Aller au contenu
astronoguide
Thème

Thème

Apprendre

PHD2 : les réglages avancés

Vous guidez depuis deux saisons, la calibration passe, le suivi tient — et l'onglet Algorithms de la fenêtre Advanced Setup reste ce territoire où l'on hésite à toucher quoi que ce soit. Cette page l'ouvre en entier. Elle suit l'écart d'une étoile de référence le long des quatre étages qui le transforment en impulsion, donne les valeurs d'usine exactes que PHD2 charge au premier lancement, explique ce que chaque curseur déplace vraiment, et sépare les cinq algorithmes disponibles selon la mécanique qu'ils supposent sous le tube. Vous en ressortez avec une méthode d'ajustement tenable : un paramètre, une soirée, une mesure.

0.2 px
le seuil Minimum Move d'usine, sous lequel PHD2 laisse passer l'écart relevé sans envoyer la moindre impulsion
70 %
l'agressivité d'usine de l'algorithme Hysteresis en ascension droite : la fraction du geste calculé qui part vers la monture
100 %
l'agressivité d'usine de Resist Switch en déclinaison, où c'est l'inversion de sens qui est freinée, pas l'amplitude
2500 ms
le plafond de durée d'une impulsion, sur l'un comme sur l'autre axe : l'écrêtage qui protège d'une excursion sauvage
5
les algorithmes de correction offerts par PHD2, dont une paire réservée aux montures à encodeurs et un modèle prédictif

L'ordre des opérations

Ce que l'onglet Algorithms pilote vraiment

Quatre étages séparent l'écart lu sur le capteur de l'impulsion envoyée à la monture, et tout curseur de cet onglet agit sur un seul d'entre eux, dans un ordre fixe.

Quatre étages entre l'étoile et le moteur

À chaque image de la caméra du guideur, PHD2 relève de combien le barycentre de l'étoile s'est éloigné de sa position de verrouillage, projette cet écart sur l'axe horaire et sur l'axe de déclinaison grâce aux angles issus de la calibration, puis traite chaque axe séparément. Le premier étage est un seuil : Minimum Move, exprimé en pixels du capteur qui vise l'étoile. Le deuxième est un filtre temporel, propre à l'algorithme choisi — Hysteresis mélange l'image courante et l'historique récent, Resist Switch exige une inversion convaincante, Predictive PEC ajoute une part prédite. Le troisième est un simple facteur d'échelle, l'agressivité. Le quatrième est un écrêtage en durée : Max RA duration et Max Dec duration, fixés l'un et l'autre à 2 500 ms au premier lancement. Ce qui sort part vers le port ST-4 ou vers le pilote de la monture. Comprendre cet ordre suffit déjà à éviter la moitié des faux pas : monter l'agressivité pour compenser un seuil trop haut revient à pousser plus fort sur les corrections qui passent, pendant que celles qui comptent restent bloquées à l'entrée.

Un axe qui tourne, un axe qui attend

PHD2 propose un algorithme par axe, et cette dissymétrie est délibérée. En ascension droite, la vis sans fin tourne en permanence dans le même sens : les corrections consistent à accélérer ou ralentir un mouvement déjà établi, l'engrènement demeure chargé, une inversion de commande demeure légitime et fréquente. En déclinaison, le moteur demeure immobile la plupart du temps ; tout changement de sens traverse le jeu mécanique du train d'engrenages avant que le tube bouge. Le sens d'une correction de déclinaison porte donc une information suspecte, et la brider coûte peu. C'est pourquoi l'usine règle l'ascension droite sur Hysteresis et la déclinaison sur Resist Switch, et c'est aussi pourquoi la formule « moins on en fait, mieux c'est » s'applique surtout au second axe. La chronométrie du jeu et les recommandations chiffrées qui en découlent appartiennent à l'assistant intégré, traité dans son tutoriel dédié.
Schéma en cinq blocs : l'écart mesuré passe le seuil Minimum Move de 0,20 pixel, se mélange à 10 % d'historique par l'hystérésis, est réduit à 70 % par l'agressivité, écrêté à 2 500 millisecondes, puis envoyé à la monture ; une branche rouge montre l'écart abandonné sous le seuil
La chaîne de calcul d'une impulsion sur l'axe d'ascension droite — schéma astronoguide, valeurs relevées dans les sources de PHD2

Le seuil d'entrée

Minimum Move, le réglage qui décide de ce qu'on ignore

C'est le paramètre que PHD2 calcule pour vous à la création du profil, celui qui change le plus d'une optique à l'autre, et le seul qui mérite une retouche selon les conditions.

