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Observer · Ciel profond

M61, la spirale qui bat le record des supernovae

C'est l'une des plus grandes galaxies spirales de l'amas de la Vierge, vue exactement de face, et c'est surtout une championne : huit supernovae y ont explosé depuis 1926, davantage que dans n'importe quelle autre galaxie de l'amas. Ce n'est pas un hasard — M61 est une usine à étoiles, une spirale barrée dont le cœur abrite un anneau de pouponnières stellaires, un jeune amas d'astres géants et un trou noir de cinq millions de soleils. En photo, ses bras s'enroulent en une roue bleutée splendide ; à l'oculaire, c'est un ovale pâle et discret. Voici ce que vous en verrez vraiment, dès 100 mm, dans le grand champ de galaxies du printemps.

8
supernovae recensées dans M61 depuis 1926 — le record de l'amas de la Vierge
52
millions d'années-lumière : la distance estimée de M61
92 000 al
de diamètre réel, quasiment la taille de notre Voie lactée
5 M☉
millions de masses solaires : le trou noir tapi dans son noyau actif
100 mm
le diamètre minimal pour l'accrocher en petit ovale flou

Ce que c'est

Une grande spirale barrée, vue pile de face

M61 (NGC 4303) est une galaxie spirale barrée de type SAB(rs)bc — une barre centrale bien dessinée, un anneau intérieur, des bras déployés et fleuris — que nous voyons presque parfaitement de face. C'est l'une des plus grandes spirales de l'amas de la Vierge, cet essaim de plus de mille galaxies dont la page dédiée raconte l'ensemble ; M61 y appartient au sous-groupe dit du « nuage S ». Son disque s'étend sur environ 92 000 années-lumière, à peu de chose près la taille de notre Voie lactée, à quelque 52 millions d'années-lumière de nous (soit environ 16 mégaparsecs), et l'expansion de l'Univers l'emporte à près de 1 566 km/s. Là où sa voisine M49 (l'elliptique géante de l'amas, décrite sur sa propre page) n'est qu'une boule de vieilles étoiles sans structure, M61 est tout le contraire : une spirale vivante, gorgée de gaz, où les étoiles naissent et meurent à un rythme soutenu. Au centre bat un noyau actif de type Seyfert 2 mêlé de flambée d'étoiles, alimenté par un trou noir supermassif.
M61 (NGC 4303) photographiée par Hubble : spirale barrée vue de face, bras bleutés semés d'amas d'étoiles jeunes et de bandes de poussière autour d'un noyau lumineux
M61 par le télescope Hubble — ESA/Hubble & NASA ; G. Chapdelaine, L. Limatola, R. Gendler (CC BY 4.0)

Le détail qui la distingue

Huit supernovae : la recordwoman de l'amas de la Vierge

Aucune autre galaxie de l'amas de la Vierge n'a autant explosé sous nos yeux. Depuis la première repérée par Max Wolf en 1926, les astronomes ont recensé huit supernovae dans le seul disque de M61 — un total qui la hisse parmi la poignée de galaxies les plus prolifiques du ciel, aux côtés de M83 et de NGC 6946. Ce palmarès n'est pas une coïncidence : une spirale aussi riche en gaz, en poussière et en régions de formation d'étoiles fabrique en masse des astres géants — et ces étoiles massives, qui brûlent vite, meurent peu après en cataclysme. La quasi-totalité des supernovae de M61 sont d'ailleurs de type II, l'effondrement d'étoiles jeunes et lourdes, signature d'une galaxie en pleine activité. Seule SN 2014dt, de type Ia particulier, fait exception. La plus récente, SN 2020jfo, a été cueillie par les télescopes de surveillance automatique — preuve que cette fournaise ne s'éteint pas.
Les huit supernovae observées dans M61
Supernova Année Type Éclat max
SN 1926A 1926 II (effondrement) mag 14
SN 1961I 1961 II mag 13
SN 1964F 1964 II mag 14
SN 1999gn 1999 II mag 16
SN 2006ov 2006 II mag 14,9
SN 2008in 2008 II mag 14,9
SN 2014dt 2014 Ia particulier mag 13,6
SN 2020jfo 2020 II mag 16

