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Observer · Constellations

La Baleine

Quatrième constellation du ciel par sa taille, la Baleine étale un immense champ d'étoiles faibles sous le Grand Carré de Pégase. On n'y court pas après le spectacle facile : on y traque une étoile qui disparaît, une galaxie à noyau actif et l'une des jumelles du Soleil. Voici où regarder, avec quoi, et ce qui se montre vraiment.

4
au classement des 88 constellations par surface (1 231 deg²)
1596
année où Mira devint la première étoile variable identifiée
332 jours
la période de Mira, d'un maximum au suivant
12 al
la distance de Tau Ceti, étoile de type solaire
2
étoiles seulement plus brillantes que la magnitude 3

Repérer

Une bête sans contour, sous le Carré de Pégase

N'espérez pas dessiner une baleine du premier coup : la figure s'étire sur plus de 50° de ciel, dans une région creuse que les Anciens appelaient « la Mer », et ses étoiles sont pâles. Le repère utile est ailleurs, plus haut : le Grand Carré de Pégase, quatre astres qui forment un vaste losange bien net au sud en soirée d'automne. La Baleine occupe la bande vide qui court sous ce carré, entre les Poissons à l'ouest et le Taureau à l'est. Elle passe au méridien vers le 30 novembre à 21 h, quand elle est au plus haut ; c'est le moment de la chercher.
Carte de la constellation de la Baleine : Diphda au sud, Menkar à la tête, Mira au centre
Carte : IAU / Sky & Telescope, Roger Sinnott & Rick Fienberg (CC BY 3.0)
  1. Ancrez-vous sur le Grand Carré de Pégase

    En novembre, ce grand quadrilatère domine le sud vers 21 h. Repérez son coin sud-est, l'étoile Algénib : c'est votre porte d'entrée vers le sud.

  2. Descendez jusqu'à Diphda, l'étoile solitaire

    À une vingtaine de degrés sous le Carré, une étoile de magnitude 2 brille seule au milieu du vide : c'est Diphda (Deneb Kaitos), la queue du monstre et l'astre le plus vif de la Baleine.

  3. Remontez vers la tête, à l'est

    En glissant vers le Taureau, un petit anneau de cinq étoiles marque la tête. Sa plus brillante, Menkar, luit à la magnitude 2,5 avec une teinte orangée nette.

  4. Cherchez Mira entre les deux — ou son absence

    À mi-chemin, dans le cou, une étoile change tout : Mira. Certaines semaines elle se voit à l'œil nu ; d'autres, il n'y a rien à sa place. Notez la date et comparez d'un mois sur l'autre.

Les étoiles

Deux phares discrets, et deux soleils voisins

Diphda, la queue qui brille seule

Diphda (β Ceti, magnitude 2,02) porte deux noms : l'arabe Diphda, « la grenouille », et Deneb Kaitos, « la queue du monstre marin ». C'est une géante orange de type K0, à 96 années-lumière, qui a quitté la séquence principale et dilaté son enveloppe. Sa vraie chance, c'est le vide autour d'elle : dans cette portion de ciel sans concurrence, une étoile de magnitude 2 saute aux yeux. Elle sert de balise à toute la constellation.

Menkar, une géante rouge à la mâchoire

Menkar (α Ceti, magnitude 2,53) marque la tête ; son nom vient de l'arabe pour « les narines ». C'est une géante rouge de type M1,5, à environ 250 années-lumière, dont la surface avoisine 3 800 K — froide pour une étoile, d'où sa couleur. Elle rayonne près de 1 400 fois la puissance du Soleil, mais l'essentiel part en infrarouge invisible. À l'œil nu, on la repère à sa teinte cuivrée ; aux jumelles, la couleur devient franche.

Tau Ceti, presque un autre Soleil

Discrète à la magnitude 3,5, τ Ceti est l'une des étoiles les plus semblables au Soleil dans notre voisinage : une naine jaune à seulement 11,9 années-lumière. En 1960, elle fut, avec ε Eridani, l'une des deux premières cibles de la recherche d'intelligences extraterrestres — le projet Ozma de Frank Drake, à Green Bank. On lui soupçonne aujourd'hui un cortège de planètes. À l'oculaire elle n'a l'air de rien ; ce qu'on regarde, c'est une adresse.

