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Le ciel de l'été

L'été est la saison où le ciel donne le plus, à condition de savoir où regarder. Dès la nuit tombée, trois étoiles très brillantes dessinent au-dessus de votre tête un vaste triangle — Véga, Deneb, Altaïr — qui sert de charpente à toute la voûte. Sous elles, vers le sud, la bande laiteuse de la Voie lactée plonge vers l'horizon et traverse les deux constellations les plus riches du ciel, le Sagittaire et le Scorpion. C'est là que se cache le cœur de notre galaxie, et avec lui la plus belle moisson d'amas et de nébuleuses de l'année. Voici l'itinéraire de vos nuits de juin à septembre : ce qu'on voit à l'œil nu, aux jumelles et au télescope, avec la magnitude et le diamètre qu'il faut pour chaque cible.

3
étoiles très brillantes forment le Triangle de l'été : Véga, Deneb et Altaïr, visibles toute la nuit de juin à août
6 ×30
de simples jumelles suffisent à balayer la Voie lactée du Cygne au Sagittaire et à cueillir la plupart des cibles
100000
étoiles au moins dans M13, le grand amas d'Hercule, la plus belle boule d'étoiles du ciel boréal
26000
années-lumière nous séparent du cœur de la Voie lactée, dans la direction du Sagittaire, au ras de l'horizon sud
8
objets Messier phares tiennent dans un même quart de ciel d'été, du Cygne au Scorpion

La charpente du ciel

Le Triangle de l'été, votre point de départ

Trois phares qui montent dès le crépuscule

Levez les yeux vers l'est en début de nuit : la première étoile à percer le crépuscule, presque au zénith en plein été, c'est Véga (α Lyrae), un joyau bleu-blanc de magnitude 0,03, à seulement 25 années-lumière. Au sud-est, plus basse, brille Altaïr (α Aquilae, magnitude 0,76), l'une de nos voisines à 17 années-lumière. Et au nord-est, refermant la figure, Deneb (α Cygni, magnitude 1,25) : d'apparence plus modeste, elle est en réalité un supergéant à plus de 1 500 années-lumière, parmi les étoiles les plus lumineuses que l'on connaisse. Ces trois-là forment le Triangle de l'été, visible toute la nuit de juin à août.

Une boussole qui déplie tout le ciel

Le Triangle n'est pas qu'un joli motif : c'est un plan de vol. Deneb marque la queue du Cygne, la grande croix qui plonge tête la première dans la Voie lactée. Véga commande la petite Lyre et son parallélogramme d'étoiles. Altaïr, encadrée de deux gardiennes, dessine l'Aigle. À partir de ces trois figures, tout le reste se déduit — la voie laiteuse qui les traverse vous mène ensuite vers le sud, jusqu'au Sagittaire.
La Voie lactée d'été près de Deneb, avec l'amas ouvert M39 et la nébuleuse de l'Amérique du Nord
La Voie lactée près de Deneb — ESO / S. Brunier (CC BY 4.0)
Les trois étoiles du Triangle de l'été
Étoile Constellation Magnitude Distance
Véga (α Lyrae) Lyre 0,03 25 al
Altaïr (α Aquilae) Aigle 0,76 17 al
Deneb (α Cygni) Cygne 1,25 > 1 500 al

Le sud, au ras de l'horizon

La Voie lactée et le cœur de notre galaxie

Regarder vers le centre de la galaxie

Quand vous suivez la Voie lactée depuis le Cygne jusqu'à l'horizon sud, vous descendez le regard vers le Sagittaire. Là, à quelque 26 000 années-lumière, se trouve le centre de notre galaxie — un trou noir de quatre millions de masses solaires, caché derrière d'épais voiles de poussière. C'est pourquoi la bande laiteuse y est la plus large et la plus grumeleuse de tout le ciel : vous regardez à travers l'épaisseur du disque galactique. Le motif d'étoiles du Sagittaire dessine une théière ; la vapeur qui semble s'en échapper, c'est la Voie lactée elle-même.

Le Scorpion et le cœur rouge d'Antarès

À l'ouest du Sagittaire, juste au-dessus de l'horizon sud, se love le Scorpion, l'une des rares constellations qui ressemble vraiment à ce qu'elle nomme. En son centre bat Antarès (α Scorpii, magnitude 1,0), une supergéante rouge 700 fois plus grande que le Soleil, dont la teinte cuivrée saute aux yeux. Le Scorpion et le Sagittaire restent bas depuis la France : visez-les quand ils culminent au sud, vers minuit en juillet, et cherchez un horizon dégagé côté campagne.
La nébuleuse de la Lagune (M8) dans la Voie lactée du Sagittaire, photographiée par le télescope VST de l'ESO
La Lagune (M8) par le VST — ESO / VPHAS+ team (CC BY 4.0)

La tournée des merveilles

Les objets phares de l'été, un par un

M13, le grand amas d'Hercule

C'est la pièce maîtresse. M13, à magnitude 5,8, est un amas globulaire de plus de 100 000 étoiles serrées en une boule de 145 années-lumière, à 25 100 années-lumière de nous. Repéré par Halley en 1714 et catalogué par Messier le 1er juin 1764, il se niche sur un côté du grand « H » d'Hercule, entre Véga et l'étoile Arcturus. Aux jumelles, c'est une tache cotonneuse ronde ; dès un télescope de 150 mm, ses bords se résolvent en une pluie d'étoiles piquantes — l'un des spectacles les plus mémorables du ciel boréal. Sa petite voisine M92, plus discrète (magnitude 6,4), mérite la visite dans la foulée.