Un seuil en pixels, une conséquence en secondes d'arc

Le seuil s'exprime en pixels du capteur, et cette unité est un piège de comparaison : des montages réglés sur la même valeur ignorent des mouvements du ciel très différents. Le pont entre ces unités est l'échelle du montage, 206 265 × taille du pixel en micromètres ÷ focale en millimètres, exprimée en secondes d'arc par pixel. Prenons une lunette-guide Sky-Watcher EvoGuide 50DX de 242 mm à f/4,8 associée à une caméra à pixels de 3,75 µm, l'attelage le plus répandu : l'échelle vaut 3,20 ″/px, et le seuil d'usine laisse donc filer tout mouvement inférieur à 0,64 ″. Placez maintenant la même caméra derrière un diviseur optique sur un instrument de 1 000 mm : l'échelle tombe à 0,77 ″/px, et les mêmes 0,20 px ne représentent plus que 0,15 ″. Le premier montage filtre la turbulence, le second la poursuit. D'où la règle de lecture : traduisez toujours votre seuil en secondes d'arc avant de le juger.

La formule que l'assistant de profil applique en silence

L'assistant de création de profil ne pose pas 0,20 px au hasard : il applique une formule calibrée sur des mesures empiriques couvrant une large plage d'échelles, visible dans les sources du logiciel. Elle s'écrit max ( 0,1515 + 0,1548 ÷ échelle ; 0,15 ), l'échelle étant en secondes d'arc par pixel. Reprenons les cas ci-dessus. Sur l'EvoGuide à 3,20 ″/px : 0,1515 + 0,1548 ÷ 3,20 = 0,20 px, la valeur d'usine, qui n'en est donc une que par coïncidence de format. Derrière le diviseur à 0,77 ″/px : 0,1515 + 0,1548 ÷ 0,77 = 0,35 px, soit près du double, ce qui ramène le seuil réel à 0,27 ″ et redonne au montage la même surdité à la turbulence. La leçon est claire : après un changement de caméra, de focale de guidage ou de regroupement de pixels, rouvrez la fenêtre et laissez PHD2 recalculer — le bouton qui remet le seuil intelligent est au bout de la ligne. Une valeur héritée d'un autre montage est une valeur fausse.

L'axe d'ascension droite

Hysteresis et Aggressiveness, les deux mains sur la vis

Le premier paramètre décide de la part d'histoire que PHD2 mêle à la mesure du moment, le second de la fraction du geste qui part réellement vers le moteur.

Dix pour cent de mémoire, soixante-dix pour cent de geste

L'algorithme Hysteresis conserve les corrections récentes et pondère la nouvelle par cet historique. Réglé sur 10 %, il fonde la correction à 90 % sur la déviation de l'image courante et à 10 % sur la tendance passée. Monter ce pourcentage lisse la trajectoire et rend le guidage réticent à suivre un vrai changement de sens ; le descendre rend PHD2 nerveux et docile à la turbulence. L'agressivité intervient ensuite, en pur facteur multiplicatif : sur une déviation évaluée à 0,50 px, l'usine à 70 % commande 0,35 px et laisse volontairement 0,15 px d'erreur, que l'image suivante finira de résorber. Cette retenue est le remède classique du sur-correctif — la courbe qui traverse l'axe zéro à chaque cycle, avec une amplitude qui grandit au lieu de s'éteindre. Descendre à 60 % calme presque toujours ce régime ; descendre sous 50 % installe une lenteur qui laisse la dérive s'accumuler.

