Aller au contenu
astronoguide
Thème

Thème

Observer · Ciel profond

M67, le doyen des amas ouverts

La plupart des amas ouverts sont des jeunesses : quelques dizaines de millions d'années, puis la galaxie les disperse. M67, dans le Cancer, en a plus de quatre milliards. C'est l'un des plus vieux amas ouverts connus, un survivant qui a traversé presque toute l'histoire de la Voie lactée sans se défaire. On y trouve plus de cent jumeaux du Soleil, une troupe d'étoiles qui « trichent » sur leur âge, et un cœur riche de plus de cinq cents soleils. Voici ce que ce vétéran vous montre vraiment, dès 100 mm, à la fin de l'hiver.

4 milliards d'années
l'âge de M67 — quand la plupart des amas ouverts se dissolvent en quelques centaines de millions d'années
500
étoiles encore liées par la gravité ; plus de 100 sont des jumeaux presque parfaits du Soleil
2700
années-lumière : la distance de M67, sous le corps du Cancer
100 mm
le diamètre à partir duquel le fourmillement d'étoiles se résout vraiment
1780
l'année où Messier catalogue l'amas, un an après sa découverte par Koehler

Ce que c'est

Un amas ouvert qui a survécu quatre milliards d'années

M67 (NGC 2682) est un amas ouvert de la constellation du Cancer, à environ 2 700 années-lumière de nous (soit près de 830 parsecs). Sur le papier, rien d'exceptionnel : un groupe de plus de 500 étoiles nées ensemble du même nuage de gaz, étalé sur 30 minutes d'arc — le diamètre apparent de la pleine Lune — pour un diamètre réel d'une vingtaine d'années-lumière. Ce qui le rend rare, c'est son âge : environ 4 milliards d'années, avec des estimations qui vont de 3,2 à 5 milliards d'années. Or un amas ouvert est une structure fragile : les marées de la Galaxie et les rencontres avec les nuages moléculaires l'effilochent, et la plupart se dissolvent en quelques centaines de millions d'années. M67 a tenu presque mille fois plus longtemps. C'est l'un des plus vieux amas ouverts connus de tout le disque de la Voie lactée — un vétéran qui a vu passer l'essentiel de l'histoire galactique.
M67 (NGC 2682) en grand champ : un amas ouvert dense d'étoiles jaunes et orangées piqué de quelques points bleus, sur un fond de ciel du Cancer
M67 en grand champ — ESO / Digitized Sky Survey 2, Davide De Martin (CC BY 4.0)

Le détail qui le distingue

Pourquoi un amas aussi vieux est une exception

Comparez avec sa voisine de constellation, M44, la Ruche (qui a sa propre fiche) : cet amas plus jeune affiche environ 600 millions d'années, et il est déjà en train de se déliter lentement. M67, lui, a franchi le cap des milliards d'années. Deux raisons à cette longévité. D'abord son orbite : M67 tourne autour du centre galactique en restant loin du plan de la Voie lactée, à l'écart des grands nuages moléculaires qui déchiquettent les autres amas au fil de leurs passages. Ensuite sa masse : avec de l'ordre de 1 000 à 1 400 masses solaires encore liées aujourd'hui, l'amas garde une cohésion gravitationnelle suffisante pour résister aux marées. Les modèles estiment qu'à sa naissance il pesait peut-être dix fois cette masse : il a donc perdu la majorité de ses étoiles en route, mais son noyau, lui, a survécu.
Cette rareté a fait de M67 un objet d'étude majeur. Dès 1955, les astronomes Harold Johnson et Allan Sandage en dressent le diagramme couleur-magnitude pour près de 500 étoiles — l'un des tout premiers tracés photoélectriques de ce genre. À l'époque, comprendre M67 revenait à comprendre comment vieillissent les étoiles : Walter Baade répétait à ses étudiants que « pour comprendre l'évolution stellaire, il faut comprendre le diagramme de M67 ». La raison tient à ce qu'un amas offre un laboratoire idéal : toutes ses étoiles sont nées en même temps, à la même distance, avec la même composition chimique. Les seules différences entre elles viennent de leur masse de départ. En observant M67, on lit donc directement comment un âge donné se traduit d'une étoile à l'autre — et il se trouve que cet âge est presque celui du Soleil.

