Une constellation sans étoile vive, sans forme, sans mythe — et pourtant l'une des plus visitées à l'oculaire. Elle abrite la première nébuleuse planétaire jamais cataloguée, un astérisme qui ressemble vraiment à un cintre, et l'endroit du ciel où l'on a découvert le premier pulsar. Voici où la trouver, et ce que chaque cible donne selon votre instrument.
55
au classement des 88 constellations, par surface (268 deg²)
71
étoiles visibles à l'œil nu, aucune au-dessus de la magnitude 4
1
première nébuleuse planétaire de l'histoire cataloguée ici : M27
1
premier pulsar radio découvert dans le ciel, en 1967
4 mois
de visibilité, de juillet à octobre
Repérer
On ne la voit pas — on la déduit
Cherchez le Petit Renard dans le ciel et vous ne trouverez rien : sa plus brillante étoile, Anser, plafonne à la magnitude 4,44, à la limite du perceptible sous un ciel de banlieue. La constellation n'a pas de dessin, pas d'alignement mémorable, pas de figure. On l'atteint par ses voisines. Elle s'allonge en travers de la Voie lactée d'été, juste au sud du Cygne, dans le triangle de ciel compris entre Albireo (le bec du Cygne) au nord-ouest et la petite Flèche au sud. Anser est une géante rouge de type M0 III, à environ 297 années-lumière : jolie aux jumelles, mais ce n'est pas elle qu'on vient voir.
Carte : IAU / Sky & Telescope (CC BY 3.0)
Partez d'Albireo, au bec du Cygne
Albireo marque la pointe sud de la grande Croix du Nord. C'est votre borne haute : le Petit Renard commence juste en dessous, à trois ou quatre largeurs de doigt vers le sud.
Repérez le Cintre aux jumelles
Balayez lentement la zone entre Albireo et la Flèche. Une rangée de six étoiles surmontée d'un crochet saute aux yeux dès des 10×50 : c'est l'astérisme du Cintre, le meilleur point d'ancrage de la région.
Montez d'un demi-champ vers M27
Depuis le Cintre, glissez vers le nord-est : à environ 3° au nord de l'étoile Gamma Sagittae, une petite tache laiteuse ronde apparaît. C'est M27, la nébuleuse de l'Haltère.
Visez le 10 septembre vers 21 h
À cette date, la constellation passe au méridien, au plus haut au-dessus de l'horizon sud. Vous l'observez alors à travers le minimum d'atmosphère, quand M27 est la plus nette.
Le ciel profond
Deux cibles qui font toute la réputation du Renard
M27, l'Haltère : la nébuleuse fondatrice
Le 12 juillet 1764, Charles Messier pointe une tache ovale dans le Petit Renard et l'inscrit sous le numéro 27. Sans le savoir, il vient de cataloguer la première nébuleuse planétaire de l'histoire : le linceul de gaz éjecté par une étoile mourante, ici à environ 1 250 années-lumière. À la magnitude 7,4, M27 se devine déjà aux jumelles 10×50 sous un ciel sombre, comme une petite bille floue. Sa taille apparente de 6,7 minutes d'arc — un cinquième du diamètre de la pleine Lune — en fait l'une des nébuleuses planétaires les plus grandes et les plus faciles du ciel.
Ce que vous verrez vraiment à l'oculaire
Dans une lunette de 90 mm, M27 est une lueur grise et ronde. C'est à partir d'un 114 à 130 mm que la forme se révèle : deux bourgeons lumineux reliés par une taille resserrée, ce fameux « trognon de pomme » ou sablier qui a donné son surnom d'haltère. La couleur verdâtre des photos reste invisible à l'œil — la rétine ne capte pas la teinte à cette faible lumière. Un filtre OIII détache nettement le halo du fond de ciel et rend les deux lobes évidents. La bulle s'étend sur 2,4 à 5,4 années-lumière et gonfle encore à près de 31 km/s, depuis quelque 10 000 ans.
Le Cintre, un porte-manteau d'étoiles
À une dizaine de degrés au sud-ouest, l'astérisme du Cintre — Collinder 399, aussi appelé amas de Brocchi ou « amas d'Al Sufi » — est le plus amusant du ciel d'été. Dix étoiles de magnitude 5 à 7 dessinent une barre horizontale de six astres surmontée d'un crochet de quatre : un cintre parfait, à l'envers, large d'environ 60 minutes d'arc. C'est un objet fait pour les jumelles, trop étalé pour un télescope. L'astronome persan Al Sufi le notait déjà en 964, et Dalmero Brocchi l'a cartographié dans les années 1920.
Un amas qui n'en est pas un
Longtemps pris pour un vrai amas ouvert, le Cintre a été démasqué par le satellite Hipparcos en 1997 : ses dix étoiles sont à des distances très différentes et ne sont liées par aucune gravité commune. C'est une coïncidence de perspective, un alignement de hasard sur la même ligne de visée. Les vrais amas de la constellation sont plus discrets : NGC 6940, un riche champ d'étoiles superbe aux jumelles, et NGC 6885, plus serré, tous deux à l'est de la Voie lactée.