Le geste juste : un paramètre, une nuit, une mesure

Ces curseurs se ressemblent assez pour qu'on les confonde, et pourtant leurs symptômes diffèrent. Une agressivité trop haute produit une oscillation régulière, presque périodique, dont la période vaut deux à trois fois votre temps de pose de guidage. Une hystérésis trop haute produit autre chose : un retard, la courbe s'écarte lentement puis revient en bloc, comme si la monture réagissait avec une image de décalage. Le diagnostic passe par la comparaison des durées d'impulsion successives, et cette lecture appartient au tutoriel consacré au graphique et au RMS. Retenez ici la discipline à tenir : PHD2 charge des valeurs qui conviennent à la grande majorité des montures à engrenages, et l'ajustement à l'instinct dégrade plus souvent qu'il n'améliore. Bougez un seul paramètre à la fois, gardez-le une session entière, et comparez sur une durée qui absorbe les sautes de turbulence.

Le vocabulaire des automaticiens, appliqué à une vis sans fin

Ce que vous manipulez ici porte un nom dans une autre discipline : une boucle d'asservissement. L'ingénieur qui régule la température d'un four ou la vitesse d'un moteur électrique rencontre les mêmes phénomènes, sous des noms plus anciens, et emprunter son vocabulaire éclaire les symptômes. Le facteur multiplicatif de sortie s'appelle chez lui un gain proportionnel : le pousser accélère la convergence jusqu'à un seuil, après quoi la boucle entre en dépassement, cette bosse qui franchit la cible avant de revenir. Poussé plus loin, le système atteint l'oscillation entretenue : l'amplitude cesse de décroître, la boucle se met à battre à sa propre cadence. La pondération par l'historique joue le rôle d'un amortissement, elle freine cette mise en résonance et paie ce service en temps de réponse. Vient enfin la grandeur qu'aucun curseur ne rattrape : le retard pur de la boucle, somme de la pose de guidage, du calcul et de la manœuvre du moteur. Un automaticien vous dirait qu'un retard important impose un gain modeste, et c'est exactement pourquoi l'usine s'arrête à 70 % plutôt qu'à 100. La conclusion pratique tient en une ligne : raccourcir la pose de guidage réduit le retard, et autorise alors des gains plus francs — ce qui est précisément le pari de l'algorithme à filtrage fréquentiel.
Panneau « Hysteresis Guide Algorithm » de PHD2 : trois champs numériques, Hysteresis à 10, Aggressiveness à 70, Minimum Move (pixels) à 0.20
Le panneau Hysteresis avec ses valeurs d'usine — capture recadrée de la documentation PHD2, Open PHD Guiding development team (licence BSD 3-Clause, dépôt OpenPHDGuiding/phd2)

L'axe de déclinaison

Resist Switch, et le bouton qui rend sa vivacité à l'axe

L'algorithme de déclinaison travaille sur le sens des corrections plutôt que sur leur taille, et son unique case à cocher change complètement son comportement face à une secousse.

Trois écarts concordants avant d'accepter l'inversion

Resist Switch tient lui aussi un historique, mais il s'en sert pour arbitrer une seule question : faut-il croire ce changement de sens ? Le comportement normal exige trois déviations consécutives dans la nouvelle direction avant d'émettre la première impulsion inversée. Ce délai protège l'axe d'un aller-retour permanent dans le jeu du train d'engrenages, où chaque inversion coûte du temps mort et rien de plus. Son agressivité vaut 100 % d'usine, ce qui surprend souvent : puisque l'algorithme freine déjà les inversions, il n'a pas de raison d'amputer aussi l'amplitude des corrections qu'il valide. Le seuil Minimum Move joue ici un second rôle, celui de définir ce qu'est une grande excursion — la documentation fixe la barre à le seuil.

