Aller au contenu
astronoguide
Thème

Thème

Événements · Le calendrier de l'année

Le calendrier astronomique 2026

Sept mois sont déjà passés, et les plus beaux rendez-vous de l'année tombent dans les cinq qui restent : un Soleil mordu à 99 % le 12 août, une Lune presque entièrement dans l'ombre à l'aube du 28, Saturne au meilleur de sa saison le 4 octobre, puis les Géminides sous un ciel noir à la mi-décembre. Voici ce qui reste, avec pour chaque date la seule chose qui décide vraiment : la hauteur au-dessus de l'horizon et l'état de la Lune.

Maximum des Perséides, dans la nuit du 12 au 13 août

2
éclipses encore visibles de France cette année, et elles sont à seize jours d'intervalle : le Soleil le 12 août, la Lune le 28
46 °
l'écart maximal de Vénus au Soleil, atteint le 15 août — et pourtant elle ne sera qu'à 12° de hauteur au coucher du Soleil
150
le taux horaire nominal des Géminides du 14 décembre, le plus élevé du calendrier annuel, sous un croissant couché avant 21 h
356650 km
la distance de la pleine Lune du 24 décembre : la plus proche des douze pleines Lunes de 2026

Où en est l'année, au 7 août

Un calendrier annuel publié en janvier promet douze mois. Lu en août, il en doit sept au passé. Autant le dire d'emblée : l'opposition de Jupiter du 10 janvier, l'éclipse annulaire du 17 février, l'éclipse totale de Lune du 3 mars et le rapprochement de Vénus et Jupiter du 9 juin sont derrière nous. Trois de ces quatre rendez-vous n'ont d'ailleurs rien donné depuis la métropole, et nous y revenons plus bas — un calendrier honnête compte aussi ses ratés.

Ce qui reste vaut mieux que ce qui est parti. Les cinq mois à venir concentrent les deux éclipses françaises de l'année, les trois oppositions de planètes extérieures encore à jouer, les deux meilleures pluies d'étoiles du calendrier et la pleine Lune la plus proche des douze. Le tout se tient entre le 12 août et le 24 décembre.

Une remarque de méthode, avant la liste. Les calendriers du ciel alignent volontiers des magnitudes et des heures universelles ; c'est utile à un logiciel, insuffisant à quelqu'un qui sort. Deux grandeurs commandent réellement ce que vous verrez : la hauteur de l'objet au-dessus de votre horizon à l'instant où il faut regarder, et la phase de la Lune cette nuit-là. Une planète à 4° de hauteur dans les lueurs du couchant reste invisible quelle que soit sa magnitude ; une pluie d'étoiles sous pleine Lune perd les trois quarts de ses traces. Chaque date de cette page est donc donnée avec ces deux chiffres, calculés pour Paris.

« Visible de France », et ce que la formule cache

Les titres d'événements célestes sont mondiaux ; votre ciel ne l'est pas. La confusion coûte des soirées entières. Le 17 février dernier, la presse a annoncé un « anneau de feu » : l'annularité se déroulait au-dessus de l'Antarctique, et pas un observateur français n'a vu quoi que ce soit. Le 3 mars, la « Lune de sang » était totale au-dessus du Pacifique, de l'Australie et des Amériques, pendant qu'elle brillait blanche et pleine dans le ciel européen. Deux phénomènes spectaculaires, zéro seconde de spectacle en France.

Le 12 août prochain rejouera la même mécanique, en plus subtil. L'événement s'appelle partout « éclipse totale de Soleil » ; la bande de totalité passe par le Groenland, l'Islande et le nord de l'Espagne, et elle évite la France. Ce que la métropole verra est une partielle très profonde, entre 89,7 % du disque masqué en Alsace et 99,5 % au Pays basque — magnifique, et fondamentalement autre chose qu'une totalité. Le détail ville par ville, les horaires et la sécurité oculaire sont dans notre dossier consacré à cette soirée.

Le sens de cette page est là : traduire les annonces mondiales en ce qui se voit depuis un jardin français, et dire quand la réponse est « rien ». Trois des rendez-vous listés plus bas sont d'ailleurs annoncés partout comme des temps forts, et se révèlent médiocres vus d'ici — l'élongation de Vénus du 15 août, celle de Mercure du 12 octobre, et l'opposition d'Uranus du 25 novembre. Nous le disons à chaque fois, avec le chiffre qui le prouve.

Les rendez-vous encore à venir en 2026, dans l'ordre du calendrier. Les heures sont celles de vos montres (heure légale française) ; le passage à l'heure d'hiver a lieu le dimanche 25 octobre. La colonne « Ce qui décide » donne la contrainte qui fera, sur le terrain, la différence entre voir et ne pas voir.
Rendez-vous Vu de France Ce qui décide
Mer. 12 août, 19 h 20 – 21 h 15 Éclipse de Soleil, partielle en métropole 89,7 % à 99,5 % du disque masqué Un horizon ouest dégagé : le Soleil est entre 0,3° et 11,5° de hauteur. Filtre certifié obligatoire du début à la fin
Nuit du 12 au 13 août Maximum des Perséides Excellent — Nouvelle Lune le 12 à 19 h 36 S'éloigner des lumières ; nuit noire de 23 h 23 à 4 h 28, radiant de 21° à 57° sur la même période
Nuit du 14 au 15 août Vénus au plus loin du Soleil (46°) Décevant malgré l'annonce Seulement 12° de hauteur au coucher du Soleil, et Vénus se couche à 22 h 24
Ven. 28 août, 4 h 33 – 7 h 08 Éclipse de Lune, partielle très profonde 93 % du disque dans l'ombre — au petit matin Un horizon ouest bas : la Lune n'est plus qu'à 7,6° au maximum, en plein crépuscule
Mer. 23 septembre, 2 h 05 Équinoxe d'automne Sans objet — repère de saison Les nuits repassent devant les jours : la saison d'observation commence
Sam. 26 septembre Opposition de Neptune (mag 7,8) Techniquement oui, pratiquement non La pleine Lune tombe le même jour, à 4,5° de la planète. Attendre la mi-octobre
Dim. 4 octobre Opposition de Saturne (mag 0,3) Le meilleur rendez-vous planétaire de la fin d'année 43° de hauteur vers 2 h ; la Lune se lève tard, la première moitié de nuit est noire
Lun. 12 octobre Mercure au plus loin du Soleil du soir (25°) Manqué 4° de hauteur au coucher du Soleil : l'écliptique est trop couché en automne
Nuits du 20 au 23 octobre Orionides (débris de la comète de Halley) Contrariées Une Lune gibbeuse à 80 % éclairée reste levée une bonne partie de la nuit
Nuit du 17 au 18 novembre Maximum des Léonides, à 0 h 45 Correct, sans plus Une quinzaine de traces par heure au mieux ; la Lune se couche à 1 h 20, observer après
Ven. 20 novembre Mercure au plus loin du Soleil du matin (20°) La bonne occasion de l'année 15,8° de hauteur au lever du Soleil : Mercure est nettement détachée, à l'est-sud-est
Mer. 25 novembre Opposition d'Uranus (mag 5,6) À reporter La pleine Lune est de la veille, à 19° de la planète. Uranus se retrouve en décembre
Nuits du 13 au 15 décembre Maximum des Géminides, le 14 à 15 h La meilleure fenêtre de l'année Le croissant se couche à 20 h 59 puis 22 h 09 ; radiant à 74° vers 3 h, douze heures de nuit noire
Lun. 21 décembre, 21 h 50 Solstice d'hiver Sans objet — repère de saison La nuit la plus longue : près de seize heures entre le coucher et le lever du Soleil
Mar. 22 décembre, 23 h Ursides Noyées Une Lune à 96 % éclairée, et un essaim modeste : dix traces par heure au mieux
Jeu. 24 décembre, 2 h 28 Pleine Lune la plus proche de l'année Visible de partout 356 650 km : rien à préparer, il suffit de lever les yeux

La magnitude, une échelle à l'envers et bicentenaire

Le tableau ci-dessus manie des magnitudes, et ce mot mérite trois minutes, parce que l'échelle est déroutante de trois façons. Elle est d'abord inversée : plus le nombre est petit, plus l'objet éclaire. Elle descend ensuite dans les négatifs pour les astres les plus vifs. Elle est enfin logarithmique, ce qui interdit toute lecture proportionnelle.

