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Le ciel de l'automne

L'automne rend les nuits assez longues pour flâner sans se presser, et il place au zénith une figure géométrique que rien ne vient concurrencer : un immense quadrilatère d'étoiles, le Grand Carré de Pégase, qui sert de plaque tournante à toute la saison. Un de ses coins ouvre le chemin d'Andromède, et là brille l'objet le plus lointain que votre œil nu puisse atteindre — une galaxie voisine dont la lumière a voyagé deux millions et demi d'années avant de vous parvenir. Autour du Carré s'étalent un W d'étoiles suspendu à l'opposé de la Grande Ourse, une étoile qui faiblit à heure fixe comme un phare détraqué, et un chapelet d'amas que la Voie lactée de Persée fait remonter à l'est. Voici la feuille de route de vos soirées de septembre à décembre : pour chaque cible, l'éclat à repérer, le diamètre qui l'ouvre vraiment et le moment où la pointer, du simple coup d'œil sans instrument jusqu'au télescope.

4
étoiles de magnitude 2 dessinent le Grand Carré de Pégase, la clé de voûte du ciel d'automne, haut au sud en soirée
2 ,5 M al
de distance pour la galaxie d'Andromède (M31) : l'objet le plus éloigné accessible à l'œil nu, vu tel qu'il était il y a deux millions et demi d'années
152000
années-lumière de diamètre pour M31, soit près du double de notre Voie lactée — un disque de 3° dans le ciel, six pleines Lunes bout à bout
3 galaxies
dans un même champ de jumelles : M31 et ses deux satellites M32 et M110, le seul trio de galaxies à portée de débutant
287
centièmes de jour — soit 2,87 jours — entre deux baisses d'éclat d'Algol, l'étoile de Persée qui chute de magnitude 2,1 à 3,4 sous vos yeux

La clé de voûte

Le Grand Carré de Pégase, la porte de la saison

Cette figure sert deux fois : elle mesure la noirceur du site à l'œil nu, et elle donne le point de départ des chemins vers le reste de la saison.

Un quadrilatère presque parfait, haut dans le sud

Tournez-vous vers le sud à la nuit tombée en octobre : à mi-hauteur trône un vaste carré d'étoiles, penché sur une pointe comme un cerf-volant. Ce sont les quatre coins du cheval ailé Pégase, chacun de magnitude 2 environ, séparés d'une bonne quinzaine de degrés — la largeur de trois poings tendus à bout de bras. Trois lui appartiennent : Markab (α Pegasi, magnitude 2,48), Scheat (β Pegasi, une géante rouge variable qui oscille de magnitude 2,3 à 2,7) et Algenib (γ Pegasi, magnitude 2,83). Le quatrième coin, en haut à gauche, a changé de camp : longtemps appelé δ Pegasi, il est désormais rattaché à la constellation voisine sous le nom d'Alpheratz (α Andromedae, magnitude 2,0). C'est le plus brillant des quatre, et ce n'est pas un hasard.

Le carré vide qui teste la noirceur du ciel

L'intérieur du Grand Carré est remarquablement pauvre en étoiles : comptez combien vous en voyez à l'œil nu à l'intérieur du quadrilatère, et vous obtenez une mesure express de la qualité de votre site. Sous un ciel de ville, le carré paraît creux ; sous un ciel de campagne, une petite dizaine d'étoiles y pointent. C'est aussi un tremplin : depuis Alpheratz, deux chaînes d'étoiles filent vers la gauche pour former la princesse Andromède, et c'est en remontant la seconde que l'on tombe sur le joyau de l'automne.
Carte de Pégase : le Grand Carré, le col du cheval jusqu'à Enif, et la position de l'amas M15
Carte : IAU / Sky & Telescope (CC BY 3.0)
Les quatre coins du Grand Carré de Pégase
Étoile Rattachement Magnitude Repère
Alpheratz (α Andromedae) Andromède 2,0 coin haut-gauche, départ vers M31
Scheat (β Pegasi) Pégase 2,3 – 2,7 coin haut-droit, géante rouge variable
Markab (α Pegasi) Pégase 2,48 coin bas-droit
Algenib (γ Pegasi) Pégase 2,83 coin bas-gauche

Le joyau de la saison

M31, la galaxie d'Andromède, votre regard le plus lointain

Deux millions et demi d'années de lumière voyageuse

Remontez la seconde chaîne d'étoiles d'Andromède depuis Alpheratz — Delta, puis Mirach, puis Mu — et bifurquez vers le haut : une bouffée laiteuse allongée apparaît, plus longue que large. C'est M31 (NGC 224), la galaxie d'Andromède, à quelque 2,5 millions d'années-lumière. Autrement dit, la lumière que vous captez ce soir est partie avant que le genre humain n'existe. Ce disque de 152 000 années-lumière de diamètre, presque le double de notre Voie lactée, abrite près de mille milliards d'étoiles et fonce vers nous : dans quatre milliards d'années, les deux galaxies fusionneront. L'astronome persan al-Sufi l'avait déjà notée comme un « petit nuage » en 964, bien avant que Messier ne la catalogue en 1764.