Fast switch : la porte de sortie après une rafale

La case « Fast switch for large deflections », cochée par défaut, autorise une réaction immédiate dès que l'écart dépasse cette barre des . Elle existe pour les accidents : une rafale de vent qui pousse un tube de 200 mm, un câble qui se tend au passage du méridien, un pas de trépied qui se tasse dans l'herbe. Sans elle, la monture attendrait trois images pour admettre l'évidence, et laisserait passer trois poses gâchées. Avec elle, le retour est immédiat. Le compromis se règle par le seuil : un Minimum Move de 0,25 px place la porte à 0,75 px, un seuil de 0,35 px la place à plus d'un pixel. Cet onglet porte aussi la case de compensation de jeu et le sélecteur de mode de guidage en déclinaison, qui commande le passage en correction unidirectionnelle — deux réglages dont la mesure préalable relève de l'assistant intégré, jamais d'un essai à l'aveugle.
Fenêtre Advanced setup de PHD2, onglet Algorithms : à gauche Predictive PEC pour l'ascension droite avec Predictive Weight 50, Reactive Weight 60, Minimum Move 0.20, Period Length 200.00 et Retain model 40 ; à droite Resist Switch pour la déclinaison avec Aggressiveness 100, Minimum Move 0.25 et Fast switch coché ; en bas les champs Max RA duration et Max Dec duration à 2500
L'onglet Algorithms de la fenêtre Advanced setup — documentation PHD2, Open PHD Guiding development team (licence BSD 3-Clause, dépôt OpenPHDGuiding/phd2)

Le choix de l'algorithme

Cinq familles, cinq mécaniques supposées

Chaque algorithme suppose quelque chose de la tête équatoriale placée sous le tube ; le bon choix se déduit du train d'entraînement, pas d'un classement de forum.

LowPass2 et Z-filter, pour les mécaniques propres

Une paire d'algorithmes s'adresse aux têtes équatoriales qui bougent déjà bien toutes seules. LowPass2 prolonge la pente des commandes passées et remet son historique à zéro dès qu'un vrai changement de sens survient ; il offre deux réglages, un seuil et une agressivité fixée à 80 % d'usine. C'est l'algorithme recommandé aux montures à encodeurs absolus, et l'assistant de profil le choisit d'office pour les deux axes quand vous déclarez ce type d'équipement — les têtes à réducteur harmonique en sont le cas le plus courant aujourd'hui. Le Z-filter travaille autrement : il corrige pleinement les basses fréquences, celles de l'erreur périodique, et réduit progressivement son action vers les hautes fréquences, celles de la turbulence. Son Exposure Factor fabrique une pose virtuelle — une pose réelle de 1 s multipliée par un facteur de se comporte comme une pose de 4 s, tout en envoyant ses corrections quatre fois plus souvent et quatre fois plus petites. La recommandation d'usage vise une pose virtuelle de 2 à 4 s en ascension droite, davantage en déclinaison pour raréfier les inversions.

L'algorithme d'origine, resté dans la liste

La liste déroulante conserve aussi le LowPass historique, dont la correction part de la médiane des déviations récentes, corrigée par un poids de pente réglable. Son défaut a fini par le condamner : la médiane rend l'algorithme si sourd aux changements rapides qu'un vrai décrochage met plusieurs images à passer. Les développeurs l'ont déclaré déprécié au profit de LowPass2, et il survit uniquement pour épargner les profils anciens. Le tableau ci-dessous rassemble les cinq familles avec les valeurs que PHD2 charge au premier lancement, telles qu'elles figurent dans le code du logiciel.
Les cinq algorithmes de PHD2 — réglages exposés et valeurs d'usine
Algorithme Axe d'usine Ce qu'il expose Valeurs au premier lancement Mécanique visée
Hysteresis Ascension droite Hysteresis, Aggressiveness, Minimum Move 10 % · 70 % · 0,20 px monture à vis sans fin et engrenages, le cas général
Resist Switch Déclinaison Aggressiveness, Minimum Move, Fast switch 100 % · 0,20 px · coché tout axe traversant un jeu à chaque inversion
LowPass2 Les deux, sur demande Aggressiveness, Minimum Move 80 % · 0,20 px encodeurs absolus, réducteurs harmoniques
Predictive PEC Ascension droite Predictive Weight, Reactive Weight, Period Length, Retain model 50 % · 60 % · 200,00 s · 40 % erreur périodique résiduelle, dérive régulière
Z-filter Les deux, sur demande Exposure Factor, Minimum Move pose virtuelle visée de 2 à 4 s poses de guidage courtes, turbulence marquée

La provenance

D'où viennent les valeurs que vous voyez à l'écran

Ces nombres ont une histoire, une adresse dans le code du logiciel, et un banc d'essai qui permet de les manipuler sans attendre une éclaircie.