Son origine remonte à Hipparque, deux siècles avant notre ère, qui rangea les étoiles visibles en six classes, de la première pour les plus éclatantes à la sixième pour celles qu'on devine à peine. C'était une classification, pas une mesure. La mesure arrive en 1856 avec l'Anglais Norman Pogson, qui fixe une convention encore en vigueur : cinq échelons valent exactement un facteur 100, soit un rapport de 2,512 d'un échelon au suivant. Le système garde ainsi l'esprit du classement antique tout en devenant quantitatif.

Quelques repères ordonnent le reste. Le Soleil pèse −26,7, la pleine Lune −12,7, Vénus −4,3 à la mi-août, Sirius −1,46, Véga 0,03. Saturne atteindra 0,3 le 4 octobre, Uranus plafonne à 5,6, Neptune à 7,8. L'écart entre Vénus et Neptune, douze échelons, correspond à un rapport d'éclat de près de 70 000 — et pourtant elles tiennent dans la même colonne d'un tableau.

Reste la question qui compte : jusqu'où va votre œil ? Sous un ciel de campagne noir, un observateur adapté descend vers la magnitude 6, parfois 6,5. En zone périurbaine, la limite tombe entre 4 et 4,5. Au cœur d'une agglomération, on n'atteint plus que 3. C'est la raison pour laquelle Uranus, théoriquement accessible sans instrument, ne se voit jamais depuis une ville : la valeur seuil s'effondre bien avant que l'objet ne faiblisse.

Minuit vrai n'est pas minuit à votre montre

Les fiches d'opposition affirment qu'une planète « culmine à minuit ». La formule est exacte en temps solaire local, et fausse sur votre montre. Trois décalages s'empilent, et leur somme atteint presque deux heures.

Le premier vient du fuseau. La France vit sur le méridien de Greenwich décalé d'une heure en hiver et de deux heures en été, alors que son territoire s'étale de part et d'autre du méridien zéro. Le deuxième vient de la longitude : Paris se trouve à 2,35° est, soit 9 minutes et 24 secondes d'avance solaire sur Greenwich ; Brest, à 4,49° ouest, accuse 18 minutes de retard, et l'écart entre les deux villes atteint 27 minutes. Le troisième est l'équation du temps, cet écart entre le Soleil réel et un soleil fictif de vitesse constante, qui oscille de +16 minutes début novembre à −14 minutes à la mi-février, sous l'effet conjugué de l'excentricité de l'orbite terrestre et de l'inclinaison de son axe.

Le résultat se retient facilement : à Paris, le passage du Soleil au méridien se produit vers 13 h 50 en heure d'été et vers 12 h 50 en heure d'hiver. Un objet à l'opposition culmine donc à l'opposé, vers 1 h 50 ou 0 h 50 du matin. Le calcul le vérifie sur Saturne : le 4 octobre, elle passe au plus haut à 2 h depuis Paris, et une vingtaine de minutes plus tard depuis la Bretagne.

La conséquence est pratique et vaut pour toute l'année : la meilleure heure d'observation d'un objet du milieu de nuit se situe systématiquement une à deux heures plus tard que ne le suggère l'intuition. Sur des cibles basses, cette avance ou ce retard change tout, puisqu'il se traduit directement en degrés de hauteur.

Nuit noire, nuit utile : les trois crépuscules

« Il fait nuit » ne veut rien dire de précis. Les astronomes découpent la transition en trois paliers, définis par la profondeur du Soleil sous l'horizon, et chacun autorise autre chose. Le crépuscule civil court jusqu'à −6° : on lit encore dehors, seuls les astres les plus vifs percent. Le crépuscule nautique descend jusqu'à −12° : la ligne d'horizon marine reste discernable, les figures principales du ciel se dessinent. Le crépuscule astronomique s'achève à −18°, et c'est le seuil qui compte : au-delà, la clarté résiduelle du fond de ciel cesse de décroître.

La différence n'est pas cosmétique. Le 13 août, depuis Paris, la vraie nuit ne dure que de 23 h 23 à 4 h 285 heures. Le 13 décembre, elle s'étend de 18 h 49 à 6 h 40, soit près de 12 heures. Le rapport est de un à deux, et il explique à lui seul pourquoi un même essaim rend davantage en hiver.

Un fait de géographie mérite d'être connu, parce qu'il surprend même des habitués. À la latitude de Paris — 48,86° —, le Soleil ne plonge qu'à −17,7° au solstice de juin : il s'en faut de trois dixièmes de degré, et la capitale n'a donc aucune nuit noire du 11 au 30 juin. Plus au nord, la privation s'étire : à Lille, elle court du 27 mai au 16 juillet. Plus au sud, elle disparaît : à Marseille, la nuit complète est acquise tous les jours de l'année.

Voilà pourquoi un calendrier du ciel se juge sur son dernier tiers. Ce n'est pas seulement que les objets d'hiver sont plus spectaculaires ; c'est qu'entre septembre et décembre, la matière première — l'obscurité — double de volume.

Degrés, secondes d'arc, unités astronomiques : le décodeur

Trois unités reviennent dans toutes les fiches d'éphémérides, et deux d'entre elles se mesurent avec la main.

Le degré d'abord. Bras tendu, votre petit doigt couvre environ , trois doigts serrés , le poing fermé 10°, la main grande ouverte 20°. Cet étalon vaut pour tout le monde : les mains plus grandes vont avec des bras plus longs. Repère utile : la pleine Lune ne mesure que 0,5°, soit la moitié de votre auriculaire — la plupart des gens la croient trois fois plus grosse. Quand cette page annonce Vénus à 12° le 15 août, cela fait un poing et un pouce au-dessus de l'horizon.

La seconde d'arc ensuite, qui vaut un trois-six-centième de degré. La pleine Lune en couvre 1 800. Saturne, avec ses 19,7, est donc 91 fois plus petite qu'elle ; Uranus, à 3,8, près de 500 fois. L'œil nu ne sépare au mieux que 60 secondes : c'est la raison mathématique pour laquelle aucune de ces planètes ne montre autre chose qu'un point sans optique.

L'unité astronomique enfin, la distance moyenne de la Terre au Soleil, dont l'Union astronomique internationale a figé la valeur à 149 597 870 700 mètres exactement lors de son assemblée de Pékin, en 2012 — ce n'est plus une quantité à mesurer, c'est une constante de définition. Traduites en temps de trajet de la lumière, les cibles de l'automne prennent une autre épaisseur : Saturne à 8,43 unités se trouve à 1,26 milliard de kilomètres, soit 70 minutes-lumière ; Uranus à 18,44 unités, 2 h 33 ; Neptune à 28,88 unités, 4 heures. En pointant Saturne le 4 octobre à 2 h du matin, vous la voyez telle qu'elle était à 0 h 50.

Le 12 août, deux spectacles en une seule rotation de la Terre

La coïncidence est réelle et elle ne se prépare pas de la même façon. Mercredi 12 août, entre 19 h 20 et 21 h 15, la Lune passe devant le Soleil et en masque de 90 à 99 % selon l'endroit, au moment même où l'astre se couche. Cette Lune-là est nouvelle à 19 h 36, en plein milieu du phénomène — c'est la même mécanique vue sous deux angles : une éclipse de Soleil ne peut se produire qu'à la Nouvelle Lune, et seulement lorsque celle-ci passe assez près d'un nœud de son orbite, ces deux points où le plan lunaire, incliné de 5,1°, croise celui de la Terre.

Sept heures plus tard, la même Lune neuve est devenue l'alliée idéale : le ciel de la nuit du 12 au 13 août sera aussi noir qu'il peut l'être, et les Perséides arrivent à leur maximum. On ne trouve cette combinaison ni tous les ans ni même tous les cinq ans, et elle vaut d'organiser sa soirée en deux temps.

Le programme s'écrit tout seul. Vers 19 h, s'installer face à l'ouest, avec des lunettes conformes à la norme ISO 12312-2 — sur le Soleil, aucune improvisation n'est tolérable, et notre guide observer le Soleil en sécurité détaille pourquoi. Le Soleil couché, dîner. Puis, vers 23 h, changer complètement de posture : s'allonger, ne plus rien fixer de précis, laisser les yeux s'ouvrir. La bascule d'un mode à l'autre demande une heure de réadaptation de la vision nocturne, et elle ne se force pas.

