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Observer · Constellations

La Licorne

Au centre du Triangle d'hiver, entre Orion, Sirius et Procyon, une constellation qu'on ne voit presque pas à l'œil nu — et qui cache pourtant la Rosette, l'Arbre de Noël et l'une des plus belles étoiles triples du ciel. Voici comment fouiller cette zone, avec quoi, et ce qui s'y montre vraiment.

35
au classement des 88 constellations, par surface (482 deg²)
1613
année de sa création par Petrus Plancius
3
étoiles seulement au-dessus de la magnitude 4
3
amas ouverts Messier/NGC accessibles aux jumelles
2 0 min
de traversée par la Voie lactée d'hiver

Repérer

Une constellation qui se déduit, faute de se voir

La Licorne n'a pas d'étoile qui accroche l'œil : sa plus brillante, β Monocerotis, plafonne à la magnitude 3,74, et deux autres seulement dépassent la magnitude 4. Sous un ciel de ville, cette portion de ciel paraît vide. On ne la repère donc pas pour elle-même, mais par ses voisines : elle occupe tout l'intérieur du Triangle d'hiver, le grand triangle formé par Bételgeuse (dans Orion), Sirius (le Grand Chien) et Procyon (le Petit Chien). La bonne nouvelle, c'est que la Voie lactée d'hiver la traverse de part en part : chaque coup de jumelles dans ce triangle tombe sur un champ d'étoiles ou un amas.
Carte de la constellation de la Licorne (Monoceros), au centre du Triangle d'hiver
Carte : IAU / Sky & Telescope (CC BY 3.0)
  1. Montez d'abord le Triangle d'hiver

    De décembre à février, vers 21 h, repérez le rougeoyant Bételgeuse en haut d'Orion, Sirius en bas à gauche (l'étoile la plus brillante du ciel), et Procyon à gauche. Ces trois-là forment un triangle presque équilatéral : tout l'intérieur, c'est la Licorne.

  2. Balayez le centre aux jumelles

    Aucune étoile-guide ne saute aux yeux à l'intérieur. Prenez des jumelles 10×50 et promenez-les lentement dans la Voie lactée qui coupe le triangle : vous croisez des grumeaux d'étoiles, ce sont les amas.

  3. Trouvez β Monocerotis, au sud

    Vers le bord sud du triangle, une étoile isolée de magnitude 3,7 : c'est β Monocerotis. Pointez-la au télescope, elle se fend en trois — la plus belle cible stellaire de la constellation.

  4. Visez le méridien vers le 20 février

    À cette date, autour de 21 h, la Licorne passe au plus haut dans le ciel du sud. C'est le moment où ses nébuleuses, très basses en début de saison, s'observent à travers le moins d'atmosphère.

Les étoiles

Peu nombreuses, mais deux records au bout de la lunette

β Monocerotis, trois soleils bleus en file

À l'œil nu, β Monocerotis (magnitude 3,74) est une étoile banale, la plus brillante d'une constellation qui n'en a guère. Au télescope, tout change : elle se révèle triple. William Herschel la sépare en 1781 et la décrit comme « l'un des plus beaux spectacles du ciel ». Trois composantes bleu-blanc, presque alignées, de magnitudes 4,6, 5,0 et 5,3, serrées : la deuxième est à 7 secondes d'arc de la première, la troisième à 3 secondes de plus. À environ 700 années-lumière, ce sont trois étoiles chaudes de type Be, tournant sur elles-mêmes à plus de 150 km/s.

L'étoile de Plaskett, un poids lourd invisible

Discrète à la magnitude 6,05 — tout juste à la limite de l'œil nu sous un ciel noir —, l'étoile de Plaskett (HD 47129) est l'un des systèmes binaires les plus massifs connus. Ses deux étoiles de type O pèsent près de 54 et 56 masses solaires et tournent l'une autour de l'autre en 14,4 jours. C'est l'astronome canadien John Plaskett qui perce sa nature double en 1922. À quelque 4 300 années-lumière, aucun télescope d'amateur ne la dédoublera : elle se contemple pour ce qu'on sait d'elle, pas pour ce qu'elle montre.