Deux générations de logiciel, un héritage de simplicité

L'application s'appelait d'abord PHD, acronyme facétieux de « Push Here Dummy », et sortait de l'atelier d'un seul auteur, l'astronome amateur et développeur Craig Stark. Son pari : une fenêtre, un bouton en boucle, un bouton de guidage, et un réglage automatique pour tout le reste. Le succès a dépassé le quart de million de téléchargements, chiffre que la documentation officielle revendique encore. En 2013, le code passe en source ouverte et une équipe de bénévoles le reconstruit de fond en comble sous le nom de PHD2, en conservant la promesse d'origine : rester utilisable sans notice au premier soir, tout en offrant à l'imageur chevronné un jeu de paramètres complet. L'onglet que décrit cette page est exactement ce second versant. Les valeurs de départ y sont posées comme un compromis assumé, mesuré sur un très large parc de matériel amateur — c'est ce qui rend leur retouche à l'aveugle si souvent perdante.

Des nombres qu'on peut aller lire à la source

Une particularité du logiciel libre mérite d'être exploitée : les valeurs d'usine citées dans cette page sont vérifiables ligne à ligne. Elles vivent dans quelques fichiers du dépôt public, un par algorithme, sous forme de constantes nommées sans ambiguïté. On y lit le seuil commun de 0,20 px, l'agressivité de 70 % et l'hystérésis de 10 % pour la famille à mémoire courte, l'agressivité pleine du garde-fou de déclinaison, celle de 80 % du filtre passe-bas de seconde génération, les poids du modèle prédictif, et le plafond commun de 2 500 ms sur la durée d'une impulsion. Le programme est distribué sous une licence permissive de type BSD, et sa documentation intégrée sert de référence commune aux forums francophones comme anglophones. Quand une valeur circule sur un fil de discussion, cette vérification prend une minute et évite d'hériter du paramétrage d'un inconnu.

Le banc d'essai qui remplace une nuit claire

Le logiciel embarque un simulateur d'équipement complet : caméra fictive, monture fictive, champ d'étoiles synthétique, avec des curseurs qui dosent la turbulence, l'erreur périodique, le jeu de déclinaison et la dérive de mise en station. Créez un profil séparé pointant sur ces appareils simulés, et vous obtenez un terrain d'entraînement disponible par temps couvert. On y apprend en une soirée ce qu'une saison de ciel clair met à enseigner : à quoi ressemble une agressivité de 100 % sur une monture rugueuse, ce que produit un seuil poussé à 1 pixel, comment se dessine l'apprentissage du modèle prédictif. Les nombres du simulateur restent des nombres de simulateur, et aucune valeur trouvée là ne se recopie tel quel dans le profil réel. Le bénéfice se situe ailleurs : vous arrivez sur le terrain en sachant lire ce que vous voyez, ce qui est le vrai préalable à tout ajustement.
  1. Milieu des années 2000

    Craig Stark publie PHD sous l'enseigne Stark Labs : une fenêtre unique, la poignée de boutons qu'il faut, et un asservissement qui fonctionne sans préparation. L'outil devient un standard de fait chez les astrophotographes amateurs.

  2. 2013

    Le code passe en source ouverte. Une équipe de bénévoles entreprend la refonte complète qui donnera PHD2 : architecture extensible, portage sur les trois systèmes d'exploitation, ouverture aux pilotes d'instruments des deux grands standards.

  3. 2015

    Une équipe du Max Planck Institute publie le modèle par processus gaussien appliqué à la correction du suivi. Il devient l'algorithme Predictive PEC, seul module du logiciel capable d'envoyer une correction avant que l'erreur apparaisse sur le capteur.

  4. Aujourd'hui

    Cinq algorithmes cohabitent dans l'onglet, du plus réactif au plus prédictif, avec un assistant de profil qui calcule le seuil d'entrée depuis l'échelle de votre montage et un simulateur complet pour s'entraîner par temps couvert.

Le modèle prédictif

Predictive PEC : corriger avant d'avoir vu

Le seul algorithme de PHD2 qui apprend le comportement de votre monture pendant la nuit et anticipe la prochaine bosse au lieu de la subir.