Perséides : le maximum tombe au lever du jour

Voici le point que presque aucun calendrier ne signale, et il change le déroulé de la nuit. L'International Meteor Organization place le maximum des Perséides le 13 août entre 2 h et 4 h en temps universel, soit 4 h et 6 h à vos montres. Or, depuis Paris, la nuit noire se termine à 4 h 28 : le crépuscule astronomique est déjà commencé quand la fenêtre s'ouvre, et le ciel blanchit franchement pendant qu'elle se referme.

La bonne stratégie en découle. La nuit vraiment noire court de 23 h 23 à 4 h 28, et le radiant, dans Persée, y grimpe de 21° à 57°. Le meilleur compromis entre obscurité et hauteur se situe donc entre 2 h et 4 h 30. Passé cette heure, les traces continuent de tomber, mais le fond du ciel les avale une à une.

Les chiffres annoncés méritent la même prudence. L'IMO et l'American Meteor Society donnent un taux nominal de 100 ; in-the-sky.org avance 150. Surtout, la modélisation de Maslov citée par l'IMO prévoit pour cette année une activité de fond notablement inférieure à ce nominal, la Terre ne retraversant les portions du courant remaniées par Jupiter qu'en 2027. Deux passages ponctuels pourraient compenser : une branche du filament de 1079 calculée par Vaubaillon pour le 12 août à 16 h 53 TU, et un filament de Jenniskens attendu le 13 vers 1 h TU, avec un taux plafonné à 43.

Ces nombres désignent tous la même grandeur, le taux horaire zénithal, et cette grandeur est une idéalisation assumée : ce que compterait un observateur unique si le radiant se trouvait au zénith et si son ciel laissait voir jusqu'à la magnitude 6,5. Aucun jardin ne remplit ces deux conditions. Comptez en pratique un tiers à la moitié de la valeur affichée — trente à cinquante traces dans l'heure vers 3 h du matin, et ce sera une belle nuit. Les grains viennent de la comète 109P/Swift-Tuttle, dont la révolution dure environ 130 ans ; ils entrent dans l'atmosphère à 59 km/s et se consument vers 100 km d'altitude. Rien de ce qui brille n'est plus gros qu'un grain de sable.

Le halo urbain ne supprime pas tout, il trie

Cette trace a été photographiée depuis une ville, et c'est tout l'intérêt de l'image. L'éclairage public ne coupe pas les météores : il relève le seuil à partir duquel une trace se détache du fond. Une banlieue laisse passer les bolides de magnitude 0 ou plus vifs, et efface tout le reste — c'est-à-dire l'écrasante majorité, la distribution de l'essaim étant dominée par les traces faibles, avec un rapport de population de 2,2 qui signifie qu'à chaque échelon de magnitude perdu, on divise le compte par plus de deux.

La conséquence chiffrée est brutale. Un site périurbain où l'on distingue les astres jusqu'à la magnitude 4,5 ne rend que 15 à 20 % du compte obtenu à la campagne à magnitude 6. Autrement dit, trente kilomètres de route valent mieux que n'importe quel accessoire, et c'est le seul conseil de cette page qui ne coûte rien. Les stratégies détaillées, y compris pour ceux qui ne peuvent pas partir, sont dans notre guide sur la pollution lumineuse.

Deux gestes complètent le déplacement, et ils comptent autant : tourner le dos aux lampadaires restants, et proscrire tout écran blanc pendant la séance. Une seule consultation de téléphone à pleine luminosité annule vingt minutes d'adaptation rétinienne.

Trace lumineuse verticale d'un météore, blanche et rectiligne, traversant un ciel bleu nuit encadré par le feuillage d'arbres éclairés par en dessous, au-dessus d'un horizon voilé de halo orangé
Prise depuis Odessa le 12 août 2019, sous un éclairage urbain marqué : seules les traces les plus vives franchissent la barrière du halo. Kulish Kateryna (CC BY 4.0, Wikimedia Commons)

Le 28 août, la Lune presque tout entière dans l'ombre — mais à l'aube

Seize jours après le Soleil, c'est la Lune qui traverse l'ombre de la Terre, et l'événement est bien plus profond que son intitulé ne le laisse croire. La magnitude d'ombre atteint 0,932 : au maximum, environ 93 % du diamètre lunaire est plongé dans l'ombre, et près de 96 % de la surface visible. Il ne reste qu'un liseré blanc sur le bord nord du disque, aveuglant, pendant que tout le reste vire au cuivre. C'est, à quelques centièmes près, une totalité manquée.

Les contacts, en temps universel : la pénombre à 1 h 23, l'entrée dans l'ombre à 2 h 33, le maximum à 4 h 13, la sortie de l'ombre à 5 h 52. Traduits à vos montres, cela donne 4 h 33, 6 h 13 et 7 h 52. Le troisième chiffre est le problème : à 7 h 52, notre satellite sera couché depuis longtemps.

Voici le déroulé réel pour Paris, calculé plutôt que recopié. L'ombre entame le disque à 4 h 33, la Lune étant encore à 20° au-dessus du sud-ouest et le ciel entièrement noir. À 5 h 30, elle est descendue à 13° et le crépuscule astronomique a commencé. Au maximum, 6 h 13, elle n'est plus qu'à 7,6°, le Soleil est à 8,3° sous l'horizon opposé, et le ciel bleuit franchement. Elle se couche à 7 h 08, cinq minutes après le lever du Soleil, toujours mordue.

Pourquoi l'ouest décide encore, et ce qu'il faut viser

Le paradoxe de ce matin-là mérite d'être posé clairement : la phase la plus spectaculaire coïncide avec le moment où notre satellite est le plus bas et le ciel le plus clair. Les deux courbes travaillent l'une contre l'autre. La solution n'est pas d'attendre le maximum, c'est de tout suivre depuis le début : entre 4 h 33 et 5 h 30, l'ombre progresse déjà sur un tiers puis la moitié du disque, dans un ciel encore noir et à une élévation confortable.

Le choix du lieu obéit alors à une règle simple, et c'est la même que pour l'éclipse de Soleil quinze jours plus tôt, à l'azimut près : il faut un horizon ouest-sud-ouest puis ouest dégagé. Les azimuts parcourus sont 224° à 4 h 33, 237° à 5 h 30, 245° au maximum et 252° juste avant le coucher. Une ligne d'arbres ou un immeuble dans ce secteur suffit à tout couper au moment le plus intéressant.

Le nord-ouest du pays est légèrement mieux servi que le sud-est, parce que le coucher y est plus tardif : au maximum, l'élévation atteint 11,8° depuis Brest contre 7,8° depuis Marseille. L'écart n'est pas énorme, mais quand il ne reste que sept degrés, deux degrés de plus valent une colline. Aucun filtre, aucun instrument : cela s'observe à l'œil nu, et des jumelles ajoutent seulement le plaisir de suivre l'ombre passer d'un cratère à l'autre — les grands repères de la carte lunaire se reconnaissent alors très bien.

D'où vient le cuivre, et pourquoi le liseré est si dur

Le cône d'ombre terrestre n'est pas noir. Notre atmosphère se comporte comme une lentille géante : elle réfracte une partie du rayonnement solaire vers l'intérieur du cône, et elle en diffuse les courtes longueurs d'onde en chemin. Il ne subsiste donc, pour éclairer notre satellite, que du rouge et de l'orangé — la lumière de tous les levers et couchers de Soleil de la planète au même instant. La teinte exacte varie d'une fois sur l'autre selon la charge en aérosols de la haute atmosphère ; après une grande éruption volcanique, elle vire au brun sombre.

Le contraste avec le liseré resté hors du cône est, lui, écrasant : la portion éclairée directement est environ dix mille fois plus brillante que la portion cuivrée. C'est pourquoi l'œil, le 28 août, aura du mal à percevoir la couleur tant que le bord blanc subsiste — et pourquoi les photographies de ce type demandent un traitement à grande dynamique pour montrer les deux à la fois. Sans instrument, accordez-vous quelques minutes : la teinte apparaît quand la pupille cesse de se régler sur le liseré.

Disque lunaire presque entier baigné d'une couleur rouge orangé sombre, avec une portion du bord gauche restée gris clair et lumineuse, sur fond de ciel noir
Une éclipse partielle profonde ressemble à ceci : la quasi-totalité du disque est cuivrée, et seul un croissant de bord échappe à l'ombre. Ici l'éclipse du 19 novembre 2021, de magnitude 0,974, photographiée depuis Mexico au Celestron 8. Andresgv1796 (CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons)

La masse d'air, ou pourquoi dix degrés coûtent si cher

Toute cette page répète que la hauteur décide. Voici le chiffre qui le démontre, et il est plus violent que l'intuition ne le suggère. On appelle masse d'air l'épaisseur d'atmosphère traversée par le regard, comptée en multiples de celle du zénith. Au zénith, elle vaut 1. À 45°, elle passe à 1,4. À 30°, à 2. À 20°, à 2,9. À 10°, elle bondit à 5,6. À , à 10,3. À , à 19,4.