Au cœur

Un anneau de pouponnières autour d'un trou noir

Ce qui alimente ce record, c'est un cœur hors norme. Au centre de M61, la barre canalise le gaz vers un anneau nucléaire d'environ 225 parsecs de rayon — un chapelet de régions de formation d'étoiles enroulé autour du noyau, où le gaz s'effondre par paquets pour engendrer des générations entières d'astres. Niché en son centre, un amas d'étoiles compact et jeune pèse près de 100 000 masses solaires pour à peine 4 millions d'années d'âge : une concentration d'étoiles géantes qui illumine le noyau. Et sous cet amas se cache un trou noir supermassif d'environ 5 millions de masses solaires, dont l'activité classe la galaxie parmi les Seyfert de type 2 — un noyau qui rayonne, mais dont l'ogre central reste voilé par la poussière. Flambée d'étoiles et noyau actif cohabitent ainsi dans les mêmes 500 années-lumière : c'est ce moteur qui fait de M61 une usine à supernovae, et l'un des laboratoires les plus scrutés de l'amas de la Vierge.
Gros plan du noyau de M61 par Hubble : bras spiraux serrés, bandes de poussière et grappes d'étoiles jeunes convergeant vers un cœur brillant
Le cœur de M61 par Hubble — ESA/Hubble & NASA (CC BY 4.0)

Comprendre

M61 vue par les grands télescopes

Décomposée par l'instrument MUSE du Très Grand Télescope de l'ESO, dans le cadre du programme PHANGS, M61 dévoile sa mécanique. Les lueurs dorées tracent les nuages d'hydrogène, d'oxygène et de soufre ionisés — la marque des étoiles tout juste nées ; le fond bleuté révèle la population d'étoiles plus âgées, et la barre centrale se détache nettement. Cette carte explique d'un coup d'œil pourquoi M61 explose si souvent : ses bras sont constellés de régions H II, ces pouponnières où se forgent les étoiles massives condamnées à finir en supernova.
M61 (NGC 4303) cartographiée par l'instrument MUSE du Très Grand Télescope : nuages d'hydrogène ionisé dorés marquant les étoiles naissantes, fond bleuté des étoiles plus âgées
M61 par MUSE au Très Grand Télescope (VLT) — ESO/PHANGS (CC BY 4.0)

À l'oculaire

Une belle spirale en photo, un ovale discret à l'œil

Ne vous fiez pas à sa magnitude affichée d'environ 9,7 : M61 est une galaxie trompeuse. Sa lumière est étalée sur 6,5′ × 5,8′ — une surface large — ce qui lui donne une brillance de surface faible et la rend bien plus délicate qu'un chiffre laisse croire. Dès 100 mm sous un bon ciel, elle apparaît comme une petite tache ronde et pâle, légèrement condensée vers le centre : sa forme de face, presque circulaire, la fait ressembler à une comète sans queue — exactement l'illusion qui trompa Messier. À 150 à 200 mm, le noyau se détache mieux et le halo gagne en présence, mais les bras restent hors d'atteinte. Il faut un 250 à 300 mm sous un ciel vraiment noir, et une longue vision décalée, pour deviner de vagues inégalités et le soupçon d'un enroulement — jamais la spirale franche. La structure de bras, les amas bleus, la barre : tout cela demeure réservé à la photographie. Le vrai geste gagnant ici n'est pas de grossir, mais de laisser l'œil s'adapter 15 à 20 minutes à l'obscurité et de choisir une nuit sans Lune.
M61 selon votre instrument
Avec quoi Ce que vous atteignez sur M61
Jumelles 15×70 au mieux une très faible tache ronde, devinée sous un ciel noir avec la Vierge haute — souvent invisible en ciel de ville
Télescope 100–130 mm un petit disque pâle et arrondi, un peu plus brillant au centre ; on la tient, sans forme
150–200 mm un halo diffus plus large, un noyau nettement condensé ; la galaxie prend du corps mais reste lisse
250–300 mm + ciel noir en vision décalée, des inégalités et l'amorce d'un enroulement des bras ; la spirale reste suggérée, jamais évidente
Photo (pose longue) la spirale barrée complète, les bras bleutés, les régions roses de formation d'étoiles — hors de portée de tout oculaire

Repérer

Où pointer pour tomber sur M61

M61 se cache dans la partie ouest de la Vierge, au sud du grand champ de galaxies qui déborde vers la Chevelure de Bérénice (le repérage général de l'amas est détaillé sur la page de la constellation de la Vierge). Le meilleur point de départ fin est Porrima (γ Virginis) : M61 se trouve à environ au nord-ouest de cette belle étoile double. De plus près, l'étoile 16 Virginis (magnitude 5) sert de dernier jalon — la galaxie n'est qu'à 1,25° au nord-nord-est. La bonne fenêtre est le printemps : d'avril à mai, la Vierge monte assez haut depuis la France pour dégager M61 de la brume de l'horizon.
Carte de la Vierge : M61 se situe dans la partie ouest de la constellation, à 1,25° au nord de l'étoile 16 Virginis et à 8° au nord-ouest de Porrima
Carte : IAU / Sky & Telescope (CC BY 4.0)
  1. Partez de Porrima, au cœur de la Vierge

    Porrima (γ Virginis, magnitude 2,7) marque l'angle du grand « Y » de la Vierge. C'est le point d'ancrage vers le champ de galaxies, à environ 8° au nord-ouest.

