouge dessine la bande d'annularité sur le continent antarctique, entourée de courbes bleues numérotées 0,20 à 0,80 et de lignes vertes horaires en temps universel ; l'Afrique australe et Madagascar apparaissent en haut à gauche, l'Australie à droite
Le tracé du 17 février 2026 : la boucle rouge est la bande d'annularité, sur l'Antarctique oriental ; les courbes bleues donnent la magnitude de la partielle, de 0,20 à 0,80. L'Europe est absente du globe éclairé — d'où l'invisibilité totale depuis la France. Prévisions de Fred Espenak, NASA/GSFC (domaine public, Wikimedia Commons)

L'anneau de feu, et la mécanique qui le fabrique

Une éclipse de Soleil met en jeu deux disques dont les tailles apparentes sont, par une coïncidence remarquable, presque égales — mais seulement presque. La Lune parcourt une orbite elliptique : sa distance oscille entre 357 000 km au périgée et 406 000 km à l'apogée, et son diamètre apparent varie dans le même rapport. Celui du Soleil varie aussi, plus faiblement, au gré de l'ellipse terrestre.

Quand la Nouvelle Lune tombe près de son apogée, son disque devient trop petit pour recouvrir celui du Soleil. Le cône d'ombre véritable — l'ombre, celle qui produit les totalités — se termine en pointe avant d'avoir atteint le sol. Au-delà de cette pointe, le cône se rouvre en un second cône, divergent : c'est l'antumbra. C'est lui, et lui seul, qui balaie la surface pendant une annulaire. L'observateur qui s'y tient voit la Lune entièrement projetée à l'intérieur du disque solaire, avec un liseré de photosphère tout autour.

Le 17 février 2026, la configuration était nette. La Lune était passée à son apogée le 10 février à 16 h 50 TU, soit 6,8 jours avant l'éclipse : elle était encore quasiment à son éloignement maximal. Son diamètre apparent valait 0,963 fois celui du Soleil — elle était plus petite de 3,7 %. Insuffisant pour recouvrir, largement suffisant pour laisser un anneau parfaitement continu.

Magnitude 0,963, obscuration 92,7 % : deux chiffres à ne pas confondre

La confusion la plus fréquente dans les comptes rendus d'éclipse tient à deux grandeurs qui portent des noms voisins et ne mesurent pas la même chose.

La magnitude est un rapport de diamètres : quelle fraction du diamètre solaire la Lune couvre-t-elle. Elle valait 0,9630. L'obscuration est un rapport de surfaces : quelle fraction du disque est masquée. Dans une annulaire, la Lune est tout entière contenue dans le Soleil, et la géométrie devient élémentaire — l'obscuration est le carré de la magnitude. Soit 0,963² = 0,927, ou 92,7 %.

Ces trois points de différence ne sont pas une subtilité comptable. Ils signifient que 7,3 % de la photosphère continuaient de rayonner pendant l'annularité. Pour donner l'échelle : la Pleine Lune éclaire le paysage quelque quatre cent mille fois moins que le Soleil découvert. Un anneau à 7,3 % restait donc de l'ordre de trente mille fois plus lumineux qu'une Pleine Lune. Sur le plateau antarctique, la lumière a baissé comme sous un ciel très couvert ; à aucun moment la nuit n'est tombée, à aucun moment les étoiles ne sont apparues, à aucun moment la couronne solaire n'a été visible.

Ce que voyaient les rares témoins

Voilà la forme exacte qu'a prise le Soleil au-dessus du plateau antarctique. Un cercle sombre, et autour de lui un fil de photosphère continu, d'épaisseur régulière — l'anneau était centré, puisque la bande passait par les bases et non par ses bords. Cette image a été prise au filtre, ce qui explique le fond parfaitement noir : l'appareil ne montre que le Soleil, pas le ciel diurne qui l'entourait réellement.

Ce que l'on ne voit pas ici mérite d'être dit aussi clairement que ce que l'on voit. Pas de couronne, pas de protubérances, pas de chromosphère rose : l'anneau les écrase, exactement comme le disque plein les écrase un jour ordinaire. Une annulaire ne donne accès à aucun des phénomènes qui font la réputation des éclipses totales. Elle donne une géométrie, et une géométrie seulement.