Grande à l'image, discrète à l'œil

Sur les photographies, M31 étale ses bras sur 3 degrés — six pleines Lunes alignées. À l'œil, la réalité est plus modeste : seul le bulbe central, le cœur dense de la galaxie, se laisse voir, comme un grain de riz flou de magnitude 3,4. Les jumelles allongent la tache ; une lunette de 80 à 100 mm à faible grossissement révèle un noyau brillant fondu dans un halo ovale, et parfois, sous un ciel très noir, l'amorce d'une bande de poussière sombre en travers du disque. Ne cherchez ni bras spiraux ni couleur : ils restent l'apanage du capteur. Ce qui grandit, ici, c'est ce que vous savez de ce que vous regardez.
La galaxie d'Andromède M31 en pose longue : bulbe brillant, bras spiraux et bandes de poussière
M31 — Adam Evans (CC BY 2.0)

La tournée des merveilles

Autour d'Andromède : deux satellites, une galaxie sœur, un globulaire

M32 et M110, le cortège d'Andromède

M31 ne voyage pas seule. Deux petites galaxies l'escortent, à sa portée immédiate dans le champ. M32 (magnitude 8,1), collée au bord sud du disque, est une galaxie elliptique naine compacte — un pâté rond et concentré qui ressemble à une étoile un peu floue à faible grossissement. De l'autre côté, plus étalée et plus fantomatique, M110 (magnitude 8,9) forme un ovale diffus qu'un ciel médiocre efface. Un télescope de 100 mm les tient toutes deux dans le même champ que leur imposante voisine : c'est le seul endroit du ciel où un débutant capture trois galaxies d'un coup d'œil.

M33, la galaxie du Triangle, l'épreuve du ciel noir

Redescendez sous Andromède, vers la petite constellation du Triangle, et vous visez la cible qui départage les bons ciels des mauvais. M33 (NGC 598), la galaxie du Triangle, est une spirale vue de face à 2,9 millions d'années-lumière, revendiquée comme l'objet permanent le plus lointain visible à l'œil nu — sous réserve d'un ciel parfaitement noir et d'une bonne rétine. Sa lumière (magnitude 5,7) est diluée sur 71′ × 42′, plus large que la pleine Lune, si bien qu'elle paraît plus difficile que sa magnitude ne le laisse croire. Aux jumelles sous un ciel de campagne, c'est une lueur ronde et molle ; le télescope, en la grossissant, la dilue davantage. Paradoxe de l'automne : cette galaxie plus faible que M31 se voit parfois mieux… à l'œil nu qu'à l'instrument.

M15, la boule d'étoiles au bout du nez de Pégase

Changez de registre avec un objet qui, lui, se moque de la pollution lumineuse. Prolongez le col de Pégase jusqu'à Enif (ε Pegasi, le naseau du cheval), puis glissez de au nord-ouest : vous tombez sur M15 (magnitude 6,2), un amas globulaire de plus de cent mille étoiles à 35 700 années-lumière. C'est l'un des amas au cœur le plus effondré de la Galaxie — une pelote si dense que son centre pourrait cacher un trou noir. Aux jumelles, une petite tache ronde et floue ; dès 150 mm, ses bords se mettent à grésiller d'étoiles. Les experts y traquent Pease 1, une minuscule nébuleuse planétaire nichée dans l'amas, repérée en 1928 — la première du genre découverte dans un globulaire.
La galaxie d'Andromède M31 et ses deux satellites M32 et M110 dans le même champ
M31, M32 et M110 — Sergio Díaz-Ruiz (CC BY-SA 4.0)
Les objets phares de l'automne et l'instrument qu'ils demandent
Objet Type Magnitude À partir de
M31 — galaxie d'Andromède Galaxie spirale 3,4 œil nu ; halo dès 80 mm
M32 & M110 — satellites Galaxies naines 8,1 / 8,9 100 mm dans le champ de M31
M33 — galaxie du Triangle Galaxie spirale 5,7 œil nu sous ciel noir ; jumelles
M15 — amas de Pégase Amas globulaire 6,2 jumelles ; résolu dès 150 mm
Double Amas (NGC 869/884) Amas ouverts 5,3 / 6,1 œil nu ; jumelles à grand champ
Helix (NGC 7293) Nébuleuse planétaire 7,6 jumelles + ciel noir ; filtre OIII
Algol (β Persei) Étoile variable à éclipses 2,1 – 3,4 œil nu, à l'heure de la baisse