Chaque masse d'air coûte environ 0,28 magnitude au niveau de la mer, dans le visible. La traduction est nette : au zénith, l'atmosphère laisse passer 77 % de la lumière ; à 20° il en reste 47 % ; à 10°, 24 % ; à 5°, 7 % ; à 2°, à peine 1 %. Un objet placé à deux degrés a perdu cinq magnitudes et demie — l'équivalent de le repousser treize fois plus loin.

Appliqué au calendrier, cela range immédiatement les rendez-vous. La Lune éclipsée du 28 août, à 7,6° au maximum, subit 2 magnitudes d'extinction : sa teinte cuivrée sera d'autant plus sourde. Vénus à 12° le 15 août en perd 1,2 — elle reste éclatante, parce qu'elle partait de très haut. Mercure à 4,4° le 12 octobre en perd plus de 3, ce qui l'enfouit sous les lueurs du couchant. Saturne à 43° le 4 octobre n'en perd que 0,4 : c'est ce qui fait la différence entre une observation et une frustration.

Un second effet accompagne le premier, moins connu : la réfraction. L'atmosphère relève l'image des astres bas de 35 minutes d'arc à l'horizon — plus que le diamètre apparent du Soleil, qui est donc géométriquement couché quand on le voit encore. Il reste 25 minutes de relèvement à 10° de hauteur et 18 à 20°. Cette même réfraction étire les disques bas en ovale et les frange de bleu et de rouge, faute de dévier toutes les couleurs de la même façon.

Quatre minutes par jour : la mécanique qui décale tout

Une question précède toutes les autres : pourquoi une date donne-t-elle un ciel plutôt qu'un autre ? La réponse tient dans un écart de quelques minutes, et elle explique la structure entière d'un calendrier.

Notre planète accomplit un tour sur elle-même en 23 heures, 56 minutes et 4 secondes — c'est le jour sidéral, mesuré par rapport aux étoiles. Mais elle avance aussi sur son orbite pendant ce temps, et doit donc tourner un peu plus pour ramener le Soleil au même endroit : d'où le jour solaire de 24 heures exactement. L'écart, 3 minutes 56 secondes, se paie chaque soir.

Conséquence directe : un astre donné se lève chaque jour quatre minutes plus tôt que la veille, soit deux heures par mois et vingt-quatre heures sur une année complète. Une figure visible au sud à 23 h en octobre y sera à 21 h en novembre, à 19 h en décembre. Rien ne « change » dans le ciel : c'est notre position sur l'orbite qui tourne. Une carte du ciel tournante n'encode d'ailleurs rien d'autre que ce décalage, gravé sur son disque des mois et des heures.

Sur des échelles beaucoup plus longues, l'axe terrestre décrit lui-même un cône, en 25 800 ans environ : c'est la précession des équinoxes, découverte par Hipparque. Elle a fait glisser d'environ trente degrés le point de repère du zodiaque depuis l'Antiquité, et elle promet à Véga de devenir étoile polaire vers l'an 13 700. Aucun effet sur votre soirée, mais elle explique pourquoi les catalogues précisent toujours une époque — actuellement J2000 — à côté de chaque coordonnée.

La turbulence, et le grossissement réellement utilisable

L'extinction retire de la lumière ; la turbulence retire du détail, et elle suit exactement la même loi de masse d'air. Le regard traverse des cellules d'air de températures différentes, dont les indices de réfraction diffèrent légèrement ; l'image en tremble, bouillonne et se dédouble. Les astronomes en parlent sous le nom de seeing, et le mesurent sur l'échelle de Pickering, graduée de 1 pour un chaos complet à 10 pour une image parfaitement figée. Une nuit française ordinaire tourne autour de 4 ou 5.

La conséquence pratique est un plafond de grossissement. La théorie autorise environ deux fois le diamètre de l'objectif en millimètres : 400 fois sur un tube de 200 mm. La turbulence, elle, ramène ce plafond à 150 ou 250 fois la plupart des nuits, quel que soit le prix de l'instrument. Pousser au-delà agrandit le tremblement, jamais l'information.

Le pouvoir de séparation, lui, ne dépend que du diamètre : la limite dite de Dawes vaut 116 divisé par le diamètre en millimètres, en secondes d'arc. Un tube de 100 mm sépare donc 1,16 seconde, un 200 mm 0,58. Rapportez cela aux cibles de l'automne : le disque de Saturne mesure 19,7 secondes, celui d'Uranus 3,8, celui de Neptune 2,4. Aucune de ces trois planètes n'exige un instrument exceptionnel — elles exigent une hauteur suffisante et une nuit calme.

Deux règles de terrain en découlent, et elles ne coûtent rien. Attendre que la cible soit haute plutôt que sortir à l'heure la plus commode : trois heures d'attente valent souvent un doublement de diamètre. Et laisser l'instrument se mettre en température avant de juger quoi que ce soit, car un miroir plus chaud que l'air crée sa propre turbulence, à l'intérieur du tube cette fois. La comparaison des instruments selon ce qu'ils montrent vraiment est détaillée dans œil nu, jumelles ou télescope.

Septembre et octobre : Saturne prend toute la place

L'automne rebat les cartes du ciel du soir. L'équinoxe du 23 septembre à 2 h 05 rend les nuits plus longues que les jours, et la saison utile commence vraiment : à la mi-octobre, l'obscurité complète est installée avant 20 h, contre 23 h 23 à la mi-août.

Le rendez-vous de la saison porte un nom, et c'est Saturne. Elle passe à l'opposition le dimanche 4 octobre à 14 h 21 — c'est-à-dire qu'elle se trouve à l'opposé du Soleil vu de la Terre, donc au plus près, au plus brillant, et disponible toute la nuit. Les chiffres : magnitude 0,3, diamètre apparent 19,7 secondes d'arc, distance 8,43 unités astronomiques, soit un peu plus de 1,26 milliard de kilomètres. Elle se lève à 19 h 30, culmine à 43° vers 2 h et se couche à 7 h 52. La Lune, en dernier quartier, ne se lève qu'à 1 h 17 et se tient à 96° d'elle : la première moitié de nuit est parfaitement noire. Rarement une opposition aura été aussi commode.

Une particularité de cette saison-ci : les anneaux ne sont inclinés que de 7° sur notre ligne de visée. Ils se rouvrent lentement après le passage par la tranche de 2025, et l'aspect a changé — l'ensemble ressemble à une fine ellipse traversant la planète plutôt qu'au large chapeau des années 2010. Un détail à guetter autour de la date : l'effet Seeliger, un surcroît d'éclat des anneaux qui dure quelques jours, parce que les grains de glace, éclairés très exactement de face, ne se portent plus d'ombre les uns aux autres. Tout cela se raconte en détail sur notre page Saturne et ses anneaux.

Neptune, elle, passe à l'opposition le samedi 26 septembre à 3 h 28, dans les Poissons, à 28,88 unités astronomiques. Magnitude 7,8, diamètre 2,4 secondes d'arc : il faut des jumelles pour la repérer et un télescope pour lui voir un disque bleuté plutôt qu'un point. Le calendrier lui joue un mauvais tour, car la pleine Lune tombe le même jour, à 4,5° d'elle. Autant reporter la tentative à la mi-octobre : à cette distance, sa position ne bouge pratiquement pas d'une semaine à l'autre.

Vénus et Mercure : deux annonces qui ne tiendront pas

Le 15 août, Vénus atteint sa plus grande élongation orientale : 46° d'écart au Soleil, magnitude −4,3. Sur le papier, c'est le sommet de son apparition du soir. Sur le terrain, c'est une déception, et la raison tient à un angle. En fin d'été, l'écliptique — la ligne que suivent le Soleil et les planètes — fait un angle très fermé avec l'horizon ouest au crépuscule, de l'ordre de 23° à la latitude de Lyon. Ces 46° d'écart se couchent donc presque à plat au lieu de se dresser.