Anneau lumineux orange vif, parfaitement circulaire et d'épaisseur régulière, entourant un disque noir, isolé au centre d'un fond entièrement noir
L'aspect d'un anneau au moment de l'annularité, photographié au filtre : un liseré continu, sans rupture, autour d'un disque lunaire totalement noir. Éclipse annulaire du 14 octobre 2023, depuis Campeche (Mexique). EneasMx (CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons)
Les trois régimes d'une éclipse de Soleil, et la seule ligne dont dépend la sécurité rétinienne. Une totale est la seule configuration où la photosphère disparaît entièrement — et elle ne le fait que pendant les minutes de totalité, jamais avant ni après.
Type d'éclipse Géométrie Ce que l'on voit Œil nu possible ?
Totale La Lune est plus grande que le Soleil en apparence ; le cône d'ombre atteint le sol Disque noir, couronne blanche déployée, protubérances roses, planètes et étoiles brillantes, nuit brutale Oui — mais UNIQUEMENT pendant la totalité, et pas une seconde avant ni après
Annulaire La Lune est plus petite ; l'ombre se referme avant le sol, c'est l'antumbra qui balaie la Terre Anneau continu de photosphère autour d'un disque noir ; lumière affaiblie, jamais nocturne ; aucune couronne Jamais. Il reste de la photosphère à découvert du premier au dernier instant
Hybride La courbure de la Terre suffit à changer le régime en cours de trajet Annulaire près des extrémités du tracé, totale en son milieu Uniquement là et quand la phase est réellement totale
Partielle Seule la pénombre atteint l'observateur ; l'axe passe à côté Croissant plus ou moins entamé, sans effet spectaculaire sur la lumière ambiante en deçà de 90 % Jamais, quel que soit le pourcentage annoncé
17 février 2026 Annulaire, magnitude 0,9630, gamma −0,9742, bande large de 615,6 km Anneau pendant 2 min 20 s au maximum ; partielle jusqu'à magnitude 0,80 dans l'hémisphère sud Jamais, nulle part — et de toute façon invisible depuis l'Europe

Une annulaire ne s'observe jamais sans filtre — jamais, nulle part, à aucun instant

C'est le seul point de cette page qui puisse encore blesser quelqu'un, et c'est pourquoi il est traité ici plutôt qu'en note de bas de page. Beaucoup de gens ont retenu qu'une éclipse « permet » de retirer les lunettes. C'est vrai d'une éclipse totale, et uniquement pendant ses minutes de totalité, quand la photosphère a totalement disparu derrière la Lune. Ce n'est vrai d'aucune annulaire, à aucun moment de son déroulement.

La raison est arithmétique. À l'instant le plus favorable du 17 février 2026, 7,3 % du disque solaire restaient à découvert. Or la luminance de cet anneau — l'énergie émise par unité de surface apparente — est rigoureusement identique à celle du Soleil ordinaire. L'éclipse retranche de l'étendue, elle ne dilue rien. L'image formée sur la rétine par cet anneau est aussi brûlante, point par point, que celle d'un midi de juillet ; elle est simplement plus petite. La brûlure, elle, se contente d'être plus petite aussi.

Le protocole n'a donc rien de spécifique : filtre certifié ISO 12312-2 pour l'œil nu, filtre pleine ouverture monté devant l'objectif pour tout instrument, projection par sténopé pour les groupes et les enfants. Nous détaillons chaque cas, avec les erreurs qui coûtent une rétine, dans observer le Soleil en sécurité et dans notre comparatif des filtres solaires.

Le piège propre aux annulaires : la lumière baisse, le danger reste

Il existe un mécanisme perfide, particulier aux fortes obscurations, et l'annulaire le porte à son comble. À 92,7 %, l'ambiance change réellement : la lumière prend une teinte métallique, la température chute, les ombres se resserrent. Le cerveau enregistre « il fait moins clair » et en déduit « je peux regarder ». La déduction est fausse.

Ce qui protège l'œil au quotidien n'est pas un raisonnement, c'est un réflexe photomoteur : la douleur de l'éblouissement fait détourner le regard en une fraction de seconde. Or ce réflexe répond à la quantité totale de lumière reçue. Quand 92,7 % du disque a disparu, l'inconfort s'effondre, la pupille se dilate — et laisse entrer davantage d'énergie vers une image dont chaque point conserve son intensité intégrale. La protection naturelle tombe pendant que l'agression persiste.

La lésion correspondante, la rétinopathie solaire, est indolore par construction : la rétine ne porte aucun récepteur nociceptif. Les symptômes — tache centrale, distorsion des lignes droites, baisse d'acuité — n'apparaissent que plusieurs heures après, souvent le lendemain matin. Il n'existe aucun traitement curatif. C'est pour cette raison qu'une annulaire, qui n'offre aucune récompense visuelle particulière, est statistiquement plus dangereuse qu'une totale : elle donne l'illusion de l'exception sans jamais l'accorder.