S Monocerotis, le tronc de l'arbre

S Monocerotis (aussi 15 Mon), variable bleu-blanc oscillant entre les magnitudes 4,2 et 4,6, marque le centre de l'amas NGC 2264. Elle sert de repère au cœur de l'Arbre de Noël, dont elle éclaire le tronc. Aux jumelles, c'est le point le plus vif d'un semis d'étoiles jeunes.

Le décor : α et γ, et rien d'autre de vif

α Monocerotis (magnitude 3,93) et γ Monocerotis (3,98) complètent le maigre trio des étoiles visibles sans peine. Elles ne dessinent aucune figure évidente — la Licorne, bête à corne unique, ne se laisse pas tracer comme le Grand Chariot. C'est une constellation de fond de carte, dont l'intérêt commence là où l'œil nu s'arrête.
Les étoiles de la Licorne d'un coup d'œil
Étoile Magnitude Distance Ce qu'elle est Ce que vous verrez
β Mon 3,74 ~700 al système triple, étoiles Be trois soleils bleus dès 100× au télescope
α Mon 3,93 ~150 al géante orangée un point isolé, à l'œil nu sous bon ciel
γ Mon 3,98 ~500 al géante orangée repère au sud-ouest, à l'œil nu
S Mon (15 Mon) 4,2 à 4,6 ~2 400 al variable au cœur de NGC 2264 l'étoile vive de l'Arbre de Noël aux jumelles
Étoile de Plaskett 6,05 ~4 300 al binaire massive, ~100 M☉ un point terne — invisible qu'elle est double

Le ciel profond

Le vrai trésor : une fleur, un sapin, une nébuleuse qui bouge

La Rosette (NGC 2237) et son amas NGC 2244

C'est la pièce maîtresse : une fleur de gaz rouge de 1,3° de large — près de trois pleines lunes côte à côte — creusée en son centre par l'amas ouvert NGC 2244. Cet amas (magnitude 4,8) est facile aux jumelles ; ses étoiles massives de type O soufflent une bulle dans le gaz et l'allument. La nébuleuse elle-même (Caldwell 49, catalogue Sh2-275) est bien plus dure : magnitude globale 9, très étalée donc très diluée. À 5 200 années-lumière, elle mesure quelque 130 années-lumière de diamètre. En visuel, il lui faut un ciel noir et un filtre — sinon elle reste photographique.

L'Arbre de Noël (NGC 2264) et le Cône

À 2 400 années-lumière, NGC 2264 réunit dans un même champ l'amas de l'Arbre de Noël (magnitude 3,9, un triangle d'étoiles jeunes de 20′ pointe en bas, S Mon au tronc) et, à son pied, la nébuleuse du Cône : un pilier sombre de poussière long de sept années-lumière. L'amas se voit très bien aux jumelles ; le Cône, lui, est ténu et réclame un grand télescope et un ciel excellent. Tout près se cachent le Flocon de Neige, un berceau de proto-étoiles, et la nébuleuse de la Fourrure de Renard.

La nébuleuse variable de Hubble (NGC 2261)

Voici une curiosité unique : une nébuleuse qui change d'aspect en quelques semaines. En éventail (magnitude 9, environ 2′), NGC 2261 est éclairée par la jeune étoile variable R Monocerotis, invisible car noyée dans la poussière. Des nuages proches de l'étoile projettent des ombres mouvantes sur le gaz : d'un mois à l'autre, sa forme se déforme, détectable dans un télescope de 150 mm. Herschel la note en 1783 ; Edwin Hubble l'étudie à partir de 1916 ; et le 26 janvier 1949, elle devient le tout premier objet photographié par le télescope Hale de 5 mètres, au Mont Palomar.

M50, l'amas facile entre Sirius et Procyon

Pour souffler entre deux cibles difficiles, M50 (NGC 2323, magnitude 5,9) est une valeur sûre : un amas ouvert de 16′, en forme de cœur, à environ 2 900 années-lumière, semé de plus de 500 étoiles dont une rougeoyante à son bord sud. Cassini le note avant 1711, Messier le recense en 1772. Il se trouve à 8° au nord de Sirius : jumelles ou petit télescope suffisent, aucun filtre requis.