Le résultat, calculé pour Paris, ne laisse pas de doute : le 15 août au coucher du Soleil, Vénus n'est qu'à 12,3° de hauteur, et elle se couche elle-même à 22 h 24, moins d'une heure et demie plus tard. La suite empire. Le 22 septembre, jour où son éclat est maximal, elle ne pointe plus qu'à au coucher du Soleil. Mi-octobre elle disparaît à 18 h 39, avant même la fin du jour. Elle n'aura pas été une véritable étoile du soir de tout l'automne, et il faudra attendre janvier 2027 pour la retrouver franche, du côté du matin. Ce qu'un instrument montre sur elle — les phases, qui ne se devinent pas à l'œil — reste décrit sur notre page Vénus et ses phases.

La même mécanique condamne Mercure le 12 octobre : écart de 25° côté soir, le plus large de son année, et une hauteur de 4,4° au coucher du Soleil. Autant dire rien. Mais l'écliptique se redresse le matin en fin d'automne, et l'apparition suivante inverse complètement le tableau : le 20 novembre, avec un écart plus modeste de 19,6°, Mercure se tient à 15,8° de hauteur au lever du Soleil, franchement détachée au-dessus de l'est-sud-est. C'est la seule bonne occasion de l'année pour cocher une planète que beaucoup d'observateurs n'ont jamais vue ; notre page Mercure explique où et comment la cueillir.

Les trois oppositions et les deux élongations qui restent en 2026, avec ce que chacune donne réellement depuis Paris. Le diamètre apparent est donné en secondes d'arc : à titre de comparaison, la pleine Lune en mesure 1 800.
Date Diamètre apparent Conditions à Paris
Vénus 15 août (élongation est, 46°) −4,3 24″ 12,3° au coucher du Soleil, couchée à 22 h 24 — apparition du soir médiocre
Neptune 26 septembre (opposition) 7,8 2,4″ 43° au méridien vers 1 h 30, mais pleine Lune à 4,5° — reporter à mi-octobre
Saturne 4 octobre (opposition) 0,3 19,7″ 43° vers 2 h, Lune levée seulement à 1 h 17 — la meilleure fenêtre de l'automne
Mercure 12 octobre (élongation est, 25°) −0,1 7″ 4,4° au coucher du Soleil — inobservable depuis nos latitudes
Mercure 20 novembre (élongation ouest, 20°) −0,5 7″ 15,8° au lever du Soleil, à l'est-sud-est — la bonne occasion de l'année
Uranus 25 novembre (opposition) 5,6 3,8″ 64° au méridien vers 0 h 30, mais Lune pleine à 97 % et à 19° — viser mi-décembre

Novembre : Léonides discrètes, Uranus mal tombée

Le mois commence par un basculement pratique : le dimanche 25 octobre, les montres reculent d'une heure. L'obscurité s'installe alors dès 18 h 30 à la mi-novembre. Pour qui travaille, c'est le changement le plus utile de l'année : une séance redevient compatible avec un lever à 6 h.

Les Léonides atteignent leur maximum le 17 novembre à 23 h 45 en temps universel, soit 0 h 45 dans la nuit du 17 au 18 à vos montres — le passage nodal se produisant à une longitude solaire de 235,27°. Leur réputation vient des tempêtes historiques : en 1833, des témoins ont décrit des milliers de traces par heure, et l'épisode a fondé l'étude scientifique des essaims ; en 1966, les taux ont atteint plusieurs dizaines de milliers par heure au-dessus de l'Amérique du Nord. Ces sursauts se produisent quand notre planète croise le sillage frais de la comète 55P/Tempel-Tuttle, qui revient tous les trente-trois ans. Nous en sommes loin : son dernier passage date de 1998, le prochain est prévu pour 2031. Cette année, comptez un taux nominal de 15 par heure — mais des traces très rapides, à 71 km/s, souvent porteuses d'un sillage persistant. La Lune se couche à 1 h 20 : la fin de nuit est propre.

Deux essaims mineurs occupent l'intervalle : les Taurides du Sud au début du mois, les Taurides du Nord autour du 12 novembre, avec un taux de cinq par heure chacun mais sous une Lune très favorable, respectivement à 18 % et 7 % éclairée. Leur intérêt n'est pas le nombre : les Taurides sont lentes — 29 km/s — et donnent une proportion inhabituelle de bolides, ces traces plus brillantes que Vénus qui illuminent le paysage une seconde.

Reste Uranus, à l'opposition le mercredi 25 novembre à 23 h 33, dans le Taureau, à 18,44 unités astronomiques. Magnitude 5,6 : théoriquement accessible sans instrument sous un ciel de montagne, en pratique une affaire de jumelles. Le calendrier la sabote une nouvelle fois, la pleine Lune ayant eu lieu la veille, à 19° d'elle et éclairée à 97 %. La bonne stratégie consiste à ignorer la date officielle et à chercher Uranus vers le 10 décembre : elle sera alors aussi brillante à un centième de magnitude près. La méthode de repérage, étoile par étoile, est sur notre page Uranus et Neptune.

Ce qu'« opposition » veut dire, et pourquoi ça change tout

Le mot revient six fois dans cette page ; il mérite trente secondes. Une planète est à l'opposition lorsque la Terre passe exactement entre elle et le Soleil. Trois conséquences en découlent, et elles arrivent ensemble.

D'abord la distance : la Terre étant du même côté, l'objet est au plus près de nous de toute l'année, donc au plus grand et au plus brillant. L'effet est spectaculaire pour Mars, dont le diamètre apparent peut doubler, et modeste pour Saturne, dont l'orbite est si vaste que la distance Terre-Soleil n'y pèse presque plus : elle passe de 10,1 à 8,4 unités astronomiques, soit un gain de taille d'environ un cinquième.

Ensuite l'horaire : opposé au Soleil, l'objet se lève quand celui-ci se couche, culmine à minuit vrai et se couche à son lever. Il est disponible toute la nuit, ce qui laisse le temps d'attendre une accalmie de la turbulence — le facteur qui décide vraiment de ce qu'un instrument montrera.

Enfin la hauteur, et c'est le paramètre que les calendriers oublient. Un astre à l'opposition culmine d'autant plus haut que le Soleil, à l'opposé, est bas : les oppositions d'hiver placent les planètes très haut dans le ciel français, celles d'été les collent à l'horizon sud. Celle de Saturne, début octobre, tombe dans un entre-deux confortable à 43°. Celle de Jupiter du 10 janvier dernier, en plein cœur de l'hiver et dans les Gémeaux, l'avait portée à 55° — l'une des meilleures configurations possibles depuis la métropole.

Le radiant est une illusion d'optique, pas une cible

Cette image cumule les traces de plusieurs heures en une seule vue ; aucun œil ne verra jamais cela d'un coup, et il faut le dire. Ce qu'elle montre bien, en revanche, c'est le radiant : tout semble partir du même point du ciel. Rien n'en part réellement. Les grains d'un essaim voyagent sur des trajectoires parallèles ; la Terre les prend de face, et la perspective fait converger ces parallèles vers un point de fuite, exactement comme les rails d'une voie ferrée.

D'où la seule erreur de débutant qui compte, ce soir-là : ne fixez pas le radiant. Ce qui y apparaît vient droit sur vous et se réduit à un point sans longueur. Les plus beaux tracés, longs et lents, se produisent à 40 à 60° de ce point. Choisissez donc une portion de ciel large, haute, à mi-chemin entre lui et le zénith, et tenez-la. Le reste du protocole — allongé, sans instrument, sans écran, une heure au minimum — est détaillé dans observer les étoiles filantes.

Un mot enfin sur la position du radiant : elle sert à identifier une trace, pas à la chercher. Si vous la prolongez mentalement en arrière et qu'elle pointe vers les Gémeaux en décembre, c'est une Géminide ; sinon, c'est une sporadique, et il en tombe une poignée par heure toute l'année.

Quant à ce qui brille exactement, ce n'est pas le grain lui-même. Entre 120 et 80 km d'altitude, le frottement le porte à incandescence et l'ablate : ses atomes se détachent, percutent les molécules de l'air et les ionisent. L'essentiel du rayonnement provient de ce sillage excité, pas d'une combustion. Chaque élément y met sa signature — le sodium tire vers l'orangé, le magnésium vers le bleu-vert, le fer vers le jaune, tandis que l'azote et l'oxygène de l'atmosphère donnent le rouge des bordures. C'est aussi ce qui explique les traînées persistantes : la colonne ionisée met parfois plusieurs minutes à se recombiner, et se tord lentement sous l'effet des vents de haute altitude. Une simple paire de jumelles pointée sur une traînée fraîche est l'un des rares usages d'un instrument pendant un essaim.