La blessure, telle que l'ophtalmologie la décrit

Il vaut la peine de sortir un instant du vocabulaire de l'astronomie, parce que la description clinique est plus convaincante que n'importe quelle mise en garde. La lésion porte le nom de rétinopathie solaire, ou maculopathie photique. Son mécanisme est photochimique avant d'être thermique : les photons les plus énergétiques déclenchent des réactions d'oxydation dans les segments externes des photorécepteurs, qui se vésiculent et se fragmentent. La cible est la fovéa, ce point d'un demi-millimètre où l'acuité fine se joue tout entière — et où l'image du Soleil vient précisément se former quand on le fixe.

L'exemple le plus parlant vient d'une éclipse partielle. Après le 11 août 1999, une équipe hospitalière du Sussex de l'Est, en Angleterre — région où l'éclipse ne fut pas totale mais masquée à 98 % — a pris en charge quinze patients atteints de rétinopathie solaire. Une éclipse à 98 %, presque un anneau, a suffi. L'examen du fond d'œil montre une petite dépression rougeâtre aux bords nets au centre de la macula ; la tomographie en cohérence optique révèle une rupture de la ligne des segments internes et externes des photorécepteurs, voire, dans les formes graves, une atteinte de toute l'épaisseur maculaire.

La récupération, quand elle vient, s'étale sur trois à six mois, et reste souvent incomplète. Aucun médicament ne la hâte : il n'existe pas de traitement de la rétinopathie solaire. Un dernier trait achève de la rendre dangereuse : le trouble ne se manifeste pas sur le moment. On rentre chez soi convaincu de n'avoir rien risqué, et le déficit se découvre le lendemain, quand plus rien ne peut être fait.

Ce que garantit exactement la norme ISO 12312-2

Un filtre solaire n'est pas un verre foncé. La norme internationale ISO 12312-2, qui régit les protections d'observation solaire directe, impose une transmission lumineuse comprise entre 0,0032 % et 0,00003 % — autrement dit une atténuation de 31 000 à 2 500 000 fois. Trois domaines spectraux sont couverts simultanément, et c'est là que tout se joue : le visible, l'ultraviolet, qu'il faut couper au moins autant que le visible, et l'infrarouge, plafonné à quelques pour cent de transmission.

Cette triple exigence explique pourquoi les moyens de fortune échouent tous de la même manière. Une paire de lunettes de soleil atténue d'un facteur de l'ordre de quatre, quand il en faut trente mille au minimum ; un négatif photographique, un verre fumé ou un disque optique argenté coupent une partie du visible et laissent filer l'infrarouge, dont la charge thermique arrive à la rétine sans que l'œil en soit averti. Le confort revient, l'alarme disparaît, la brûlure demeure.

Deux réflexes suffisent en pratique. D'abord, acheter auprès d'un canal identifiable — club d'astronomie, opticien, revendeur d'instruments —, car les contrefaçons portant un marquage ISO fantaisiste circulent avant chaque éclipse médiatisée. Ensuite, contrôler le filtre soi-même à l'intérieur : au travers d'une protection conforme, une pièce éclairée doit paraître entièrement noire, et seule une ampoule très puissante doit laisser un halo pâle. Cela vaut pour l'œil nu. Devant un instrument, on change de catégorie d'objet : il faut un filtre pleine ouverture monté à l'avant du tube, et jamais un filtre vissé sur l'oculaire, qui reçoit toute l'énergie déjà concentrée et peut éclater pendant l'observation.

Les grains de Baily, la seconde où l'anneau se ferme

Entre le début de la phase partielle et l'anneau complet, il existe un instant de quelques secondes où le liseré n'est pas encore continu. Le bord de la Lune n'est pas un cercle géométrique : c'est une ligne de crêtes et de vallées, avec des reliefs qui dépassent plusieurs kilomètres. Tant que ces sommets mordent encore sur la photosphère, celle-ci ne perce que par les creux, en une file de perles lumineuses — les grains de Baily, nommés d'après Francis Baily qui les décrivit en 1836.

Cette image montre exactement cela : l'anneau presque bouclé, avec une coupure résiduelle sur le bord droit. Le phénomène se produit deux fois par annulaire, au deuxième et au troisième contact, et il dure d'autant plus longtemps que l'on se tient près des limites de la bande. Un observateur posté sur le bord même de la bande n'aurait vu qu'un chapelet de grains, jamais un anneau fermé.