Comprendre

Pourquoi la Licorne est un paradis d'astrophoto

Presque toutes les photos de ciel profond ici sont des poses longues, souvent prises en lumière H-alpha. À l'oculaire, on en voit une fraction — et c'est normal.

La Licorne selon votre instrument
Avec quoi Budget Ce que vous atteignez
À l'œil nu quasi rien — le triangle vide, la Voie lactée sous un ciel noir
Jumelles 10×50 40 à 120 € les amas NGC 2244, NGC 2264, M50 comme des grumeaux d'étoiles
Télescope 150–200 mm 250 à 450 € β Mon dédoublée en trois, M50 résolu, NGC 2261 et sa forme mouvante
150–200 mm + filtre OIII/UHC + 80 à 150 € (filtre) la Rosette qui se détache, l'ionisation autour des amas

Un peu d'histoire

Une bête moderne dans un ciel antique

Une case vide comblée au XVIIe siècle

La Licorne ne figure pas parmi les 48 constellations de Ptolémée : c'est une création moderne. Le cartographe néerlandais Petrus Plancius la place sur un globe céleste vers 1613, pour occuper la vaste zone terne entre Orion et l'Hydre. Il choisit la licorne — la bête fabuleuse à corne unique — parce que l'animal apparaît à plusieurs reprises dans l'Ancien Testament. Jakob Bartsch la cartographie à son tour en 1624 sous le nom d'Unicornu. Elle n'a donc pas de récit mythologique grec attaché : son histoire est celle de l'astronomie, pas des dieux.

Le laboratoire des records stellaires

Bien que discrète, la Licorne a servi la science. Herschel y admire β Mon dès 1781 et note la variable de la future nébuleuse de Hubble en 1783. Plaskett y débusque en 1922 l'une des binaires les plus massives du ciel. Et en 1949, c'est vers NGC 2261, dans cette constellation, que le géant télescope Hale ouvre l'œil pour la première fois. Une case de remplissage devenue banc d'essai : la corne discrète pointe vers quelques-uns des objets les plus étudiés du ciel d'hiver.
  1. ~1613

    Petrus Plancius invente la Licorne sur un globe céleste, pour combler le vide entre Orion et l'Hydre. Une constellation sans mythe grec, née d'un besoin de carte.

  2. 1781 & 1783

    William Herschel sépare β Monocerotis en trois — « l'un des plus beaux spectacles du ciel » — puis consigne la nébuleuse en éventail qu'on nommera plus tard variable de Hubble.

  3. 1922

    John Plaskett révèle la nature double de HD 47129 : deux étoiles O de ~54 et 56 masses solaires, l'un des systèmes binaires les plus lourds alors connus.

  4. 26 janvier 1949

    NGC 2261 devient le tout premier objet photographié par le télescope Hale de 5 m au Mont Palomar — la « première lumière » du plus grand instrument de son temps.

L'avis de Luc

L'avis de Luc

Rien à l'œil nu : c'est le point de départ, et c'est une leçon d'humilité utile. NGC 2244 surgit pourtant aussitôt aux 10×50, et β Mon aligne ses trois étoiles bleues à 100× au télescope. La Rosette qui entoure le premier reste hors de portée depuis la ville — il faut descendre à quarante kilomètres des lampadaires, visser un filtre OIII, choisir un soir de février sans lune. Alors seulement la fleur apparaît, grise mais entière.

Continuer

À explorer autour de la Licorne

La nébuleuse de la Rosette en hydrogène alpha : l'anneau de gaz clair sur fond noir, creusé en son centre autour de l'amas La Rosette, pas à pas La fleur de gaz autour de NGC 2244, et le filtre qui la révèle en visuel. L'amas ouvert M50 M50 et les amas d'hiver Les amas ouverts faciles de la Voie lactée d'hiver, aux jumelles. Deux silhouettes debout sur une crête désertique, sous la bande verticale de la Voie lactée et ses nuages sombres Se repérer dans le ciel d'hiver Le Triangle d'hiver, Orion, Sirius, Procyon — et comment naviguer entre eux.

Jumelles ou filtre pour la Licorne ?

Les jumelles suffisent pour les amas ; la Rosette demande un filtre à bande étroite et un ciel noir. Nos choix par usage et par budget.

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