Paysage enneigé au crépuscule avec un arbre nu isolé au centre, surmonté d'un ciel bleu profond strié de dizaines de traînées lumineuses rectilignes qui divergent toutes d'un même point situé en haut à gauche du cadre
Composition additionnant les météores de plusieurs heures d'une même nuit : les traces divergent toutes du radiant, un effet de perspective. Géminides observées en Chine, premier prix du concours d'astrophotographie de l'IAU OAE 2021. Dai Jianfeng / IAU OAE (CC BY 4.0, Wikimedia Commons)

Décembre : les Géminides, meilleure fenêtre de l'année

Si vous ne devez retenir qu'une nuit du calendrier restant, retenez celle du dimanche 13 au lundi 14 décembre, ou la suivante. Les Géminides sont l'essaim le plus fourni du calendrier moderne, avec un taux horaire nominal de 150, et un maximum large centré sur le 14 décembre à 14 h en temps universel, soit 15 h à vos montres — en plein jour. Les deux nuits qui l'encadrent sont donc bonnes toutes les deux.

Trois raisons font de ce moment le meilleur de l'année, et elles se cumulent. La Lune d'abord : un croissant de 19 % qui se couche à 20 h 59 le 13, puis un croissant de 27 % couché à 22 h 09 le 14. Le radiant ensuite : situé près de Castor, il se lève dès la fin d'après-midi et atteint 64° à 1 h, 74° à 3 h — une élévation que les Perséides d'août n'approchent jamais. La durée enfin : la nuit noire s'étend de 18 h 49 à 6 h 40, soit près de douze heures, contre cinq heures seulement à la mi-août. À taux égal, une nuit de décembre offre deux fois plus de temps utile.

Les Géminides ont aussi une origine singulière. Elles ne viennent pas d'une comète mais de 3200 Phaéthon, un astéroïde de 5,8 km dont l'orbite frôle le Soleil à 0,14 unité astronomique, soit à peine plus du tiers de la distance de Mercure. Sa surface y est chauffée à plusieurs centaines de degrés, se fissure, et libère des poussières plus denses que celles des noyaux cométaires. C'est ce qui donne à l'essaim sa signature : des tracés lents35 km/s, contre 59 pour les Perséides — et souvent teintés de jaune ou de vert.

Le seul obstacle est la température. Trois heures immobile en décembre demandent un équipement sérieux, et ce n'est pas une coquetterie : c'est le froid, pas le ciel, qui écourte la plupart des séances d'hiver. Notre guide bien s'habiller et s'installer pour observer traite le sujet dans le détail.

La buée et le froid, les deux vrais adversaires de décembre

Ce qui écourte une séance d'hiver n'a rien d'astronomique. Deux phénomènes très prosaïques en viennent à bout, et l'un comme l'autre se traitent d'avance.

Le premier est la condensation. Une surface exposée au ciel dégagé rayonne vers l'espace et se refroidit sous la température de l'air — de deux à cinq degrés en nuit calme. Dès qu'elle descend au-dessous du point de rosée, la vapeur d'eau s'y dépose : le voile apparaît d'abord sur le miroir secondaire ou la lentille frontale, et l'image se ternit sans qu'on comprenne pourquoi. La parade tient en deux objets : un pare-buée, simple tube de mousse prolongeant l'avant de l'instrument, qui restreint la portion de ciel vue par le verre ; et, quand cela ne suffit plus, une résistance chauffante maintenant la surface un ou deux degrés au-dessus de l'air ambiant. Souffler dessus ou l'essuyer ne fait qu'aggraver le dépôt.

Le second est le refroidissement du corps. Rester immobile trois heures à cinq degrés n'a rien à voir avec une marche par le même temps : sans production musculaire de chaleur, la déperdition l'emporte. La règle est de s'habiller pour une température ressentie dix degrés plus basse que celle annoncée, en multipliant les couches plutôt qu'en épaississant la principale, et d'isoler d'abord les pieds du sol — une semelle épaisse ou un carton sous les chaussures change tout. Une boisson chaude en thermos, et surtout la position allongée sur un transat plutôt que debout la nuque cassée, font le reste. La liste complète est dans bien s'habiller et s'installer.

Solstice, Ursides et la Lune la plus proche de l'année

Le solstice d'hiver tombe le lundi 21 décembre à 21 h 50. C'est la nuit la plus longue, avec près de seize heures entre le coucher et le lever du Soleil à la latitude de Paris — et donc, mécaniquement, la plus grande réserve d'obscurité de l'année.

Les Ursides culminent dans la foulée, le 22 décembre à 22 h en temps universel. L'essaim est confidentiel — dix traces par heure au mieux, issues de la comète 8P/Tuttle — et son radiant, dans la Petite Ourse, présente la particularité d'être circumpolaire depuis la France : il ne se couche jamais. Cette année, une Lune éclairée à 96 %, deux jours avant la pleine phase, les rend inutiles à chercher. Nous le disons parce que la plupart des calendriers les listent sans le préciser.

L'année se termine sur un objet que personne ne peut manquer. La pleine Lune du jeudi 24 décembre à 2 h 28 se produit à 356 650 km du centre de la Terre, la plus courte distance des douze pleines Lunes de 2026. Ce qu'on appelle une « super Lune » n'a rien d'un événement rare — il s'en produit trois ou quatre par an — et l'effet visuel est bien plus modeste que les photographies ne le suggèrent : le disque paraît 7 % plus large et 15 % plus lumineux que la moyenne, un écart qu'aucun œil ne détecte sans comparaison directe. La différence entre la plus proche et la plus lointaine de l'année atteint tout de même 14 % de diamètre.

Une dernière note pour préparer la suite : Jupiter, invisible depuis le début août car passée derrière le Soleil — son écart n'était plus que de le 7 août —, reparaît le matin dès la mi-septembre à 36°, atteint 87° à la mi-novembre et se lève avant minuit à partir de la mi-décembre. Sa prochaine opposition tombe en février 2027. Les quatre satellites de Galilée, eux, se voient à la première paire de jumelles : de quoi occuper les fins de nuit de décembre, comme le décrit notre page Jupiter et ses satellites.

Le 24 décembre, et pourquoi une pleine phase est plate

Voici l'aspect qu'aura notre satellite le 24 décembre, à ceci près qu'il sera exactement plein — et c'est précisément ce qui le rend décevant dans un instrument. Éclairé pile de face, il ne projette aucune ombre vers nous : les cratères s'effacent, le relief disparaît, et il ne subsiste qu'un contraste d'albédo entre les mers sombres et les hautes terres claires. La seule chose qui gagne à ce moment-là, ce sont les rayons d'éjecta — les traînées claires qui partent de Tycho et de Copernic, invisibles le reste du mois.

Le bon moment pour la regarder n'est jamais la pleine phase. C'est le terminateur, cette frontière mouvante entre jour et nuit, où le Soleil rasant allonge les ombres et fait sortir chaque muraille. Un croissant de six jours dans une simple paire de jumelles 10×50 montre plus de relief qu'une pleine phase dans un télescope de 200 mm. En décembre, ces soirées de terminateur tombent autour des 15 au 19 pour le premier quartier.

Un mot sur l'« illusion lunaire », puisque le 24 décembre la fera parler : un disque levant paraît énorme à l'horizon, puis rétrécit en montant. Son diamètre apparent, mesuré, ne change pratiquement pas — il augmente même légèrement avec l'élévation, l'observateur s'en rapprochant d'un rayon terrestre. L'effet est entièrement perceptif, et il n'a toujours pas d'explication consensuelle.

Disque lunaire gris presque entièrement éclairé sur fond noir, montrant les taches sombres des mers, les rayons clairs partant du cratère Tycho en bas et un fin liseré d'ombre le long du bord supérieur gauche
À quelques heures de la pleine phase : les mers se lisent, les rayons de Tycho balaient tout l'hémisphère sud, et le mince liseré d'ombre en haut à gauche trahit qu'il manque encore un peu. Luc Viatour (CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons)

Le bilan des sept premiers mois, sans arrangement

Quatre rendez-vous ont fait l'actualité entre janvier et juin. Voici ce qu'ils ont réellement donné depuis la France.

L'opposition de Jupiter, le 10 janvier, a été le meilleur moment planétaire de l'année, et sans discussion. Magnitude −2,7, disque de 45,6 secondes d'arc, distance de 4,23 unités astronomiques — et surtout, dans les Gémeaux, une culmination à 55° au-dessus de l'horizon parisien. Ceux qui ont sorti un instrument cette nuit-là ont eu la meilleure image de la géante avant 2027.