C'est aussi la raison pour laquelle les cartes d'éclipse donnent des limites de bande calculées au kilomètre : à quelques centaines de mètres près, on assiste à un phénomène différent.

Anneau de lumière blanc-doré très épais et irrégulier, interrompu par une petite coupure sombre sur son bord droit, entouré de nuages sombres éclairés par-derrière
L'instant où l'anneau se referme : le liseré est encore rompu à droite par un relief du bord lunaire — un grain de Baily. Éclipse annulaire du 21 mai 2012, Takarazuka (Japon), à travers les nuages. Hideyuki Kamon (CC BY-SA 2.0, Wikimedia Commons)

Concordia, une base française sous l'anneau

Le hasard des trajectoires a offert cette éclipse à l'un des endroits les plus inaccessibles de la planète. La station Concordia, exploitée conjointement par l'Institut polaire français Paul-Émile Victor et le programme antarctique italien, se dresse sur le dôme C à 3 233 mètres d'altitude et à 1 200 kilomètres de la côte. Elle se trouvait dans la bande, et son équipage y a observé 2 min 5 s d'annularité — un peu moins que le maximum théorique, la base n'étant pas exactement sur la ligne centrale.

Le maximum local est survenu à 19 h 47, heure de la base, sous un Soleil bas d'été austral finissant et par −29 °C. La seule autre base habitée traversée par la bande était la station russe Mirny, sur la côte, avec 1 min 52 s d'anneau. En additionnant les deux équipages, on compte les témoins directs par dizaines : ce fut l'une des éclipses centrales les moins observées de l'ère moderne.

Concordia hiverne à treize personnes, coupées du monde de mai à août, dans une obscurité totale et par des températures qui descendent sous −80 °C. L'Agence spatiale européenne y étudie l'isolement prolongé comme analogue des missions lunaires et martiennes. C'est cette base, et non un observatoire, qui a servi de poste avancé à l'éclipse.

Vue aérienne d'une immense plaine de glace blanche sous un ciel bleu pâle, avec au centre-droit un petit alignement de bâtiments et de conteneurs relié par des pistes damées rectilignes tracées dans la neige
La base franco-italienne Concordia, sur le dôme C du plateau antarctique, à 3 233 m d'altitude et 1 200 km de la côte la plus proche : elle était à l'intérieur de la bande d'annularité du 17 février 2026. NASA / Michael Studinger (domaine public, Wikimedia Commons)

Le dôme C, un observatoire malgré lui

Que l'anneau soit tombé sur Concordia relève du hasard, mais la présence d'astronomes sur ce plateau, elle, n'en relève pas. Le dôme C réunit des qualités que ni le Chili ni Hawaï ne peuvent offrir : une nuit polaire de trois mois ininterrompue, une atmosphère d'une sécheresse extrême, et une scintillation parmi les plus faibles jamais mesurées — la turbulence y est confinée dans une mince couche près du sol, au-dessus de laquelle l'air redevient d'un calme irréel.

Un instrument français y a exploité cette rareté : ASTEP 400, pour Antarctic Search for Transiting ExoPlanets, un télescope de 40 cm couvrant un champ de 1° × 1°, à structure en fibre de carbone et optiques enfermées dans un caisson thermorégulé, conçu pour fonctionner par −80 °C. Installé pendant l'été austral 2009-2010, il a produit des séries photométriques quasi continues de 2010 à 2012, à la recherche des transits — ces baisses d'éclat d'un millième que provoque une planète passant devant son étoile. Il a été rapatrié en 2014.

Le rapprochement n'est pas anecdotique. Un transit planétaire et une éclipse de Soleil sont le même phénomène à deux échelles : un corps opaque passe devant un disque lumineux et en retranche une fraction. Les treize hivernants de Concordia, ce 17 février, regardaient à l'œil protégé une occultation dont ASTEP, quelques années plus tôt, cherchait la version lointaine et invisible sur des courbes de lumière.

Février 2026 n'était pas une date isolée, mais une saison

Les éclipses n'arrivent pas seules. Le plan de l'orbite lunaire est incliné de 5,15° sur celui de l'orbite terrestre ; la Lune ne croise donc ce dernier qu'en deux points, les nœuds. Il n'y a d'éclipse que si une Nouvelle ou une Pleine Lune survient au voisinage de l'un d'eux — sans quoi la Lune passe trop haut ou trop bas, et son ombre manque la Terre.

