Aller au contenu
astronoguide
Thème

Thème

Observer · Ciel profond

M39, le grand amas aéré du Cygne

À neuf degrés de Deneb, dans la Voie lactée d'été, une trentaine d'étoiles vives s'étalent en triangle sur une portion de ciel plus large que la pleine lune. M39 est l'amas ouvert le plus clairsemé du catalogue de Messier — et l'un des plus proches. Ni serré comme le Double Amas, ni nimbé comme les Pléiades : sa signature, c'est l'espace entre ses étoiles. Voici pourquoi il se savoure aux jumelles, et pourquoi un télescope le gâche.

30
étoiles vives seulement, dispersées en triangle sur tout le champ
1000
années-lumière : l'un des amas ouverts les plus proches (311 parsecs)
32
d'envergure apparente, l'exacte largeur de la pleine lune
7
années-lumière : son diamètre réel, à peine deux fois l'écart Soleil–Proxima
4 ,6
de magnitude : visible à l'œil nu sous un ciel noir

Ce que c'est

Une trentaine d'étoiles, très proches, très lâches

M39, c'est NGC 7092 au New General Catalogue (et Collinder 438, Melotte 236) : un amas ouvert, une fratrie d'étoiles nées du même nuage et encore réunies par leur gravité commune. Deux traits le rendent singulier. D'abord la proximité : à environ 1 000 années-lumière (311 parsecs), c'est l'un des amas ouverts les plus proches du Soleil — certaines mesures le placent même vers 825 al. Ensuite la pauvreté : là où un amas riche aligne des centaines de membres, M39 n'en compte qu'une trentaine de brillants. Étalé sur près de 32′ — la largeur exacte de la pleine lune — il ne couvre en réalité que 7 années-lumière. C'est cette combinaison, grand en apparence et vide de monde, qui en fait l'amas le plus aéré du ciel accessible.
L'amas ouvert M39 (NGC 7092), une trentaine d'étoiles brillantes dispersées sur fond de Voie lactée
M39 — Heidi Schweiker / WIYN / NOIRLab / NSF / AURA (CC BY 4.0)

Un amas d'âge mûr, en train de se défaire

M39 a environ 280 à 300 millions d'années — un amas ouvert d'âge déjà avancé. Ses étoiles les plus massives ont fini de brûler et l'ont quitté ; il ne reste qu'un peuplement modeste de géantes bleu-blanc de type B et d'astres plus discrets. Sa faible densité n'est pas seulement un effet de perspective : à ce stade, un amas se dilate, ses membres s'écartent, la marée de la Galaxie l'étire. Son rayon de marée, mesuré à 8,6 parsecs, dit le volume au-delà duquel la Galaxie lui arrache déjà ses étoiles. M39 est un amas qui se disperse sous nos yeux — l'espace entre ses points n'est pas un hasard, c'est son âge.

L'étoile la plus brillante, et une éclipsante cachée

Son astre le plus vif culmine à la magnitude 6,8, tout juste sous la limite de l'œil nu : aucune étoile ne domine vraiment l'amas, ce qui accentue l'impression d'un semis démocratique. Parmi ses membres se cache HD 205117, une binaire à éclipses dont les deux sous-géantes s'occultent tous les 113,2 jours. La masse totale de l'amas est estimée à quelque 230 masses solaires — une petite famille, à comparer aux milliers d'étoiles d'un amas globulaire. M39 est léger, proche et vieux : trois raisons qui expliquent qu'on le traverse du regard.

Sa signature

Le triangle aéré : pourquoi le vide fait le charme

Laissez l'œil relier les étoiles les plus vives : elles dessinent un large triangle légèrement irrégulier, que certains observateurs lisent plutôt comme un « W » ouvert. La figure ne s'impose pas d'un coup — elle se compose lentement, parce que rien ne l'encombre. C'est là toute la leçon de M39 : sa beauté ne tient pas à une richesse, mais à un contraste. Ses trente points se détachent sur le fond fourmillant de la Voie lactée du Cygne, comme des projecteurs posés sur un tapis d'étincelles. Un amas serré écraserait cette respiration ; ici, l'espace fait partie du tableau. On le désigne d'ailleurs souvent comme l'amas ouvert le plus lâche du catalogue de Messier.
M39 en pose longue : une trentaine d'étoiles bleu-blanc dessinant un large triangle lâche
M39 — C. Messier (CC BY 4.0)