Une part prédite, une part réactive

Tous les autres algorithmes partagent une infirmité commune : ils corrigent une erreur déjà inscrite sur le capteur, avec le retard d'une pose de guidage plus le temps de manœuvre. Predictive PEC lève cette limite en modélisant en direct le comportement de la monture, à l'aide d'un processus gaussien mis au point par une équipe du Max Planck Institute et publié en 2015. Le modèle sépare trois horizons : les hautes fréquences, qu'il tient pour du bruit et écarte ; les erreurs répétitives d'échelle voisine de la période de vis ; les dérives lentes et les harmoniques longues du train d'engrenages. L'impulsion devient alors une somme de deux termes — la part prédite multipliée par le Predictive Weight, réglé à 50 %, et la déviation constatée multipliée par le Reactive Weight, réglé à 60 %. Ces poids sont des vecteurs qui peuvent s'opposer, ce qui explique que leur somme dépasse librement 100 %.

Ce que le modèle exige, et ce qu'il oublie

L'apprentissage demande environ 2 périodes de vis complètes ; pendant ce temps, l'algorithme se comporte comme Hysteresis, puis bascule progressivement en mode prédictif à mesure que le modèle se précise. Trois réglages encadrent cet apprentissage. Le champ Period Length, chargé à 200,00 s, accueille la période de vis annoncée par le constructeur de votre monture ; la case d'ajustement automatique, cochée d'usine, laisse l'algorithme corriger cette valeur tant que vous n'avez pas de vue nette de votre courbe. Le paramètre Retain model, exprimé en pourcentage de la période et fixé à 40 %, décide combien de temps le modèle survit à une interruption du guidage — une mise au point automatique, par exemple. Le modèle traverse sans dommage les opérations d'écartement aléatoire entre poses ; il se réapprend en revanche dès que la monture rejoint une autre région du ciel, puisqu'il décrit l'état instantané du train d'engrenages. Il vit dans PHD2, pour la durée de la session : la mémorisation d'une courbe dans la monture elle-même relève d'un tout autre outillage, décrit dans le tutoriel consacré à la PEC embarquée.

Derrière le bouton Expert, les hyperparamètres du modèle

Le panneau prédictif porte un bouton discret, intitulé Expert, qui ouvre une seconde fenêtre en tête de laquelle figure un avertissement en gras : ces options s'adressent aux experts. On y trouve neuf champs, qui décrivent la forme mathématique du modèle plutôt que son comportement sur le ciel. Trois familles de structures y cohabitent, toutes décrites par une longueur caractéristique et une variance. La structure de longue portée, réglée sur 700 secondes et 20 pixels, décrit les mouvements lents du train d'entraînement. La structure périodique, dotée d'une longueur caractéristique de 10 secondes et d'une variance de 20 pixels, décide de la souplesse de la courbe répétitive que le modèle a le droit de dessiner. La structure de courte portée, à 25 secondes et 10 pixels, absorbe le résidu. Un quatrième champ fixe à 100 le nombre de points retenus pour l'approximation : la précision de la prédiction et le temps de calcul montent ensemble avec ce nombre. Deux derniers champs demandent combien de tours de vis complets exiger pour prédire, puis pour estimer la période. Ces neuf valeurs sortent de l'article scientifique et de son étalonnage ; les toucher revient à refaire ce travail. Leur intérêt pour vous est ailleurs : elles montrent que le modèle raisonne en trois échelles de temps simultanées, ce qui explique sa capacité à traiter en même temps une bosse de vis et une lente dérive de mise en station.

Avantages

  • Predictive PEC efface une erreur périodique résiduelle que la correction embarquée de la monture laisse passer, y compris sur des fréquences non harmoniques de la vis
  • Predictive PEC anticipe aussi la dérive lente, ce qui sert la spectroscopie, la photométrie et le suivi cométaire, où le retard de correction se paie cher
  • Hysteresis ne demande aucun apprentissage : il donne son plein rendement dès la première image, sur une cible visitée dix minutes
  • Hysteresis se comporte de façon identique après un déplacement de la monture, ce qui convient aux nuits à cibles multiples

Inconvénients

  • Predictive PEC réclame environ deux périodes de vis avant d'être pleinement efficace, soit un quart d'heure sur bien des montures
  • Predictive PEC repart de zéro à chaque changement de région du ciel : sur une nuit de six cibles, il passe son temps à réapprendre
  • Hysteresis corrige toujours après coup, avec le retard d'une pose de guidage augmenté du temps de manœuvre
  • Hysteresis traite une bosse périodique parfaitement prévisible exactement comme une secousse aléatoire

La méthode

Régler sans sacrifier une nuit de ciel clair

Un protocole en cinq gestes, conçu pour qu'une soirée d'essais produise une mesure exploitable plutôt qu'une impression.