Deux durées gouvernent le calendrier. Le mois synodique, d'une Nouvelle Lune à la suivante, dure 29,53 jours ; le mois draconitique, d'un passage au nœud au suivant, 27,21 jours. Le décalage entre les deux fait glisser les nœuds dans le calendrier, et ouvre une saison d'éclipses d'environ un mois, qui revient tous les 173,3 jours — soit un peu moins de deux fois par an.

L'année 2026 en offre l'illustration parfaite. L'annulaire du 17 février a été suivie, quinze jours plus tard, d'une éclipse totale de Lune le 3 mars : même saison, nœud opposé. Puis la saison suivante s'est ouverte au mois d'août, avec l'éclipse totale de Soleil du 12 août et une partielle de Lune le 28 août. Quatre éclipses, deux fenêtres, aucune coïncidence.

La Réunion, seule terre française habitée à avoir vu quelque chose

Si la métropole était hors jeu, l'outre-mer ne l'était pas entièrement. À La Réunion, par 21° de latitude sud, la pénombre a bien atteint le sol : l'île a vu une éclipse partielle, avec 31,3 % du disque solaire masqué au maximum.

Le déroulé, en heure locale : premier contact à 16 h 36 min 31 s, maximum à 17 h 32 min 39 s, dernier contact à 18 h 23 min 56 s. Un peu moins de deux heures, en fin d'après-midi, avec un Soleil qui descendait vers l'ouest — l'académie de La Réunion avait diffusé une consigne de sécurité aux établissements scolaires, comme il se doit pour un phénomène qui tombe à l'heure de la sortie des classes.

À 31 %, l'effet est visuellement discret : le disque paraît simplement mordu sur un bord, la luminosité ambiante ne change pas de manière perceptible. C'est précisément le régime le plus traître, celui où rien n'attire l'attention et où l'on regarde « pour voir ». Mayotte et les Terres australes ont également été frôlées par la pénombre ; Madagascar, tout proche, se tenait entre les courbes de magnitude 0,20 et 0,40.

Les annulaires sont plus fréquentes que les totales — et personne ne le sait

Le grand public assimile « éclipse de Soleil » à « éclipse totale ». Le décompte dit autre chose. Sur les 11 898 éclipses solaires recensées par le canon de cinq millénaires de la NASA, entre l'an −1999 et l'an +3000, la répartition s'établit ainsi : 35,3 % de partielles, 33,2 % d'annulaires, 26,7 % de totales, et 4,8 % d'hybrides.

Les annulaires sont donc plus nombreuses que les totales, d'un quart environ. Ce déséquilibre a une cause astronomique simple et un peu vertigineuse : la Lune s'éloigne de la Terre de 3,8 cm par an, mesuré par télémétrie laser sur les réflecteurs déposés par les missions Apollo. Son diamètre apparent moyen diminue lentement, et la proportion d'éclipses annulaires augmente à mesure. Dans quelque 600 millions d'années, la dernière totalité aura eu lieu ; il ne restera que des anneaux.

Que les annulaires soient majoritaires et pourtant méconnues tient à leur nature : elles ne produisent aucun phénomène spectaculaire, ne déclenchent aucune expédition de masse, et leurs bandes tombent aussi souvent que les autres sur des océans et des déserts. Celle du 17 février 2026 en est la caricature parfaite.

Les éléments de l'éclipse du 17 février 2026, tels que publiés par les éphémérides. Gamma est compté en rayons terrestres depuis le centre de la Terre, positivement vers le nord : sa valeur presque égale à −1 est la mesure chiffrée de l'invisibilité européenne.
Élément Valeur Ce que cela signifie
Type Annulaire La Lune, trop éloignée, laisse un liseré de photosphère sur tout le pourtour
Magnitude 0,9630 Rapport des diamètres apparents Lune / Soleil au maximum
Obscuration 92,7 % Fraction de la SURFACE du disque masquée — le carré de la magnitude
Gamma −0,9742 L'axe de l'ombre frôlait le bord sud du globe : éclipse confinée aux hautes latitudes australes
Maximum général 12 h 11 min 45 s TU Par 64° 42′ S et 86° 48′ E, dans l'océan Austral
Hauteur du Soleil au maximum 12,3° Un Soleil très bas, conséquence directe du gamma proche de −1
Durée maximale de l'anneau 2 min 19,6 s Sur la ligne centrale, au point de plus grande éclipse
Largeur de la bande 615,6 km Inhabituellement large, l'antumbra frappant le sol de biais
Longueur du tracé près de 4 300 km De l'Antarctique oriental à l'océan Indien austral
Premier et dernier contact 09 h 56 → 14 h 27 TU Durée totale du phénomène à l'échelle du globe : 4 h 31 min
Saros 121, membre 61 sur 71 Série commencée le 25 avril 944, qui s'achèvera le 7 juin 2206
Nœud lunaire Ascendant Les membres du saros 121 dérivent vers le sud à chaque retour
Visibilité en France métropolitaine Nulle Aucune phase, à aucune heure, depuis aucun point du territoire européen
Visibilité outre-mer La Réunion, 31,3 % Partielle de 16 h 36 à 18 h 24, heure locale

