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Observer · Constellations

Orion

Trois étoiles alignées, un grand rectangle autour, une tache floue sous le baudrier : aucune figure du ciel ne se reconnaît aussi vite. Orion tient la nébuleuse la plus facile de l'hiver et sert de point de départ vers la moitié du ciel. Voici comment la lire, avec quoi, et ce que vous verrez vraiment.

7
rang de Rigel parmi les étoiles les plus brillantes du ciel
4
grandes nébuleuses dans un même champ : M42, M43, la Flamme, la Tête de Cheval
594 deg²
sa surface — 26ᵉ des 88 constellations
5 mois
de visibilité, de novembre à mars
1350 al
distance de la Grande Nébuleuse

Repérer

Trois étoiles alignées, et le reste suit

Le repère est le plus sûr du ciel. Trois étoiles vives, de magnitude proche de 2, espacées régulièrement sur une courte ligne oblique : c'est le Baudrier, que les anciens appelaient les Trois Rois. Nulle part ailleurs le ciel n'aligne trois phares aussi nets. Autour, un grand rectangle : Bételgeuse, orangée, en haut à gauche ; Rigel, bleu-blanc, en bas à droite ; Bellatrix et Saiph aux deux autres coins. Sous le baudrier pend l'épée, une courte traînée d'étoiles où se niche la tache laiteuse de M42. Le chasseur mesure une bonne vingtaine de degrés de haut — deux mains ouvertes à bout de bras.
Carte de la constellation d'Orion : le Baudrier, Bételgeuse, Rigel et l'épée
Carte : IAU / Sky & Telescope (CC BY 3.0)
  1. Regardez le sud-est en soirée d'hiver

    De novembre à mars, dès que la nuit tombe, Orion monte au-dessus de l'horizon sud-est. Il culmine plein sud, très haut, vers 22 h fin décembre et 21 h fin janvier. Aucun instrument : le baudrier saute aux yeux.

  2. Repérez les trois étoiles du baudrier

    Cherchez la courte ligne oblique de trois étoiles également espacées. D'ouest en est : Mintaka, Alnilam, Alnitak. C'est la signature d'Orion, impossible à confondre.

  3. Prolongez le baudrier des deux côtés

    Vers le bas-gauche (sud-est), la ligne pointe Sirius, l'étoile la plus brillante de tout le ciel. Vers le haut-droite (nord-ouest), elle mène à Aldébaran, l'œil orangé du Taureau, puis à l'amas des Pléiades. Orion est votre boussole d'hiver.

  4. Descendez sous le baudrier, vers l'épée

    À trois doigts sous la ligne des Trois Rois, une petite traînée verticale d'étoiles marque l'épée. En son milieu, une tache floue à l'œil nu sous un bon ciel : la Grande Nébuleuse. Gardez-la, c'est la cible reine de la page.

Les étoiles

Deux géantes, un baudrier, une bombe à retardement

Bételgeuse, la supergéante qui vacille

Bételgeuse (α Orionis) est cette étoile nettement orangée de l'épaule gauche du chasseur. C'est une supergéante rouge colossale : quelque 1 400 fois le diamètre du Soleil, de l'ordre de 20 masses solaires, à environ 650 années-lumière. Posée à la place du Soleil, elle engloutirait l'orbite de Mars. Sa couleur se voit à l'œil nu, et son éclat n'est pas fixe : c'est une variable semi-régulière qui oscille d'ordinaire entre les magnitudes 0,0 et 1,0. En hiver 2019-2020, elle a plongé bien plus bas, jusqu'à la magnitude 1,6 le 9 février 2020 — le « Grand Affaiblissement », dû à un nuage de poussière expulsé par l'étoile, pas à une explosion imminente. Elle finira en supernova, un jour, sans qu'on sache si c'est dans mille ou cent mille ans.

Rigel, le vrai phare

Curiosité de nomenclature : l'étoile la plus brillante d'Orion n'est pas l'alpha. Rigel (β Orionis, magnitude 0,13) domine Bételgeuse la plupart du temps, et se classe 7ᵉ de tout le ciel. C'est une supergéante bleue distante d'environ 860 années-lumière, qui brille comme des dizaines de milliers de soleils. Elle marque le pied droit du chasseur, en bas du rectangle. À l'opposé de Bételgeuse en couleur comme en tempérament : l'une chaude et instable, l'autre glaciale et régulière.

Le Baudrier : Alnitak, Alnilam, Mintaka

Les trois étoiles de la ceinture sont toutes de jeunes astres bleus, mais à des distances très différentes — un alignement de perspective, pas un trio physique serré. Alnilam (ε, la centrale, magnitude 1,7) est la plus lointaine, une supergéante à quelque 1 340 années-lumière. Alnitak (ζ, à l'est, magnitude 1,8) est un système multiple vers 1 260 al. Mintaka (δ, à l'ouest, magnitude 2,2) frôle l'équateur céleste : elle se lève presque plein est et se couche presque plein ouest, un repère pratique pour s'orienter.