  2. Rejoignez 16 Virginis

    En glissant vers le nord-ouest, repérez 16 Virginis (magnitude 5), une étoile discrète mais visible à l'œil sous un bon ciel. Centrez-la dans le chercheur : M61 est tout près.

  3. Montez de 1,25° vers le nord-nord-est

    À un peu plus d'un degré au nord-nord-est de 16 Virginis, une petite tache ronde et pâle apparaît à faible grossissement. Sa rondeur de face peut la faire confondre avec une comète — c'est bien M61.

  4. Ciel noir plutôt que fort grossissement

    Restez autour de 40 à 60× pour garder du contraste, et privilégiez une nuit sans Lune. Sur une galaxie de faible brillance de surface, la transparence du ciel compte davantage que le diamètre de l'oculaire.

M61 (NGC 4303) — carte d'identité
Repère Valeur
Type d'objet galaxie spirale barrée SAB(rs)bc vue de face, à flambée d'étoiles et noyau actif Seyfert 2 — l'une des plus grandes spirales de l'amas de la Vierge
Constellation Vierge — partie ouest, à 1,25° au nord de 16 Virginis, à 8° au nord-ouest de Porrima
Magnitude ≈ 9,7 (mais faible brillance de surface : plus difficile que ce chiffre le suggère)
Distance ≈ 52 millions d'années-lumière (≈ 16 mégaparsecs)
Taille apparente 6,5′ × 5,8′ (≈ 92 000 années-lumière de diamètre réel)
Saison printemps, d'avril à mai, quand la Vierge culmine assez haut depuis la France
Instrument minimal 100 mm pour un ovale pâle ; 250 à 300 mm et ciel noir pour deviner l'enroulement des bras

Un peu d'histoire

De la comète manquée de Messier au relevé PHANGS

  1. 5 mai 1779

    L'astronome italien Barnaba Oriani découvre M61. La même nuit, Charles Messier l'observe aussi — mais, trompé par sa forme ronde de face, il la prend pour la comète de 1779 qu'il traque. Il faudra plusieurs jours, en constatant qu'elle ne bouge pas, pour qu'il la reconnaisse comme une nébuleuse.

  2. 1926

    Max Wolf repère SN 1926A, la première supernova moderne de M61. C'est le début d'une série exceptionnelle : la galaxie deviendra la plus prolifique de tout l'amas de la Vierge.

  3. 1961–1964

    Deux supernovae de type II, SN 1961I et SN 1964F, explosent coup sur coup, confirmant M61 comme une cible de choix pour les chasseurs d'étoiles mourantes.

  4. 2014

    SN 2014dt, une supernova thermonucléaire particulière atteignant la magnitude 13,6, est suivie de près par les observatoires du monde entier — la septième recensée dans la galaxie.

  5. 2021

    L'instrument MUSE du Très Grand Télescope de l'ESO cartographie M61 dans le cadre du programme PHANGS : la barre, l'anneau nucléaire et le semis de régions de formation d'étoiles apparaissent en détail, expliquant sa fécondité en supernovae.

L'avis de Luc

L'avis de Luc

Brillante sur le papier et fuyante dans l'oculaire : M61 est le piège type des galaxies vues de face, dont la lumière s'étale jusqu'à se confondre avec le fond de ciel. À 44× dans un 200 mm, elle se réduit à une bouille ronde et douce au cœur à peine plus dense — rien de la roue bleutée des photographies. La tenir vraiment demande une nuit d'avril sans Lune, à la campagne, et vingt bonnes minutes les yeux dans le noir. Les bras spiraux, eux, restent hors d'atteinte visuelle. Reste le chiffre, et il pèse : huit supernovae en un siècle, à cinquante millions d'années-lumière.

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À explorer autour de M61

Le champ de galaxies de l'amas de la Vierge L'amas de la Vierge, l'essaim où vit M61 Plus de mille galaxies dans le même coin de ciel de printemps : comment naviguer dans le champ le plus dense du ciel, et où M61 s'y niche. M49, elliptique géante de la Vierge M49, la reine lumineuse de l'amas À l'opposé de M61 la spirale : une elliptique géante, pure boule de vieilles étoiles, la galaxie la plus brillante de tout l'amas de la Vierge. Se repérer dans le ciel de printemps Porrima, 16 Virginis, le grand Y de la Vierge : la méthode pour naviguer d'étoile en étoile et retrouver M61 d'une soirée à l'autre.

Quel diamètre pour deviner les bras de M61 ?

M61 se tient dès 100 mm en ovale pâle, mais soupçonner l'enroulement de ses bras demande 250 à 300 mm et un ciel noir. Nos choix de télescopes par usage et par budget.

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