M57, l'Anneau de la Lyre

Juste sous le parallélogramme de la Lyre, entre les étoiles Sheliak et Sulafat, se cache le plus célèbre des ronds de fumée du ciel. M57, la nébuleuse de l'Anneau, est une nébuleuse planétaire — la coquille de gaz éjectée par une étoile mourante — de magnitude 8,8, à environ 2 300 années-lumière. Minuscule (à peine 1 minute d'arc), elle demande un télescope de 100 mm et un grossissement d'au moins 75× pour révéler son anneau gris parfaitement fermé, comme un anneau de fumée figé.

M27, l'Haltère du Petit Renard

Non loin, dans la discrète constellation du Petit Renard, brille la plus facile des nébuleuses planétaires. M27, l'Haltère, fut la première du genre découverte par Messier en 1764. À magnitude 7,4 et large de 8 minutes d'arc — huit fois M57 — elle se montre aux jumelles comme une petite tache et, dès un 80 mm, dévoile sa forme de trognon de pomme ou de sablier lumineux à quelque 1 360 années-lumière.
Le grand amas d'Hercule (M13), boule de plusieurs centaines de milliers d'étoiles
M13 — Thedarksideobservatory (CC BY-SA 4.0)
Les objets phares de l'été et l'instrument qu'ils demandent
Objet Type Magnitude À partir de
M13 — amas d'Hercule Amas globulaire 5,8 jumelles ; résolu dès 150 mm
M22 — Sagittaire Amas globulaire 5,1 jumelles ; résolu dès 100 mm
M8 — Lagune Nébuleuse diffuse 6,0 jumelles sous ciel noir
M27 — Haltère Nébuleuse planétaire 7,4 80 mm
M57 — Anneau Nébuleuse planétaire 8,8 100 mm à 75×
M11 — Canard sauvage Amas ouvert 5,8 jumelles ; superbe dès 100 mm
Albireo (β Cygni) Étoile double 3,1 60 mm à 30×
Dentelles du Cygne Rémanent de supernova 150 mm + filtre OIII

La Lagune, la Trifide et l'Aigle

Le Sagittaire est un champ de nébuleuses. La Lagune (M8), à magnitude 6 et étalée sur 90 × 40 minutes d'arc — trois pleines Lunes de long —, se devine à l'œil nu sous un ciel noir comme une bouffée laiteuse à 4 100 années-lumière. Juste au-dessus, la Trifide (M20) mêle gaz rose et bleu. Plus au nord, en remontant vers l'Écu et l'Aigle, la nébuleuse de l'Aigle (M16) abrite les fameux Piliers de la création, et la nébuleuse Oméga (M17), en forme de cygne posé sur l'eau, compte parmi les plus brillantes du ciel (magnitude 6).

Les amas, à foison

Les amas d'étoiles pullulent dans cette région. Le Canard sauvage (M11), dans l'Écu, est un amas ouvert si dense (magnitude 5,8) qu'il ressemble à un globulaire en éventail. Dans la queue du Scorpion, le Papillon (M6, magnitude 4,2) et l'amas de Ptolémée (M7, magnitude 3,3) — connu depuis l'Antiquité — se cueillent aux simples jumelles, tout comme le riche champ stellaire de l'Écu de Sobieski. C'est la beauté de l'été : à faible grossissement, chaque coup de jumelles dans la Voie lactée tombe sur quelque chose.

Deux joyaux à ne pas manquer

M22 le globulaire, Albireo la double dorée

M22, plus brillant encore que M13

Le Sagittaire cache le rival de M13. M22, à magnitude 5,1, est l'un des amas globulaires les plus brillants du ciel, plus vif encore que le grand amas d'Hercule — mais sa faible hauteur depuis la France le désavantage. À 10 600 années-lumière, il se résout dès un télescope de 100 mm en une multitude d'étoiles serrées, juste au-dessus du couvercle de la théière. Cherchez-le les soirs où le Sagittaire est bien dégagé au sud : il vaut largement le détour.
L'amas globulaire M22 dans le Sagittaire, dense boule d'étoiles sur fond noir
M22 — N. A. Sharp, REU program / NOIRLab / NSF / AURA (CC BY 4.0)