  1. Remettez les valeurs d'usine en préalable

    Tout panneau porte son bouton de remise à zéro. Un profil trituré depuis plusieurs saisons cache souvent la vraie cause du problème derrière trois corrections compensatoires. Repartez de 10 %, 70 % et du seuil recalculé, et regardez ce que cela donne : la surprise est fréquente.

  2. Vérifiez la mécanique en amont des algorithmes

    Un équilibrage légèrement dissymétrique côté est, une mise en station affinée, des câbles qui pendent librement : ces trois points pèsent davantage que n'importe quel curseur. Une correction qui lutte contre un défaut mécanique demeure mauvaise quel que soit le paramétrage.

  3. Recalculez le seuil dès qu'une optique change

    Nouvelle caméra du guideur, autre lunette, regroupement de pixels modifié : l'échelle change, donc le seuil aussi. Le bouton qui applique la formule intelligente est dans le panneau de chaque algorithme, à côté du champ Minimum Move.

  4. Un paramètre par sortie, une durée franche

    Trente minutes de suivi asservi sur une même cible, à hauteur comparable, pour conclure. Comparer des configurations testées dix minutes chacune à trois heures d'écart revient à comparer deux nuits différentes : la turbulence aura changé plus que votre curseur.

  5. Notez la valeur, l'écart mesuré et la date

    Un carnet de bord vaut mieux qu'une mémoire de fin de nuit. Trois colonnes suffisent : le paramètre touché, l'écart quadratique relevé, la cible et sa hauteur. Au bout de six sorties, la tendance se lit d'elle-même.

Ce qu'un réglage tenu rapporte en fin de compte

Cette image cumule 10,8 heures en poses unitaires de 180 s, sur une lunette de 127 mm ouverte à 952 mm de focale, guidée par PHD2 depuis une simple lunette-guide de 400 mm. Les étoiles y sont rondes d'un bord à l'autre du champ : c'est la signature d'un guidage dont l'écart résiduel reste largement sous l'échelle d'imagerie, pendant plus de deux cents poses consécutives.

Voilà l'objectif réel de cet onglet. Un paramétrage juste ne se voit jamais en direct — il se lit dans le nombre de poses qu'on garde à l'empilement.

Le Mur du Cygne dans la nébuleuse North America, en palette Hubble : falaises de gaz roses et bleues sur un champ d'étoiles ponctuelles
Le Mur du Cygne (NGC 7000), 10,8 heures cumulées en poses de 180 s sur une lunette de 127 mm à 952 mm de focale, guidée par PHD2 sur une lunette-guide de 400 mm — Chuck Ayoub (CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons)

Comparer honnêtement : ce que la statistique impose

Une configuration se juge sur un échantillon, et l'échantillon décide de la conclusion. Trois biais ruinent la plupart des comparaisons entre amateurs. Le premier est la hauteur : l'épaisseur d'atmosphère traversée double entre le zénith et 30° au-dessus de l'horizon, et la dispersion de la turbulence suit. Comparer un essai au méridien à un essai en fin de course revient à comparer des atmosphères différentes. Le second est la durée : l'agitation atmosphérique varie par bouffées de quelques minutes, si bien qu'un tronçon de cinq minutes tire au sort son propre verdict. Trente minutes lissent ces bouffées, une heure les efface. Le troisième est l'ordre des essais : la turbulence s'améliore souvent au fil de la nuit à mesure que le sol rend sa chaleur, ce qui favorise systématiquement le second réglage testé. La parade est empruntée aux protocoles d'essai : alternez les configurations par tranches de quinze minutes plutôt que de les enchaîner en bloc, gardez la même cible, et comparez des médianes plutôt que des extrêmes. Le meilleur tronçon d'une soirée ne dit rien ; la valeur centrale sur une heure dit tout. Cette discipline demande une nuit entière, ce qui décourage — jusqu'au moment où l'on réalise qu'elle remplace une saison d'essais contradictoires.

