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Les filtres solaires : observer le Soleil sans risque

Le Soleil est la seule étoile qu'on observe de jour, la seule qui montre sa surface en direct, et la seule qui peut vous brûler la rétine en une fraction de seconde. Un instrument concentre sa lumière et sa chaleur des centaines de fois : sans la bonne protection, un regard suffit à causer une lésion définitive et indolore. La bonne protection tient en une règle courte — un filtre pleine ouverture certifié, placé DEVANT l'objectif, jamais à l'oculaire. Voici comment choisir ce filtre, comment le monter, et le spectacle qu'il ouvre : taches, facules, granulation, et l'activité d'une étoile qui change d'un jour à l'autre.

5 OD
la densité optique du film visuel Baader AstroSolar : il ne laisse passer qu'un cent-millième de la lumière du Soleil
656 nm
la longueur d'onde de l'hydrogène-alpha, celle que filtre une lunette solaire dédiée pour montrer les protubérances
27
jours pour un tour du Soleil sur lui-même : les taches défilent visiblement d'un jour à l'autre
11
ans : la durée du cycle d'activité qui fait varier le nombre de taches, du calme plat au fourmillement
32
le diamètre apparent du Soleil, comme celui de la pleine Lune — assez grand pour détailler sa surface

La règle absolue

Une seule façon sûre : filtrer DEVANT l'objectif

Le seuil de transmission qui protège la rétine est normalisé, et il s'obtient à l'entrée du tube, là où le rayonnement est encore réparti sur toute l'ouverture.

Le filtre arrête la lumière avant qu'elle n'entre

La seule méthode sûre pour pointer un instrument vers le Soleil, c'est un filtre pleine ouverture monté à l'avant du tube, sur l'objectif. Là, il coupe plus de 99,999 % du flux — lumière visible, ultraviolet et infrarouge — avant que le rayonnement ne pénètre dans l'optique et ne soit concentré. Un filtre correct pour le visuel a une densité optique de 5,0 : il ne transmet qu'un cent-millième (1/100 000) de l'énergie reçue. Cette valeur n'est pas un confort, c'est le seuil qui rend la vision supportable ET inoffensive pour la rétine. Tout dispositif qui filtre après l'objectif — à l'oculaire, dans le porte-oculaire — reçoit un faisceau déjà concentré et brûlant, et n'a aucune place dans une observation solaire.

Le bon filtre

Le film Baader AstroSolar, la référence abordable

Une feuille de polymère, pas un verre

Le filtre le plus répandu n'est pas un verre mais une feuille de polymère métallisé, l'AstroSolar Safety Film de la société allemande Baader Planetarium. Vendue en format à découper (par exemple 20 × 30 cm, autour de 25 à 40 €), on la tend sans plis sur un support en carton ou en plastique que l'on coiffe sur l'objectif. Malgré son prix modeste, sa qualité optique est remarquable : les tests interférométriques lui mesurent un rapport de Strehl de 94 à 96 %, si bien que l'image reste piquée jusqu'à fort grossissement. Le film donne au Soleil une teinte blanche à légèrement bleutée, plus neutre que le jaune-orangé des filtres en verre — un rendu que beaucoup d'observateurs préfèrent pour lire la granulation.
Deux groupes de taches solaires photographiés en lumière blanche par un amateur : taches sombres à ombre et pénombre, granulation visible sur tout le disque
Deux groupes de taches en lumière blanche, lunette de 120 mm et prisme de Herschel — john.purvis (Flickr, CC BY 2.0)

Densité 5,0 pour l'œil, 3,8 pour le capteur

Le film existe en deux densités, et les confondre est dangereux. La version OD 5,0 est celle du visuel : elle transmet 1/100 000 du flux et convient à l'œil comme à la photo. La version OD 3,8 est réservée à la photographie : elle laisse passer 1/10 000 de la lumière, soit environ quinze fois plus que la densité visuelle. Plus lumineuse, elle raccourcit les temps de pose et fait mieux ressortir la granulation sur un capteur — mais elle est beaucoup trop claire pour l'œil et ne doit JAMAIS servir en visuel. La règle est simple à retenir : le filtre visuel (5,0) peut faire de la photo, l'inverse est proscrit. Dans le doute, prenez la densité 5,0 : elle couvre tous les usages sans risque.
Les deux densités du film AstroSolar
Densité Lumière transmise Pour quoi
OD 5,0 (visuel) 1/100 000 œil ET photo — le choix universel et sûr
OD 3,8 (photo) 1/10 000 capteur uniquement — interdit à l'œil, ~15× trop clair

Les alternatives en verre

Filtre en verre, prisme de Herschel, lunettes à éclipse

Chaque solution vient avec le domaine d'emploi qui lui appartient, et c'est la formule optique de votre instrument — ou l'œil nu — qui désigne celle qui convient.