Les Quadrantides, dans la nuit du 3 au 4 janvier, sont l'exemple parfait de ce qu'un calendrier annonce et que le ciel refuse : leur pic, très étroit — quelques heures seulement, contre plusieurs jours pour les Perséides —, s'est produit sous une Lune éclairée à 99 %. Un essaim qui vaut plus de cent traces par heure sur le papier en a rendu une petite dizaine.

L'éclipse annulaire du 17 février a été un non-événement français, et l'un des plus mal relayés. L'anneau, d'une magnitude de 0,963, n'a duré que 2 minutes et 20 secondes au maximum, sur une bande longue de 4 282 km et large de 616 km qui n'a balayé que l'Antarctique. Aucun point de métropole n'en a vu la moindre trace.

L'éclipse totale de Lune du 3 mars, avec ses 58 minutes de totalité, a été superbe — au-dessus du Pacifique, de l'Australie et de l'ouest des Amériques. L'Europe et l'Afrique n'ont rien vu du tout : à cette heure-là, notre satellite était sous l'horizon.

Reste le plus réussi : le rapprochement de Vénus et Jupiter, le 9 juin. Les deux astres les plus brillants du ciel se sont approchés à 1,6° l'un de l'autre, tenant largement dans le même champ de jumelles, à environ 27° de hauteur au-dessus de l'ouest en fin de crépuscule. Contrairement aux trois autres, celui-là s'est vraiment vu de France, et de partout.

La Lune, arbitre silencieux de la moitié du calendrier

Quatre des essaims de cette année sont gâchés par la Lune, et deux sont sauvés par elle. Ce n'est pas de la malchance : c'est arithmétique. Un essaim revient à date presque fixe, puisque la Terre recroise le même nuage de poussières au même point de son orbite ; le cycle des phases, lui, dure 29,53 jours et ne se cale sur rien. Les deux périodes sont incommensurables, et chaque essaim traverse donc lentement toutes les configurations possibles, avec un retour à des conditions semblables tous les dix-neuf ans environ — le cycle de Méton.

L'ampleur du dégât se mesure. Une pleine Lune haute porte la luminosité du fond de ciel à trois ou quatre magnitudes au-dessus de celle d'une nuit noire, ce qui revient à observer depuis une banlieue moyenne. Sur une distribution dominée par les traces faibles, cela retire couramment 70 à 80 % du compte. Un croissant de moins de 30 %, ou couché avant minuit, ne coûte pratiquement rien.

D'où la règle qui permet de lire n'importe quel calendrier du ciel plus vite que ses commentaires : avant même de regarder le taux annoncé, cherchez la phase et l'heure de coucher. Cette année, l'exercice donne un classement net — les Perséides du 12 août et les Géminides du 13 décembre sont les deux seules périodes pleinement exploitables, les Léonides du 17 novembre sont correctes après 1 h 20, et les Orionides d'octobre comme les Ursides de décembre sont perdues.

Le même raisonnement vaut pour le ciel profond : les galaxies et les nébuleuses diffuses se cherchent dans la semaine qui entoure la Nouvelle Lune, soit les périodes autour des 11 septembre, 10 octobre, 9 novembre et 9 décembre. Notez-les : ce sont les quatre meilleures fenêtres de la fin de l'année, et elles ne figurent dans aucun calendrier événementiel.

D'où viennent ces dates : trois siècles d'éphémérides françaises

Les heures données ici ne sortent d'aucune observation directe : elles sont calculées, parfois des années à l'avance, et ce travail a une histoire française qu'on soupçonne rarement.

La Connaissance des temps paraît à l'Observatoire de Paris depuis 1679, créée par Joachim Dalancé. C'est la plus ancienne publication périodique du monde encore éditée, et elle a d'abord servi la navigation : sans horloge fiable à bord, un capitaine ne pouvait déterminer sa longitude qu'en comparant un phénomène céleste observé — l'éclipse d'un satellite de Jupiter, une occultation d'étoile par la Lune — à l'heure prévue pour le méridien de référence. Une erreur de quelques minutes sur la prédiction déplaçait le navire de plusieurs dizaines de kilomètres.

Le Bureau des longitudes reprend la publication en 1795, et en confie depuis 1998 le calcul à l'IMCCE, l'Institut de mécanique céleste et de calcul des éphémérides, unité de l'Observatoire de Paris. La série complète a été numérisée avec la Bibliothèque nationale de France : 334 volumes de la Connaissance des temps et 218 annuaires du Bureau des longitudes, environ 200 000 pages, consultables librement.

La méthode, elle, a changé de nature. Les tables du XVIIIe siècle reposaient sur des développements analytiques laborieusement ajustés ; les éphémérides modernes sont des intégrations numériques du mouvement de l'ensemble du Système solaire, recalées sur les mesures radar et sur le suivi des sondes interplanétaires. C'est de ces intégrations que sortent les instants donnés dans cette page — celui d'une opposition, d'un coucher ou d'une entrée dans l'ombre —, et leur précision se compte aujourd'hui en secondes, non en minutes.

Reste une subtilité qui pèse justement à ce niveau de finesse : l'échelle de temps. Nos horloges suivent le temps universel coordonné, lui-même adossé au temps atomique international, d'une régularité que la rotation de notre planète n'a pas — celle-ci ralentit irrégulièrement sous l'effet des marées et des mouvements internes. Pour empêcher les deux de diverger, on a inséré depuis 1972 des secondes intercalaires, ajoutées d'autorité à la fin d'un mois. La pratique complique tellement les systèmes numériques que la Conférence générale des poids et mesures a décidé, en 2022, d'y mettre fin d'ici 2035. Pour un observateur, l'enjeu est nul à l'échelle d'une soirée ; il devient réel dès qu'on chronomètre une occultation d'étoile, où une demi-seconde d'erreur déplace un profil d'astéroïde de plusieurs kilomètres.

Compter, noter, contribuer : l'amateur est encore utile

Peu de domaines scientifiques laissent autant de place aux non-professionnels, et l'étude des poussières interplanétaires en fait partie — pour une raison simple : il faut couvrir tout le ciel, toutes les nuits, partout, et aucun observatoire ne le fait.

Le comptage visuel garde donc une valeur, à condition d'être discipliné. Un relevé exploitable note l'heure de début et de fin, la magnitude limite estimée au moment de la séance, la fraction de champ masquée par les nuages ou les obstacles, puis chaque trace avec son heure, son éclat estimé et son appartenance ou non à l'essaim du moment. Les organisations spécialisées agrègent ces relevés venus du monde entier pour reconstituer les courbes d'activité — celles-là mêmes qui servent ensuite à annoncer les maxima des années suivantes.

L'instrumentation automatique n'a pas rendu l'exercice caduc, elle l'a complété. La France dispose depuis une dizaine d'années du réseau FRIPON, financé par l'Agence nationale de la recherche : une centaine de caméras installées sur des toits d'observatoires, d'universités et de musées, filmant le ciel à 360°, jour et nuit. Quand un bolide traverse plusieurs champs, la trajectoire est reconstituée automatiquement et une zone de chute d'une vingtaine de kilomètres carrés est définie en moins de vingt-quatre heures. Le programme Vigie-Ciel prend alors le relais et organise les battues avec des bénévoles. Le passage le plus spectaculaire enregistré par ce réseau, le 22 juin 2016, a été vu par dix-huit caméras à la fois.

Autrement dit, une nuit de décembre passée à compter n'est pas seulement une nuit agréable : c'est une contribution, à condition de noter ce qu'on voit au lieu de s'en souvenir.

L'échelle de Bortle : mettre un chiffre sur son site

Tout ce qui précède suppose un lieu d'observation. Il existe pour le qualifier une graduation simple, proposée par l'Américain John Bortle dans Sky & Telescope en février 2001, et devenue la référence des amateurs. Elle compte neuf classes, de 1 pour un site exceptionnel à 9 pour un centre-ville, et associe à chacune une magnitude limite et une description de ce qu'on y perçoit.

La classe 1 autorise la magnitude 7,6 à 8,0 : la lumière zodiacale y est colorée, et la traînée galactique projette des ombres au sol. La classe 3, dite rurale, plafonne à 6,6-7,0 et garde toute sa structure. La classe 4 descend à 6,3-6,5, avec des dômes lumineux visibles dans plusieurs directions. La classe 5, périurbaine, tombe à 5,6-6,0 et délave la bande galactique au zénith. La classe 7 la fait disparaître, la classe 9 ne laisse que la Lune, les planètes et les amas les plus vifs, sous une magnitude limite inférieure à 4,0.