Le matériel qui décide de votre marge de réglage

Les curseurs de PHD2 exploitent une mécanique ; ils ne la remplacent pas. Trois postes commandent la marge dont vous disposez. L'optique de guidage d'abord, puisqu'elle fixe l'échelle et donc la signification de chaque seuil : la Sky-Watcher EvoGuide 50DX, doublet à verre spécial de 50 mm pour 242 mm de focale, à ≈ 340 €, demeure la référence sous un imageur de 400 à 800 mm, avec une mise au point hélicoïdale un peu rêche pour seule réserve. La monture ensuite, dont la période de vis et le jeu de déclinaison décident de ce qu'il reste à corriger : la Sky-Watcher EQ6 SynScan, environ 18 kg de charge utile et un port ST-4 en façade, à ≈ 1 400 €, tient la classe des tubes lourds, tandis que la Star Adventurer GTi (≈ 750 €) porte le guidage jusque dans un sac à dos, sous 5 kg de matériel. La mise au point enfin, parce qu'une étoile-guide floue dégrade le barycentre que tout le reste consomme : le moteur de mise au point Celestron, à ≈ 295 €, supprime les vibrations de la molette sur les tubes Schmidt-Cassegrain. Une voie parallèle existe pour qui préfère éviter l'étoile-guide : le Celestron StarSense Autoguider (≈ 800 €) reconnaît le champ et guide sans ce détour, sur les montures GoTo du constructeur. Prix indicatifs relevés le 22 juillet 2026.
L'avis de Luc

L'avis de Luc

Un quart d'heure sur la monture vaut mieux qu'un hiver de curseurs : équilibrage, jeu du câblage, serrage de l'embase. Déplacer les contrepoids de trois centimètres pour charger légèrement l'est, puis remettre les valeurs d'usine partout, calme une courbe en dix minutes — là où descendre l'agressivité d'un cran chaque sortie ne change rien de mesurable. La règle qui suit tient la distance : un seul réglage modifié par nuit, sur la même cible gardée au moins trente minutes. Sur une EvoGuide de 242 mm, le seuil reste à 0,20 px depuis deux ans, et c'est le seul paramètre qui bouge encore — de 0,05 px, quand la turbulence fait danser l'étoile-guide.

Continuer

Autour de l'onglet Algorithms

Les réglages de cette page se mesurent ailleurs : sur le graphique en direct, dans le journal de session, et sur la mécanique qui les rend nécessaires.

Schéma de la chaîne de calcul d'une impulsion de guidage dans PHD2 Lire l'écart quadratique de guidage L'indicateur qui juge un réglage : ce que valent les chiffres affichés en bas du graphique, comment les rapporter à l'échelle de votre caméra d'imagerie, et à partir de quand ils cessent de compter. Onglet Algorithms de la fenêtre Advanced setup de PHD2 L'erreur périodique et sa correction La bosse régulière que Predictive PEC apprend à anticiper vient de la vis sans fin. D'où elle naît, comment on la mesure, et ce que la correction mémorisée dans la monture apporte en plus du modèle logiciel. Le Mur du Cygne dans NGC 7000, photographié en poses longues guidées Équilibrer avant de régler Le quart d'heure de mécanique qui rend la moitié des réglages inutiles : charge légèrement dissymétrique côté est, jeu du câblage, serrage de l'embase et des colliers. Panneau de l'algorithme Hysteresis de PHD2 avec ses trois champs de réglage Le principe et le matériel de l'autoguidage La chaîne complète, du capteur de guidage au port de la monture : lunette-guide ou diviseur optique, choix de la caméra, liaison ST-4 ou pilotage par le pilote de monture.

Un réglage juste s'appuie sur une mécanique saine

L'optique de guidage fixe l'échelle, la monture fixe l'erreur à corriger, la mise au point fixe la qualité du barycentre. Notre rayon d'astrophotographie, classé du premier attelage guidé jusqu'aux montures de poste fixe.

Revenir en haut de la page