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Observer · Ciel profond

La nébuleuse de la Bulle (NGC 7635)

Une bulle de gaz presque parfaite, soufflée dans le vide par le souffle d'une seule étoile géante. Elle est spectaculaire en photo et fantomatique à l'oculaire : voici ce que c'est vraiment, comment la débusquer à côté de l'amas M52, et ce que votre télescope en montrera.

7
années-lumière de diamètre pour la coquille de gaz
44
masses solaires pour l'étoile qui la gonfle
37500 K
de température à sa surface
150 mm
d'ouverture minimale pour l'entrevoir en visuel
2016
l'année de l'image Hubble de ses 26 ans, devenue iconique

Sa nature

Une étoile qui souffle sa propre bulle

NGC 7635 n'est pas une nébuleuse ordinaire : c'est une bulle, au sens presque littéral. En son sein vit une étoile monstre, SAO 20575 (aussi cataloguée BD+60°2522), une géante de type O de quelque 44 masses solaires chauffée à 37 500 K. À cette température, la surface de l'astre ne tient plus : elle s'arrache et fuit dans l'espace en un vent stellaire lancé entre 1 800 et 2 500 km/s. Ce souffle balaie le gaz froid alentour et le comprime en une coquille sphérique nette, la Bulle, large d'environ 7 années-lumière.
NGC 7635, la Bulle, photographiée par Hubble : coquille sphérique de gaz autour d'une étoile bleue décalée
Bulle NGC 7635 — NASA, ESA, Hubble Heritage Team (domaine public, 2016)

Une région HII adossée à un mur de gaz

Classée région HII (de l'hydrogène ionisé qui brille de rouge), la Bulle est aussi une bulle de vent stellaire. L'étoile centrale, cent mille fois plus lumineuse que le Soleil, arrose son voisinage d'ultraviolets qui font luire le gaz. Le tout est adossé à un gigantesque nuage moléculaire : c'est cette réserve de matière dense qui contient l'expansion de la bulle d'un côté, tandis que l'étoile la fait rougeoyer de l'autre.

Pourquoi l'étoile n'est pas au centre

Détail qui intrigue les astronomes : l'étoile ne trône pas au milieu de sa bulle, elle est nettement décalée. La coquille n'est donc pas tout à fait sphérique. L'explication tient au décor : d'un côté, le vent stellaire rencontre un gaz plus dense et plus froid qui freine son avancée ; de l'autre, il pousse dans un milieu plus léger et gagne du terrain. La bulle grandit de travers, et l'étoile paraît serrée contre l'un de ses bords.

Un astre pressé de mourir

Née il y a à peine 4 millions d'années avec une masse initiale voisine de 60 soleils, l'étoile brûle son carburant à un rythme effréné. Il ne lui reste que 10 à 20 millions d'années avant de s'effondrer en supernova. La Bulle qu'on admire n'est qu'un instant de sa courte vie : le souffle d'aujourd'hui préfigure l'explosion de demain, à l'échelle du cosmos.

À quelle distance, au juste

La distance a longtemps flotté entre 7 100 et 11 000 années-lumière, faute de repère fiable. La parallaxe mesurée par le satellite Gaia sur l'étoile centrale a resserré le chiffre autour de 9 800 années-lumière (près de 3 400 parsecs). La Bulle siège dans le bras de Persée de la Voie lactée, une des grandes ceintures spirales de notre Galaxie.
NGC 7635 en un coup d'œil
Repère Valeur
Type d'objet nébuleuse en émission (région HII), bulle de vent stellaire
Constellation Cassiopée
Magnitude ≈ 10 (étoile centrale : 8,7)
Distance ≈ 9 800 al (7 100 à 11 000 selon la source)
Taille apparente 15′ × 8′ (la coquille elle-même : ≈ 3′)
Saison de visibilité automne, haut dans le ciel du soir
Instrument minimal télescope de 150 mm + filtre à bande étroite

La trouver

Depuis Caph, en passant par M52

La Bulle se cache dans Cassiopée, le grand W qui tourne autour de l'étoile polaire et monte très haut les soirs d'automne. Bonne nouvelle : elle a un voisin qui sert de balise, l'amas ouvert M52, brillant et facile. La Bulle se tient à seulement 0,5° au sud-ouest de l'amas — les deux tiennent dans le même champ à faible grossissement. Trouvez M52, et la Bulle est à un souffle.
Champ grand angle : la Bulle NGC 7635 et l'amas ouvert M52 dans le même cadre
La Bulle et M52 dans le même champ — Hunter Wilson (CC BY-SA 3.0)
  1. Partez de Caph (β Cassiopeiae)

    Repérez le W de Cassiopée. Son étoile la plus à l'ouest est Caph, magnitude 2,3. C'est votre point de départ pour le star-hop.

  2. Tirez une ligne vers Alderamin

    Prolongez mentalement Caph vers α Cephei (Alderamin). M52 se trouve à peu près au premier tiers de ce trajet, à environ 6° de Caph.

  3. Accrochez M52 aux jumelles

    L'amas apparaît comme une petite tache floue et granuleuse. Confirmez-le : c'est votre tremplin, plus sûr que de chercher la Bulle à l'aveugle.

  4. Décalez d'un demi-degré au sud-ouest

    Depuis M52, un léger mouvement vers le sud-ouest amène l'étoile de magnitude 8,7 dans le champ. La bulle l'entoure — c'est le moment de monter le grossissement et le filtre.