Un laboratoire d'évolution stellaire

Des jumeaux du Soleil et des étoiles qui rajeunissent

Parce que M67 a l'âge du Soleil et une composition chimique voisine, il abrite plus de 100 « jumeaux solaires » : des étoiles dont la masse, la température et l'éclat sont quasi identiques à ceux de notre étoile. C'est le plus grand vivier connu de sosies du Soleil, et une cible de choix pour deviner ce que deviendra ce dernier. En 2016, une étude a même mesuré leur rotation — de l'ordre de 26 jours, très proche des 25 jours du Soleil — confirmant qu'on regarde bien des étoiles du même âge. L'amas contient aussi environ 11 géantes orange de type K, des soleils un peu plus massifs déjà passés au stade suivant, et près de 200 naines blanches, les cendres refroidies des étoiles les plus anciennes. Et puis il y a les intrus.
Ces intrus, ce sont les traînards bleus (blue stragglers) : une trentaine d'étoiles plus bleues et plus lumineuses que ne le permet l'âge de l'amas. Dans un groupe aussi vieux, les étoiles bleues et massives auraient dû mourir depuis longtemps ; celles-ci semblent avoir « rajeuni ». L'explication tient à la densité du cœur : deux étoiles y ont fusionné, ou l'une a aspiré la matière de sa compagne dans un couple serré, rallumant une jeunesse volée. M67 est l'un des terrains où ce phénomène a été le mieux étudié — un rappel qu'un amas n'est pas une horloge parfaite, mais une petite société stellaire où les rencontres rebattent les cartes.
M67 sur une plaque photographique en noir et blanc : le semis serré d'étoiles de l'amas se détache d'un champ plus pauvre
M67 en pose longue au sol — NOIRLab / NSF / AURA (domaine public)
La population de M67, un amas vieux mais varié
Population Nombre Ce que c'est
Étoiles liées (total) plus de 500 toutes nées ensemble il y a ~4 milliards d'années, à 2 700 al
Jumeaux du Soleil plus de 100 masse, température et éclat quasi identiques à notre étoile
Traînards bleus ≈ 30 étoiles anormalement bleues, rajeunies par fusion ou transfert de matière
Géantes orange (type K) ≈ 11 les astres les plus brillants de l'amas, déjà en fin de vie
Naines blanches ≈ 200 les cendres des étoiles les plus massives, éteintes depuis longtemps

À l'oculaire

M67, un fourmillement discret qui récompense le diamètre

Avec une magnitude globale de 6,1, M67 se situe juste sous la limite de l'œil nu, et se devine déjà aux jumelles 10×50 comme une petite tache floue et grenue. Mais l'amas ne livre son caractère qu'au télescope, et il récompense le diamètre mieux que beaucoup d'objets. Dès 100 mm, une dizaine d'étoiles se détachent sur un fond laiteux. À 150-200 mm, la tache se résout en dizaines de points serrés, avec une échancrure sombre et une chaînette d'étoiles qui court en travers — certains y voient la silhouette d'un cobra, d'où le surnom anglo-saxon de « King Cobra ». À 250-300 mm, ce sont plus de cent étoiles qui grouillent dans le champ, et les teintes orangées des géantes K deviennent perceptibles. C'est un amas riche mais diffus : il n'a ni le grain éclatant d'un amas jeune, ni la concentration d'un amas globulaire. Sa beauté est celle d'un semis dense et paisible.
M67 selon votre instrument
Avec quoi Ce que vous atteignez sur M67
Jumelles 10×50 une petite tache floue et légèrement grenue, devinée sous un ciel sombre, sans étoiles résolues
Télescope 100 mm une dizaine d'étoiles piquées sur une nébulosité laiteuse — l'amas commence à se révéler
150–200 mm des dizaines d'étoiles résolues, une chaînette en travers et une échancrure sombre : la « tête du cobra »
250–300 mm plus de cent étoiles fourmillantes, les teintes orangées des géantes K, une richesse d'ensemble saisissante

Repérer

Où pointer pour tomber sur M67

Le Cancer est une constellation faible, coincée entre le Lion et les Gémeaux (sa page dédiée explique comment la lever). Sa figure la plus célèbre est M44, la Ruche, un grand amas brillant au centre. M67 se cache plus bas, sous le corps du crabe, à un peu moins de à l'ouest d'Acubens (α Cancri, magnitude 4,3), l'étoile qui marque une des pinces. La bonne fenêtre va de février à mars, quand le Cancer passe au plus haut en début de nuit : l'amas culmine alors bien au-dessus de la turbulence de l'horizon. C'est un objet de fin d'hiver et de printemps, à saisir avant que le Cancer ne bascule vers le couchant.
Carte du Cancer : M67 est marqué sous le corps de la constellation, près d'Acubens (α Cancri), tandis que M44 la Ruche occupe le centre
Carte du Cancer, M67 et M44 repérés — ESO, IAU & Sky & Telescope (CC BY 4.0)
  1. Trouvez d'abord le Cancer, entre le Lion et les Gémeaux

    Repérez la tête du Lion à l'est et les jumeaux Castor et Pollux à l'ouest : le Cancer occupe le creux faible entre les deux. La Ruche (M44) y forme une tache visible à l'œil nu sous un bon ciel.