Albireo, la plus belle étoile double du ciel

Au bec du Cygne, Albireo (β Cygni) paraît une simple étoile de magnitude 3,1 à l'œil nu. Mais pointez-la avec une lunette de 60 mm à seulement 30× : elle se dédouble en deux perles séparées de 34 secondes d'arc, l'une dorée, l'autre bleu saphir. Le contraste de couleurs est le plus saisissant de tout le ciel, et cette cible facile ne demande ni ciel parfait ni gros diamètre — l'idéal pour émerveiller un débutant ou un enfant du premier coup.
Albireo, l'étoile double au contraste or et bleu, dans le bec du Cygne
Albireo — Bruce Waters, Killarney Observatory (CC BY 4.0)

Les Dentelles du Cygne, pour qui a un filtre

Dernier trésor de la saison, réservé aux ciels noirs : les Dentelles du Cygne, immenses filaments laissés par une étoile qui a explosé il y a des milliers d'années, à environ 2 400 années-lumière. Étalées sur près de 3 degrés — six pleines Lunes —, elles restent invisibles sans aide, mais un filtre OIII sur un télescope de 150 mm fait surgir leurs volutes translucides comme par magie. C'est l'objet qui récompense la patience acquise pendant l'été.
Les Dentelles du Cygne, vestige filamentaire d'une supernova, dans la constellation du Cygne
Dentelles du Cygne — Jschulman555 (CC BY 3.0)

Le calendrier

Se repérer de mois en mois

Le ciel glisse d'environ 4 minutes par soir : d'un mois à l'autre, les mêmes astres se lèvent deux heures plus tôt. Voici comment la scène évolue de juin à septembre.

  1. Juin — le Triangle monte

    Le Triangle de l'été apparaît à l'est en début de nuit. Les nuits sont courtes et le crépuscule s'attarde, mais Véga trône déjà haut. Commencez par M13, presque au zénith, et Albireo pour vous faire l'œil.

  2. Juillet — le cœur galactique au sud

    Le meilleur mois. Vers minuit, le Sagittaire et le Scorpion culminent plein sud : c'est la fenêtre pour la Lagune (M8), M22 et la Voie lactée à l'œil nu. Visez un site à l'horizon sud dégagé.

  3. Août — la pleine saison, et les étoiles filantes

    Le Triangle passe au zénith, la Voie lactée traverse tout le ciel. Autour du 12 août, les Perséides ajoutent leur pluie d'étoiles filantes. Enchaînez M27, M11 et les Dentelles du Cygne au filtre.

  4. Septembre — dernier tour vers l'ouest

    Le Sagittaire s'enfonce vers l'ouest en début de nuit : cueillez ses nébuleuses tôt. Le Cygne et la Lyre, eux, restent hauts tard — Albireo, M57 et les Dentelles se travaillent encore confortablement.

L'avis de Luc

L'avis de Luc

Trente kilomètres de route changent tout : depuis une lisière de ville, la moitié de la Voie lactée disparaît dans le halo, quand elle barre le ciel d'un bout à l'autre un peu plus loin. C'est le seul vrai conseil de la saison, et il vaut mieux qu'un instrument de plus. Le reste s'enchaîne sans effort — le Triangle repéré, M13 aux jumelles pour se chauffer, puis la Lagune et M22 dès que le Sagittaire est bien posé au sud. Albireo se garde pour la fin, quand des amis passent : deux étoiles or et bleu dans une petite lunette laissent personne de marbre.

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Explorer le ciel d'été en détail

L'amas globulaire M13 M13, le grand amas d'Hercule Plus de 100 000 étoiles en une boule de 145 années-lumière : ce que révèle chaque diamètre, et comment le trouver dans le grand H d'Hercule. La nébuleuse de l'Anneau M57 M57, l'Anneau de la Lyre La nébuleuse planétaire la plus célèbre du ciel : où la trouver entre Sheliak et Sulafat, et le grossissement qui ferme l'anneau. La nébuleuse de la Lagune M8 M8, la nébuleuse de la Lagune Trois Lunes de gaz rose au cœur du Sagittaire : la plus grande nébuleuse diffuse de l'été et sa pouponnière d'étoiles. La Nébuleuse de l'Haltère (M27) en pose longue : sa forme de trognon de pomme, verte au centre et rouge aux extrémités, sur fond d'étoiles M27, l'Haltère au-dessus de la Flèche La nébuleuse planétaire la plus facile du ciel, dès 60 mm de diamètre. La double Albireo Albireo et les étoiles doubles Or et bleu dans le bec du Cygne : la plus belle double du ciel et comment la dédoubler dès 60 mm. Carte du ciel circumpolaire : la ligne tracée depuis la Grande Ourse conduit à l'étoile Polaire Se repérer dans le ciel Étoiles-guides, planisphère et méthode de saut d'étoile pour naviguer d'une figure à l'autre, du Cygne au Sagittaire.

Quelles jumelles ou quel télescope pour le ciel d'été ?

La plupart des merveilles de l'été se cueillent aux jumelles 10×50, et un télescope de 100 à 150 mm ouvre les amas et les nébuleuses planétaires. Nos choix par usage et par budget.

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