Du verre pleine ouverture au prisme dévoreur de chaleur

À côté du film, on trouve des filtres pleine ouverture en verre (type Baader ou Thousand Oaks), plus chers (souvent 80 à 200 €) et plus rigides, mais aussi plus solides et prêts à l'emploi. Comme le film, ils se posent devant l'objectif et obéissent à la même règle. Pour les seules lunettes, il existe une autre voie : le prisme de Herschel (ou hélioscope), qui se glisse dans le porte-oculaire et renvoie vers l'œil moins de 5 % de la lumière tout en évacuant l'énorme chaleur par l'arrière — l'image y est d'une finesse exceptionnelle, mais il ne s'emploie que sur une lunette, jamais sur un télescope à miroir. Enfin, pour regarder le Soleil à l'œil nu — repérer une grosse tache, suivre une éclipse partielle — seules les lunettes à éclipse certifiées ISO 12312-2 conviennent ; un verre fumé, un CD ou un film photo ne protègent en rien.
Quatre façons de filtrer le Soleil
Dispositif Pour qui, à quel prix
Film AstroSolar OD 5,0 devant l'objectif tous instruments — le plus abordable (~25-40 €), à monter soi-même
Filtre en verre pleine ouverture devant l'objectif tous instruments — prêt à l'emploi, ~80-200 €
Prisme de Herschel dans le porte-oculaire LUNETTES seulement — image très fine, ~150-350 €
Lunettes à éclipse ISO 12312-2 sur les yeux œil nu, éclipses partielles — quelques euros

Le spectacle

Taches, facules et granulation : le Soleil en lumière blanche

Une surface en mouvement, pas un disque lisse

Une fois le filtre visuel en place, le Soleil apparaît comme un disque net et calme de 32′ de diamètre — la taille de la pleine Lune. Le premier détail qui saute aux yeux, ce sont les taches : des zones sombres formées d'une ombre centrale, plus froide (environ 4 500 °C contre 6 000 °C pour la surface qui l'entoure, d'où le contraste), cernée d'une pénombre filamenteuse plus claire. Près du bord du disque brillent les facules, des plages plus chaudes qui s'étalent parfois sur plus de 10 000 km. Et quand l'air est parfaitement stable, la surface entière se met à grésiller de granulation : un pavage de grains de 500 à 1 000 km, chacun une cellule de gaz chaud qui remonte, s'étale et retombe en quelques dizaines de minutes. C'est la convection du Soleil, en direct, à l'oculaire.
Gros plan d'une tache solaire montrant l'ombre centrale sombre, la pénombre filamenteuse autour, et la granulation en grains sur toute la surface
Gros plan d'une tache et de la granulation environnante — Bill Livingston/NSO/AURA/NSF (CC BY 4.0)
Ce que révèle chaque diamètre en lumière blanche
Avec quoi Ce que vous atteignez
Lunettes à éclipse (œil nu) une grosse tache isolée, si le Soleil est très actif — rien de plus, mais sans danger
Lunette 60-80 mm + film 5,0 les groupes de taches, leur ombre et leur pénombre, les facules du bord ; le défilé des taches d'un jour à l'autre
100-150 mm + film 5,0 le détail de la pénombre, les petites taches isolées, la granulation par bon ciel ; l'idéal du solaire amateur
150-200 mm par air très stable la granulation fine et fourmillante, les ponts lumineux dans les grandes taches ; la turbulence devient le facteur limitant, pas le diamètre

Comprendre

Le cycle de 11 ans : pourquoi le spectacle change

L'activité du Soleil suit une horloge de long terme, et repérer le moment où l'on observe sur cette courbe donne son sens à un disque désert comme à un disque couvert.

Du calme plat au disque criblé de taches

Le nombre de taches n'est pas constant : il suit un cycle magnétique d'environ 11 ans. Au minimum, le disque peut rester vierge de toute tache pendant des jours ; au maximum, il en fourmille, avec parfois plusieurs groupes visibles simultanément. Nous vivons le cycle 25, démarré en décembre 2019, dont le maximum d'activité s'est produit autour d'octobre 2024 — autrement dit, les années qui viennent restent riches en taches avant le retour vers un creux vers 2030. Suivre ce cycle donne un sens à chaque séance : une même lunette montre un Soleil désert un mois, constellé le suivant.
  1. 1610

    Galilée, puis Christoph Scheiner, observent les premières taches à la lunette et par projection. Le suivi de leur déplacement prouve que le Soleil tourne sur lui-même en environ 27 jours.