Le saros 121, une famille vieille de mille ans

Les éclipses ne surviennent pas au hasard : elles se rangent en lignées. Tous les 18 ans et 11 jours — le cycle du saros, connu des astronomes babyloniens — la géométrie Soleil-Terre-Lune se reproduit presque à l'identique, et une éclipse très semblable se répète, décalée d'environ 120° de longitude vers l'ouest et d'un cran vers le sud ou le nord.

Celle du 17 février 2026 était le soixante-et-unième membre du saros 121, une série de 71 éclipses ouverte par une partielle le 25 avril 944 et qui se refermera par une autre partielle le 7 juin 2206. Cette famille a produit 42 totales au cours de son âge mûr ; elle traverse aujourd'hui sa phase terminale, où les éclipses glissent vers le pôle Sud et se dégradent en annulaires puis en partielles. Sa précédente occurrence remontait au 7 février 2008, également annulaire et également antarctique.

C'est la mécanique du saros qui explique l'apparente injustice géographique des éclipses : chaque série privilégie durablement certaines latitudes, et cette série-ci a choisi le sud du monde pour finir sa vie.

Clavius, Kepler et l'anneau qui n'existait peut-être pas

L'histoire des annulaires contient une belle querelle. Le 9 avril 1567, à Rome, le jésuite Christoph Clavius observe une éclipse et consigne avoir vu « un certain cercle étroit demeurer sur le Soleil, entourant la Lune de toutes parts ». Une description d'anneau, sans ambiguïté.

Johannes Kepler conteste. D'après ses propres tables, la Lune se trouvait ce jour-là à mi-chemin de son apogée et de son périgée, tandis que le Soleil s'approchait du sien : le disque lunaire devait être le plus grand des deux, et l'éclipse ne pouvait donc pas être annulaire. Kepler en déduit que Clavius avait vu autre chose — un anneau lumineux appartenant au Soleil lui-même, autour d'une Lune bel et bien totalement superposée.

Le calcul moderne, publié par F. R. Stephenson et ses collègues en 1997, tranche en faveur d'aucun des deux. En tenant compte du relief réel du limbe lunaire, l'éclipse de 1567 n'était ni tout à fait totale, ni tout à fait annulaire : plusieurs grains de photosphère subsistaient même au centre du tracé. Ce que Clavius a décrit était vraisemblablement un chapelet de grains de Baily, ou la couronne interne. La querelle aura eu un mérite considérable : en obligeant Kepler à défendre la possibilité d'une couronne solaire, elle a placé cette dernière au programme de l'astronomie européenne, deux siècles avant qu'on ne l'observe méthodiquement.

Comment on prédit un anneau au kilomètre près

Annoncer qu'une base précise verrait 2 min 5 s d'anneau, plusieurs années à l'avance, suppose une machinerie de calcul qu'il vaut la peine de nommer. Elle repose sur les éléments besséliens, formalisme dû à Friedrich Wilhelm Bessel au XIXe siècle : au lieu de suivre l'ombre sur un géoïde compliqué, on la projette sur un plan fictif passant par le centre de la Terre et perpendiculaire à l'axe du cône. Dans ce repère, la trace de l'ombre devient un simple cercle dont on décrit le centre et le rayon par des polynômes du temps. Huit coefficients suffisent à reconstituer une éclipse entière.

Une correction reste indispensable, et elle n'est pas calculable : ΔT, l'écart entre le temps atomique uniforme et le temps lié à la rotation terrestre. La Terre ne tourne pas de manière régulière — marées, redistribution des masses, couplage noyau-manteau. ΔT valait quelques secondes au début du XXe siècle ; il avoisine 71 secondes en 2026. Une erreur d'une seconde sur ΔT décale la bande d'environ 460 mètres en longitude à l'équateur. C'est pour cela que les prédictions d'éclipses anciennes servent, en retour, à mesurer le ralentissement de la rotation terrestre.