  2. Descendez vers Acubens, la pince sud

    Depuis M44, glissez vers le sud jusqu'à Acubens (α Cancri, magnitude 4,3), l'étoile modeste qui marque le bas de la constellation. C'est le tremplin vers M67.

  3. Pointez 2° à l'ouest d'Acubens

    À un peu moins de 2° à l'ouest d'Acubens, cherchez une tache floue et grenue au chercheur : c'est M67. Une étoile de magnitude 8 marque son bord, utile pour confirmer le pointage.

  4. Cadrez large, puis grossissez

    Un oculaire qui donne 30 à 50× pose tout l'amas dans le champ. Une fois centré, montez à 80–120× pour résoudre le fourmillement d'étoiles et goûter les teintes orangées.

M67 (NGC 2682) — carte d'identité
Repère Valeur
Type d'objet amas ouvert — l'un des plus vieux connus (~4 milliards d'années)
Constellation Cancer — sous le corps, à ~2° à l'ouest d'Acubens (α Cancri)
Coordonnées ascension droite 08h 51,4m · déclinaison +11° 49′
Magnitude 6,1 (juste sous la limite de l'œil nu)
Distance ≈ 2 700 années-lumière (2 610 à 2 930 al, soit ~830 pc)
Taille apparente 30′ (le diamètre de la pleine Lune ; ~20 al de diamètre réel)
Saison fin d'hiver et printemps, de février à mars au plus haut
Instrument minimal jumelles 10×50 pour la deviner ; 100 mm pour commencer à la résoudre ; 250 mm pour la richesse

Un peu d'histoire

De la lunette de Koehler au diagramme de M67

  1. 1779

    L'astronome allemand Johann Gottfried Koehler découvre l'amas et le décrit comme une « nébuleuse plus brillante » sous le corps du Cancer. Sa lunette ne montre qu'une lueur : la myriade d'étoiles reste hors de portée.

  2. 6 avril 1780

    Charles Messier l'observe à son tour et l'inscrit dans son catalogue sous le numéro 67, notant une « nébuleuse sans étoile, plus faible que la précédente ». L'amas gagne son nom définitif un an après sa découverte.

  3. 1955

    Harold Johnson et Allan Sandage publient le diagramme couleur-magnitude de près de 500 étoiles de M67. L'amas devient la pierre de touche de l'évolution stellaire : Walter Baade en avait fait un passage obligé pour ses étudiants.

  4. 2014

    L'ESO consacre à M67 une étude et une image intitulées « Vie et mort dans un amas d'étoiles », mettant en lumière ses plus de 100 jumeaux solaires — le plus riche vivier connu de sosies du Soleil.

  5. 2016

    Une campagne de mesure établit que les jumeaux solaires de M67 tournent en environ 26 jours, comme le Soleil : la preuve, par la rotation, qu'on regarde bien des étoiles du même âge que le nôtre.

L'avis de Luc

L'avis de Luc

La Ruche est un feu d'artifice qu'on regarde dix secondes ; M67 est une page qu'on lit. Voilà pourquoi il ne faut pas le snober malgré son apparence terne — à 100× dans un 200 mm, ce semis dense d'étoiles fines, avec sa chaînette en travers et ses quelques points orangés, se contemple un quart d'heure sans lassitude. L'idée qui l'accompagne fait le reste : ces étoiles ont exactement l'âge du Soleil, et plus de cent en sont des sosies presque parfaits. On y regarde notre propre étoile vue de loin, noyée dans sa famille d'origine.

Continuer

À explorer autour de M67

L'amas de la Ruche en pose longue : une centaine d'étoiles bleu-blanc serrées au centre du champ, ponctuées de quelques géantes orangées M44, la Ruche : le contraire de M67 Le grand amas jeune et brillant du Cancer, visible à l'œil nu et taillé pour les jumelles — l'exact opposé du vétéran discret M67. M67 en grand champ dans le Cancer Le Cancer, la constellation la plus faible du zodiaque Comment lever cette figure discrète entre le Lion et les Gémeaux, et y retrouver ses deux amas M44 et M67 d'une soirée à l'autre. M67 en pose longue au sol Amas, nébuleuses, galaxies : lire le ciel profond Ce que chaque famille d'objets révèle selon le diamètre, et comment un amas ouvert diffère d'un globulaire ou d'une galaxie à l'oculaire.

Quel télescope pour résoudre le fourmillement de M67 ?

M67 se devine aux jumelles, mais il faut 100 mm pour piquer ses étoiles et 250 mm pour goûter sa richesse et ses teintes orangées. Nos choix d'instruments par usage et par budget.

Revenir en haut de la page