Apprendre
Observer et suivre les taches solaires
Une tache n'est pas un décor figé : c'est un objet qui naît, grossit, se scinde et traverse le disque en une dizaine de jours. Apprendre à l'observer, c'est apprendre trois gestes précis — reconnaître son ombre et sa pénombre à l'oculaire, compter les groupes pour en tirer un chiffre d'activité, et pointer la même région deux matins de suite pour la voir avancer. Ce tutoriel vous mène de la première tache repérée jusqu'à votre propre carte du Soleil, celle qui transforme un joli disque doré en mesure de la rotation d'une étoile. Une seule règle en préalable : le disque solaire ne se regarde qu'à travers un filtre certifié posé devant l'objectif — le détail du matériel et de la méthode vit sur les deux guides voisins.
- 1848
- l'année où Rudolf Wolf, à Zurich, crée le nombre de taches — un indice d'activité encore calculé chaque jour
- 40 ×
- le grossissement qui suffit à isoler une tache, son ombre et sa pénombre, puis à la suivre d'un jour sur l'autre
- 26 °
- la latitude solaire dont un tour complet dure les 27 jours de la rotation de Carrington, l'horloge du disque
- 161
- le nombre de taches lissé atteint en oct. 2024, sommet du cycle 25 — bien au-dessus des 115 prévus
- 1947
- l'année du plus vaste groupe de taches jamais mesuré, étalé sur près de 6132 millionièmes de l'hémisphère
Le premier geste
Reconnaître une tache à l'oculaire
Une ombre noire, une pénombre en filaments, une aiguille de granulation autour
Le relief invisible : l'effet Wilson

Le geste qui fait de vous un mesureur
Compter les taches : le nombre de Wolf
Une mesure inventée à Zurich en 1848, toujours vivante
Comment poser le compte, concrètement

| Ce que montre le disque | Groupes g | Taches s | R = 10 g + s |
|---|---|---|---|
| Disque vide, creux du cycle | 0 | 0 | 0 |
| Un seul petit groupe de trois taches | 1 | 3 | 13 |
| Trois groupes dispersés, douze taches en tout | 3 | 12 | 42 |
| Disque criblé, proche d'un maximum | 8 | 40 | 120 |
| Aucune ligne ne correspond au filtre. | |||
Le geste qui montre l'étoile tourner
Suivre une tache d'un matin à l'autre
Une observation répétée à quelques jours d'intervalle transforme un simple relevé de taches en mesure de la rotation solaire, latitude par latitude.
D'un jour sur l'autre, la tache a visiblement glissé
L'horloge de Carrington, à 26° de latitude
| Latitude solaire | Durée d'un tour | Ce que ça change pour l'observateur |
|---|---|---|
| Équateur (0°) | ≈ 25 jours (sidéral) | les taches équatoriales sont les plus rapides à traverser le disque |
| Zone des taches (± 26°) | ≈ 27 jours (rotation de Carrington) | la latitude de référence — l'horloge sur laquelle on cale les cartes |
| Hautes latitudes (75°) | ≈ 34 jours | un pôle traîne de plus d'une semaine sur l'équateur : c'est la rotation différentielle |
| Aucune ligne ne correspond au filtre. | ||
-
Décalquez le disque, filtre en place
Tracez d'avance un cercle net sur une feuille (le disque fait 32′, projetez-le à cette taille sur un carton ou reportez ce que vous voyez à l'oculaire filtré). Marquez d'un point chaque tache, d'un cerne chaque groupe. Le geste prend cinq minutes.
-
Datez et signez chaque relevé
Notez la date, l'heure exacte et l'orientation (repérez le sens du déplacement des taches, dérive de l'entraînement coupé, pour placer l'ouest). Sans date ni heure, un dessin ne vaut rien pour mesurer une rotation.
-
Comptez et calculez votre nombre de Wolf
Comptez les groupes, puis toutes les taches, et posez R = 10 g + s. Inscrivez-le à côté du dessin. Ce chiffre, répété chaque jour clair, deviendra votre propre courbe d'activité — à confronter à celle du SILSO.
-
Recommencez le lendemain, superposez
Refaites le relevé à la même heure. Placez les deux feuilles à contre-jour : le décalage des taches saute aux yeux. En trois ou quatre matins, vous aurez mesuré vous-même la vitesse de rotation d'une étoile à 40× seulement.
De la tache unique au grand groupe bipolaire
Ce que votre compte révèle en grand
Du comptage quotidien au cycle du Soleil
La loi de Spörer : les taches descendent vers l'équateur
Nous vivons le cycle 25, encore riche

Avec quoi suivre quoi
Ce que chaque diamètre permet de suivre
| Avec quoi | Ce que vous pouvez suivre |
|---|---|
| Lunettes à éclipse (œil nu) | une très grosse tache isolée quand l'activité est haute : de quoi voir qu'« il y en a une », rien de plus fin |
| Lunette 60–80 mm + filtre | les groupes principaux, leur ombre et leur pénombre, et surtout leur défilé d'un jour à l'autre : l'idéal pour compter et calculer R |
| 100–150 mm + filtre | les petites taches isolées, le détail de la pénombre, les ponts lumineux, l'évolution fine d'un groupe qui se scinde ou fusionne |
| 150 mm par air très stable | la granulation autour des taches et chaque composante d'un grand groupe ; la turbulence de jour, pas le diamètre, devient la limite |
| Aucune ligne ne correspond au filtre. | |
Quatre siècles de comptage
De la lunette de Galilée au SILSO de Bruxelles
- 1610
Galilée, bientôt suivi de Christoph Scheiner, dessine les premières taches à la lunette et par projection. En suivant leur déplacement, il établit que le Soleil tourne sur lui-même en près de 27 jours.
- 1843
Heinrich Schwabe, pharmacien et astronome amateur, publie après dix-sept ans de comptes quotidiens la périodicité d'environ onze ans du nombre de taches. Personne ne le croit d'abord.
- 1848
Rudolf Wolf, à Zurich, forge le nombre de taches R = k (10 g + s) et lance la série qui unifiera les relevés du monde entier. C'est la naissance de l'indice d'activité solaire.
- 1859
Richard Carrington observe un puissant sursaut au-dessus d'un grand groupe ; la tempête magnétique qui suit fait vaciller les télégraphes. La surveillance des taches devient une affaire pratique, pas seulement savante.
- avril 1947
Un groupe monstre s'étale sur près de 6132 millionièmes de l'hémisphère solaire — le plus vaste jamais mesuré, visible à l'œil protégé. Aucun ne l'a dépassé depuis.
- octobre 2024
Le cycle 25 atteint son maximum avec un nombre de taches lissé de 161. La série, désormais tenue à Bruxelles par le SILSO, agrège encore les comptes d'observateurs amateurs du monde entier.
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