Reste le bord de la Lune. Longtemps, les calculateurs ont utilisé l'atlas photographique de Chester Watts, publié en 1963, dont l'incertitude atteignait 0,2 seconde d'arc — quatre cents mètres sur le sol lunaire. En 2009, l'altimètre laser de la sonde japonaise Kaguya a relevé ce profil au mètre près. Les limites d'une bande d'annularité sont depuis connues avec une finesse qui rendrait jaloux les cartographes du siècle dernier.

Ce que les astronomes tirent d'un anneau

Une annulaire ne livre pas de couronne, mais elle offre autre chose : une règle graduée. Le chronométrage des grains de Baily permet de mesurer le rayon du Soleil avec une précision inaccessible autrement. Le principe est un jeu de comparaison : on sait exactement, grâce au profil Kaguya, à quelle altitude se trouve chaque vallée du limbe lunaire ; on chronomètre l'instant précis où la photosphère apparaît puis disparaît dans chacune. L'écart entre l'observation et la prédiction se traduit directement en correction du diamètre solaire.

Deux configurations sont particulièrement recherchées, et les annulaires les servent bien. Les grains vus près des pôles lunaires durent plus longtemps, ce qui affine la mesure du temps. Et les postes installés sur les bords mêmes de la bande, en condition dite rasante, multiplient le nombre de grains observables — une idée avancée par David Dunham, et devenue depuis une pratique standard des campagnes coordonnées.

Cette métrologie a un enjeu qui dépasse l'astronomie de position : savoir si le diamètre du Soleil varie au fil du cycle d'activité de onze ans, et de combien. La question a mobilisé des campagnes au sol en soutien du satellite français PICARD, lancé en 2010 précisément pour mesurer la forme et le rayon solaires depuis l'espace. Une éclipse sans public, au-dessus d'une calotte glaciaire, reste ainsi une expérience de physique — à condition que quelqu'un soit là pour tenir le chronomètre.

  1. 17 février 2026

    Annulaire au-dessus de l'Antarctique oriental : 2 min 20 s d'anneau, bande de 615,6 km. Invisible de métropole ; 31,3 % à La Réunion.

  2. 3 mars 2026

    Éclipse totale de Lune, deux semaines après. Le couple d'éclipses est la signature d'une même saison d'éclipses.

  3. 12 août 2026

    Éclipse totale de Soleil sur l'Islande et le nord de l'Espagne ; partielle très profonde en France, au coucher du Soleil. La protection y est obligatoire du premier au dernier instant.

  4. 2 août 2027

    Totalité en Andalousie, au Maroc et jusqu'en Égypte, Soleil haut en milieu de journée. Partielle en France métropolitaine.

  5. 26 janvier 2028

    Annulaire visible en entier depuis la Guyane française — le prochain anneau de feu sous pavillon français. Partielle en métropole.

  6. 5 novembre 2059

    La prochaine bande d'annularité à traverser la France métropolitaine : un anneau de feu au lever du Soleil.

  7. 3 septembre 2081

    La prochaine éclipse totale de Soleil visible de France métropolitaine, de la Bretagne à l'Alsace.

Quand la France reverra-t-elle un anneau ?

Pour voir un anneau de feu depuis un territoire français, il faudra attendre le 26 janvier 2028 : la bande d'annularité traverse alors la Guyane, qui verra le phénomène en entier. La métropole n'en aura qu'une phase partielle.

Pour un anneau au-dessus de l'Hexagone lui-même, l'horizon est nettement plus lointain. Trois occasions se présentent d'ici la fin du siècle : le 5 novembre 2059, avec une annularité au lever du Soleil sur le sud du pays ; le 13 juillet 2075, dont la bande longe la Méditerranée et la Corse ; le 27 février 2082, sur le sud de la France. Aucune génération vivante ne verra la première depuis un jardin français.

Le rendez-vous réellement proche est ailleurs : le 12 août 2026, une éclipse totale traverse l'Islande et le nord de l'Espagne, et la France métropolitaine en reçoit une partielle exceptionnellement profonde, au ras de l'horizon ouest. Cette fois, la question du matériel se pose vraiment.

Ce qu'une éclipse invisible nous apprend quand même

Une page d'événement qui conclut « il n'y avait rien à voir » peut sembler inutile. Elle ne l'est pas, pour trois raisons.

La première est un réflexe de lecture. « Éclipse annulaire du 17 février 2026 » est un titre mondial, et la moitié des articles publiés ce jour-là ne précisaient nulle part qu'aucun lecteur français ne verrait quoi que ce soit. Le réflexe à prendre est de chercher d'abord la carte, ensuite le titre — ou, plus simplement, gamma : au-delà de 0,9 en valeur absolue, l'éclipse est polaire.