UV Ceti, la naine qui explose

Invisible sans un fort instrument, UV Ceti mérite pourtant sa mention : cette naine rouge à 8,7 années-lumière a donné son nom à toute une classe, les « étoiles éruptives ». En 1952, son éclat a été multiplié par 75 en vingt secondes, le temps d'une bouffée magnétique, avant de retomber. C'est le prototype d'un comportement qu'on retrouve chez des milliers de naines rouges.
Les étoiles de la Baleine d'un coup d'œil
Étoile Magnitude Distance Ce qu'elle est Ce que vous en tirez
Diphda (β) 2,02 96 al géante orange K0 la balise, seule dans le vide sud
Menkar (α) 2,53 ~250 al géante rouge M1,5 teinte cuivrée nette aux jumelles
Mira (ο) 3,5 à 9,5 ~300 al variable à longue période présente ou absente selon le mois
Tau Ceti (τ) 3,5 11,9 al naine jaune type solaire cible SETI historique, à l'œil nu
UV Ceti ~12 8,7 al naine rouge éruptive hors de portée visuelle, mais fondatrice

L'étoile qui a tout lancé

Mira, la Merveilleuse

En 1596, l'astronome frison David Fabricius pointe une étoile de la Baleine, la voit faiblir, puis disparaître. Il croit à une « nouvelle ». Elle revient. On tient là la première étoile variable jamais identifiée — et Hevelius la baptisera Stella Mira, « l'étoile merveilleuse ». Mira (ο Ceti) est une géante rouge pulsante qui gonfle et se contracte sur environ 332 jours, passant de la magnitude 3,5 — parfois 2, bien visible — à moins de 9, hors de portée de l'œil nu. Elle est le prototype de milliers de variables à longue période.
Mira et sa longue queue de matière en ultraviolet, imagée par le satellite GALEX
Mira et sa traînée en UV — NASA / JPL-Caltech (GALEX, domaine public)

Ce que vous verrez, et quand

Tout dépend de la date. Près du maximum, Mira rivalise avec les étoiles voisines et se pointe sans instrument, dans le cou de la Baleine. Deux mois plus tard, à l'œil nu, plus rien : il faut des jumelles 10×50, puis un télescope, pour la suivre jusqu'à son minimum. Le meilleur usage de cette page est justement là — noter sa magnitude estimée soir après soir et voir la courbe se dessiner. C'est l'exercice d'observation le plus formateur de la constellation, et il ne coûte rien.

Une queue de 13 années-lumière

En 2007, le satellite ultraviolet GALEX a révélé ce qu'aucun télescope optique ne montrait : Mira traîne derrière elle une queue de matière longue de 13 années-lumière, soit plus de dans le ciel. L'étoile file à travers la Galaxie en semant le gaz de son enveloppe, comme une comète à l'échelle stellaire. Cette traînée déroule quelque 30 000 ans de perte de masse. Vous ne la verrez pas à l'oculaire — mais vous saurez qu'elle est là.

Le ciel profond

Une galaxie active et un crâne de gaz

M77, un noyau qui dévore

M77 (NGC 1068), à un degré de l'étoile δ Ceti, est la meilleure cible instrumentale de la Baleine. De magnitude 9,6 et à quelque 47 millions d'années-lumière, cette spirale barrée est surtout la plus proche des galaxies de Seyfert : son cœur, alimenté par un trou noir d'environ 15 millions de masses solaires, brille comme une ville entière et émet une source radio, Cetus A. Dans un télescope de 150 mm, attendez-vous à une petite tache floue au noyau vif ; le détail de spirale reste réservé à la photo.

NGC 246, le Crâne

La nébuleuse du Crâne (NGC 246) est une nébuleuse planétaire — le linceul de gaz d'une étoile mourante — à environ 1 600 années-lumière. Elle s'étale sur 4,6′, avec une étoile centrale de magnitude 12 en son milieu. Sa lumière est diffuse : comptez un 200 mm et un ciel noir pour la détacher vraiment, un filtre à bande étroite aidant beaucoup. Son surnom vient des trouées sombres qui évoquent des orbites.

NGC 247 et la porte du Sculpteur

Plus au sud, NGC 247 (magnitude 9,1) est une galaxie allongée rattachée au groupe du Sculpteur, gravitationnellement liée à la grande NGC 253 juste de l'autre côté de la frontière. Elle demande un ciel transparent et se donne mieux depuis le sud de la France, basse sur l'horizon. C'est le seuil, dans la Baleine, du riche voisinage galactique du Sculpteur.