Bellatrix et Saiph, les deux autres coins

Bellatrix (γ, magnitude 1,6) ferme le rectangle en haut à droite ; c'est la plus proche des vedettes d'Orion, à seulement 240 années-lumière. Saiph (κ, magnitude 2,1), en bas à gauche, est une supergéante bleue vers 650 al, plus discrète parce que son intense rayonnement part surtout dans l'ultraviolet, invisible à l'œil.
Les étoiles d'Orion d'un coup d'œil
Étoile Magnitude Distance Ce qu'elle est Où la voir
Rigel (β) 0,13 ~860 al supergéante bleue pied droit, en bas du rectangle
Bételgeuse (α) 0,0 à 1,6 ~650 al supergéante rouge variable épaule gauche, nettement orangée
Bellatrix (γ) 1,6 ~240 al géante bleue épaule droite, coin haut
Alnilam (ε) 1,7 ~1 340 al supergéante bleue centre du baudrier
Alnitak (ζ) 1,8 ~1 260 al système multiple baudrier, côté est
Saiph (κ) 2,1 ~650 al supergéante bleue genou gauche, coin bas
Mintaka (δ) 2,2 ~1 200 al double, sur l'équateur baudrier, côté ouest

Le ciel profond

L'épée d'Orion, la plus riche du ciel d'hiver

M42, une pouponnière d'étoiles à l'œil nu

La Grande Nébuleuse d'Orion (M42), au milieu de l'épée, est le seul nuage de gaz du ciel boréal visible à l'œil nu — une tache diffuse de magnitude 4, large de près d'un degré (deux pleines lunes). Aux jumelles 10×50, elle prend une forme d'aile grise. C'est une véritable maternité stellaire à 1 350 années-lumière, où des étoiles naissent en ce moment. Contre elle, au nord, une petite virgule à part : M43 (magnitude 9), séparée du corps principal par une bande sombre de poussière.

Le Trapèze, quatre soleils dans un mouchoir

Au cœur de M42, un petit télescope de 114 à 130 mm révèle le Trapèze (θ¹ Orionis) : quatre étoiles jeunes et brûlantes, de magnitude 5 à 8, serrées dans un carré minuscule. Ce sont elles qui allument la nébuleuse tout autour. Montez à 100× par nuit stable : les quatre composantes se détachent nettement, et un instrument plus généreux en montre une cinquième, puis une sixième.

M78, la discrète bleutée

À deux degrés au nord-est du baudrier, M78 (magnitude 8,3) est la plus brillante nébuleuse par réflexion du ciel : un nuage de poussière qui ne brille pas seul, mais renvoie la lumière de deux jeunes étoiles. Au télescope de 100 à 150 mm, elle apparaît comme une petite comète floue, à 8′ sur 6′, à la même distance que la Grande Nébuleuse.

La Flamme, à côté d'Alnitak

Collée à Alnitak, l'étoile est du baudrier, la nébuleuse de la Flamme (NGC 2024) montre au télescope de 200 mm des filaments sombres qui la fendent, à condition d'écarter Alnitak du champ — sinon son éclat la noie. Émission de magnitude proche de 10, large d'une trentaine de minutes d'arc, à quelque 1 350 années-lumière.

Ce qu'on ne verra pas

La Tête de Cheval : une icône, mais pas pour l'œil

La Tête de Cheval : une découpe sombre en forme de tête de cheval se détachant sur le fond rouge de la nébuleuse IC 434, avec un petit nuage bleuté en bas à gauche
Tête de Cheval — Ken Crawford (CC BY-SA 3.0)

Célèbre en photo, quasi invisible à l'oculaire

La Tête de Cheval (Barnard 33) est l'une des images les plus reproduites de tout le ciel. C'est un nuage de poussière opaque qui se découpe en silhouette devant la lueur rouge de l'émission IC 434, juste au sud d'Alnitak. Mais soyons nets : en visuel, elle est parmi les cibles les plus ingrates du ciel. La forme de cheval ne se lit que sur une pose photographique. À l'oculaire, il faut un télescope de 250 mm ou plus, un filtre H-bêta, un ciel de haute montagne et une longue accoutumance à l'obscurité pour deviner une simple encoche sombre sur un fond à peine plus clair. Ne l'achetez pas sur la foi des photos : c'est un objet d'astrophotographie, pas une cible de première soirée.