  2. 1843

    L'astronome amateur Heinrich Schwabe, à force de compter les taches chaque jour pendant 17 ans, découvre la périodicité : leur nombre monte et descend selon un cycle d'à peu près 11 ans.

  3. Décembre 2019

    Le cycle solaire 25 démarre à son minimum. Le disque reste souvent vierge : c'est le creux d'activité, idéal pour apprécier la granulation sans taches pour distraire l'œil.

  4. Octobre 2024

    Le cycle 25 atteint son maximum. Le disque se couvre de groupes de taches ; les grandes régions actives deviennent visibles jusqu'aux lunettes à éclipse à l'œil nu.

  5. Vers 2030

    L'activité redescend vers le minimum suivant. Le cycle repart : chaque nouvelle période inverse la polarité magnétique du Soleil et relance le compte des taches.

En pratique

Monter et utiliser son filtre en sécurité

  1. Inspectez le filtre à chaque sortie

    Placez le film ou le verre devant une lampe vive et cherchez le moindre trou, rayure ou pli laissant passer un point lumineux. Un filtre percé, même d'un trou d'épingle, part à la poubelle. Cette vérification se fait à CHAQUE séance, sans exception.

  2. Fixez-le solidement sur l'objectif

    Le filtre doit tenir sur l'avant du tube sans jouer et sans risque d'être arraché par le vent ou un geste maladroit. Un serrage franc, une bague vissée ou du ruban : l'important est qu'il ne puisse pas tomber pendant que vous regardez.

  3. Retirez ou couvrez le chercheur

    Le petit chercheur, lui aussi, concentre la lumière : sans filtre dédié, il peut brûler ce qu'il vise, y compris un œil. Démontez-le ou bouchez-le. Pour viser le Soleil, servez-vous de l'ombre portée du tube.

  4. Pointez, puis regardez seulement une fois filtré

    Ne mettez jamais l'œil à l'oculaire tant que le filtre pleine ouverture n'est pas en place et vérifié. Une fois centré, montez le grossissement progressivement : 40 à 80× suffisent souvent, la turbulence limite le reste.

Le cran au-dessus

L'hydrogène-alpha : le Soleil en éruption

Une lunette dédiée pour une seule couleur

La lumière blanche ne montre que la photosphère, la surface. Pour voir la couche au-dessus — la chromosphère et ses éruptions — il faut isoler une unique raie de couleur, l'hydrogène-alpha, à 656,3 nm. Cela demande un instrument spécialisé : une lunette solaire H-alpha, dont la plus connue à petit prix est le Coronado PST (Personal Solar Telescope), une lunette de 40 mm à filtre étalon intégré qui resserre la bande passante à 0,5 Å. Le Soleil y apparaît rouge sombre, sa surface texturée comme une peau d'orange, et surtout le bord se hérisse de protubérances — des arches de plasma jaillissant sur des dizaines de milliers de kilomètres, totalement invisibles en lumière blanche. Ces lunettes coûtent nettement plus cher (à partir de 600 à 900 € pour un PST) et n'observent QUE le Soleil : c'est un instrument de passionné, pas un premier achat.
Le disque solaire photographié en hydrogène-alpha : surface texturée rouge et protubérances de plasma jaillissant du bord
Le Soleil en H-alpha, protubérances au bord du disque — Astrobond (CC BY-SA 4.0)
L'avis de Luc

L'avis de Luc

Une feuille d'AstroSolar 5,0 tendue sur un anneau bricolé pour une lunette de 80 mm : tout le matériel de base tient dans une main. Ce qu'il montre déconcerte — personne ne croit d'abord que cette « peau de léopard » qui bouillonne soit la vraie surface du Soleil. Deux gestes ne se négocient jamais : vérifier le film à contre-jour AVANT chaque séance, et démonter le chercheur systématiquement. À ce prix, l'observation la plus tranquille qui soit se pratique en plein jour, en tee-shirt, le café posé à côté.

Continuer

Après le Soleil, le reste du ciel

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Quel instrument pour observer le Soleil en sécurité ?

Une lunette de 80 à 150 mm coiffée d'un film AstroSolar 5,0 suffit à détailler taches, facules et granulation. Nos choix de télescopes et de lunettes par usage et par budget.

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