La deuxième est une correction durable. Un anneau n'est pas « presque une totale ». Ce sont deux régimes séparés par une frontière franche, et cette frontière est aussi celle de la sécurité oculaire. Qui a compris pourquoi 92,7 % d'obscuration exigent encore un filtre n'aura plus jamais de doute devant une partielle à 96 %.

La troisième est une préparation. Les éclipses reviennent, et une protection sérieuse ne s'improvise pas la veille au soir. Le contrôle d'un filtre se fait à l'intérieur, sous éclairage domestique : un modèle conforme rend la pièce entièrement noire et ne laisse subsister que le halo pâle des ampoules les plus puissantes. Rayures, perforations, film qui se décolle du carton : le filtre part à la poubelle, sans état d'âme.

Pouvait-on voir l'éclipse annulaire du 17 février 2026 depuis la France métropolitaine ?

Non, à aucun moment et depuis aucun point du territoire européen. L'axe de l'ombre passait à 0,974 rayon terrestre du centre de la Terre, vers le sud : la pénombre n'a jamais dépassé l'hémisphère sud et sa frange tropicale. Seule La Réunion, parmi les terres françaises habitées, a vu une partielle, à hauteur de 31,3 %.

Quelle différence entre une éclipse annulaire et une éclipse totale ?

La taille apparente de la Lune. Près de son apogée, elle est trop petite pour recouvrir le Soleil : il subsiste un anneau de photosphère, et le cône d'ombre véritable n'atteint même pas le sol. Une totale masque intégralement la photosphère et découvre la couronne ; une annulaire ne découvre rien du tout.

Peut-on retirer ses lunettes pendant l'annularité ?

Jamais. L'anneau conserve exactement la luminance du Soleil ordinaire : il est simplement plus étroit. Le 17 février 2026, 7,3 % de la surface solaire restaient à découvert au plus fort du phénomène — soit, en ordre de grandeur, trente mille fois l'éclat d'une Pleine Lune. La seule exception qui existe en astronomie concerne les minutes de totalité d'une éclipse totale.

Pourquoi la bande d'annularité était-elle si large, 615 km ?

Parce que l'ombre frappait la Terre sous une incidence très oblique, presque tangentielle. Le même faisceau projeté de biais couvre une surface bien plus grande que projeté à la verticale. C'est la contrepartie géométrique d'un gamma proche de −1, et cela va de pair avec un Soleil très bas sur l'horizon : 12,3° au point de plus grande éclipse.

Quel matériel fallait-il pour photographier cette éclipse ?

La question ne s'est posée qu'à Concordia et à Mirny. En pratique, une annulaire se photographie comme une phase partielle : filtre pleine ouverture en densité 5.0 devant l'objectif, mise au point manuelle, sensibilité basse, pose courte. Le viseur optique d'un reflex reste interdit — seule la visée sur écran est sûre. Notre guide dédié détaille le déroulé complet.

Quand la prochaine éclipse annulaire sera-t-elle visible depuis la France ?

Depuis la Guyane, le 26 janvier 2028, dans son intégralité. Depuis la France métropolitaine, il faudra attendre le 5 novembre 2059 pour qu'une bande d'annularité traverse le territoire, puis le 13 juillet 2075 et le 27 février 2082.

L'avis de Luc

L'avis de Luc

À 92,7 % masqué comme à 100 %, ce qui reste du disque brûle exactement comme à midi : c'est la seule chose à retenir d'une annulaire, et elle vaut pour tous les jours de l'année. Le geste s'entretient d'ailleurs sur le Soleil ordinaire — lunette de 80 mm sortie en fin d'après-midi, film Baader densité 5.0 sanglé devant l'objectif, bouchon sur le chercheur, vingt minutes dehors le temps que le tube se calme, puis 60×, pas davantage, la turbulence de basse couche ne pardonnant rien au-dessus des toits. Dix minutes donnent les groupes de taches et l'habitude du filtre. Le 17 février, treize hivernants de Concordia auront eu l'anneau pour eux seuls.

L'anneau du 17 février était hors de portée. Le 12 août 2026 ne l'est pas.

Cette annulaire a rappelé la règle : tant qu'il reste de la photosphère, il faut un filtre. Le 12 août 2026, la France métropolitaine reçoit une partielle qui masque de 90 à 99,5 % du Soleil au moment où il se couche — et il en reste largement assez pour brûler une rétine. Lunettes certifiées ISO 12312-2 pour l'œil, film ou verre pleine ouverture monté à l'avant du tube pour l'instrument : voilà ce qui se prépare maintenant.

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