La Boucle de Barnard, le fantôme du champ

Même logique, à plus grande échelle : la Boucle de Barnard (Sh2-276) est un immense arc de gaz qui enveloppe la moitié de la constellation, sur près de 10 degrés. Vestige probable d'anciennes explosions d'étoiles, elle n'existe, elle aussi, que sur les poses longues et grand-champ. À l'œil et aux jumelles, elle reste invisible — mais savoir qu'elle est là change le regard qu'on porte sur tout ce coin du ciel.
Orion selon votre instrument
Avec quoi Budget Ce que vous atteignez
À l'œil nu le Baudrier, le rectangle, la couleur de Bételgeuse, M42 en tache floue
Jumelles 10×50 40 à 90 € M42 en forme d'aile, le champ de l'épée, le contraste des couleurs
Télescope 114–130 mm 150 à 300 € le Trapèze détaché, M42 structurée, M78, M43
200 mm et plus à partir de 400 € la Flamme fendue, plus d'étoiles au Trapèze ; la Tête de Cheval reste une affaire de photo

Un peu d'histoire

Quatre siècles à regarder l'épée

  1. 1610

    Nicolas-Claude Fabri de Peiresc pointe la première lunette astronomique vers l'épée et consigne la Grande Nébuleuse — l'un des premiers objets diffus jamais décrits.

  2. 1656

    Christiaan Huygens dessine le cœur de M42 et y distingue les étoiles serrées qu'on nommera plus tard le Trapèze.

  3. 1888

    Sur une plaque photographique de l'Observatoire de Harvard, Williamina Fleming repère une encoche sombre en forme de tête de cheval : Barnard 33, invisible à l'œil, révélée par la pose.

  4. 2019-2020

    Bételgeuse s'affaiblit sous les yeux de tous, jusqu'à la magnitude 1,6 en février 2020. Fausse alerte à la supernova : un nuage de poussière expulsé par l'étoile, rien de plus.

Le chasseur et le scorpion

Pour les Grecs, cette silhouette est Orion, un géant chasseur d'une beauté et d'une arrogance sans mesure. Les récits de sa mort divergent, mais le plus tenace le fait tuer par un scorpion — et les dieux ont placé les deux au ciel de part et d'autre du dôme céleste, si bien qu'ils ne se montrent jamais ensemble. Quand le Scorpion se lève à l'est, l'été, Orion se couche à l'ouest : le chasseur fuit son meurtrier pour l'éternité. On le voit brandir sa massue face au Taureau qui charge, un bouclier au bras.

Une figure lue par toutes les cultures

Peu de dessins du ciel sont aussi universels. En France, le baudrier fut longtemps le Râteau ou les Trois Rois ; en Australie, l'ensemble baudrier-épée se retourne en Casserole. Les astronomes arabes nous ont laissé le nom des étoiles — Rigel vient de « le pied », Bételgeuse d'une expression désignant la main ou l'épaule du géant. Chaque hiver, la même figure remonte au-dessus de l'horizon, reconnue d'un continent à l'autre.

Les Orionides, une pluie signée Halley

Une fois par an, Orion prête son nom à une pluie d'étoiles filantes. Autour du 21 octobre, la Terre traverse la poussière semée par la comète de Halley : les météores semblent jaillir d'un point situé près de Bételgeuse, le radiant. Sous un bon ciel, on en compte une vingtaine par heure au maximum, filant vite. C'est l'occasion de retrouver la constellation avant l'aube, quand elle domine le ciel du sud-est.

La boussole de tout l'hiver

Orion n'est pas qu'une cible : c'est le point d'ancrage du ciel d'hiver. Une fois le baudrier repéré, on tient le fil qui mène à Sirius, à Aldébaran, aux Pléiades, à Procyon — tout le grand hexagone d'hiver s'ouvre à partir de lui. C'est la première constellation à apprendre pour ne plus jamais se sentir perdu entre novembre et mars.
L'avis de Luc

L'avis de Luc

Le baudrier se reconnaît en trois secondes, et sous l'épée M42 apparaît d'abord comme une buée grise dans un 130 mm : voilà pourquoi Orion ouvre toutes les soirées de janvier. Le basculement survient à 100° sur le Trapèze, quand les quatre étoiles se posent d'un coup — c'est l'instant où les gens comprennent ce qu'ils regardent. La Tête de Cheval appelle en revanche un avertissement franc : elle ne se voit pas proprement à l'oculaire sous 250 mm, et mieux vaut la réserver aux photographies.

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À explorer autour d'Orion

La Grande Nébuleuse d'Orion La Grande Nébuleuse, pas à pas M42, le Trapèze et l'épée : comment les viser et ce que chaque diamètre révèle. Le Baudrier d'Orion : Alnitak, Alnilam, Mintaka Le Baudrier, votre boussole d'hiver Les Trois Rois, et comment ils mènent à Sirius, aux Pléiades et au reste du ciel. Le champ d'Orion et le ciel d'hiver Se repérer dans le ciel d'hiver L'hexagone d'hiver, la Voie lactée d'Orion et la navigation d'une constellation à l'autre.

Jumelles ou télescope pour Orion ?

Les jumelles cadrent M42 et le champ de l'épée, le télescope détache le Trapèze et fouille les nébuleuses. Nos choix par usage et par budget.

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