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Observer · Ciel profond

M32, la galaxie compacte dévorée par Andromède

Collée au bord sud du grand fuseau d'Andromède, une petite boule ronde et brillante que beaucoup prennent d'abord pour une étoile floue. C'est une galaxie entière — mais la plus dense qu'on sache viser depuis un jardin, et sans doute le noyau rescapé d'une galaxie que sa voisine a mise en pièces. Voici ce qu'elle est, comment la débusquer dans le champ d'Andromède, et pourquoi les astronomes la considèrent comme un survivant.

2500000
années-lumière : la distance de M32, satellite d'Andromède
8000
années-lumière de diamètre à peine, pour une galaxie complète
30
millions de masses solaires par parsec cube au cœur : une densité record
2
milliards d'années depuis qu'Andromède a dévoré sa galaxie mère
1749
année de sa découverte : la première galaxie elliptique jamais repérée

Ce qu'elle est

Une galaxie miniature, mais tassée à l'extrême

Au catalogue, elle porte deux noms : M32 chez Messier, NGC 221 au New General Catalogue. Sous ces numéros se cache la plus étrange des galaxies accessibles à un amateur. Ce n'est ni une spirale, ni une elliptique ordinaire, mais une elliptique naine compacte — une classe si rare qu'on la désigne par deux lettres, cE, et dont M32 (type cE2) est le prototype : la première de son espèce, celle à laquelle on compare toutes les autres. Son disque tient dans à peine 8 000 années-lumière (2,46 kpc), quand une galaxie de sa masse en occuperait dix fois plus. Toute cette matière est concentrée dans un volume minuscule, d'où sa brillance : à magnitude 8,1, elle est plus lumineuse au pouce carré que la grande Andromède elle-même.
La galaxie elliptique compacte M32 (NGC 221), satellite d'Andromède, en image du télescope spatial Hubble
M32 (NGC 221) — NASA/ESA, Hubble (domaine public)

Un cœur d'une densité qui défie l'intuition

Le vrai record de M32 est en son centre. La moitié de ses étoiles se serrent dans un rayon de seulement 330 années-lumière (100 pc), et le noyau le plus interne — un amas d'à peine 6 parsecs (20 al) de rayon — atteint une densité stellaire qui dépasse 30 millions de masses solaires par parsec cube. Pour donner l'échelle : dans le voisinage du Soleil, il faut fouiller plusieurs années-lumière cubes pour trouver une poignée d'étoiles. Au cœur de M32, elles s'entassent des millions de fois plus dru — un ciel où les nuits n'existeraient plus, tant les étoiles voisines y noieraient toute obscurité.

Des étoiles vieilles et un trou noir géant

M32 ne fabrique plus d'étoiles : elle est peuplée surtout de naines jaunes et rouges âgées, d'un âge moyen de 6,8 milliards d'années en son centre. Au fond de ce cœur tassé se tapit un trou noir supermassif d'environ 2,5 millions de masses solaires — comparable à celui qui occupe le centre de notre Voie lactée, mais logé dans une galaxie des dizaines de fois plus petite. C'est cette disproportion — un trou noir de grande galaxie dans un corps de naine — qui a mis les astronomes sur une piste stupéfiante.

L'anomalie des amas manquants

Une galaxie de cette masse devrait s'entourer d'une petite cour d'amas globulaires — ces essaims sphériques de centaines de milliers d'étoiles qui gravitent en périphérie. M32 n'en a aucun. Ses régions externes semblent avoir été arrachées, tondues net par la marée gravitationnelle d'un voisin bien plus lourd. Un noyau anormalement dense, un trou noir surdimensionné, des faubourgs disparus : trois indices qui pointent tous vers la même histoire.

L'hypothèse qui change tout

M32p : le noyau rescapé d'une galaxie mise en pièces

En 2018, deux astronomes de l'université du Michigan, Richard D'Souza et Eric Bell, publient dans Nature Astronomy une reconstitution qui relie tous ces indices. Andromède se serait, il y a environ 2 milliards d'années, jetée sur une galaxie qu'ils baptisent M32p : la troisième plus grande galaxie du Groupe local, derrière Andromède et la Voie lactée, forte d'une masse stellaire d'environ 25 milliards de masses solaires (2,5 × 10¹⁰).
Andromède l'a démantelée. Ses étoiles arrachées ont formé l'essentiel du grand halo qui entoure aujourd'hui Andromède et lui ont épaissi le disque. De la galaxie dévorée, il ne resterait qu'une chose : son noyau, trop dense et trop lié pour être disloqué. Ce noyau survivant, ce serait M32. La théorie explique d'un coup son cœur tassé, son trou noir de grande galaxie et l'absence d'amas globulaires — et le sursaut de formation d'étoiles daté d'il y a 2 milliards d'années qu'on lit dans sa population stellaire coïncide avec la date du festin.
Le cœur ultra-dense de M32 photographié par Hubble : une concentration d'étoiles au centre de la galaxie
Le cœur de M32 par Hubble — Tod R. Lauer / NASA (domaine public)
M32 entière, puis son cœur au zoom de Hubble
M32 dans son ensemble : une galaxie elliptique compacte et ronde Le cœur de M32 au zoom de Hubble : une concentration d'étoiles d'une densité extrême

Une première dans l'histoire

La toute première galaxie elliptique repérée par un humain

  1. 1749

    L'astronome français Guillaume Le Gentil (1725–1792) repère la petite tache près d'Andromède et la consigne dans un mémoire. Personne ne le sait alors, mais c'est la première galaxie elliptique jamais découverte.

  2. 1757

    Charles Messier retrouve l'objet en préparant son catalogue de comètes trompeuses ; il en fait une esquisse et lui donne le numéro qui lui reste : M32.