Le situer

M39 parmi les grands amas de jumelles

Plusieurs amas se donnent mieux aux jumelles qu'au télescope, parce qu'ils dépassent le champ d'un fort grossissement. Mais chacun le fait pour une raison différente. Ce qui range M39 dans cette famille, ce n'est ni une nébulosité ni une richesse : c'est sa faible densité combinée à sa grande taille apparente. Voici comment il se distingue de ses cousins — chacun mérite sa propre visite.
M39 face aux autres amas « à jumelles »
Amas Taille apparente Ce qui le distingue
M39 (Cygne) ≈ 32′ le plus lâche : ~30 étoiles vives éparses en triangle, proche (~1 000 al) et vide
M45, les Pléiades ≈ 110′ jeune et serré, enveloppé d'une nébulosité bleue de réflexion
Le Double Amas de Persée ≈ 60′ deux amas riches côte à côte, des centaines d'étoiles bien tassées
M24, le Nuage du Sagittaire ≈ 90′ non pas un amas mais une fenêtre sur un banc d'étoiles de la Voie lactée
M7, l'amas de Ptolémée ≈ 80′ brillant et bas sur l'horizon sud, cité par Ptolémée dès l'Antiquité

À l'oculaire

Les jumelles gagnent, le télescope déborde

M39 selon votre instrument
Avec quoi Ce que vous atteignez
À l'œil nu sous un ciel noir, une faible tache floue à 9° au nord-est de Deneb, à deviner en vision décalée
Jumelles 7×50 ou 10×50 l'idéal : le triangle d'étoiles vives se pose entier sur le fond de Voie lactée, tout le charme est là
Chercheur ou lunette à grand champ l'amas résolu en une trentaine d'astres, encore englobé dans son champ stellaire
Télescope 60–80 mm à bas grossissement les étoiles piquées et nettes, mais le champ commence à rogner les bords du triangle
Télescope 150–200 mm l'amas déborde l'oculaire : on ne voit plus qu'une poignée d'étoiles sans figure — l'effet est perdu

Photo et visuel

Ce que les jumelles montrent, ce que la pose longue ajoute

Faites glisser le curseur : à gauche, M39 tel qu'il apparaît dans des jumelles 10×50 ; à droite, la même région en pose longue, où les étoiles faibles et le fond de Voie lactée surgissent.

M39 aux jumelles, puis en pose longue — simulation aux jumelles : Roberto Mura (CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons) ; pose longue : Heidi Schweiker / WIYN / NOIRLab / NSF / AURA (CC BY 4.0)
Simulation de M39 dans des jumelles 10×50 : le triangle d'étoiles vives sur fond sombre M39 en pose longue : des dizaines d'étoiles supplémentaires et le fond dense de la Voie lactée

La pose longue remplit le vide — et le trahit

En photo, la couleur ressort : les étoiles de M39 virent au bleu-blanc, marque de leur type B, et le capteur enregistre des dizaines de membres trop faibles pour l'œil, plus tout le fond de Voie lactée. Résultat paradoxal : l'image comble précisément les espaces qui, en visuel, font la signature de l'amas. Une pose longue de M39 ressemble à n'importe quel champ stellaire dense ; c'est à l'oculaire qu'il reste un triangle nettement détaché. Le champ ESO montre bien sa vraie place — juste au sud de l'immense nébuleuse de l'Amérique du Nord, dans le courant laiteux qui descend de Deneb.

Ce que l'œil garde pour lui

Aux jumelles, tout est gris-blanc, sans couleur — mais l'œil livre ce qu'aucune photo ne rend : le contraste vivant entre les trente phares de l'amas et le fourmillement du fond, cette respiration que le capteur écrase. C'est un objet qui perd à être photographié et qui gagne à être cherché soi-même, un soir d'été, en glissant depuis Deneb. La récompense n'est pas dans le détail : elle est dans la forme qu'on reconstitue à l'œil, point par point.

Repérer

À 9° au nord-est de Deneb, presque au zénith

Le point de départ est Deneb (magnitude 1,25), la queue du Cygne et le sommet du Triangle d'été. De là, M39 se trouve à environ 9° au nord-est — un peu moins que la largeur du poing tendu à bout de bras — en plein dans la bande de la Voie lactée. Il tombe à 2° au sud de l'étoile π Cygni et à quelque au nord de ρ Cygni, deux repères discrets qui l'encadrent. En août et septembre, vers 22 h, le Cygne passe presque au zénith depuis la France : M39 s'observe alors au minimum d'atmosphère, haut au-dessus des lumières de l'horizon.
Champ montrant M39 dans la Voie lactée du Cygne, au sud de la nébuleuse de l'Amérique du Nord, près de Deneb
Le champ de M39 dans la Voie lactée — ESO / S. Brunier (CC BY 4.0)
  1. Ancrez-vous sur Deneb

    Repérez le Triangle d'été et son sommet le plus au nord : Deneb, l'étoile la plus vive du Cygne. C'est votre balise — M39 est tout près, mais du bon côté.