Deux usages en découlent, tous deux concrets. Le premier est d'ajuster ses attentes : sous une classe 6, il est vain d'espérer les trente à cinquante traces par heure annoncées ici, et il faut viser un site de classe 4 au moins pour retrouver l'ordre de grandeur. Le second est de vérifier son adaptation : si vous ne voyez pas au moins la magnitude annoncée pour votre classe, c'est que vos yeux ne sont pas encore prêts, ou qu'une lumière parasite vous atteint.

La métropole conserve des zones de classe 2 à 3 — massifs du Massif central, Alpes du Sud, Causses, Pyrénées, une partie des Landes et du Morvan. Aucune n'est à plus de quelques heures de route d'une grande ville, et c'est le meilleur investissement qu'un observateur puisse faire : gratuit, et plus efficace que n'importe quel achat.

Photographier ces rendez-vous sans matériel spécialisé

Rien de ce qui figure sur cette page n'exige un appareil dédié à l'astronomie, et deux règles suffisent à obtenir des images correctes.

La première borne la durée de pose. La rotation terrestre transforme tout point lumineux en petit trait dès que l'on dépasse un certain temps ; la règle empirique dite des 500 donne ce temps en divisant 500 par la focale employée en millimètres, sur un capteur plein format. À 24 mm, cela autorise environ 20 secondes ; à 50 mm, 10 secondes ; sur un capteur APS-C, il faut encore diviser par 1,5. Au-delà, les étoiles s'allongent, et l'effet devient visible à l'agrandissement.

La seconde concerne la mise au point, qui est le premier motif d'échec. L'autofocus n'accroche rien dans le noir : il faut passer en manuel, agrandir l'écran sur un astre brillant, et affiner jusqu'à obtenir le point le plus petit possible. Le reste se règle sans mystère : ouverture la plus grande dont dispose l'objectif, sensibilité entre 1 600 et 3 200, format brut plutôt que compressé, retardateur pour ne pas faire vibrer le boîtier, et un trépied — c'est le seul accessoire réellement indispensable.

Pour les traces d'un essaim, la seule méthode qui fonctionne est statistique : cadrer large, à 40 ou 60° du point de convergence, et laisser tourner une pose après l'autre pendant deux heures. Sur trois cents images, deux ou trois porteront quelque chose. Les téléphones récents s'en sortent d'ailleurs très bien en mode nuit posé sur un support stable, et ils suffisent largement pour l'ombre sur le disque lunaire du 28 août. Le déroulé complet d'une séance est dans photographier le ciel.

Comment on prévoit le maximum d'un essaim

Une opposition se calcule ; un maximum d'essaim se prédit, ce qui n'est pas la même chose. Le nuage de poussières n'est ni homogène ni figé, et les prévisions annoncées gardent une incertitude que les calendriers grand public escamotent.

Premier outil : la longitude solaire. Plutôt que de dater un maximum en jours de calendrier — qui glissent d'une année sur l'autre à cause des années bissextiles —, les spécialistes le repèrent par la position de la Terre sur son orbite, mesurée en degrés depuis l'équinoxe de mars. Le maximum des Perséides se situe ainsi vers 140,0°, celui des Géminides vers 262,2°, celui des Léonides à 235,27°. Ce repère est stable sur des décennies, alors que les archives de l'IMO montrent que le pic large des Perséides a réellement varié entre 139,8° et 140,3° — l'équivalent, cette année, d'une fenêtre de douze heures.

Second outil, plus récent : la modélisation des filaments. Chaque passage d'une comète laisse un ruban de poussières distinct, qui dérive ensuite sous l'effet des planètes. En intégrant le mouvement de ces rubans, on prédit quand la Terre en croisera un — et c'est cette méthode qui a permis d'annoncer à l'avance la tempête léonide de 1999. Pour les Perséides de cette année, deux prévisions de ce type sont publiées : la traversée d'une branche du filament laissé en 1079, et un filament plus faible attendu autour du 13 août à 1 h TU.

Une dernière couche pour finir, purement administrative mais utile : depuis l'assemblée générale de l'Union astronomique internationale tenue à Prague en 2006, chaque essaim porte un numéro et un code de trois lettres. Les Perséides sont 007 PER, les Géminides 004 GEM, les Léonides 013 LEO, les Ursides 015 URS. Une première liste de 64 essaims établis a été validée, tandis que la base du Meteor Data Center en recense aujourd'hui près d'un millier, la plupart encore à confirmer.

Faut-il du matériel pour suivre ce calendrier ?

Pour l'essentiel, non. Tout ce qui relève des essaims, des ombres et de notre satellite se suit sans optique — l'éclipse solaire du 12 août exigeant en revanche un filtre certifié, qui est une protection et non un instrument. Seules trois cibles réclament une aide : un télescope pour distinguer les anneaux, des jumelles pour repérer les deux géantes de glace. Notre comparaison œil nu, jumelles ou télescope pose les frontières.

Pourquoi les heures données diffèrent-elles d'un site à l'autre ?

Trois raisons se cumulent. Les publications internationales retiennent le temps universel, en retard de deux heures sur l'heure légale française en été et d'une heure en hiver. Ensuite, un instant comme celui d'une opposition est global, alors que les levers, couchers et élévations dépendent de votre longitude et de votre latitude : Brest et Nice n'ont ni le même horizon ni le même horaire, et 27 minutes les séparent en temps solaire. Enfin, un maximum d'essaim reste une prévision, révisée d'une année sur l'autre, et les organismes ne l'estiment pas tous pareil — nous signalons chaque écart dans le texte.

Que faire si le ciel est couvert la nuit du maximum ?

Sortir la veille ou le lendemain. Perséides et Géminides ont un pic large de plusieurs jours : la nuit voisine rend encore la moitié à deux tiers du compte. Les Quadrantides de janvier, elles, culminent en quelques heures — c'est l'exception, et c'est ce qui les rend si fragiles. Pour les planètes, la marge est bien plus confortable : l'éclat de Saturne varie de moins de 1 % sur tout le mois d'octobre. Anticiper la couverture nuageuse se travaille, et notre guide observer selon la météo explique quels paramètres regarder.

Peut-on détecter des météores par temps couvert ?

Oui, et c'est un exercice sérieux. Une traînée ionisée réfléchit les ondes radio pendant une fraction de seconde ; en écoutant un émetteur situé au-delà de l'horizon, on perçoit un sifflement bref à chaque passage, de jour comme sous les nuages. La méthode complète, le matériel et les stations utilisables depuis la France sont décrits dans la détection radio des météores.

Qu'est-ce qui attend 2027 ?

Une date écrase toutes les autres : le 2 août 2027, la bande d'ombre balaiera l'Andalousie puis l'Afrique du Nord, avec plus de six minutes d'obscurité près de Louxor — la deuxième plus longue durée du siècle. Elle se produit vers 11 h, astre haut : l'inverse exact des difficultés de cette année, et à une journée de route. Février ramènera par ailleurs la géante gazeuse au sommet du ciel d'hiver.

L'avis de Luc

L'avis de Luc

Un calendrier du ciel se lit dans un ordre précis : la phase de la Lune d'abord, son heure de coucher ensuite, et le nom du phénomène en dernier. Trente secondes suffisent alors à éliminer la moitié des dates, et à s'épargner une heure de route pour rien. Appliqué à cette année, l'exercice isole deux nuits qui valent le déplacement — le 12 août et le 13 décembre — et deux matins à ne pas manquer : le 28 août pour l'ombre sur le disque, le 20 novembre pour Mercure, que beaucoup d'observateurs n'ont jamais vue de leur vie. Le reste se regarde depuis le jardin. Quant aux Ursides, elles se soldent chaque année par une déception.

Cinq mois de rendez-vous : préparez-les avec les bons repères

Une carte du ciel tournante dit quelles constellations sont levées à l'heure et à la date où vous sortez — de quoi trouver Persée à 2 h du matin le 13 août, ou les Gémeaux à 3 h le 14 décembre. Une paire de jumelles 10×50 fait le reste : elle suffit à suivre l'ombre sur le disque lunaire le 28 août, à repérer Uranus en décembre et à séparer les satellites de Jupiter.

Le reste du programme

Les prochains rendez-vous

Revenir en haut de la page