Ne jugez pas sur la photo

Les images de cette page sont des poses longues ou des vues de sonde : elles montrent des bras de spirale et des couleurs qu'aucun œil ne perçoit à l'oculaire. En visuel, M77 est une bille grise, et NGC 246 un souffle à peine détaché du fond. C'est normal, et c'est là tout le plaisir — savoir ce qu'on regarde change ce qu'on voit.
La Baleine selon votre instrument
Avec quoi Budget Ce que vous atteignez
À l'œil nu Diphda, Menkar, et Mira quand elle est haute dans son cycle
Jumelles 10×50 40 à 90 € la couleur de Menkar, le suivi de Mira jusque vers magnitude 8
Télescope 130–150 mm 250 à 500 € M77 en tache floue à noyau vif, Mira à son minimum
200 mm + ciel noir + 400 € NGC 246 détachée, NGC 247, la structure de M77 devinée

Un peu d'histoire

Le monstre, et les premières qu'il abrite

  1. 1596

    David Fabricius note qu'une étoile de la Baleine s'éteint puis renaît : Mira, la première étoile variable jamais identifiée. On y voit d'abord une « nouvelle ».

  2. 1638

    Johannes Holwarda établit la périodicité de Mira, autour de onze mois. Une étoile n'est plus un point fixe et éternel : elle a un rythme.

  3. 1960

    Frank Drake braque le radiotélescope de Green Bank sur Tau Ceti et Epsilon Eridani : le projet Ozma, première écoute d'un signal d'ailleurs. Tau Ceti est dans la Baleine.

  4. 2007

    Le satellite GALEX découvre la queue ultraviolette de Mira, longue de 13 années-lumière — invisible pendant quatre siècles d'observation optique.

Le monstre envoyé contre Andromède

La Baleine grecque n'est pas le cétacé paisible : c'est Cetus, un monstre marin. La reine Cassiopée s'était vantée d'être plus belle que les Néréides ; pour la punir, Poséidon lâcha la bête contre le royaume d'Éthiopie. L'oracle exigea qu'on lui livrât la princesse Andromède, enchaînée à un rocher. C'est Persée, revenant de tuer Méduse, qui pétrifia le monstre. Tous les acteurs du drame sont au ciel d'automne, côte à côte : Cassiopée, Céphée, Andromède, Persée — et la Baleine, à leurs pieds.

Une constellation de science plus que de spectacle

Rares sont les figures du ciel qui portent autant de « premières ». La Baleine tient la première variable identifiée, le premier prototype des étoiles éruptives avec UV Ceti, le prototype des galaxies de Seyfert avec M77, et la première cible de SETI avec Tau Ceti. Ce n'est pas la constellation qu'on montre pour éblouir un débutant ; c'est celle qu'on apprend à lire quand on veut comprendre ce que les étoiles font, plutôt que se contenter de les compter.
L'avis de Luc

L'avis de Luc

Trois mois d'observations espacées donnent à un débutant sa première courbe de lumière, et Mira est faite pour cela : on la pointe aux jumelles 10×50 un soir de novembre, on note la magnitude estimée, on revient quinze jours plus tard — elle a bougé. Sur ses 332 jours de cycle, la leçon s'imprime comme aucune photographie ne le ferait. M77 attendra un 150 mm et une nuit sans lune ; ce n'est pas l'urgence de cette constellation.

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À explorer autour de la Baleine

Mira et sa queue en ultraviolet Suivre une étoile variable Estimer Mira mois après mois : la méthode, la carte de champ, la courbe de lumière. Le double amas de Persée Persée, le sauveur d'Andromède La suite du mythe, juste au-dessus dans le ciel d'automne, et ses amas à voir aux jumelles. Carte de Pégase : les quatre étoiles du Grand Carré refermant la figure, avec Andromède au nord-est et le Verseau au sud Se repérer dans le ciel d'automne Le Grand Carré de Pégase et comment naviguer d'une constellation à l'autre.

Des jumelles pour suivre Mira, ou un télescope pour M77 ?

Les jumelles suffisent à suivre la variable ; le télescope de 150 mm ouvre la galaxie de Seyfert et la nébuleuse du Crâne. Nos choix par usage et par budget.

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