À l'oculaire

Le grand écart entre la photo et l'œil

Faites glisser le curseur : à droite, la Bulle telle que la capte un capteur. À gauche, ce qu'un œil en devine réellement sous un bon ciel — un arc gris, ténu.

NGC 7635 : à l'oculaire, puis en pose longue — la vue « à l'oculaire » est une simulation maison dérivée de la photo Hubble ci-dessus (NASA, ESA, Hubble Heritage Team STScI/AURA, domaine public)
Simulation de la Bulle à l'oculaire : un arc gris à peine perceptible autour de l'étoile La Bulle en pose longue : coquille détaillée, couleurs et filaments
Aucun objet n'illustre mieux le fossé entre l'astrophoto et le visuel. Sur un capteur, en cumulant plusieurs heures de pose en , la Bulle explose de détails : coquille ourlée, filaments, étoile bleue prise dans son cocon. À l'oculaire, la même cible se mérite. Sa brillance de surface est très basse : dans un 150 mm, on ne saisit souvent qu'un fragment d'arc contre l'éclat gênant de l'étoile centrale. Il faut monter à 200 ou 250 mm, poser un filtre OIII ou UHC, viser une nuit sans lune loin des villes, et recourir à la vision décalée pour que la coquille se referme peu à peu autour de l'étoile.
La Bulle selon votre instrument
Avec quoi Ce que vous atteignez
Jumelles 10×50 seulement l'étoile centrale (mag 8,7) et le voisinage de M52 ; pas la bulle
Télescope 150 mm + OIII un arc ténu d'un côté de l'étoile, sous ciel noir, en vision décalée
200 mm + OIII/UHC, ciel noir la coquille refermée en anneau autour de l'étoile à ×100–×150
250–300 mm + filtre la bulle complète, sa dissymétrie, les nuances de bord ; le meilleur du visuel
Astrophoto (Hα, plusieurs heures) filaments, couleurs, l'objet spectaculaire des images célèbres

Son voisin

M52, l'amas qui sert de phare

Un amas riche à portée de jumelles

M52 (aussi NGC 7654) est un amas ouvert compact et généreux : plus de cent étoiles serrées, magnitude 7,3, sur environ 13′. Charles Messier l'a catalogué le 7 septembre 1774. À 4 600 années-lumière, il est bien plus proche que la Bulle, mais l'alignement du ciel les place côte à côte. Aux jumelles, il n'est qu'une tache laiteuse ; un 100 mm commence à le piqueter d'étoiles, avec une supergéante orangée de magnitude 8,3 à son bord.

Deux objets, deux mondes

Le duo raconte deux histoires opposées. M52 est un berceau d'étoiles déjà formé, un essaim d'astres nés ensemble il y a une poignée de centaines de millions d'années. La Bulle, elle, est une scène en cours : une seule étoile massive en train de remodeler son environnement, promise à une fin explosive. Pointer l'un puis l'autre dans la même soirée, c'est balayer d'un regard le début et la fin de la vie d'une étoile.

Son histoire

De Herschel à Hubble

  1. Novembre 1787

    William Herschel découvre NGC 7635 en balayant Cassiopée avec son grand télescope. Il la note comme une faible nébulosité près de l'amas déjà connu — la nature de « bulle » ne se révélera qu'un siècle plus tard, avec la photographie.

  2. XXe siècle

    L'astrophysique identifie la source du phénomène : le vent stellaire d'une étoile O de 44 masses solaires. La Bulle devient un cas d'école des « bulles de vent stellaire », ces coquilles soufflées par les astres les plus massifs.

  3. Février 2016

    Le télescope spatial Hubble braque sa Wide Field Camera 3 sur NGC 7635 pour ses 26 ans. La mosaïque, publiée en avril, capture la coquille entière : elle devient l'une des images les plus célèbres du télescope.

Voir

La Bulle sous tous les angles

L'avis de Luc

L'avis de Luc

La Bulle sert de test : sortie dans un 200 mm avec un OIII, elle atteste que la nuit est vraiment noire. Le chemin passe par M52, pointé aux jumelles, puis un décalage d'un demi-degré au sud-ouest. Soyons précis sur ce qu'on obtient — dans un 150 mm, à peine un bout d'arc ; il faut 250 mm pour la voir se refermer en anneau autour de son étoile. Un soir de pleine lune, on ne trouve que le fantôme du fantôme, et il vaut mieux ne pas essayer.

Continuer

Autour de la Bulle

Le champ de la Bulle et de M52 dans Cassiopée Cassiopée, le W et ses trésors L'adresse de la Bulle : le grand W d'automne, M52, M103 et l'extraterrestre NGC 457. La nébuleuse du Croissant NGC 6888 Le Croissant, l'autre bulle de vent NGC 6888, soufflée elle aussi par une étoile mourante, dans le Cygne voisin. Deux silhouettes debout sur une crête désertique, la Voie lactée dressée à la verticale au-dessus d'elles Se repérer dans le ciel d'automne Trouver Cassiopée, le carré de Pégase et naviguer d'un objet à l'autre.

Quel télescope pour tenir la Bulle en visuel ?

Débusquer la coquille de NGC 7635 réclame 200 à 250 mm et un filtre OIII sous ciel noir. Nos choix d'instruments et de filtres à bande étroite, par usage et par budget.

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