  3. 1993

    Le télescope spatial Hubble résout le cœur de M32 et confirme la densité stellaire extraordinaire de son noyau, jusque-là seulement soupçonnée.

  4. 2018

    D'Souza et Bell proposent que M32 soit le noyau survivant de M32p, une grande galaxie qu'Andromède a cannibalisée deux milliards d'années plus tôt — l'hypothèse qui fait de cette naine un survivant.

À l'oculaire

Une boule ronde, franche, plus facile que sa consœur M110

Contrairement à la plupart des galaxies, M32 ne demande pas un ciel de rêve. Sa densité en fait un objet à haute brillance de surface : là où Andromède s'étale et se dilue, M32 concentre sa lumière en un point. Dans des jumelles 10×50, une fois Andromède repérée, on remarque tout contre son bulbe une petite lueur ronde et franche qui ressemble à s'y méprendre à une étoile floue — ou à une petite comète sans queue. C'est elle. Beaucoup la manquent en la prenant pour une étoile ; le truc est de la voir ne pas piquer, mais rester diffuse au centre.
Sa voisine M110 (mag 8,9), de l'autre côté d'Andromède, est bien plus diffuse et réclame un ciel plus noir : M32 est la plus facile des deux satellites. Le jeu de la soirée, c'est de tenir les trois galaxies dans le même champ — la grande spirale et ses deux compagnes — un instantané du Groupe local à portée d'oculaire.
Le trio d'Andromède : la grande spirale M31, la compacte M32 collée à son bulbe, et la diffuse M110
Le trio M31 / M32 / M110 — Sergio Díaz-Ruiz (CC BY-SA 4.0)
M32 selon votre instrument
Avec quoi Ce que vous atteignez
À l'œil nu invisible seule (mag 8,1) ; on ne perçoit qu'Andromède, dont M32 se confond avec le halo
Jumelles 10×50 une petite lueur ronde et brillante, collée au bulbe d'Andromède, souvent prise pour une étoile
Télescope 114 mm un disque franc et concentré, nettement plus condensé que le fuseau d'Andromède à côté
200 mm, 60 à 100× M32 bien détachée du halo de M31, presque stellaire au centre, aux bords qui s'estompent doucement
Photo, pose longue un ovale lisse et doré ; aucun bras, aucune structure — sa beauté est sa nudité même

Repérer

Trouvez Andromède, M32 est déjà dans le champ

  1. Trouvez d'abord la grande tache d'Andromède

    M32 n'a pas de chemin d'étoiles à elle : elle vit dans l'ombre d'Andromède. Repérez d'abord la galaxie géante, en automne, haute au sud en soirée. Sans elle, M32 est introuvable.

  2. Centrez le bulbe, cherchez juste au sud

    Une fois le noyau brillant d'Andromède au centre du champ, regardez immédiatement à côté, vers le sud : M32 se tient à environ 22′ du centre, soit moins d'une largeur de pleine Lune, contre le bord du disque.

  3. Distinguez la boule de l'étoile

    Vous verrez plusieurs points lumineux. M32 est celui qui ne pique pas : un petit disque flou, rond, plus « épais » qu'une étoile. En vision décalée, il gonfle légèrement — une étoile, non.

  4. Complétez le trio avec M110

    De l'autre côté d'Andromède, cherchez une lueur plus grande et bien plus vague : M110. La tenir dans le même champ que M31 et M32 boucle le triptyque. Visez de septembre à décembre, Andromède au plus haut.

M32 — carte d'identité
Repère Valeur
Type d'objet galaxie elliptique naine compacte (type cE2), satellite d'Andromède et prototype des elliptiques compactes
Constellation Andromède — collée au bord sud du bulbe de M31
Magnitude ≈ 8,1 (haute brillance de surface : dense et facile)
Distance ≈ 2,5 millions d'années-lumière (763 kpc)
Taille apparente ≈ 8,7′ × 6,5′ (pour un diamètre réel de seulement ~8 000 al)
Saison automne (visible de septembre à décembre, dans le champ d'Andromède)
Instrument minimal jumelles 10×50 ; grossir à 60–80× au télescope pour la détacher du halo de M31
L'avis de Luc

L'avis de Luc

« Qu'est-ce que c'est, cette étoile qui bave, collée au bulbe ? » La question se pose d'elle-même dès que M31 entre dans le champ des jumelles 10×50, et la réponse fait son effet : une galaxie entière. Au 200 mm, 80× suffisent à décoller M32 du halo — elle devient une petite bille nette, presque planétaire. Ce qui achève de changer le regard tient à son histoire : elle a peut-être été bien plus grande, avant qu'Andromède ne la dévore.

Continuer

À explorer autour de M32

La galaxie d'Andromède M31 M31, la galaxie hôte de M32 La grande spirale d'Andromède qui a cannibalisé la galaxie mère de M32 : l'objet le plus lointain visible à l'œil nu. M110, satellite elliptique naine d'Andromède M110, l'autre satellite d'Andromède La consœur diffuse de M32, de l'autre côté du bulbe : plus grande, plus vague, et bien plus exigeante en ciel noir. Paysage nocturne à l'œil nu : la Voie lactée aux teintes turquoise et rose au-dessus d'une ligne de collines sombres Observer le ciel profond Galaxies, nébuleuses et amas : ce que chaque diamètre révèle, et pourquoi une boule dense comme M32 se voit là où une spirale se dérobe.

Quel instrument pour décoller M32 du halo d'Andromède ?

Les jumelles 10×50 la débusquent ; un 200 mm poussé à 80× la détache nette du bulbe de M31. Nos choix par usage et par budget.

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