Cassiopée, le W accroché face à la Grande Ourse

Levez les yeux vers le nord : haut au-dessus de l'étoile Polaire pend un W d'étoiles vives, aussi reconnaissable que la casserole de la Grande Ourse — et posté juste à l'opposé d'elle, de part et d'autre du pôle. C'est Cassiopée, la reine assise sur son trône, faite de cinq étoiles : Caph (β Cas, magnitude 2,3), Schedar (α Cas, magnitude 2,2), Gamma (variable autour de 2,2), Ruchbah (δ Cas, magnitude 2,7) et Segin (ε Cas, magnitude 3,3). Comme la Grande Ourse, elle est circumpolaire : elle ne se couche jamais sous nos latitudes et tourne autour du pôle. En automne, elle grimpe presque au zénith, le W à l'endroit, plongé dans la Voie lactée — un formidable poste d'observation pour balayer aux jumelles les amas ouverts qui la peuplent.

Persée qui se lève, et son double feu d'artifice

Sous Cassiopée monte Persée, le héros, qui déroule un ruban de Voie lactée vers l'est. Entre les deux se cache le Double AmasNGC 869 et NGC 884, deux essaims d'étoiles jumeaux visibles à l'œil nu comme une double touffe laiteuse, et qui se répondent dans un même champ de jumelles à grand champ. C'est l'un des rares objets que l'instrument ne sert pas mieux que la simple paire de 10×50 : trop large pour un télescope, il veut de l'espace autour de lui. Persée porte aussi son étoile-démon, Algol, dont l'éclat vacille d'une nuit à l'autre. La saison offre donc, dans le même quart de ciel, la galaxie la plus lointaine de l'œil nu et l'un des plus francs bijoux stellaires — deux extrêmes d'échelle à quelques bonds d'étoile.

Trois cibles au fort caractère

L'Hélice fantôme, les Pléiades qui montent, Algol qui cligne

L'Hélice, la nébuleuse planétaire la plus proche

Bas au sud, dans le Verseau, se love l'un des cadavres d'étoile les plus proches de nous. L'Hélice (NGC 7293), à seulement 650 années-lumière, est la nébuleuse planétaire brillante la plus voisine — la coquille de gaz soufflée par une étoile en fin de vie, autour de la naine blanche qui la chauffe encore. Le piège : cet anneau de magnitude 7,6 s'étale sur 25′, presque le diamètre de la pleine Lune, si bien que sa lumière est étalée à l'extrême. Aux jumelles sous un ciel noir, on devine un rond pâle ; un filtre OIII sur un télescope à faible grossissement le fait franchement ressortir du fond de ciel. Sans filtre ni ciel bien sombre, il reste invisible : c'est la cible qui apprend l'humilité.
La nébuleuse de l'Hélice (NGC 7293) par le télescope VISTA : le double anneau vu de face en infrarouge
NGC 7293 — ESO / VISTA / J. Emerson (CC BY 4.0)

Les Pléiades, l'avant-goût de l'hiver

Vers la fin de la nuit, ou tard en novembre, surveillez l'est : une petite mèche d'étoiles bleues escalade l'horizon, la magnitude 1,6 globale de l'amas des Pléiades (M45) le rendant repérable au premier coup d'œil. Beaucoup les prennent pour une minuscule Petite Ourse ; c'est en réalité le plus bel amas ouvert du ciel, une nuée de jeunes soleils que l'automne fait lever comme la promesse de la saison suivante. Comptez les étoiles à l'œil nu — six ou sept d'ordinaire — puis pointez des jumelles : des dizaines de perles surgissent d'un coup. Trop étalé pour un télescope, l'amas se savoure à faible grossissement. Le voir remonter, c'est sentir la bascule de l'automne vers l'hiver.
L'amas des Pléiades M45, poignée d'étoiles bleutées serrées, qui se lève à l'est en fin de nuit d'automne
M45 — NASA, ESA, AURA / Caltech, Palomar Observatory (domaine public)

Algol, l'étoile qui faiblit à l'heure dite

Voici l'objet qui transforme le spectateur en observateur. Algol (β Persei), l'« étoile du démon » des astronomes arabes, n'est pas une étoile ordinaire : c'est un couple serré où un astre sombre passe régulièrement devant son compagnon brillant. Toutes les 2,87 jours, pendant une éclipse d'environ dix heures, son éclat chute de magnitude 2,1 à 3,4 — une baisse nette, visible à l'œil nu, avant de remonter. Comparez-la aux étoiles voisines de Persée un soir de minimum annoncé (les éphémérides le donnent), revenez la voir le lendemain : le changement saute aux yeux. À 94 années-lumière, ce clignotement mécanique a intrigué les hommes bien avant qu'on en comprenne la cause, et il reste la plus accessible des étoiles variables.
Courbe de lumière d'Algol mesurée par le satellite TESS : un creux profond à chaque période de 2,87 jours
Courbe de lumière TESS d'Algol — Warrickball (CC BY-SA 4.0)