  2. Partez vers le nord-est dans la Voie lactée

    Depuis Deneb, glissez de deux ou trois champs de jumelles vers le nord-est, en restant dans la traînée laiteuse. Le fond devient de plus en plus riche en étoiles.

  3. Cherchez une tache lâche, pas un nœud serré

    M39 ne se signale pas comme un grumeau dense : c'est une clairière d'étoiles vives, un triangle aéré qui tranche par sa régularité sur le fourmillement du fond. À 9° de Deneb, il est là.

  4. Prenez-le haut, en fin d'été

    Attendez qu'il soit près du zénith — vers 22 h en août-septembre. Plus il est haut, plus le triangle est net, débarrassé de la turbulence et de la pollution lumineuse de l'horizon.

M39 — carte d'identité
Repère Valeur
Type d'objet amas ouvert (NGC 7092, Collinder 438)
Constellation le Cygne, à 9° au nord-est de Deneb
Magnitude 4,6 — visible à l'œil nu sous un ciel bien noir
Distance ≈ 1 000 al (311 pc ; certaines mesures ~825 al) — un des amas les plus proches
Taille apparente ≈ 32′ — l'exacte largeur de la pleine lune
Saison juillet à septembre — très haut, presque au zénith depuis la France
Instrument idéal jumelles ou grand champ ; aucun télescope requis (il déborde à fort grossissement)

Un peu d'histoire

D'une tache aperçue dans l'Antiquité au catalogue de Messier

  1. IVe siècle av. J.-C.

    Aristote décrit dans le Cygne une tache floue semblable à une comète sans queue : plusieurs historiens y voient M39, ce qui en ferait l'un des amas connus dès l'Antiquité — bien avant l'invention de la lunette. Assez grand et brillant, il se devine à l'œil nu sous un ciel pur.

  2. 1749

    L'astronome français Guillaume Le Gentil observe et mesure la position de l'amas, première description instrumentale documentée de M39.

  3. 24 octobre 1764

    Charles Messier inscrit l'objet en 39ᵉ position de son catalogue. Chasseur de comètes, il note un amas d'étoiles bien séparées, sans nébulosité — exactement le genre de tache floue qu'il voulait distinguer des vraies comètes.

  4. 1931

    Per Collinder inclut l'amas sous le numéro 438 dans son catalogue d'amas ouverts ; la classification moderne le range parmi les amas les plus lâches et détachés — le vocabulaire qui décrit encore son triangle aéré.

L'avis de Luc

L'avis de Luc

Celui-là se regarde petit, ou pas du tout : monté au 200 mm, M39 déborde du champ, quatre étoiles subsistent et l'amas disparaît. C'est l'erreur classique, et elle gâche une cible parfaite pour répondre à « et sans télescope, on voit quoi ? ». Deneb pointé, deux champs vers le nord-est, et le triangle est là, posé sur la Voie lactée. Dans des 10×50, une trentaine d'étoiles vives sur un tapis d'étincelles, net et immédiat — sans exiger le moindre ciel de montagne.

Continuer

À explorer autour de M39

L'amas M39 Le Cygne, l'adresse de M39 La Croix du Nord, Albireo la double dorée et la Voie lactée qui porte l'amas : lire toute la constellation. Les Pléiades : sept étoiles bleu-blanc très brillantes baignées d'un voile de nébulosité bleutée, sur un fond d'étoiles plus faibles Les Pléiades, l'autre grand champ Plus vaste et plus serré que M39, nimbé de nébulosité bleue : l'amas de jumelles roi de l'hiver. M39 dans la Voie lactée du Cygne Se repérer dans le ciel d'été Le Triangle d'été et la Voie lactée : la carte pour glisser de Deneb jusqu'au triangle de M39.

Quelles jumelles pour le triangle aéré de M39 ?

Une paire de 10×50 englobe l'amas entier sur son fond de Voie lactée — là où un télescope le fait déborder. Nos choix de jumelles pour le ciel profond, par usage et par budget.

Revenir en haut de la page