Le Petit Renard selon votre instrument
Avec quoi
Budget
Ce que vous atteignez
À l'œil nu
—
la Voie lactée, le Cintre en tache floue sous très bon ciel
Jumelles 10×50
40 à 90 €
le Cintre détaché étoile par étoile, M27 en petite bille floue
Télescope 114–130 mm
150 à 300 €
la forme de trognon de pomme de M27, les amas NGC 6940 et 6885
130 mm + filtre OIII
+ 70 à 150 € (filtre)
les deux lobes de M27 franchement séparés du fond de ciel
Aucune ligne ne correspond au filtre.
Un peu d'histoire
Une constellation née d'un télescope, pas d'un mythe
L'invention de Hevelius
Le Petit Renard n'a aucune racine dans l'Antiquité. Les Grecs, les Babyloniens, les Arabes n'y voyaient rien : cette portion de ciel était simplement vide de figure. Elle a été inventée à la fin du XVIIᵉ siècle par l'astronome de Dantzig Johannes Hevelius, qui remplissait les creux entre les constellations classiques avec des animaux de son cru. Il l'a baptisée « Vulpecula cum Ansere » — le petit renard tenant une oie dans sa gueule. L'oie a fini par disparaître de la carte, mais son nom survit dans celui de l'étoile principale : Anser, « l'oie » en latin.
Pourquoi elle vaut le détour quand même
Une constellation moderne, minuscule, sans étoile brillante : sur le papier, rien pour attirer. Et pourtant c'est l'une des plus riches pour l'observateur, précisément parce qu'elle se tient au cœur de la Voie lactée d'été, là où le fond stellaire grouille. Le hasard a placé dans ce petit rectangle de ciel une nébuleuse planétaire de premier ordre, un astérisme unique, et — on le verra — deux des découvertes qui ont bouleversé l'astronomie du XXᵉ siècle. La leçon vaut d'être retenue : la beauté d'une région du ciel ne se lit pas sur la carte des étoiles brillantes.
Vers 1687
Johannes Hevelius crée la constellation dans son atlas Firmamentum Sobiescianum, sous le nom de Vulpecula cum Ansere, le renard et l'oie.
12 juillet 1764
Charles Messier catalogue M27 : c'est la première nébuleuse planétaire jamais identifiée, avant même que la nature de ces objets ne soit comprise.
28 novembre 1967
Jocelyn Bell détecte un signal radio d'une régularité stupéfiante, une impulsion toutes les 1,3373 seconde. L'équipe le surnomme LGM-1, pour « little green men ».
5 octobre 2005
Des astronomes de l'Observatoire de Haute-Provence annoncent HD 189733 b, qui deviendra l'exoplanète dont l'atmosphère est la mieux cartographiée.
Ce qui s'y cache
Deux premières scientifiques invisibles à l'oculaire
Le Petit Renard n'abrite pas que des cibles visuelles : deux objets qu'aucun télescope amateur ne montre y ont pourtant changé l'astronomie.
En 1967, une doctorante de Cambridge, Jocelyn Bell, examine des kilomètres de tracés papier issus d'un radiotélescope. Dans le Petit Renard, elle repère une trace inexplicable : une impulsion parfaitement régulière, toutes les 1,3373 seconde, trop nette pour un phénomène naturel connu. L'équipe la nomme d'abord LGM-1 — « little green men », les petits hommes verts — en plaisantant sur une origine extraterrestre. La vraie explication, une étoile à neutrons en rotation ultra-rapide, est le premier pulsar jamais découvert. Situé entre 1 000 et 2 600 années-lumière, PSR B1919+21 reste totalement invisible dans un télescope : c'est un objet radio. Le prix Nobel de 1974 récompensera son directeur de thèse ; l'oubli de Bell dans cette attribution reste l'une des controverses les plus discutées de l'histoire des sciences.
Relevé du premier pulsar identifié, PSR B1919+21 — Billthom (CC BY-SA 4.0)
HD 189733 b, la planète bleu cobalt
À deux pas de M27 brille une étoile anodine de magnitude 7,7. Elle porte l'une des exoplanètes les mieux étudiées du ciel : HD 189733 b, à seulement 64,5 années-lumière. C'est un « Jupiter chaud », une géante gazeuse un peu plus massive que Jupiter, qui boucle son orbite en 2,2 jours à quelques millions de kilomètres de son étoile. En 2013, on a mesuré sa couleur : un bleu cobalt profond, dû à la diffusion de la lumière par de fines particules de silicates dans son atmosphère.
Un enfer bleu et venteux
Ce bleu ne doit rien à des océans. La face éclairée dépasse 1 000 °C, et les silicates y condensent en un possible verre fondu balayé par des vents allant jusqu'à 8 700 km/h du côté jour vers le côté nuit. HD 189733 b a été la première exoplanète dont on ait dressé une carte thermique et déterminé la couleur globale. Pour l'observateur amateur, l'étoile hôte reste un simple point aux jumelles — mais savoir qu'une planète bleue y tourne change la manière de la regarder.
L'avis de Luc
Pour une première nébuleuse planétaire, le chemin est balisé : oublier l'étoile principale, partir du Cintre aux 10×50, monter de 3°, et M27 est là — magnitude 7,4, elle passe même aux jumelles sous un ciel de campagne. Le trognon de pomme ne se dédouble vraiment qu'au 130 mm avec un filtre OIII, une nuit sans lune, et l'on comprend alors pourquoi Messier l'a notée en tête de son catalogue.