Le calendrier

Se repérer de septembre à décembre

La voûte avance de quatre minutes par soir : d'un mois au suivant, le Grand Carré se lève deux heures plus tôt. Voici comment la scène d'automne se déploie au fil des semaines.

  1. Septembre — le Carré monte à l'est

    En début de nuit, le Grand Carré de Pégase se hisse à l'est, encore posé sur une pointe. La chaleur des soirées invite à traîner dehors : faites-vous la main sur M31, déjà bien placée, et sur M15 au bout du col de Pégase.

  2. Octobre — le cœur de la saison, plein sud

    Le meilleur mois. Vers 22 heures, le Carré culmine haut au sud et Andromède passe presque au zénith, hors de la brume. C'est la fenêtre pour M31 et ses satellites, M32 et M110, puis pour tenter M33 à l'œil nu si le ciel est noir.

  3. Novembre — Persée grimpe, les amas défilent

    Cassiopée trône au zénith, le W à l'endroit, et Persée déroule sa Voie lactée en dessous. C'est le moment du Double Amas aux jumelles et d'un soir de minimum d'Algol. À l'est, les Pléiades commencent à pointer en fin de nuit.

  4. Décembre — dernier tour avant l'hiver

    Le Grand Carré bascule vers l'ouest dès la soirée : cueillez Andromède et M15 tôt, avant qu'ils ne descendent. À l'est se lèvent déjà le Taureau et les Pléiades hautes, annonçant le ciel d'hiver qui prend le relais.

L'avis de Luc

L'avis de Luc

« C'est juste une tache grise » : la déception devant M31 est légitime, et il vaut mieux l'anticiper que la subir — ici, le spectacle est dans la tête, pas dans l'oculaire. La parade consiste à donner un devoir plutôt qu'une image : Algol, à revoir dans deux nuits, en notant si son éclat a changé. C'est là que quelqu'un devient observateur. La soirée se termine sur du beau franc, aux jumelles, avec le Double Amas de Persée — deux poignées d'étoiles côte à côte qui ne ratent jamais leur effet, même sur les plus blasés.

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Explorer le ciel d'automne en détail

La galaxie d'Andromède M31 M31, la galaxie d'Andromède Mille milliards d'étoiles à 2,5 millions d'années-lumière : comment remonter la chaîne d'Andromède pour la trouver, et ce que chaque diamètre révèle du halo au cœur. Le cœur de la galaxie du Triangle M33 : une nuée dense d'étoiles orangées semée d'amas bleus et striée de poussière sombre M33, la galaxie du Triangle L'objet permanent le plus lointain visible à l'œil nu, une spirale de face à 2,9 millions d'années-lumière : pourquoi les jumelles la servent mieux que le télescope. Les deux amas ouverts h et χ de Persée accolés dans le même champ, chacun en essaim serré d'étoiles blanches Le Double Amas de Persée NGC 869 et NGC 884, deux essaims stellaires jumeaux dans la Voie lactée d'automne : la cible reine des jumelles à grand champ, entre Cassiopée et Persée. L'amas globulaire M15 M15, l'amas globulaire de Pégase Cent mille étoiles serrées en une pelote au cœur effondré, au bout du naseau du cheval : où le trouver depuis Enif et le diamètre qui le résout. La nébuleuse de l'Hélice NGC 7293 L'Hélice, la planétaire la plus proche NGC 7293 dans le Verseau, un anneau de gaz de 25′ à 650 années-lumière : la cible qui apprend l'usage du filtre OIII et du ciel bien noir. Deux silhouettes debout sur une crête, la Voie lactée dressée à la verticale au-dessus d'elles Se repérer dans le ciel Le Grand Carré comme plaque tournante, le W de Cassiopée face à la Grande Ourse : la méthode du saut d'étoile pour naviguer d'une figure d'automne à la suivante.

Quelles jumelles ou quel télescope pour le ciel d'automne ?

Andromède, le Triangle, le Double Amas et les Pléiades levantes s'attrapent déjà avec une paire de 10×50 ; il faut passer à un instrument de 100 à 150 mm pour dégager les satellites de M31 et faire grésiller le cœur de M15. Nos sélections classées par usage et par budget.

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